Accueil Livres Suspense-SF Fantastique, SF, Fantasy Les aventuriers de la mer, tome 4 : Brumes et tempêtes
Les aventuriers de la mer, tome 4 : Brumes et tempêtes
Les aventuriers de la mer, tome 4 : Brumes et tempêtes
392 pages
(série en 9 tomes)
Couverture souple. 11 x 18 cm
Réf : 410003
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Au lieu de 21,50  (prix public)
Un monde au-delà de l'imagination
Résumé
Dispersés, les membres de la famille Vestrit affrontent les épreuves les plus terribles. À bord de La Vivacia, Kyle va être jugé par les esclaves insurgés. Quant à Althéa, embarquée sur L'Ophélie, réussira-t-elle à regagner sa patrie et retrouver Brashen ?
Pendant ce temps, seules pour gérer les vestiges de leurs propriétés, Ronica et Keffria assistent, impuissantes, à la décadence de leur glorieuse maison...
Le mot de Robin Hobb
« I am pleased and honoured that France Loisirs is offering my books. I would like to thank the book club members who have welcome my stories. »*

Robin Hobb

* Traduction de la dédicace de Robin Hobb aux adhérents : « Je suis heureuse et fière que France Loisirs vous propose mes romans et je remercie tous les lecteurs du Club qui ont réservé un si bel accueil à mes histoires. »
Extrait

Prologue

Réminiscence d'ailes


Au-dessous des serpents, des bancs d'algues ondulaient doucement, avec la renverse de la marée. L'eau était tiède, aussi tiède que dans le Sud, avant qu'ils n'aient émigré. Bien que Maulkin eût déclaré qu'ils ne suivraient plus la pourvoyeuse argentée, ils sentaient flotter dans l'eau salée son odeur affolante. Elle n'était pas très loin ; ils étaient toujours dans son sillage mais gardaient leurs distances. Shriver songea à rappeler à Maulkin ses propres paroles puis renonça. Elle regarda leur chef d'un œil inquiet. Les blessures qu'il avait reçues durant sa brève lutte avec le serpent blanc se refermaient lentement. Les plaies profondes brisaient le dessin de ses écailles. Le long de son corps, les ocelles dorés, qui le désignaient comme leur prophète, étaient ternes, éteints.
Shriver, elle aussi, se sentait terne et éteinte.
Ils avaient parcouru un long chemin à la recherche de Celle-Qui-Se-Souvient. Maulkin avait montré une telle assurance au début de leur voyage. A présent, il semblait aussi désorienté que ses compagnons. Du grand nœud des serpents de mer qui avait commencé la migration, il ne restait plus qu'eux trois. Les autres avaient perdu foi en leur quête et abandonné Maulkin. Lors de leur dernier passage, ils suivaient un grand pourvoyeur noir en se nourrissant, oublieux et insouciants, de la chair inerte qu'il leur distribuait. Depuis, beaucoup de marées s'étaient succédé.
"Parfois, avoua Maulkin à voix basse tandis qu'ils se reposaient, je n'arrive plus à me situer dans le temps. Il me semble que nous sommes déjà passés par là, que nous avons déjà accompli ces actes, peut-être même avons-nous déjà échangé ces paroles. Parfois, je suis fermement convaincu qu'aujourd'hui n'est qu'un souvenir ou un rêve. Je crois, alors, que nous n'avons pas besoin d'agir, car ce qu'il nous est arrivé nous adviendra de nouveau. Il se peut même que ce soit déjà advenu." Sa voix manquait de force et de conviction.
Elle vint se placer contre lui. Ils ondulaient doucement, portés par le courant, en battant des nageoires juste ce qu'il fallait pour maintenir leur position. Sous eux, Sessuréa secoua sa crinière en libérant une légère bouffée de toxine pour les prévenir. "Regardez ! De la nourriture !" claironna-t-il.
Comme un don du ciel, argenté, miroitant, le banc de poissons glissait vers eux, suivi de près par un autre nœud de serpents, qui se repaissait des lisières. Trois rouges, un vert et deux bleus. Les prédateurs n'étaient pas nombreux mais ils paraissaient vifs et en pleine santé. Leur peau luisante, leur corps charnu contrastaient notablement avec les écailles visqueuses et les flancs creux du nœud de Maulkin.
"Venez !" leur ordonna-t-il, et il les mena vers les autres pour partager leur festin. Shriver émit un petit bruit de soulagement. Au moins auraient-ils le ventre plein. Peut-être les autres se joindraient-ils au nœud de Maulkin, quand ils comprendraient qu'il était un prophète.
Leur proie était un banc compact de poissons aux reflets d'argent, d'aspect trompeur. Ils se déplaçaient comme s'ils ne faisaient qu'un ; pourtant, ils pouvaient se diviser pour se couler autour d'un lourd prédateur malhabile. Les serpents de Maulkin n'étaient pas de lourds prédateurs malhabiles, tous trois ondoyaient avec grâce à la suite des poissons. L'autre nœud trompetait, menaçant, mais Shriver n'avait pas conscience du danger. En fouettant de la queue, elle s'enfonça dans le banc, mâchoires béantes, et happa trois poissons à la fois. Elle distendit sa gorge pour les avaler.
Deux serpents écarlates se détournèrent brusquement pour attaquer Maulkin en le martelant de leur groin, comme s'il était un requin ou un de leurs ennemis communs. Le bleu suivit Shriver, gueule ouverte. Elle l'évita en se lovant vivement puis changea de direction et fila comme une flèche. Elle aperçut l'autre serpent rouge qui tentait de s'enrouler autour de Sessuréa et qui, crinière déployée, projetait du poison en proférant injures et menaces. Ses malédictions désordonnées n'avaient aucun sens, elles n'étaient que furie.
Shriver prit la fuite, en poussant des cris aigus de peur et de désarroi. Maulkin ne la suivit pas. D'une secousse de sa grande crinière, il lâcha un nuage de toxines qui paralysa presque les serpents rouges. Ils battirent en retraite, gueule béante et ouïes gonflées, pour tenter de refouler le poison.
"Qu'est-ce qui vous prend ?" demanda Maulkin au nœud inconnu. Il se tordit en spirale en déployant sa crinière de façon menaçante. Ses ocelles se mirent à luire faiblement. "Pourquoi nous attaquez-vous comme des bêtes sauvages qui se battent pour manger ? Ce ne sont pas les manières d'agir de notre espèce. Le poisson, même rare, appartient à celui qui l'attrape, non à celui qui l'a vu le premier. Avez-vous oublié qui vous êtes, ce que vous êtes ? Etes-vous donc complètement décérébrés ?"
Le nœud resta un moment en suspens, battant légèrement de la queue. Le banc de poissons s'éloigna, abandonné. Puis, comme si le bon sens même des paroles de Maulkin les avait exaspérés, ils passèrent à l'attaque. Les six serpents convergèrent vers lui, gueule grande ouverte pour montrer leurs dents, crinière hérissée projetant des flots de toxines, fouettant de la queue. Horrifiée, Shriver les vit qui l'enveloppaient et l'entraînaient dans la vase.
"Au secours ! trompeta Sessuréa. Ils vont l'étouffer !"
Le cri dissipa la paralysie de Shriver. Côte à côte, ils piquèrent droit vers le fond pour attaquer à coups de tête et de queue le nœud qui retenait Maulkin captif, qui s'acharnait sur lui à pleines dents, comme sur une proie. Il se débattait et son sang se mêlait aux toxines dans un nuage suffocant. Ses ocelles luisaient faiblement à travers les ténèbres croissantes. Devant la brutalité insensée de l'attaque, Shriver hurlait d'horreur tout en lacérant les serpents à belles dents, tandis que Sessuréa, plus grand, les cinglait de sa queue.
Au moment propice, il enroula ses anneaux autour du corps déchiré de Maulkin et l'arracha au nœud enragé. Il s'enfuit en emportant son chef, suivi de Shriver, trop contente d'abandonner le combat. Les autres ne les pourchassèrent pas. Possédés d'une violence frénétique et venimeuse, ils se retournèrent les uns contre les autres, se provoquèrent en rugissant des insultes. Ils s'entre-déchiraient en proférant des cris inintelligibles. Shriver ne regarda pas en arrière.
Un peu plus tard, elle oignait de son propre mucus cicatrisant la chair meurtrie de Maulkin, "Ils ont oublié, déclara-t-il. Ils ont complètement oublié qui ils sont. Il y a trop longtemps, Shriver. Ils ont perdu jusqu'à la moindre bribe de souvenir, ils sont sans but." Il grimaça quand elle rabattit un lambeau de peau qu'elle recolla avec une couche de mucus. "Ils sont ce que nous allons devenir.
- Silence, lui dit-elle doucement. Silence. Repose-toi." Elle lova étroitement son long corps contre lui, ancra sa queue sur un rocher pour résister au courant. Mêlé à eux, Sessuréa dormait déjà. Ou était-il seulement silencieux et impassible, en proie au même découragement qui rongeait sa compagne ? Oh, pourvu que non ! Il restait à Shriver à peine assez de force pour raffermir sa détermination. Sessuréa ne devrait compter que sur lui-même.