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Téméraire, tome 5 : La victoire des aigles
Téméraire, tome 5 : La victoire des aigles
Naomi Novik
496 pages
Couverture souple. 11 x 18 cm
Réf : 412852
Avec ce livre, cumulez 10 Points Club
Au lieu de 21,50  (prix public)
Disponible
Un savoureux mélange des genres !
Résumé
De sombres nuages planent au-dessus de la Grande-Bretagne : les armées de Bonaparte ont franchi la Manche et progressent victorieusement sur le sol anglais. Le premier objectif de l'Empereur est l'occupation de Londres. Mais le dragon Téméraire a été démis de ses fonctions militaires ; quant à son capitaine, Will Laurence, on l'a condamné à mort pour trahison. Séparés par leur gouvernement, et sous la menace constante des armées françaises, Laurence et Téméraire s'efforcent de se retrouver au milieu du fracas des canons. S'ils y parviennent, peut-être pourront-ils rallier à eux les poches de résistance britanniques et porter le fer et le feu contre l'Empereur – pour le roi, pour le pays et pour leur propre liberté.
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Moyenne des avis :Les avis des internautesNombre d'avis :1
Soalana
Le 26 février 2012
Le meilleur
Pour moi c'est sans doute le meilleur tome de la série. On m'a soufflé que c'était le seul qui décrive à ce point les batailles de l'Angleterre contre Napoléon, qui mette en lumière à ce point le principe même de l'idée de Novik : les batailles Napoléoniennes. Et pour les descriptions de bataille, je n'ai pas vu beaucoup d'égaux en la matière. Quel souffle, quelle puissance ! Comment arriver à se décrocher d'un tel talent pour nous faire vivre l'angoisse, les tactiques, les émotions, le gigantisme d'une guerre qui fit des ravages des deux côtés ? La conclusion de ce tome est prévisible malheureusement, même si on se surprend à être déçue d'une telle fin. Mais la suite arrivera avec de nouvelles aventures.
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Remarque de Laurence Brunet-Manquat du 21/03/12
Tout à fait d'accord. A quand le tome 6 chez France Loisirs ?
Naomi Novik est née à New York en 1973. D'origine polonaise, elle a été bercée par les contes d'Europe de l'Est et Le Seigneur des anneaux. Diplômée de littérature anglaise et d'informatique, elle a participé au design et au développement du jeu vidéo d'heroïc-fantasy Neverwinter Nights : Shadows of Undrentide. Après cette expérience, elle réalise qu'elle préfère la littérature à la programmation et se lance dans l'écriture des Dragons de Sa Majesté, premier tome de la série Téméraire, qui en compte déjà quatre. Passionnée de fantasy, mordue d'Histoire, elle porte un grand intérêt à la période napoléonienne et a un penchant tout particulier pour Patrick O'Brian et Jane Austen.
En avril 2007, elle a reçu le prix du Meilleur premier roman américain.
Extrait

1



Le terrain de reproduction s’appelait Pen Y Fan, du nom des montagnes inhospitalières qui en fendaient le cœur à la manière d’un fer de hache, coiffées de glace et dont les pics arides dominaient la lande  l’automne gallois, froid et humide, sentait déjà l’hiver et les autres dragons passaient leur temps à somnoler, apathiques, uniquement préoccupés de leur prochain repas. Ils étaient une centaine, répartis sur tout le terrain, installés pour la plupart dans des grottes ou sur des corniches rocheuses assez vastes pour les accueillir  aucun confort ni semblant d’aménagement n’était prévu à leur intention, à l’exception des repas eux-mêmes et de la bande de terre nue aux limites du terrain  on y allumait des torches à la nuit tombée pour marquer le point au-delà duquel ils n’avaient plus le droit d’aller, tandis que les lumières de la ville, joyeuses et inaccessibles, scintillaient dans le lointain.
Téméraire s’était déniché et nettoyé une grande grotte à son arrivée pour y dormir  mais elle demeurait constamment humide malgré l’herbe qu’il y répandait. Il avait beau brasser l’air à grands coups d’ailes, rien n’y faisait  cela entrait de toute manière en contradiction directe avec sa notion instinctive de la dignité  mieux valait de beaucoup supporter chaque désagrément avec une patience stoïque, même s’il n’y avait personne pour apprécier cet effort. Les autres dragons s’en moquaient, c’était certain.
Il était convaincu que Laurence et lui avaient agi selon leur devoir en remettant le remède à la France, et qu’aucune personne sensée n’irait soutenir le contraire  toutefois, par mesure de précaution, Téméraire s’était préparé à endurer la désapprobation ou le mépris et avait même développé pour sa défense plusieurs arguments tout à fait remarquables. Le principal étant bien sûr que cette façon de faire la guerre était lâche et infâme  si le gouvernement souhaitait l’emporter sur Napoléon, il lui fallait l’affronter au grand jour au lieu de chercher à contaminer ses dragons pour le rendre plus facile à vaincre  comme si les dragons britanniques ne pouvaient pas triompher des Français sans tricherie !
— En plus, dit-il à voix haute, les dragons français n’auraient pas été les seuls à mourir  nos amis prussiens détenus sur leurs terrains de reproduction seraient tombés malades également, et l’épidémie aurait risqué de s’étendre jusqu’en Chine  ne rien faire pour empêcher cela, ç’aurait été comme de voler la nourriture d’un autre, ou de briser ses œufs.
Il adressait ce noble discours à la paroi de sa grotte, pour s’entraîner  on avait refusé de lui donner sa table de sable, et aucun membre de son équipage n’était là pour le coucher sur le papier sous sa dictée  surtout, il n’avait pas Laurence, qui l’aurait aidé à trouver les mots justes. Il devait donc se contenter de répéter l’argument à voix basse, encore et encore, pour bien le mémoriser. Et si cela ne suffisait pas, songeait-il, il pourrait toujours rappeler que c’était lui qui avait rapporté le remède en premier lieu – Laurence et lui, avec Maximus, Lily et le reste de leur formation – et que, si quelqu’un avait son mot à dire sur l’usage qu’il convenait d’en faire, c’était bien lui  personne n’aurait seulement connu l’existence du remède si Téméraire n’était pas tombé malade en Afrique, où poussait le champignon qui l’avait guéri.
Il aurait pu s’épargner cette peine. Personne ne l’avait accusé de quoi que ce soit, de même que personne – contrairement au mince espoir qu’il avait entretenu en secret – ne l’avait accueilli en héros  parce que tout le monde s’en moquait.
Les vieux dragons – pas sauvages, simplement retirés du service – montraient bien de la curiosité pour la guerre, mais avec distance comme un prétexte à se remémorer leurs anciennes batailles  quant aux autres, leur indignation vis-à-vis de l’épidémie demeurait très provinciale. Ils déploraient que certains de leurs congénères fussent tombés malades ou périssent  ils regrettaient que le remède ait mis si longtemps à leur parvenir  mais que les dragons de France aient été touchés eux aussi, que la maladie se répande, causant des milliers de victimes dans leurs rangs (si Laurence et Téméraire n’avaient pas transmis le remède), voilà qui leur était parfaitement indifférent  tout comme le fait que l’Amirauté ait qualifié ce geste de trahison et condamné Laurence à mort pour cela.
Ils n’avaient à se préoccuper de rien. On les nourrissait, cela suffisait à leurs besoins. Leurs conditions d’hébergement, quoique sommaires, n’étaient pas pires que celles qu’ils avaient pu connaître dans le service actif  aucun d’eux n’avait jamais entendu parler d’un pavillon, ni même considéré que leur situation pourrait être meilleure. Leurs œufs n’étaient pas maltraités  le personnel du terrain les emportait avec des précautions infinies, dans des charrettes tapissées de foin, chauffées en hiver par des couvertures et des bonbonnes d’eau bouillante  et il leur en donnait régulièrement des nouvelles, jusqu’à l’éclosion, de sorte que tout le monde pouvait voir que les œufs étaient en de bonnes mains  meilleures que si les dragons les avaient surveillés eux-mêmes, au point que même ceux n’ayant jamais connu de capitaine remettaient leurs œufs de bonne grâce. Ils ne pouvaient pas voler très loin, car on ne les nourrissait pas à heure fixe, mais selon un horaire qui changeait tous les jours, si bien que celui qui s’éloignait trop loin de la cloche risquait de rater le repas et d’avoir le ventre vide jusqu’au lendemain. Ils n’avaient guère de relations ou de contacts avec les autres terrains ni avec les bases, sauf lorsqu’un dragon de l’extérieur venait en visite à des fins de reproduction  et même dans ces cas-là, tout était organisé par le personnel. Ils restaient donc assis là, prisonniers volontaires sur leur propre territoire, songeait Téméraire avec amertume  lui-même ne l’aurait jamais supporté s’il n’y avait eu Laurence, lequel serait sans doute exécuté sur-le-champ si Téméraire refusait d’obéir.
Il évita d’abord la fréquentation des autres. Il avait sa grotte à aménager  en dépit de son emplacement privilégié, elle était restée vacante car insuffisamment profonde, et trop étroite  mais une deuxième salle beaucoup plus vaste s’ouvrait au fond, visible par des crevasses dans la paroi, et il entreprit d’y percer un accès grâce à un usage lent et progressif de son rugissement. Il prit tout son temps – consacrer plusieurs jours à cette tâche ne l’ennuyait pas du tout, bien au contraire. Il fallut ensuite nettoyer la grotte des débris qui l’encombraient, vieux os mâchonnés et autres cailloux importuns, qu’il ramassa avec soin jusque dans les renfoncements presque inaccessibles pour lui, par souci de propreté  et il ramassa dans la vallée quelques gros rochers qui lui servirent à poncer les parois de sa grotte, laborieusement, en soulevant un énorme nuage de poussière.
Ce travail le faisait éternuer, mais il le poursuivit jusqu’au bout  pas question pour lui d’habiter dans un trou sale et sans confort. Il cassa deux ou trois stalactites au plafond, martela quelques irrégularités du sol ici et là, et, une fois satisfait, entreprit d’orner ce qui constituait désormais son antichambre au moyen de griffures, de roches décoratives et de branches mortes décolorées qu’il ramassait dans la forêt ou au fond des ravins. Il aurait aimé disposer d’un bassin et d’une fontaine, mais, ne voyant pas comment acheminer l’eau jusqu’à sa grotte ni comment la faire couler ensuite, il repéra sur Llyn Y Fan Fawr un promontoire rocheux qui s’avançait dans le lac, et décida que ce serait le sien.
Pour finir, il grava son nom dans la falaise au-dessus de sa grotte, en caractères chinois et aussi en anglais, bien que le « R » lui posât quelques difficultés  il avait plutôt l’air d’une sorte de « 4 » à l’envers. Après quoi il en eut terminé et s’abandonna rapidement à la routine.
Il se levait tous les jours avec le soleil  il prenait un peu d’exercice, se reposait, puis se relevait pour aller manger quand les bergers sonnaient la cloche. Ensuite il somnolait un moment, se dépensait un peu et retournait se coucher pour la nuit  voilà comment se déroulait chacune de ses journées. Il voulut chasser, une fois, pour ne pas être tributaire du service quotidien  plus tard, ce jour-là, l’un des petits dragons lui amena le régisseur du terrain, M. Lloyd, en compagnie d’un chirurgien, qui s’assura qu’il n’était pas malade  et ils le sermonnèrent longuement sur le braconnage, au point de l’inquiéter quant au sort de Laurence.
Pourtant, Lloyd non plus ne le traitait pas comme un traître  il ne lui témoignait pas suffisamment de considération pour cela. Le régisseur se souciait uniquement de garder ses pensionnaires dans les limites du terrain et de les faire manger et se reproduire  il restait insensible à la dignité ou au stoïcisme, et tout ce que Téméraire pouvait faire qui sortît de l’ordinaire lui semblait simplement l’expression d’une délicatesse excessive.
— Eh bien, nous aurons la visite d’une belle Anglewing aujourd’hui, annonça Lloyd d’un ton jovial. Une jolie petite dragonne  nous devrions passer une excellente soirée ! Aimerions-nous un petit veau, avant ? Oh ! oui, nous adorerions, j’en suis sûr.
Il enchaînait ainsi les questions et les réponses, de sorte que Téméraire n’avait rien d’autre à faire que l’écouter tranquillement  et, comme Lloyd était un peu dur d’oreille, s’il essayait de lui suggérer  « Non, j’aimerais mieux un peu de gibier, rôti de préférence », il était sûr de ne pas être entendu.
Il y avait là de quoi vous dégoûter de donner des œufs, et, de toute manière, Téméraire avait la désagréable certitude que sa mère n’aurait pas approuvé le moins du monde la fréquence et l’absence de discernement avec lesquelles on lui demandait d’essayer. Lien aurait certainement ricané avec dédain. Ce n’était pas la faute des femelles qu’on lui envoyait, toutes charmantes, mais la plupart d’entre elles n’avaient encore jamais eu d’œuf ni, pour certaines, connu de bataille, ni jamais rien accompli d’intéressant. Elles étaient donc très gênées de se présenter à lui sans cadeau approprié en guise de compensation  car, quand bien même il l’aurait voulu, il ne pouvait pas se faire passer pour un dragon ordinaire. De toute manière, il n’y tenait pas. Il avait cependant essayé avec Bellusa, une jeune Malachite Reaper sans rien de remarquable que l’Amirauté lui envoya d’Édimbourg et qui lui offrit un misérable tapis tout chiffonné, seule chose que son capitaine avait eu les moyens de lui acheter  à peine de quoi recouvrir la plus grande griffe de Téméraire.
— C’est très joli, prétendit Téméraire, et tissé avec beaucoup de talent  les couleurs sont remarquables.
Il l’étala avec soin sur un rocher, près de l’entrée, mais ce geste ne fit qu’ajouter à l’humiliation de la dragonne, qui bredouilla 
— Je t’en prie, pardonne-moi  il n’a rien compris du tout, il s’est figuré que je n’en avais pas envie, et il a dit…
Elle s’interrompit, en proie à la plus grande confusion  sans savoir précisément ce que son capitaine lui avait dit, Téméraire se douta bien que cela n’avait pas dû être agréable. La situation était des plus gênantes, le privant même de la satisfaction d’assener l’une de ses reparties cinglantes, car la pauvre dragonne n’avait rien dit de grossier. Ainsi donc, bien qu’il n’en eût aucune envie, il se plia à ce qu’on attendait de lui. Il était résolu à se montrer patient et docile en toutes choses  il ne causerait aucune difficulté à quiconque. Il serait parfaitement sage.