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Je croirais manquer au public, à la vérité, à ma profession et à moi-même (comme on dit) si je restais muet. J'ai pris des engagements, il faut les remplir.
VOLTAIRE, Lettres, 1762 |
Le mystère d'Alésia ? Une affaire classée !
Si l'on en croit le chœur à peu près unanime des universitaires et des journalistes, le site de la célèbre victoire de Jules César, en 52 avant Jésus-Christ, n'est autre que l'oppidum bourguignon du mont Auxois, au-dessus d'Alise-Sainte-Reine en Côte-d'Or. Tous en veulent pour preuve le rapport des fouilles menées, de 1991 à 1997, par une équipe franco-allemande d'archéologues, et pour témoin le vaste projet de MuséoParc Alésia qui devrait voir le jour à l'horizon 2011.
Mon premier contact avec ce fameux site, haut lieu national depuis le Second Empire, ne remonte qu'aux années 1990. Je le dois à un ami peintre et graveur de talent, bourguignon dans l'âme et grand admirateur de Vercingétorix. J'étais ému, lorsqu'il m'y a conduit pour la première fois, de me situer enfin sur l'ombilic, à l'endroit même où serait née l'histoire de France.
Pourtant, la vérité m'oblige à confesser que ma joie, ce matin-là, ne fut pas sans mélange. À bien y songer même, je crois pouvoir dire qu'au fond de moi, la frustration l'emporta sur d'autres impressions. « Ce n'est pas le bon endroit, me murmurait une petite voix importune ; c'est trop décevant ! » Mes souvenirs des Commentaires de César avaient beau remonter au collège, je trouvais invraisemblable en effet que le jeune chef arverne ait pu rassembler en un tel lieu la force vive des Gaules.
Tout — médiocrité des surfaces, modestie des reliefs, banalité même du paysage — me paraissait contraire à l'image grandiose que je m'étais faite, jadis, du fameux Affrontement. Et ce ne sont pas mes visites ultérieures qui modifièrent ce premier sentiment ; un adjectif me revenait toujours à l'esprit : « décevant ».
Une telle intuition aurait dû me conduire à plonger aussitôt dans les délices empoisonnées du mystère d'Alésia ; je dois reconnaître qu'il n'en fut rien et que je n'ai pas pris la peine, à cette époque, de creuser la question plus avant.
Mais lorsque, des années plus tard, je suis tombé sans le chercher sur un pamphlet intitulé l'Imposture Alésia¹, j'ai senti resurgir d'un coup cette frustration conservée, discrètement, dans un recoin de ma mémoire.
Cette fois, il a bien fallu que je me documente. Je l'ai fait abondamment.
Or, à force d'écumer la littérature spécialisée, j'en ai conclu que c'était le fameux ouvrage qui certainement disait vrai ; et je suis allé trouver son auteur, Danielle Porte, maître de conférences à l'Institut d'études latines de la Sorbonne. Sous ses dehors pugnaces, cette vraie combattante m'a paru défendre ses thèses avec beaucoup de science — et pas moins de sensibilité.
Par la suite, c'est en sa compagnie que je devais arpenter, au cœur du Jura, le territoire dissident — couvert de gelée blanche... Alors, et alors seulement, j'ai pu me dire sans réserve : « Voilà l'endroit. »
En juillet 2008, une émission de télévision allait m'offrir la chance de survoler les deux sites, le bourguignon et le jurassien, à bord d'un petit hélicoptère. Ce fut une expérience ineffable et définitive.
Ma conviction s'en est encore affermie, rendant impérieuse à mes yeux une prise à témoin de l'opinion publique.