Le péché des anges
Le péché des anges
Charlotte Link
368 pages
Couverture souple
Réf : 408133
Avec ce livre, cumulez 10 Points Club
Au lieu de 19,00  (prix public)
Disponible
Résumé
Maximilian et Mario sont des jumeaux parfaits. Le premier est interné depuis six ans dans un hôpital psychiatrique. Quel crime a-t-il commis ? Nul ne le sait... Lorsque Mario lui annonce qu’il part séjourner seul dans leur maison de famille, Maximilian panique. Pourquoi ce voyage le bouleverse-t-il autant ? Il décide de s’échapper de l’hôpital...
Pourquoi on l'a choisi
Deux visages d’ange mais un passé terrifiant... La reine du thriller psychologique nous entraîne au cœur d’une abominable histoire de famille.
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Moyenne des avis :Les avis des internautesNombre d'avis :5
sinnamary74
Le 04 décembre 2011
Le peché des anges
Une histoire simple et prévisible mais le style agréable de l'auteur permet de passer un agréable moment !
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Le 20 décembre 2011
Belle découverte
Chacun des personnages est bien décrit (sans pour autant qu'on ait le droit à d'interminables descriptions), le style d'écriture est appréciable parce qu'on s'y retrouve facilement entre les différents protagonistes, les différents lieux... Chaque personnage est clairement identifié... Une histoire bien ficelée... Effectivement on se doute quelque peu de l'intrigue mais on a envie de connaitre la fin pour vérifier (ou non) et comprendre... Pour ma part, vite lu car une fois dedans j'avais du mal à décrocher...
Il n'y a pas de commentaire associé à cet avis.
NKoncept
Le 05 mars 2012
Pas terrible....
Je n'ai pas du tout accroché à ce livre qui à mon goût est très prévisible et ce dès le début du livre, le livre tarde à démarrer, je me lassais vite et il me tardait donc de le finir pour pouvoir passer à autre chose.
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cara
Le 24 avril 2012
Sympa mais sans plus
Livre plutôt sympa mais loin des grands livres à suspense. Intrigue vite découverte.
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manourobert
Le 30 janvier 2012
Le péché des anges
Histoire trop prévisible, facile à lire.
Il n'y a pas de commentaire associé à cet avis.
Charlotte Link est née en 1963. Elle a publié son premier roman quand elle n'avait que 19 ans, depuis, elle est devenue l'un des auteurs les plus connus en Allemagne.
Ce sont surtout ses romans historiques et ses thrillers psychologiques qui se trouvent régulièrement sur les listes des best-sellers, mais elle écrit également des nouvelles, des livres pour enfants ou des articles. Elle a publié entre autres :
    Le Sceau du secret
    La Maison des sœurs
    Les Roses de Guernesey
    Illusions mortelles
    L'Invité de la dernière heure
    Le Poids du passé
    Le Soupirant
Charlotte Link vit en Allemagne, près de Francfort.
Autres titres de Charlotte Link
Extrait

Jeudi 25 mai 1995


Le patron lui expliqua fièrement que le Ringelstone Inn avait été construit en 1533, et qu’il avait été transformé en pub au XVIIe siècle. Depuis, presque rien n’avait changé. Le plafond, très bas, reposait sur de grosses poutres noircies par la suie, les murs enduits de chaux étaient percés de minuscules fenêtres dont les vitres en authentiques culs de bouteille étaient serties au plomb. Une cheminée monumentale et un feu crépitant accueillaient les clients dès la porte franchie. Pour passer d’une pièce à l’autre, il fallait baisser la tête et veiller à ne pas trébucher sur une marche inattendue ou une dalle mal ajustée. Bancs, chaises et tables étaient serrés les uns contre les autres, d’antiques suspensions pendaient du plafond. Personne n’aurait été véritablement surpris par l’arrivée d’Oliver Cromwell en bottes à revers, chapeau à plume et long manteau noir flottant au vent, venu débusquer quelques royalistes cachés dans les tréfonds de l’auberge.
Des chevaux auraient moins déparé les abords de l’auberge qu’un parking bitumé et des voitures, songea Janet.
Cela faisait quelques heures, déjà, qu’il lui semblait évoluer dans une autre époque. Peu avant Rochester, elle avait quitté la route de Douvres et bifurqué vers le sud. Elle avait dès lors traversé des villages idylliques que le temps semblait avoir oubliés, des maisons élisabéthaines silencieuses, entourées de vieux murs couverts de mousse, des jardins envahis par la végétation où les arbres formaient des voûtes de branches et de feuillage qui surplombaient la chaussée. En découvrant sur les panneaux indicateurs la proximité de la côte, elle avait réalisé qu’elle n’avait rien mangé depuis la chiche collation matinale qui lui avait été servie dans l’avion. Elle avait décidé de quitter la route principale pour sillonner la campagne, espérant trouver une auberge. C’était une belle soirée de mai. Il avait plu toute la journée sans discontinuer, mais le ciel s’était soudain dégagé et le soleil inondait maintenant de ses rayons la terre détrempée et fumante. Janet avait toujours aimé le Kent, mais elle s’était rarement sentie aussi envoûtée par ses paysages que ce soir-là. Ses soucis avaient fui avec les nuages. Elle serait pour quelques heures une femme sans passé ni futur, sans obligations ni attaches. Personne ne savait où elle était, personne ne pouvait attendre ou exiger quelque chose d’elle.
Quand elle était descendue de voiture devant le Ringelstone Inn, la fraîcheur de l’air l’avait surprise, mais il y avait longtemps qu’elle n’avait pas eu si chaud au cœur.
— Sans doute que vous allez à Folkestone ? s’enquit l’aubergiste.
Janet secoua la tête.
— Non. Je pense rentrer à Londres ce soir.
Elle frotta ses bras nus et désigna du menton la table restée libre, près de la cheminée.
— Je peux m’asseoir là ?
— Bien sûr !
L’aubergiste lui avança une chaise avec empressement. Janet s’assit. La cheminée dégageait une telle chaleur qu’elle n’y résisterait sans doute pas plus d’une demi-heure, mais elle allait pouvoir se réchauffer et, avec un peu de chance, faire sécher ses chaussures. Elle laissa son regard errer sur la salle. La clientèle se composait pour l’essentiel d’hommes, vraisemblablement originaires des villages alentour. Ils buvaient de la bière en discutant de politique ou des prochaines récoltes. Personne ne faisait attention à Janet. Son sentiment de bien-être s’intensifia. Elle commanda de la poule au riz avec un verre de ginger ale et se jeta sur son repas comme une affamée. La dernière bouchée avalée, elle s’accorda une part de gâteau qu’elle engloutit avec le même appétit. Elle souffrait depuis des années de troubles de l’alimentation, notamment de vomissements incoercibles, mais, aujourd’hui, elle sentait qu’elle n’avait rien à redouter.
Quand son café arriva, elle alluma une cigarette et l’aubergiste se joignit à elle. Il avait visiblement envie de papoter et ne trouva rien de mieux que d’attirer son attention sur le temps pour entamer la conversation.
— Il devait faire meilleur, là d’où vous venez…
Janet fronça les sourcils.
— Vous êtes habillée comme en plein été, ajouta-t-il en manière d’explication.
Janet baissa les yeux sur ses vêtements. Un pullover en coton à manches courtes, une jupe légère, des chaussures en nubuck mouillées. Elle rit.
— J’arrive de Hambourg. Ce matin, quand j’ai pris l’avion, il faisait vraiment chaud.
— Hambourg ? Mon père y est allé après la guerre !
— Vraiment ? fit Janet.
Le sourire de l’aubergiste s’élargit comme s’ils venaient de se découvrir un ancêtre commun. Elle se sentit obligée d’ajouter :
— Mais je suis anglaise.
— Ah, et depuis combien de temps vivez-vous en Allemagne ?
— Vingt-cinq ans. J’ai épousé un Allemand. Un quart de siècle !
Elle était partie à dix-huit ans. Trop jeune pour savoir ce qu’elle faisait.
— Et à présent vous rendez une petite visite au pays, dit l’aubergiste. C’est bon de revenir à la maison, pas vrai ? Vous êtes de la région ?
— Non. Je suis de Cambridge. À vrai dire, j’avais prévu d’aller à Édimbourg aujourd’hui.
— Oh…
L’aubergiste eut l’air surpris. Comment pouvait-on se retrouver au sud-est de l’Angleterre, à Ringlestone, entre Maidstone et Canterbury, quand on voulait se rendre en Écosse ?
Janet regarda sa montre.
— Mon avion pour Édimbourg décolle de Heathrow dans dix minutes, dit-elle d’un ton paisible.
— Eh bien, je crois que vous n’allez pas réussir à l’avoir, celui-là ! répliqua l’aubergiste avant de rire, vaguement gêné.
Il commençait à se rendre compte que quelque chose clochait chez cette femme. Il n’aurait pas su dire ce qui lui donnait cette impression, mais elle avait quelque chose… Elle paraissait détendue, et cependant il aurait juré qu’elle avait peur. Son angoisse était presque palpable.
— Bah, reprit-il d’un ton mal assuré, il y a des vols pour Édimbourg tous les jours, s’pas ? Vous pourrez toujours prendre l’avion demain.
— Je crois, dit Janet, que je ne prendrai aucun avion.

Au fond, elle avait déjà pris sa décision ce matin, à dix heures, lorsqu’elle avait posé le pied sur le tarmac de l’aéroport de Londres. Elle s’était arrangée pour se ménager une escale de onze heures entre les deux vols. Ainsi, avait-elle expliqué à son mari, elle aurait du temps pour faire un grand tour de Londres.
« Comme si tu ne connaissais pas Londres comme ta poche ! avait répliqué Phillip. Qu’est-ce que tu veux voir de plus ?
— Il y a longtemps que je n’y suis pas allée. Je veux simplement respirer la ville, la renifler, la sentir. »
En vérité, elle comptait sur ces onze heures pour réfléchir au meilleur moyen d’éviter le voyage à Édimbourg.
Le « grand tour » de Londres était resté à l’état de projet. Il tombait des cordes et la pluie paraissait plus disposée à redoubler qu’à décroître. Janet avait fini par se réfugier chez Harrod’s, où elle s’était laissé entraîner dans les étages. Elle avait acheté du thé, de la marmelade d’orange et des cookies pour Phillip, une montre Swatch pour Mario… Elle avait sacrifié une livre pour accéder au luxe des toilettes en dorures et marbre du premier étage et s’y rafraîchir. L’image que lui avait renvoyée le miroir l’avait déprimée. Ses cheveux mouillés formaient une masse indomptable de boucles rebelles, son teint était blafard, presque cadavérique. Elle s’était arrangée tant bien que mal avec un tube de rouge à lèvres et du fard à joues, mais son air triste et préoccupé refusait de s’effacer. Il lui fallait un remontant. Elle était descendue au sous-sol, avait bu deux coupes de mousseux accoudée au comptoir de la cafétéria et s’était sentie suffisamment requinquée pour retourner à l’aéroport, y louer une voiture et mettre le plus de kilomètres possible entre la capitale et elle. La conduite à gauche lui avait donné tout d’abord quelques sueurs froides qui s’étaient dissipées sur l’autoroute et, quand elle avait quitté celle-ci pour les petites routes du Kent, elle était parfaitement à son aise.
Tu n’es pas obligée de prendre l’avion si tu ne le veux pas. Personne ne peut t’obliger à faire ce que tu ne veux pas faire, se répétait-elle tout en conduisant.
Elle ne cessait de retourner ces deux petites phrases dans sa tête, mais elle aurait voulu avoir assez de force de caractère pour annuler franchement son vol, au lieu de se trouver des prétextes pour manquer l’embarquement.
— Tu resteras toujours cette petite fille qui ne veut pas assumer ses actes, murmura-t-elle d’un ton amer.
Au moins sa lâcheté lui avait-elle valu une belle journée. Elle avait parcouru la campagne anglaise et découvert un pub merveilleux. Cela lui rappelait l’époque où elle fréquentait Andrew. Il leur arrivait souvent de partir au hasard des routes et de poser leurs valises là où l’envie les prenait de s’arrêter, la plupart du temps loin de toute civilisation. L’aubergiste, qui s’était éclipsé un instant, revint avec deux petits verres de brandy.
— De la part de la maison. À votre santé !
Janet trinqua avec lui. Ils vidèrent leurs verres d’un trait.
— Quand rentrez-vous en Allemagne ? demanda l’aubergiste.
Janet haussa les épaules.
— À priori demain. Mais peut-être que…
Elle laissa sa phrase en suspens et changea de sujet.
— L’auberge vous appartient ?
— Non, non. Je n’en suis que le gérant. J’habite à Harrietsham.
— Ah.
— Je suis marié et j’ai cinq enfants, se rengorgea-t-il. Et le sixième est en route !
Un frisson d’horreur parcourut Janet mais elle n’en laissa rien paraître.
— J’ai toujours voulu avoir beaucoup d’enfants, expliqua-t-il. Vous en avez ?
— Oui. Deux.
— Garçons ? filles ?
— Deux garçons. Des jumeaux.
— Des jumeaux ! s’exclama l’homme avec ravissement. On n’a pas encore réussi ça ! Quel âge ont-ils ?
— Vingt-quatre ans.
— Allons, c’est une blague ! Vous êtes bien trop jeune pour avoir des enfants de cet âge !
Janet sourit.
— Merci. J’avais dix-neuf ans quand ils sont nés.
— Et ils se ressemblent beaucoup ?
— Oui, beaucoup. Moi, je sais les différencier, bien sûr. À quelque chose dans leurs yeux, à leur façon de rire… Je ne les confonds jamais. Mais je suis la seule. Même leur père se trompe, et ils ne se sont pas privés de le faire marcher.