L'espace d'une vie
L'espace d'une vie
Barbara Taylor Bradford
992 pages
Couverture cartonnée
Réf : 408914
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Disponible
Résumé
Ni bonne étoile, ni fortune. À quatorze ans, Emma Harte, ne possède rien, qu’une volonté farouche de s’en sortir. Mais à l’aube du XXe siècle, tous les rêves ne sont-ils pas permis ? D’amitiés extraordinaires en passions dévorantes, de folles aventures en honteuses trahisons, la petite servante deviendra bientôt l’une des femmes les plus puissantes d’Angleterre...
Pourquoi on l'a choisi
L'irrésistible ascension d'Emma Harte recommence, et avec elle, l'une des plus inoubliables sagas de ces vingt dernières années. Avec en prime pour inaugurer ce premier volet flamboyant, une préface inédite de l'auteur.  
Moyenne des avis :Les avis des internautesNombre d'avis :6
Le 26 novembre 2009
Que du bonheur
C'est toujours très long à lire, mais c'est un énorme plaisir que de pouvoir avoir une vie de A à Z dans un roman, et surtout une vie aussi trépidante que celle de Emma Harte. J'ai hâte que France Loisirs réédite la suite de ses aventures, je les adore...
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fab
Le 20 octobre 2009
Toujours un bon souvenir
J'ai lu ce roman pour la première fois il y a 20 ans et depuis je le relis de temps en temps et c'est toujours le même plaisir. Je le connais par coeur mais je réagis toujours avec la même force à cette histoire.
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Remarque de marine poupon du 04/05/10
Mais alors pourquoi seulement 2 sur 5 ????
Le 02 janvier 2010
Génial !
Ou comment dévorer 800 pages en 4 jours ? J'adore et je garderai un souvenir impérissable de cette saga !! Merci à madame Bradford.
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mimie64
Le 20 janvier 2010
Quelle vie !!
Emma Harte est un exemple ! Elle a réussi à force d'acharnement et de travail ! C'est magnifique ! Une vie bien remplie avec tout ce qu'il faut d'amour et de trahison !
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violette
Le 06 avril 2010
Eblouissant !!!
Ce livre est pour toute les femmes d'aujourd'hui, battante, amoureuse, ambitieuse... Allez les filles, nous sommes toutes comme Emma Harte !
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Choupynette
Le 11 septembre 2010
Magnifique
Une héroïne comme on les aime, battante, ambitieuse et amoureuse. À force d'acharnement tout lui réussi. Une femme d'aujourd'hui dans l'Angleterre du début du siècle dernier que le destin a essayé de détruire. Sans jamais baisser les bras, Emma a su tirer son épingle du jeu. Tout simplement magnifique. Comptez-vous rééditer "Accroche-toi à ton rêve" et "L'héritage d'Emma Harte"? tomes 2 et 3 de la célèbre saga de Mme Bradford ?
Réponse du modérateur : Votre question est posée et je vous transmets la réponse dès qu'elle me parvient.
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Née à Leeds, dans le Yorkshire en 1933, Barbara Taylor Bradford connaît une brillante carrière de journaliste en Angleterre. En 1963, elle épouse le producteur de cinéma Robert Bradford et le suit aux États-Unis.
Son premier roman, L'espace d'une vie, paraît en 1979. Aujourd'hui, ses romans, vendus à plus de 80 millions d'exemplaires dans le monde, sont traduits dans plus de 90 pays. Plusieurs d'entre eux sont adaptés à la télévision américaine.
Barbara Taylor Bradford fait partie de ces rares auteurs dont les romans savent tenir en haleine des millions de lectrices. Elle est, avec Colleen McCullough et Danielle Steel, une des grandes stars du roman sentimental. Citons entre autres :
    Accroche-toi à ton rêve
    Un amour secret
    Pouvoir d'une femme
    Trois semaines à Paris
    L'héritage d'Emma Harte
    Jamais je ne t'oublierai
    Quand le destin bascule
    Les voix du cœur
    Angel, mon amour
    À force d'aimer
    L'amour est ailleurs
Extrait

1


Le Lear-Jet venait de crever le plafond de nuages et Emma Harte recula, éblouie par le soudain éclat du soleil. Le bleu du ciel lui tira un léger cri de surprise : c'était précisément le ton d'un ciel de Turner, celui du grand paysage accroché au-dessus de la cheminée dans le petit salon de Pennistone. Un ciel du Yorkshire au printemps, quand le vent du matin a débarbouillé la lande de ses brumes.
Son expression sévère s'adoucit d'un sourire. Car Emma Harte avait toujours plaisir à évoquer Pennistone, cette grande bâtisse à allure de château, sa maison. Dressée sur l'austérité de la lande comme un monument indestructible, œuvre de quelque architecte surnaturel, c'était pour elle le symbole de la pérennité, un refuge au milieu des dangers. C'était son foyer, son refuge. Il y avait trop longtemps, six semaines déjà, qu'elle s'en était éloignée. Dans moins d'une semaine, elle serait de retour à Londres. À la fin du mois, au plus tard, elle retrouverait son cher Pennistone, se laisserait envelopper de son atmosphère apaisante et immuable, du charme de ses jardins. Elle pourrait surtout s'y entourer de l'amour de ses petits-enfants.
Rassérénée, elle se détendit tout à fait. La tension nerveuse qui, ces derniers jours, ne lui avait laissé aucun répit se dissipait peu à peu. La bataille qui avait fait rage pendant l'assemblée extraordinaire de Sitex Oil Corporation of America, dont elle était la principale actionnaire, l'avait à ce point épuisée qu'elle se réjouissait presque de retrouver le calme, pourtant tout relatif, de ses bureaux de New York. Ce voyage à Houston avait été un calvaire. Elle devenait trop vieille pour courir le monde en avion et se battre comme un jeune homme... À peine formulée, elle chassa cette pensée : même pour un instant, Emma Harte ne pouvait accepter la faiblesse, encore moins la défaite. C'était indigne d'elle. Trop vieille ? Allons donc ! Il lui arrivait parfois de ressentir la fatigue, une certaine lassitude. Mais surtout quand elle avait des imbéciles en face d'elle ! Et Harry Marriott, président de la Sitex, en était un, dangereux comme tous les imbéciles. Le problème était maintenant réglé, à quoi bon s'y attarder ? Mieux valait préserver ses forces pour les consacrer à l'avenir. Lui seul comptait.
Elle se redressa sur son siège, déjà impatiente de se tourner vers une occupation utile. Quand il s'agissait de ses affaires, sujet qui l'occupait tout entière, Emma Harte ignorait la fatigue, méprisait le sommeil et trouvait toujours en elle d'inépuisables ressources d'énergie. Assise très droite, presque raide, les chevilles croisées, la tête dressée, il émanait d'elle une dignité impérieuse et une puissance de caractère impossible à méconnaître, qui semblait s'exprimer dans l'éclat métallique de ses yeux verts. D'un geste machinal, elle lissa son impeccable chevelure argentée, tira sur un imaginaire faux pli de son élégante robe de laine gris foncé, dont la sévérité n'était adoucie que d'un rang de perles et d'une discrète broche d'or rehaussée d'émeraudes. Redevenue pleinement elle-même, prête à affronter le monde, Emma Harte eut un mince sourire de contentement.
En face d'elle, dans la confortable cabine du Lear-Jet mis à leur disposition par la Sitex, sa petite-fille Paula était plongée dans des dossiers et prenait des notes en prévision de la semaine que les deux femmes allaient passer à New York. Emma la regarda avec attendrissement. Ce matin, pensa-t-elle, Paula a l'air fatigué, les traits tirés. Je la mène peut-être trop dur... Mais non, se dit-elle, Paula est jeune. Elle peut bien supporter un peu de surmenage de temps en temps.
Elle attira son attention et lui sourit :
— Paula, ma chérie, veux-tu demander au steward qu'il nous prépare du café ? J'en ai grand besoin, ce matin.
La jeune fille releva la tête. Sans être jolie au sens classique, elle avait une beauté tout en contrastes : une chevelure lisse, très noire ; un visage un peu allongé, aux pommettes saillantes et au front large ; des traits irréguliers mais vifs et expressifs, avec un menton volontaire qui rappelait celui de sa grand-mère ; un teint clair et lumineux. Et surtout des yeux immenses, d'un bleu si profond qu'ils en prenaient des reflets violets.
— Bien sûr, grand-mère ! répondit-elle en souriant. J'en prendrai volontiers moi aussi.
Elle se leva pour se diriger vers l'avant de l'appareil et Emma la suivit des yeux. Une longue silhouette souple, aux mouvements pleins d'aisance. L'allure d'un pur-sang, se dit-elle avec fierté. Paula était la préférée de ses petits-enfants, la fille de Daisy, qu'Emma avait toujours mieux aimée que ses autres enfants.
Paula incarnait ses rêves et ses espoirs. Très tôt, des liens particuliers s'étaient noués entre l'enfant et sa grand-mère. Toute jeune encore, Paula avait manifesté une attirance peu commune chez un enfant de cet âge pour les affaires de sa famille. Sa distraction favorite était d'accompagner Emma à son bureau et de la regarder travailler. Dès l'âge de quatorze ans, Paula provoquait l'étonnement de sa grand-mère par sa compréhension des questions les plus complexes. Secrètement ravie de telles dispositions, dont aucun de ses enfants n'avait fait preuve, Emma s'était efforcée de refréner son enthousiasme de crainte qu'il ne s'agît que d'un feu de paille juvénile. Il n'en avait rien été et la précocité de Paula ne fit que se renforcer avec le temps. À dix-huit ans, elle refusa d'aller « perdre son temps » dans un de ces pensionnats chics où la Suisse transforme les jeunes filles fortunées en ladies de la « jet-society » : elle préférait se mettre immédiatement au travail avec sa grand-mère.
Au cours des années suivantes, Emma prit Paula en main avec une exigence qu'elle n'imposait à aucun de ses subordonnés. Cet apprentissage porta ses fruits. À vingt-trois ans, Paula était si bien familiarisée avec les moindres rouages de Harte Enterprises, elle possédait une maturité et une sûreté de jugement tellement au-dessus de son âge qu'Emma lui avait confié un poste clef à la vive indignation de Kit, l'aîné de ses fils. Devenue l'adjointe de sa grand-mère, Paula était au courant de toutes ses affaires et recevait ses confidences sur les problèmes familiaux les plus épineux, situation que son oncle jugeait intolérable.
Paula revint à sa place, reprit ses dossiers. Les deux femmes échangèrent quelques commentaires sur les résultats du magasin de New York, récemment réorganisé par Emma. Cela lui permit de constater à nouveau les qualités de jugement de sa petite-fille. Avec Paula, se dit-elle, l'avenir est assuré.
Emma chaussa ses lunettes et parcourut une dernière fois l'épais dossier Sitex, dont la lecture lui tira des sourires désabusés. Il lui avait fallu trois ans de luttes, de ruses et de louvoiements pour arracher enfin la direction générale à Harry Marriott et le remiser sur la voie de garage d'une présidence honoraire où il serait inoffensif. Avec l'appui du conseil d'administration et malgré les supplications de Harry, elle avait réussi à le chasser de son fauteuil pour y asseoir son candidat. Sitex Oil était sauvée, mais Emma ne tirait aucun plaisir de sa victoire. La bataille avait été trop dégradante.
Elle referma son dossier, but quelques gorgées de son café et regarda pensivement Paula.
— Paula, ma chérie ? lui dit-elle.
La, jeune fille releva les yeux.
— Maintenant que tu as assisté à plusieurs assemblées et conseils de la Sitex, crois-tu pouvoir t'en occuper seule ?
Paula ouvrit des yeux étonnés :
— Moi, seule là-bas ? C'est m'envoyer à l'abattoir ! Vous ne parlez pas sérieusement, grand-mère !
— Je ne plaisante jamais sur ces sujets-là, répondit Emma avec une moue agacée.
La jeune fille ne répondit pas et, pendant le long silence qui suivit, Emma l'observa attentivement. Aurait-elle peur ? se demanda-t-elle. Me serais-je trompée sur son compte, va-t-elle se révéler aussi faible, aussi indécise que les autres ?
— Naturellement, reprit-elle, je ne compte pas t'y envoyer seule avant que tu ne sois toi-même convaincue, comme je le suis déjà, d'en être parfaitement capable.
Paula posa ses dossiers, se carra dans son siège et dévisagea sa grand-mère avec fermeté :
— La question n'est pas là, grand-mère. Croyez-vous qu'ils m'écouteront avec le respect que vous leur imposez ? Non, tous ces hommes me feront des sourires condescendants et me traiteront comme une gamine sans importance. Je ne suis pas vous et ils le savent.
Emma eut un sourire amusé. Ce qu'elle avait pris pour de la pusillanimité n'était, en fin de compte, qu'une poussée de vanité toute féminine... Cela ne ressemblait pourtant pas au caractère de Paula.
— Je n'ignore pas ce qu'ils pensent de toi, répondit-elle en reprenant son sérieux. Mais tu sais comme moi qu'ils se trompent. Je comprendrais que leur attitude te vexe. À ton âge, ma croix la plus lourde à porter était précisément de me trouver en butte aux exaspérantes manifestations de la prétendue supériorité masculine. Pourtant, d'être toujours sous-estimée, traitée comme une petite femme sans conséquence a constitué mon avantage le plus décisif et j'ai vite appris à m'en servir, crois-moi ! Vois-tu, ma chère enfant, devant nous autres faibles femmes, ces messieurs baissent leur garde, commettent des erreurs et des négligences dont nous n'avons plus qu'à profiter. Combien de fois m'ont-ils ainsi offert des victoires inespérées...
— Peut-être, grand-mère, mais...
— Pas de mais, Paula ! Je sais ce dont tu es capable et je te connais sans doute mieux que toi-même, ma chérie, dit-elle en souriant. N'oublie jamais que ce qui compte, dans la vie, ce n'est pas ce que les autres pensent de toi. L'important, c'est de savoir ce qu'on est et ce qu'on vaut. L'aurais-tu déjà oublié ?
Paula secoua la tête sans répondre.
— Après ma mort, reprit Emma, tu auras pour toi autre chose que tes seules qualités. Partout où tu iras, tu inspireras aux autres le respect qu'ils m'accordent aujourd'hui. Car tu détiendras alors une arme que nul au monde ne peut mépriser : le pouvoir. Je ne te parle pas simplement d'argent ni de fortune, il s'agit de bien autre chose. Le droit de décision sans appel que confère la majorité des actions. Cela, ma petite, personne n'ose le discuter, pas même les mufles de la Sitex ! Cette puissance-là compte bien plus que la fortune seule. De l'argent, il en faut, bien entendu, pour se loger, se nourrir, se vêtir, mais une fois l'essentiel assuré, l'argent ne compte plus. Il devient un outil, un moyen d'acquérir le pouvoir. Et il est faux de prétendre que le pouvoir corrompt. Il n'avilit que ceux qui en font mauvais usage et sont prêts à ramper pour le conserver. Bien exercé, le pouvoir peut au contraire ennoblir celui qui le détient.
Paula écoutait sa grand-mère avec fascination. Emma Harte avait soixante-dix-huit ans. Une vieille dame... Elle ne portait pourtant aucun des stigmates de l'âge et n'avait rien perdu de son extraordinaire vitalité. Serait-elle capable, elle, sa petite-fille, de l'égaler un jour ?
— Vous avez raison, grand-mère, répondit-elle enfin. Le spectacle de ces gens et de leur bassesse m'avait sans doute déprimée. Non, avec ou sans le pouvoir dont vous venez de parler, je n'ai pas peur d'eux. Ce que je craignais, ce que je crains encore, c'est de n'être pas digne de vous, d'échouer...