Bas les masques !
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1630, la vengeance de Richelieu
1630, la vengeance de Richelieu
Jean-Michel Riou
Disponible
528 pages
Couverture souple
Réf : 408958
Résumé
Novembre 1630. Une dangereuse cabale se noue contre Richelieu, ministre de Louis XIII. Mais voilà : Antoine Petitbois, jeune espion du Cardinal, courageux, entêté et un brin naïf, veille au grain. La reine mère et ses comparses sont démasqués lors de la fameuse "journée des Dupes". De ce complot, pourtant, l’Histoire ne dit pas tout... 
Pourquoi on l'a choisi
Il y a du Dumas dans ce roman-là ! Intrigues d'alcôve et de cour narrées dans une langue enlevée qui fleure bon le Grand siècle, on suit avec délectation notre apprenti espion des rues pittoresques de Paris aux sombres couloirs du château de Blois. 
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Féru d'Egypte depuis l'enfance, diplômé de l'Institut d'Études Politiques de Paris, Jean-Michel Riou a toujours concilié passions personnelles et écritures. Il est l'auteur de plusieurs romans brillants dont Rendez-vous chez Scylla, Le Secret de Champollion, (Prix du Roman 2005 lors de la Nuit du Livre) et L'Insoumise du Roi-Soleil.
Lu dans la presse
« Écrivain boulimique d'Histoire, Jean-Michel Riou signe ici un roman haletant et piquant comme la pointe d'un fleuret. »

Julia Montfort, Le Point


« Ce roman (...) ressuscite un épisode majeur de l'Histoire de France et une période particulièrement féconde dans de nombreux domaines. Il porte haut les couleurs du thriller historique. »

Sylvie Lainé, L'Indépendant
Extrait

Chapitre 1


Paris, le 20 décembre 1680.

Moi, Antoine Petitbois, je déclare solennellement que le récit rapporté ci-après est la transcription scrupuleuse de la vérité. Ainsi, j'agis sincèrement et, pour en convaincre mon lecteur, j'ajoute que je n'ai nul désir d'obtenir la gloire ou un quelconque profit des révélations suivantes. En confessant l'un des secrets les mieux gardés de Louis XIII, une affaire dont les effets se poursuivent alors que Louis XIV règne en maître depuis la mort de Mazarin¹, je ne cherche ni à me venger ni à me protéger. De même, je renonce à user de ce que je sais pour faire chanter les puissants. Pourtant, je vais révéler les dessous du plus vil complot du siècle, ouvrant ainsi une porte derrière laquelle fourmillent machinations et cabales. Et je donnerai le nom des félons. Et soulèverai le masque des traîtres à la couronne de France.
Je vais donc raconter l'histoire dont on ne doit rien savoir, car elle ferait tanguer le royaume, détruirait ses équilibres, ruinerait la réputation des princes, enverrait sûrement à l'échafaud quelques-uns des seigneurs qui se pressent aujourd'hui autour de ce roi, auguste tel le soleil, et caressent son parti pour mieux l'étouffer. Combien d'hypocrites siègent-ils à ses côtés ? Ce matin encore, j'en comptais dix alors que nous allions en assemblée pour visiter le gigantesque chantier de Versailles, cet ancien relais de chasse chéri par le père de Louis Dieudonné, et qui deviendra bientôt — je le devine à la passion que suscitent les lieux — un palais prodigieux, symbole de la gloire immense du plus grand des monarques².
Ce Versailles qui, à n'en pas douter, fera pâlir Rome, Athènes et Constantinople, j'en connais le dessein — museler la noblesse et la mettre au pas. Et je souris en imaginant le pauvre Colbert, transpirant d'effroi quand il compte ses écus afin de satisfaire le vœu d'un maître tout-puissant ayant décidé d'élever le siège d'un somptueux empire qui, demain, baignera de ses rayons la plus vaste étendue des terres émergées engendrées par le Créateur.

Mais comment moi, Antoine Petitbois, un modeste serviteur dont l'existence ne présente aucun sujet digne d'intérêt, une ombre parmi les ombres, marchant les yeux baissés au cœur de la cour et de ses courtisans, puis-je m'aventurer à prédire tant de choses si importantes ? Ce point, je dois l'expliquer et parler de ma personne. Dieu m'est témoin que ce n'est pas l'orgueil qui me pousse à me raconter davantage, mais l'histoire d'un royaume et d'un roi à laquelle je fus mêlé, à mon corps défendant, sans imaginer qu'un être issu de la condition des plus pauvres accéderait par la volonté bienveillante du cardinal Richelieu à d'incroyables événements dont le commun des mortels n'a pas la moindre idée.
Par où faut-il commencer ? Sans doute en s'attaquant à mon allure générale puisque mon bienfaiteur Armand Jean du Plessis de Richelieu, cardinal, duc, pair de France, ministre de Louis XIII³ en parlait ainsi :
— De quoi vous plaignez-vous   D'être court de jambes, d'afficher un visage cireux, des bras ballants, des yeux éteints, ponctués d'un regard malheureux ? Que vous reprochez-vous ? Votre petite taille, encadrée par un torse malingre ? Remerciez le Ciel d'être inexistant ! C'est pour toutes ces raisons que je vous ai choisi. Ainsi, quand vous entrez dans une pièce, personne ne vous observe. Vous n'attirez pas les regards ; vous devenez invisible, et voilà pourquoi nous nous complétons. Laissez-moi la lumière et ses dangers, et surveillez ceux qui cherchent son éclat. Regardez, épiez, mais surtout rendez-moi compte. Écoutez attentivement et travaillez votre mémoire. Vous devez tout retenir. Gestes, attitudes, grimaces haineuses qu'on fabrique dans mon dos, soupirs exaspérés, coups d'œil malicieux, je veux tout savoir de mon entourage. Aussi, ne cherchez pas à m'écouter, ne me détaillez jamais quand je m'exprime. Ce n'est pas moi qui compte, mais ceux qui rôdent. Dès lors, nous marchons ensemble, moi parlant à mes ennemis sans méfiance, tandis que vous surveillez leur miséricorde4. Oui, nous allons de concert, telles les deux faces d'une même pièce...
Puis Richelieu soupirait, mettant fin à ce qu'il estimait comme le plus grand des compliments, et fronçait le sourcil, déjà tout à sa tâche, impatient de connaître en détail les derniers commérages que j'avais ouï dire sur Gaston d'Orléans, le frère de Louis XIII. Et le pire rival du roi.
Ma modeste personne ne peut seule expliquer comment j'ai su tant de choses que les seigneurs ignorent. Je les ai regardés pendant cinquante longues années. Je les ai écoutés puisqu'ils ne me craignaient pas. Je me suis glissé au cœur de leur monde, progressant pas à pas, avançant avec prudence pour satisfaire la curiosité insatiable du Cardinal, et apprenant ainsi combien il fallait se méfier de ses alliés. Ma conclusion est faite : on n'est jamais trahi que par ses proches. Et c'est d'eux qu'il faut craindre le pire, j'en apporterai la preuve. Ainsi, je sais combien de courtisans et de flatteurs pourraient encore agir contre Louis XIV, s'ils n'étaient pas tenus par la soumission et la peur qui musellent leur féroce appétit de pouvoir et de révolte.

Pour cesser de parler par énigme, il faut me décider à me lancer dans la narration de notre aventure. Mais comment l'entamer ? Il y a tant à dire, tant à raconter pour apprécier à sa juste valeur ce que j'ai décidé d'appeler la Vengeance de Richelieu.
Qu'on me pardonne d'user d'un titre évoquant la fureur, la colère, et qui se mêle peu à la charité, mais, dans cette histoire, la trahison côtoie la haine. Oui, la vengeance, je n'ai guère trouvé mieux pour qualifier ce qui se produisit et apparaît, pour toujours, dans le portrait du Cardinal que produisit Philippe de Champaigne en 16395.
Le visage, l'expression, la tenue se veulent des plus ressemblants et, dans ce regard sombre, ses contemplateurs liront la force et la froideur de l'homme d'État. Sur ce point, je n'ai rien à redire. La reproduction est parfaite, digne de figurer dans la galerie de l'Histoire. Mais que penser de la main gauche du conseiller du roi qui enserre une sorte de feuillet ? Est-ce pour donner plus de noblesse à la pose ? On dissertera, sans doute, à l'infini sur ce morceau de papier, mais, je sais, comme peu d'autres, que dans ces doigts repliés se cache un message. On y trouve écrits des noms, des lieux, des dates et tous copulent avec le démon, et tous justifient la vengeance de Richelieu qui, en affichant ainsi les preuves d'un sinistre complot, adresse à ses auteurs un éternel avertissement et leur rappelle son implacable châtiment. « Je veux qu'ils se souviennent, qu'ils aient peur à jamais et sachent qu'un mot suffit pour les détruire. » Ainsi, dans ce geste, tient tout entier un secret que je m'apprête à faire jaillir du néant, au risque de ranimer l'épouvantable Succube6...
Succube est venu sous ma plume pour m'être rappelé à cet instant Marie de Médicis, car il sera question d'elle, de la mère de Louis XIII, personnage féroce, maîtresse de la cabale qui faillit étouffer la couronne. Dans cette nuit noire, glaciale où j'écris, les ombres que provoque l'éclat de la chandelle me jouent des tours et, soudain, il m'a semblé apercevoir la lourde silhouette de la reine mère, dissertant de bon cœur sur les crimes qui se préparaient. Elle riait cruellement, saluait le plan, applaudissait ses complices, car elle ne fut pas la seule, et son nom n'est qu'un de ceux réunis dans la poigne accusatrice de Richelieu. Que l'on prévoie le pire. Ducs, princes ou marquis, robins et membres du Parlement, tous se mêlent à la reine mère.

Les souvenirs affluent, brouillent mon regard. À l'instant, le Cardinal se montrait pour m'avertir d'un contrecoup funeste. L'intrigue qui menaçait sa personne, celle du roi — et le royaume en entier — venait de rebondir. Nous devons agir, répétait-il. Et je fonçais à corps perdu vers le château de Blois où les conjurés s'étaient réunis... Cette course folle, j'en parlerai, comme du reste, puisque je n'omettrai rien. Ni joies, ni peurs, ni défaites, ni victoires d'une vie dont je n'ai jamais réussi à me lasser. Oui, j'ai connu tant de choses que les hommes, du plus simple au plus grand, ignorent. Ranger, classer, procéder par ordre. J'entame ici l'œuvre la plus considérable de ma vie. La tête me tourne, il faut choisir une méthode. Que me conseillerait le Cardinal ? L'ombre de mon cicérone se penche sur ma table de travail et il me semble sentir son souffle protecteur. « Reprenons par le début », me glisse-t-il dans la nuit.
Et que Dieu me pardonne à son tour, mais pour déclarer ce que je sais, il me faut, en premier, préciser encore d'où je viens et qui je suis.


1. Le cardinal Mazarin meurt le 8 mars 1661. Le 9 mars, Louis XIV se présente en maître au Conseil des ministres et déclare que, désormais, il gouvernera en personne.
2. L'installation de Louis XIV et de la cour au château de Versailles se déroulera le 6 mai 1682. Mais, alors, les « agrandissements » sont loin d'être terminés.
3. Né à Paris le 9 septembre 1585, il meurt le 4 décembre 1642.
4. Lame destinée à achever le gibier.
5. Voir la couverture du livre. Le tableau dont est extrait ce portrait de Richelieu se trouve aujourd'hui au château de Versailles.
6. Démon qui, prenant les traits d'une femme, séduisait les hommes pendant leur sommeil.