Dans la mer il y a des crocodiles
Top lecteur
Dans la mer il y a des crocodiles
L'histoire vraie d'Enaiatollah Akbari
Fabio Geda
224 pages
Couverture souple
Réf : 412621
Avec ce livre, cumulez 10 Points Club
Au lieu de 15,00  (prix public)
Résumé
Il a 10 ans. Son crime ? Être né hazâra, une ethnie haïe en Afghanistan. Pour le sauver, sa mère l’abandonne au-delà de la frontière. Commence pour l’enfant un hallucinant périple... jusqu’en Italie ! Affamé, exploité par les marchands d’esclaves, balloté de camion à double fond en canot pneumatique percé, il va son chemin, confiant toujours...
Pourquoi on l'a choisi
Bouleversant et merveilleux. Du récit d’Enaiat, l’écrivain Fabio Geda a tiré un livre poignant, plein des drames et des émerveillements aussi, d’un gamin pétillant d’intelligence.
Avis Top Lecteur
« On est impressionné […] par l'absence d'amertume et de négativisme d’un garçon de 10 ans loin des siens, contraint à faire une croix sur son enfance pour susbister. Le récit d’Enaiatollah force l’admiration par son pragmatisme et son objectivité.[…] Sans larmoiement, Enaiatollah raconte son incroyable avançée vers l'Occident [...] Par le travail, la débrouille, avec courage, réalisme et espoir, ce petit garçon nous prouve qu'aussi purs et innocents soient les enfants, ils ne manquent pas de ressources pour aller de l'avant et ne pas en vouloir à la vie »

Ludivine Gau


« Fabio Geda raconte le difficile voyage d'un enfant afghan, Enaiatollah, fuyant son pays pour échapper à une mort certaine. C'est un témoignage très poignant qui laisse sans voix. Geda parle d'Enaiat avec beaucoup de pudeur. Aucune place pour de l'apitoiement, mais juste une grande dignité. [...] Tout simplement, c’est un livre que l’on n’oublie pas de sitôt après l’avoir lu ! Il apporte un nouveau regard sur la condition des afghans, habituellement représentés en terroristes la majeure partie du temps. Mais bons nombres ne sont que des victimes. À lire absolument ! »

Aurélie Pinto
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Fabio Geda est né en 1972 à Turin où il vit toujours. Éducateur, collaborateur de La Stampa, il a publié deux romans avant d'entendre Enaiatollah Akbari raconter son histoire il y a quelques années au Centre interculturel de Turin. Bouleversé par son récit, séduit par son authenticité, il prend le soir même la décision de bâtir un livre à quatre mains. Depuis sa sortie en avril 2010, Dans la mer il y a des crocodiles s'est vendu à près de 200 000 exemplaires en Italie.
Lu dans la presse
« Geda parvient à rendre à ce jeune garçon un langage léger et poétique, jamais cynique ni dur malgré le contexte cruel. »

Corriere della Sera


« Un livre magnifique qui met en lumière la dignité d'un être humain et le courage de survivre. »

Vanity Fair
Extrait

Afghanistan


En fait, voilà, je ne m’attendais pas à ce qu’elle s’en aille vraiment. À dix ans, quand on s’endort le soir, un soir comme tant d’autres, ni plus sombre, ni plus étoilé, ni plus silencieux ni plus puant qu’un autre, avec le chant du muezzin, toujours le même, partout le même pour appeler à la prière du haut de son minaret, on ne peut pas s’y attendre. Je dis dix ans comme ça, parce que je ne sais pas exactement quand je suis né, il n’y a pas d’état civil à Ghazni. Tu n’es pas prêt à dix ans, même si avant de t’endormir ta mère t’a serré longtemps contre sa poitrine, plus longtemps que d’habitude, avant de te dire :
Il y a trois choses que tu ne dois jamais faire dans la vie, Enaiat jan. La première, c’est prendre de la drogue. Certaines sont appétissantes, elles sentent bon et te susurrent à l’oreille qu’elles pourront te rendre plus heureux que tu ne le seras jamais sans elles. Ne les crois pas. Promets-moi que tu n’en prendras jamais.
Promis.
La deuxième, c’est utiliser des armes. Même si quelqu’un te fait du mal, offense ta mémoire, tes souvenirs ou tes sentiments en insultant Dieu, la Terre ou les hommes, promets-moi que jamais ta main ne tiendra un pistolet, un couteau, une pierre, ni même la louche en bois qui sert à mélanger le qhorma palaw si c’est pour frapper quelqu’un. Promets-le-moi.
Promis.
La troisième, c’est voler. Ce qui est à toi t’appartient, pas le reste. Tu gagneras l’argent dont tu as besoin en travaillant, même si la tâche est pénible. Tu n’escroqueras personne non plus. Tu te montreras accueillant et tolérant envers tous. Promets-moi que tu le feras.
Promis.
Voilà. Même si ta mère te dit des choses pareilles, puis que, levant les yeux vers la fenêtre, elle commence à te parler de ses rêves tout en te caressant le cou, de rêves comme manger au clair de lune le soir, de désirs – il faut toujours avoir un désir devant soi, comme une carotte devant un âne, parce que c’est en essayant de satisfaire ses désirs qu’on trouve la force de se relever, il faut toujours avoir un rêve au-dessus de la tête, quel qu’il soit, alors, la vie vaudra la peine d’être vécue –, même si, pendant que tu t’endors, ta mère te murmure toutes ces choses d’une voix basse et étrange qui te réchauffe le cœur et emplit le silence, elle qui s’est toujours montrée si sèche et si prompte à emboîter le pas de la vie, il est difficile de penser qu’en réalité elle te dit : Khoda negahdar. Adieu.

Voilà.

Le matin, en me réveillant, j’ai tendu le bras pour chasser le sommeil, j’ai tâté à droite pour me rassurer dans la chaleur du corps de maman, l’odeur réconfortante de sa peau qui pour moi signifiait : Debout, réveille-toi ! Mais sous ma main je n’ai trouvé que le drap de coton blanc. Je l’ai tiré à moi. Je me suis retourné, les yeux grands ouverts. Puis je me suis appuyé sur les coudes et j’ai appelé : Maman ! Mais elle n’a pas répondu et personne n’a répondu à sa place. Elle n’était ni sur le matelas, ni dans la pièce où nous avions dormi, encore chaude des corps qui se retournaient dans la pénombre, ni à la porte, ni à la fenêtre pour regarder la rue encombrée de voitures, de charrettes et de vélos, ni occupée à parler avec quelqu’un comme elle l’avait souvent fait ces trois derniers jours, ni à proximité des cruches d’eau, ni dans le coin fumeur.
De l’extérieur parvenait le tumulte de Quetta, bien plus bruyant que mon petit village, cette bande de terre, de maisons et de torrents d’où je viens, le plus bel endroit du monde (je ne dis pas ça pour me vanter, mais parce que c’est vrai), situé dans la vallée de Ghazni.
Petit, grand.
Je n’ai pas pensé que c’était la taille de la ville qui produisait un tel vacarme, je croyais qu’il s’agissait d’une différence normale entre les pays, comme la manière de cuisiner la viande. J’ai cru qu’il y avait plus de bruit au Pakistan qu’en Afghanistan, c’est tout, que chaque pays possédait son propre bruit qui dépendait d’un tas de choses : ce que mangeaient les gens, comment ils se déplaçaient.
Maman ! j’ai appelé.
Aucune réponse. Alors je suis sorti de sous les couvertures, j’ai enfilé mes chaussures, je me suis frotté les yeux, puis je suis allé chercher le patron pour savoir s’il l’avait vue parce que, dès notre arrivée trois jours plus tôt, il nous avait annoncé que personne n’entrait ni ne sortait du samavat Qgazi sans qu’il soit au courant, chose qui m’avait paru étrange car je supposais que lui aussi avait besoin de dormir de temps en temps.
Le soleil coupait en deux l’entrée du samavat Qgazi. Dans la région, ils appellent aussi ce genre d’endroit un hôtel, bien que ça ne ressemble absolument pas aux hôtels que vous vous imaginez, loin de là. Plus qu’un hôtel, le samavat était un entrepôt de corps et d’âmes, un hangar où on s’entassait en attendant d’être empaqueté puis expédié en Iran, en Afghanistan ou Dieu sait où; un endroit pour entrer en contact avec les trafiquants d’hommes.
Nous étions restés trois jours dans le samavat, sans jamais sortir, moi à jouer dans les coussins, maman à parler avec des groupes de femmes accompagnées d’enfants, parfois des familles entières, des gens à qui elle semblait faire confiance.
Je me souviens que pendant tout ce temps, à Quetta, maman a tenu son corps et son visage emmitouflés sous une burqa qu’elle ne portait jamais chez nous, à Nava, avec sa tante et ses amies. J’ignorais même qu’elle en possédait une. La première fois que je l’ai vue l’enfiler, juste avant la frontière, je lui ai demandé pourquoi. Elle m’a répondu en souriant : C’est un jeu, Enaiat, viens dessous. Elle a soulevé un pan du vêtement. Je me suis glissé entre ses jambes sous l’étoffe bleue comme on plonge dans la piscine, en retenant mon souffle mais sans nager.
La main devant les yeux pour me protéger de la lumière, je me suis approché de kaka Rahim, le patron, en m’excusant de le déranger. Je lui ai demandé si par hasard il avait vu ma mère, puisque personne n’entrait ni ne sortait sans qu’il soit au courant, pas vrai ?
Kaka Rahim lisait un journal écrit en anglais, avec des lettres rouges et noires, sans images, tout en fumant une cigarette. Il avait de longs cils et les joues couvertes de poils aussi fins que sur certaines pêches. Sur la table de l’entrée, à côté du journal, étaient posés un plat rempli de noyaux d’abricots, trois gros fruits orange encore intacts et une poignée de mûres.
Maman m’avait prévenu : il y a plein de fruits à Quetta. Elle me l’avait dit pour m’appâter, parce que j’adore les fruits. En pachtoune, Quetta signifie comptoir commercial fortifié, ou quelque chose comme ça : un endroit où s’échangent les marchandises, les objets, les vies, et cetera. Quetta est le chef-lieu du Baloutchistan, le verger du Pakistan.
Sans se retourner, kaka Rahim a soufflé sa fumée dans le soleil, puis il a dit : Oui, je l’ai vue.
J’ai souri. Où est-elle allée, kaka Rahim ? Je peux savoir ?
Elle est partie.
Partie ?
Partie.
Elle revient quand ?
Elle ne revient pas.
Elle ne revient pas ?
Non.
Comment ça, elle ne revient pas ? Qu’est-ce que ça veut dire, kaka Rahim ?
Elle ne revient pas.
Arrivé à ce point, je n’avais plus de questions. Peut-être y en avait-il d’autres plus adéquates à poser, mais elles ne me sont pas venues. Je suis resté en silence à observer les poils sur les joues du patron du samavat, mais sans vraiment les voir.
C’est lui qui a repris la parole.
Elle a laissé un message.
Quoi ?
Khoda negahdar.
C’est tout ?
Non, autre chose.
Quoi d’autre, kaka Rahim ?
Elle te dit de ne jamais faire les trois choses qu’elle t’a dit de ne pas faire.

Ma mère, je l’appellerai maman. Mon frère, frère. Ma sœur, sœur. Le village où j’habitais, je ne l’appellerai pas village, mais Nava, parce que c’est son nom, il signifie gouttière car il se trouve au fond d’une vallée enserrée par deux chaînes de montagnes. Je rentrais d’un après-midi à jouer dans les champs quand maman m’a dit : Prépare-toi, nous devons partir. J’ai demandé : Où ça ? Quand elle a répondu : Nous quittons l’Afghanistan, je croyais que nous allions simplement franchir les montagnes, car pour moi l’Afghanistan se trouvait entre ces cimes, c’étaient ces torrents. J’ignorais à quel point le pays était vaste.
Dans un sac de toile, nous avons mis un vêtement de rechange pour moi, un pour elle, et un peu de nourriture, du pain, des dattes. Je ne tenais plus en place, excité par le voyage. J’aurais voulu courir le raconter à tout le monde, mais maman ne voulait pas. Elle me répétait d’être gentil, de rester tranquille. Ma tante – sa sœur – est passée et elles se sont isolées pour parler. Puis un homme est arrivé, un vieil ami de papa, qui n’a pas voulu entrer à la maison ; il nous a dit de nous dépêcher, que la lune n’était pas encore sortie et que l’obscurité était comme du sable dans les yeux des talibans ou Dieu sait qui d’autre nous risquions de rencontrer.
Mon frère et ma sœur ne viennent pas avec nous, maman ?
Non, ils restent avec ta tante.
Mon frère est encore petit, il ne veut pas rester avec elle.
Ta sœur s’en occupera. Elle a presque qua torze ans, c’est une femme.
Et nous, on rentre quand ?
Bientôt.
Bientôt quand ?
Bientôt.
J’ai le tournoi de buzul-bazi.
Tu as vu les étoiles, Enaiat ?
Qu’est-ce que les étoiles viennent faire là-dedans ?
Compte-les, Enaiat.
C’est impossible, il y en a trop.
Alors commence tout de suite, sinon tu n’en finiras jamais.

La région où nous vivions, la province de Ghazni, n’est habitée que par des Hazaras, c’est-à-dire des Afghans comme moi, avec les yeux en amande et le nez écrasé, enfin pas vraiment écrasé, un peu plus plat que les autres, plus plat que le tien par exemple, Fabio : ce sont les traits des peuples mongols. Certains prétendent que nous sommes les descendants de l’armée de Gengis Khan. D’autres affirment que les pères de nos pères étaient les Kushani, les anciens habitants de ces terres, les légendaires constructeurs des bouddhas de Bamiyan. D’autres disent que nous sommes des esclaves, et qu’il faut nous traiter comme tels.
Il était extrêmement dangereux pour nous de sortir de la province de Ghazni (je dis était car j’ignore comment c’est aujourd’hui, mais je ne pense pas que ça ait beaucoup changé), parce que entre les talibans et les Pachtounes, qui sont des gens différents mais qui nous ont toujours fait autant de mal les uns que les autres, il fallait se méfier des rencontres. C’est pour cela que nous sommes partis de nuit, tous les trois : moi, ma mère et l’homme – l’homme que j’appellerai simplement l’homme – à qui maman avait demandé de nous accompagner. Nous sommes partis à pied. Pendant trois nuits, à la faveur de l’obscurité, à la lueur des étoiles – qui, dans ces contrées sans courant électrique, est vraiment puissante –, nous avons marché vers Kandahar.
Je portais mon habituel pirhan gris, un pantalon large et une veste qui me tombait jusqu’aux genoux faite de la même étoffe. Maman marchait en tchador, mais elle avait emporté sa burqa qu’elle enfilait quand nous rencontrions des gens, un bon moyen pour ne pas montrer qu’elle était hazara et pour me cacher.
À l’aube du premier jour, nous nous sommes arrêtés dans un caravansérail, qui pendant un temps – on le devinait aux barreaux des fenêtres – devait avoir été utilisé comme prison par les talibans ou d’autres. Il n’y avait personne, ce qui était une bonne chose, mais je m’ennuyais. J’ai donc commencé à viser une cloche accrochée à un pylône, j’ai ramassé des pierres pour essayer de la toucher à cent pas de distance. J’ai fini par l’avoir, mais l’homme m’a saisi le poignet et m’a dit d’arrêter.
Le deuxième jour, nous avons vu un rapace voleter autour du corps d’un âne. L’âne était mort (évidemment), les pattes coincées entre deux rochers, et pour nous il était complètement inutile puisqu’on ne pouvait pas le manger. Je me souviens que nous étions près de Shajoi, l’endroit le moins recommandable d’Afghanistan pour les Hazaras. On racontait que, dans cette région, les talibans jetaient les Hazaras de passage comme nous dans un puits sans fond ou les donnaient en pâture aux chiens errants. Dix-neuf hommes de mon village avaient disparu ainsi alors qu’ils se rendaient au Pakistan. Le frère de l’un d’entre eux était parti à sa recherche : c’est lui qui avait parlé des chiens errants. En tout cas, il n’avait retrouvé que les vêtements de son frère, avec les os à l’intérieur, rien d’autre.
Ça se passe comme ça chez nous.
Les talibans ont un dicton : aux Tadjiks le Tadjikistan, aux Ouzbeks l’Ouzbékistan, aux Hazaras le Goristan. Gor signifie tombe.
Le troisième jour, nous avons rencontré un tas de gens qui allaient Dieu sait où et paraissaient fuir Dieu sait quoi : un défilé de charrettes sur lesquelles s’entassaient hommes, femmes, enfants, poules, tissus, tonneaux d’eau, et cetera.
Quand des camions allaient dans la même direction que nous, nous demandions aux chauffeurs de nous laisser monter (même pour quelques kilomètres). S’ils étaient gentils, ils s’arrêtaient et nous prenaient à bord, mais s’ils étaient antipathiques ou en colère contre eux-mêmes et le monde, ils nous dépassaient en accélérant, nous recouvrant de poussière. Dès que nous entendions un bruit de moteur, maman et moi courions aussitôt nous cacher dans un fossé, entre les arbustes ou derrière un rocher, s’il y en avait d’assez hauts. L’homme restait au bord de la route et faisait signe aux conducteurs de s’arrêter, mais pas seulement avec le pouce comme pour l’auto-stop : il agi tait les bras pour être sûr qu’on le voie et qu’on ne le renverse pas. Si le camion s’arrêtait et que tout allait bien, alors il nous disait de sortir du fossé et nous montions à l’avant (c’est arrivé deux fois) ou derrière, avec la marchandise (c’est arrivé une fois). La fois où nous sommes montés à l’arrière, la remorque était remplie de matelas. J’ai très bien dormi.
Quand nous sommes arrivés à Kandahar après avoir traversé le fleuve Arghandab, j’avais déjà compté trois mille quatre cents étoiles (pas mal), dont au moins vingt grosses comme des noyaux de pêches, et j’étais très fatigué. Mais pas seulement. J’avais également compté le nombre de ponts détruits par les tali bans à la dynamite, les voitures brûlées et les chars noircis abandonnés par l’armée. J’aurais préféré rentrer à la maison, à Nava, pour jouer au buzul-bazi avec mes amis.
À Kandahar, j’ai arrêté de compter les étoiles, parce que c’était la première fois que j’allais dans une aussi grande ville, et la lumière des maisons et des réverbères me distrayait trop, sans parler de la fatigue. Les rues de Kandahar étaient goudronnées. Il y avait des voitures, des motos, des vélos, des magasins et de nombreuses échoppes pour boire le chay et discuter entre hommes, des bâtiments hauts de plus de trois étages avec des antennes sur le toit, de la poussière, du vent et de la poussière, et sur les trottoirs tellement de gens qu’il ne devait plus y avoir personne dans les maisons, pensais-je.
Après avoir marché un peu, l’homme s’est arrêté puis nous a dit de l’attendre pendant qu’il allait se mettre d’accord. Il n’a pas dit où, ni avec qui. Je me suis assis sur un muret pour compter les voitures qui passaient (celles de couleur). Maman est restée debout, immobile, comme s’il n’y avait personne sous la burqa. Il planait une odeur de friture. Une radio annonçait que beaucoup de gens disparaissaient à Bamiyan et qu’on avait retrouvé un grand nombre de morts dans une maison. Un vieux est passé, les bras levés au ciel, criant khodaia kahir, demandant à Dieu un peu de sérénité. J’ai eu faim, mais je n’ai pas demandé à manger. J’ai eu soif, mais je n’ai pas demandé d’eau.