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L'histoire interdite
L'histoire interdite
Révélations sur l'Histoire de France
Franck Ferrand
256 pages
Couverture cartonnée
Réf : 413006
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Résumé
Alésia n’est pas en Bourgogne comme on le dit, mais dans le Jura ! Le véritable auteur des pièces de Molière, c’est Corneille. Les cendres de Napoléon ne sont pas aux Invalides. L’affaire Dreyfus en cachait une autre. Quant à Jeanne d’Arc, elle fut le jouet de manipulateurs ! 
Pourquoi on l'a choisi
Franck Ferrand s'attaque de front à cinq controverses de l'histoire de France, cinq sujets frappés d'interdit. À l'aide de points de vue sérieux et argumentés, il démonte le savoir officiel, contredit la pensée unique, au nom de la vérité. Sa vérité ? À vous de juger.
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Franck Ferrand est historien, écrivain et animateur radio. Diplômé de Sciences-Po Paris et de l'École des hautes études en sciences sociales, il a participé à la fondation des Éditions Cassiopée.
Il s'est d'abord consacré à l'histoire de Versailles. Consultant attitré d'Europe 1 pour les questions d'Histoire, il a écrit, pour la télévision, plusieurs films documentaires.
Franck Ferrand est l'auteur d'une dizaine d'ouvrages dont Jacques Garcia ou l'éloge du décor, Le Bal des ifs...
Les Fils de France est le deuxième volume de La Cour des dames, une série épique sur les intrigues de la Renaissance commencée avec le best-seller La Régente noire.
Délégué général du festival Corneille, sociétaire des Amis de Versailles, il préside également le Cercle Oscar Wilde.
Extrait

Je croirais manquer au public, à la vérité, à ma profession et à moi-même (comme on dit) si je restais muet. J'ai pris des engagements, il faut les remplir.
VOLTAIRE, Lettres, 1762

« L'Histoire, ironisait Napoléon, est un mensonge que personne ne conteste » Pour avoir, depuis tant d'années, consacré l'essentiel de mon temps à cette discipline, j'ai pu mesurer la justesse d'une telle définition. Tant il est vrai que la plupart des événements passés ont été distordus par la mémoire commune — surtout quand ils présentaient une valeur symbolique. À propos d'un fait quelconque, il suffit le plus souvent de gratter le vernis et de creuser un peu pour découvrir une réalité différente de l'opinion admise, voire éloignée d'elle.
Chaque semaine ou presque apporte son lot d'ouvrages contestant l'existence effective de telle bataille, dévoilant les ressorts cachés de tel assassinat, bouleversant l'interprétation de tel traité... Je m'efforce chaque fois de les lire et de forger ma conviction. Contrairement à ce que d'aucuns penseraient, je demeure sceptique le plus souvent, et ne suis pas très facile à convaincre. Mais il arrive, naturellement, que la démonstration soit assez convaincante pour emporter mon adhésion.
Ce fut le cas pour les cinq thèses développées dans ces pages.
Seulement cinq thèses, dira-t-on, sur des centaines d'énigmes traitées à la radio pendant cinq ans ! La proportion est faible, j'en conviens. Seulement elle donne la mesure de mon exigence pour ce livre — exigence double au demeurant.
D'abord, je n'ai retenu que des points de vue sérieux et argumentés. Car c'est une chose de contester une vérité établie ; c'en est une autre de fournir les preuves à l'appui de ce qu'on avance. Or, me semble-t-il, plus une position diffère de la norme, et plus elle se doit d'être étayée.
Parmi tout un chapelet de thèses solides, je n'ai conservé, de surcroît, que celles qui me paraissaient le plus porteuses de sens. Quel intérêt y aurait-il en effet à contester une version autorisée, si sa remise en cause n'aidait à une compréhension meilleure de l'époque ou de la situation ? En d'autres termes, il faut, pour qu'une version déviante de l'histoire m'intéresse vraiment, qu'elle se révèle explicative.

Autant l'avouer : les positions que je vais exposer ici sont devenues pour moi des chevaux de bataille. Il se peut qu'elles heurtent des convictions et perturbent certains de mes lecteurs, moins attachés à la vérité qu'à leurs certitudes. Je le regrette. Mais sans chercher à les bousculer pour le plaisir, je ne puis dissimuler ma puissante envie de les convaincre.
Qu'on ne s'y trompe pas pour autant : ces différentes thèses doivent bien peu à mes propres recherches (je suis, pour ma part, avant tout historien de Versailles). Si je les reprends à mon compte, ce n'est pas dans l'intention de les faire miennes ; il s'agit, au contraire, de mettre en avant leurs inventeurs. Tous sont morts aujourd'hui. Je veux croire que cette initiative rendra justice à leurs efforts.
Puisque les circonstances m'ont offert quelque audience, je trouve utile de la mettre au service de celles et ceux qui ne bénéficient pas des mêmes avantages. Combien de chercheurs, après des années d'un labeur obscur en archives et en bibliothèques, auront-ils vu ruiner le fruit de leurs travaux, uniquement parce que les conclusions auxquelles ils étaient parvenus dérangeaient l'orthodoxie ? La propension naturelle des institutions à défendre les vérités officielles — parfois en dépit du bon sens — est un phénomène auquel je ne me résigne pas. Et lorsque je vois qu'une chose est fausse, aucune autorité, si respectable soit-elle, ne me la fera tenir pour vraie.
En attaquant de front cinq controverses de l'histoire de France — le site d'Alésia, l'ascension de Jeanne d'Arc, les liens entre Molière et Corneille, le contenu du tombeau de Napoléon et les origines de l'affaire Dreyfus — je ne puis espérer complaire aux tenants du consensus, aux gardiens de la sacro-sainte « pensée unique ». Parlons clairement : du point de vue de l'université, de tels sujets sont regardés au mieux comme des « serpents de mer » indignes d'intérêt, au pire comme des inepties sulfureuses et même dangereuses. Les évoquer dans un colloque suffirait à déconsidérer, aux yeux de ses pairs, tout chercheur patenté ; et ce serait pour lui s'exposer à des lazzis et à des haussements d'épaules que vouloir en débattre publiquement.
Autant dire que de tels sujets sont, de fait sinon de droit, frappés d'un étrange interdit.
Pourquoi, demande l'ingénu, faut-il avancer à visage couvert lorsqu'on enquête sur l'emplacement du siège d'Alésia ? Pourquoi doit-on s'exiler à Louvain ou à Lausanne pour monter un colloque sur la collaboration entre Corneille et Molière ? Pourquoi est-il recommandé de faire précéder la moindre intervention sur un point secondaire de l'affaire Dreyfus d'une mise au point stigmatisant l'antisémitisme ?
Pourquoi ? Mais parce que nous sommes en France et qu'au pays de Voltaire, deux siècles et demi après l'affaire Calas, l'argument d'autorité et le procès d'intention continuent de primer sur la libre dispute.
L'ermite de Ferney signait ses lettres les plus compromettantes du pseudonyme Ecrelinf, abréviation de sa devise : « Écrasons l'infâme ! » À ses yeux, l'« infâme » désignait notamment le fanatisme et l'intolérance. J'ai le regret de constater que, de nos jours, ces travers n'ont pas entièrement disparu... Simplement, ils sont moins à chercher désormais dans la religion que du côté d'un enseignement profane assez tristement sclérosé.
Le présent ouvrage va me faire des ennemis, à coup sûr, m'attirer sans doute la condescendance des mandarins et peut-être même me créer des ennuis. On ne s'attaque pas impunément à certains bastions... Cependant j'assume les inconvénients de cette entreprise, et d'autant plus volontiers que j'ai le sentiment, en bravant quelques interdits, d'œuvrer à l'avancée de la seule cause qui vaille pour un homme dont l'existence est vouée à l'histoire événementielle : le lent progrès — l'inexorable progrès — de la vérité.


I

Le mystère d'Alésia ? Une affaire classée !
Si l'on en croit le chœur à peu près unanime des universitaires et des journalistes, le site de la célèbre victoire de Jules César, en 52 avant Jésus-Christ, n'est autre que l'oppidum bourguignon du mont Auxois, au-dessus d'Alise-Sainte-Reine en Côte-d'Or. Tous en veulent pour preuve le rapport des fouilles menées, de 1991 à 1997, par une équipe franco-allemande d'archéologues, et pour témoin le vaste projet de MuséoParc Alésia qui devrait voir le jour à l'horizon 2011.

Mon premier contact avec ce fameux site, haut lieu national depuis le Second Empire, ne remonte qu'aux années 1990. Je le dois à un ami peintre et graveur de talent, bourguignon dans l'âme et grand admirateur de Vercingétorix. J'étais ému, lorsqu'il m'y a conduit pour la première fois, de me situer enfin sur l'ombilic, à l'endroit même où serait née l'histoire de France.
Pourtant, la vérité m'oblige à confesser que ma joie, ce matin-là, ne fut pas sans mélange. À bien y songer même, je crois pouvoir dire qu'au fond de moi, la frustration l'emporta sur d'autres impressions. « Ce n'est pas le bon endroit, me murmurait une petite voix importune ; c'est trop décevant ! » Mes souvenirs des Commentaires de César avaient beau remonter au collège, je trouvais invraisemblable en effet que le jeune chef arverne ait pu rassembler en un tel lieu la force vive des Gaules.
Tout — médiocrité des surfaces, modestie des reliefs, banalité même du paysage — me paraissait contraire à l'image grandiose que je m'étais faite, jadis, du fameux Affrontement. Et ce ne sont pas mes visites ultérieures qui modifièrent ce premier sentiment ; un adjectif me revenait toujours à l'esprit : « décevant ».
Une telle intuition aurait dû me conduire à plonger aussitôt dans les délices empoisonnées du mystère d'Alésia ; je dois reconnaître qu'il n'en fut rien et que je n'ai pas pris la peine, à cette époque, de creuser la question plus avant.

Mais lorsque, des années plus tard, je suis tombé sans le chercher sur un pamphlet intitulé l'Imposture Alésia¹, j'ai senti resurgir d'un coup cette frustration conservée, discrètement, dans un recoin de ma mémoire.
Cette fois, il a bien fallu que je me documente. Je l'ai fait abondamment.
Or, à force d'écumer la littérature spécialisée, j'en ai conclu que c'était le fameux ouvrage qui certainement disait vrai ; et je suis allé trouver son auteur, Danielle Porte, maître de conférences à l'Institut d'études latines de la Sorbonne. Sous ses dehors pugnaces, cette vraie combattante m'a paru défendre ses thèses avec beaucoup de science — et pas moins de sensibilité.
Par la suite, c'est en sa compagnie que je devais arpenter, au cœur du Jura, le territoire dissident — couvert de gelée blanche... Alors, et alors seulement, j'ai pu me dire sans réserve : « Voilà l'endroit. »

En juillet 2008, une émission de télévision allait m'offrir la chance de survoler les deux sites, le bourguignon et le jurassien, à bord d'un petit hélicoptère. Ce fut une expérience ineffable et définitive.
Ma conviction s'en est encore affermie, rendant impérieuse à mes yeux une prise à témoin de l'opinion publique.

1. Danielle Porte, L'Imposture Alésia, Carnot, 2004.