Loup
Loup
288 pages
Couverture cartonnée. 25,5 x 34 cm. Photos
Réf : 407088
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Résumé
Nicolas Vanier est célèbre pour ses expéditions dans le Grand Nord canadien et la taïga sibérienne. Loup, qui suit le roman, accompagne la sortie du film éponyme.
À travers l’histoire de Sergueï, c’est le rêve de Nicolas qui prend forme : enfin il peut présenter cet animal qui l’a toujours fasciné. Les photos époustouflantes vous replongent dans l’atmosphère grandiose et émouvante du film. Un très beau cadeau pour tous !
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LE FILM

Sergueï est un Évène, un de ces nomades éleveurs de milliers de rennes qui vivent dans les montagnes de la Sibérie orientale. Dès son plus jeune âge, Sergueï a appris à chasser et à abattre les loups sans état d'âme, jusqu'au jour où sa rencontre avec une louve et ses quatre adorables louveteaux va bouleverser toutes ses certitudes ils sont si beaux... À cet instant sa vie bascule. Malgré l'interdit, le jeune garçon et les louveteaux vont mutuellement s'apprivoiser. Pour protéger ceux qu'il considère comme ses loups, Sergueï transgresse les lois millénaires de son peuple, trahit son père et son clan. Par amour, il partage ce lourd secret avec la belle Nastazia. Dans l'insouciance de sa jeunesse, il a l'espoir d'arriver à concilier les deux pans de sa vie. Mais c'est oublier l'instinct de prédateur du loup...

De cette histoire émouvante, née de sa rencontre avec les Évènes et les loups, Nicolas Vanier a tiré un roman, puis un film extraordinaire.
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Extrait

Introduction

Enfant puis adolescent, j'avais un rêve, tenace, celui d'un jour traverser un pays dont on disait pourtant beaucoup de choses effrayantes : terre de goulag, enfer glacé, désert de roc et de neige, froidure mortelle... La liste est longue des termes employés et répétés par tous les voyageurs et autres déportés pour décrire cette terre des extrêmes : la gigantesque et fascinante Sibérie.
Elle me faisait rêver parce qu'elle était inaccessible, interdite aux étrangers. Et moi, j'étais un enfant attiré par ce qui se cache derrière la seule porte de la maison fermée à double tour... Mais, si braver l'interdit a contribué à nourrir ma fascination pour la Sibérie, il faut chercher ailleurs les véritables fondements de cette passion.
Sauvage, démesuré, extrême et mystérieux : voilà les adjectifs que je retenais de ce pays, au fur et à mesure que je dévorais tous les livres que je pouvais me procurer sur ces contrées lointaines.
Puis, après la mort de Brejnev, Gorbatchev et la Perestroïka sont arrivés et le pays a commencé à s'ouvrir, tout doucement. Je me suis rué dans la brèche avec l'opiniâtreté qui me caractérise quand il s'agit de donner corps à mes rêves. Je suis de ceux qui préfèrent vivre leurs rêves plutôt que de rêver leur vie...
Mais, malgré la Perestroïka et ses promesses d'ouverture au monde, les autorités m'ont clairement fait comprendre que le projet que je dessinais sur une carte était irréalisable. Je voulais traverser, de part en part, du sud au nord, la Sibérie interdite : celle des goulags et des déportations en tout genre. L'ambassadeur de l'URSS de l'époque, harcelé et excédé par mes demandes réitérées, m'a finalement envoyé au diable en m'avertissant que même le ministre des Affaires intérieures n'avait pas le pouvoir ni l'autorité pour délivrer une autorisation de la sorte, encore moins à un étranger !
Qu'à cela ne tienne, me suis-je dit. Mikhaïl Gorbatchev détient ce pouvoir-là ! Il ne me restait plus qu'à le contacter. Ce qui n'est pas simple quand on est, comme je l'étais alors, inconnu et dépourvu de relations, à quelque échelon que ce soit, au sein des gouvernements français et soviétique.
Pourtant, en cherchant bien, je trouvai quelqu'un qui connaissait quelqu'un qui connaissait... le président François Mitterrand. En voisin, puisqu'il habitait Château-Chinon, son fief. J'y allai au culot, traversant dans ma vieille 4L une grande partie de la France pour le rencontrer et lui raconter mon rêve.
Cet ami de François Mitterrand s'était imposé une règle : ne jamais utiliser sa relation avec le Président pour servir ses intérêts ou ceux de ses amis. Mais il fit, pour moi, une exception.
J'envoyai une lettre au Président, qui me fit recevoir par l'un de ses conseillers à l'Élysée. S'ensuivit un coup de téléphone de François Mitterrand à Mikhaïl Gorbatchev qui m'autorisa, en personne, à réaliser le rêve impossible : traverser pendant un an et demi la Sibérie (avec de surcroît un port d'arme : inimaginable à l'époque), depuis la Mongolie jusqu'à l'océan Arctique. Sept mille kilomètres de taïga, de toundra et de montagnes.

MON RÊVE : CETTE FASCINANTE SIBÉRIE
L'expédition commença à cheval pendant quatre mois, puis se poursuivit dans une barque pour remonter l'immense lac Baïkal. Ensuite, c'était avec des chiens de traîneau que je me proposai de progresser vers le nord à travers les montagnes de Yakoutie. Parvenu sur les rives du fleuve Léna, je continuai mon voyage sur les routes de glace avec des poneys, alors que le thermomètre affichait souvent des températures proches de -60 °C !
Au terme d'une année de voyage, inoubliable et riche en émotions, j'arrivai aux abords de la grande ville de Yakoutsk. De là, j'aurais pu suivre tranquillement le fleuve Léna en canoë et me laisser porter jusqu'au but de mon voyage : l'océan Arctique. Mais le but de mon voyage n'était pas une destination.
Persuadé que le temps que l'on gagne en voyage est celui que l'on perd en chemin, je lorgnais en direction de cette immense chaîne de montagnes qui s'étend sur des milliers de kilomètres carrés, à l'est et au nord de la Yakoutie.
J'étais venu en Sibérie pour m'imprégner de ce pays, pour tenter de le comprendre de l'intérieur, en vivant la succession des saisons. Pour ce faire, je n'avais utilisé que des moyens de déplacement traditionnels, ceux qui permettent de vivre en harmonie avec les territoires traversés, en les respectant. Ne pas effectuer de détour par ces montagnes qui m'attiraient irrésistiblement était inenvisageable.
À l'époque, on ne trouvait aucune carte de la région. Ces montagnes sauvages à l'extrême n'étaient peuplées que par quelques nomades dont on ignorait tout sinon qu'ils voyageaient d'alpages en alpages, été comme hiver, avec leurs hardes de rennes. On ne pouvait obtenir aucune autre information.
Les rares personnes qui n'ignoraient pas leur existence répondaient, en haussant les épaules : « On ne sait rien. Ils vivent là-haut, loin d'ici. Personne ne les croise jamais. Ce sont des ignares sans intérêt. »
Exactement ce qu'il faut dire pour m'inciter à aller là où mon instinct me pousse.
Et c'est ainsi que, quelques semaines plus tard, à dos de poney, perdu en pleine montagne, de la neige jusqu'au poitrail, j'ai trouvé un petit campement d'Évènes.
C'est comme cela qu'a commencé l'une des plus belles histoires de ma vie en Nord.

LES ÉVÈNES : LE PEUPLE DU BONHEUR
Soudain, au contact de ces voyageurs du froid, nomades des montagnes, j'ai eu la sensation d'avoir remonté le temps, d'avoir trouvé ce que je recherchais inconsciemment depuis si longtemps en territoires indiens et inuits, dans le Grand Nord canadien, en Alaska, en Laponie. Mais dans ces territoires, je n'avais croisé que des peuples malades, sans repères, cherchant en vain par quelle porte entrer dans notre siècle.
Les Évènes vivaient, et vivent encore, à l'écart du monde, de la folie du monde, diront certains. Ils cultivent un art de vivre fondé sur la relation qu'ils entretiennent avec leurs rennes, leur territoire et tout ce qui y vit, dans une harmonie qu'ils comprennent et vénèrent.
Ils sont libres, immensément libres, aussi légers que la neige sur laquelle ils voyagent en hiver. Dénués de tout, ils ont tout. Tout ce qu'il leur faut pour être heureux — ce qu'ils sont assurément. Les enfants, à dos de renne, à la pêche dans les lacs et les rivières, à la chasse dans les montagnes, rient du matin au soir, ivres de cette liberté qui ne connaît pas de frontières. Car leurs montagnes sont infinies. Les vieillards ont des rides qui paraissent des sourires tant ils ont connu de bonheurs, même si le vent, les blizzards et le soleil ont patiné le cuir de ces hommes qui ressemblent à leur pays.
À leur contact, j'ai beaucoup appris. Je connaissais déjà l'hiver et les tempêtes. Je savais lire les empreintes de l'ours, poser des pièges pour capturer ce qu'il me fallait pour manger. Je savais pêcher dans les lacs et les rivières, me diriger sans carte ni boussole.
Mais j'ignorais l'essentiel : ressentir les vibrations de la terre, éprouver du bonheur à la simple observation d'un petit nuage franchissant un col d'altitude, comprendre la lente et inexorable marche des choses de la nature où la mort engendre la vie dans le plus parfait et le plus immuable des équilibres.
Pendant des mois, j'ai voyagé à dos de renne, sur des traîneaux avec les Évènes, dormant là où nous nous arrêtions, sans cesse en voyage dans leur maison : les montagnes.
Puis, j'ai rencontré Nicolaï, le chef d'un clan vivant à l'extrême nord-est des montagnes. Et je suis resté de longs mois avec lui.
Je suis devenu nomade, gardien de rennes, chasseur de mouflons et pêcheur de huchons géants. Avec lui, j'ai visité un cimetière de mammouths, voyagé pendant des semaines vers la rivière Jana d'où je suis finalement reparti pour terminer mon périple.
Avec lui, j'ai chassé les aigles, les ours et les loups, mais surtout, j'ai passé de longues heures à évoquer l'avenir de son peuple, comparant ce que je savais du choc que les Indiens et les Inuits ont subi, à celui que son peuple allait connaître, différemment, mais aux conséquences malheureusement assez prévisibles et similaires.
De ces discussions est née une certitude : dans la longue quête que nous menons tous pour accéder aux seules choses qui importent, le bonheur de vivre et la dignité, le chemin n'est pas celui que tentent d'imposer les pays soi-disant civilisés.
Il en existe d'autres que ces peuples nous montrent en prouvant, si besoin est, que la conjugaison du verbe « être » vaut bien celle du verbe « avoir ».
Avoir, avoir toujours plus, a conduit notre monde dans une impasse. Tous les voyants sont au rouge et nous devons inventer un nouveau système de valeurs, changer de cap. L'observation et la compréhension d'un petit peuple comme les Évènes sont lourdes d'enseignements qui sont autant de promesses pour l'avenir. Ils nous montrent clairement que l'équilibre non seulement est possible avec la nature mais est aussi source d'harmonie.

UN HYMNE À LA NATURE
Une partie de l'histoire de Loup est directement inspirée de ce que j'ai appris et ressenti alors que je partageais la vie des Évènes. L'autre « versant » de ce roman, qui est devenu un film, est le loup.
Le loup m'a, lui aussi, fasciné depuis toujours. J'en ai rencontré beaucoup parce que j'ai longuement et profondément voyagé à travers les vastes étendues sauvages où ils vivent : dans le Grand Nord canadien, en Alaska, en Laponie... Et ces territoires, je les ai traversés avec un véritable « piège à voir des loups » : le traîneau à chiens les attire aussi sûrement que la lumière attire les insectes. Le loup garde jalousement les frontières de son territoire, n'autorisant aucune meute concurrente à les franchir. Ce que font, pourtant, les chiens que je conduis, traversant l'un après l'autre les territoires des loups. Alors, ces derniers approchent, et l'homme qui guide ces « drôles de loups » les aperçoit, souvent, pour son plus grand plaisir.
Si l'homme est là, les chiens ne risquent rien. Les loups, furieux mais inquiets (ils ont peur de l'homme), timides et déçus, repartent. Parfois, ils suivent le traîneau, de loin le jour, d'un peu plus près à la faveur de la nuit...
Le rapport des Évènes avec le loup est étrange. Il est l'ennemi du renne et donc de l'éleveur de rennes. Mais les Évènes cultivent envers ce prédateur un sentiment qui peut paraître paradoxal : fait de respect, d'admiration pour celui qui partage le même territoire, affronte les mêmes froids, traverse les mêmes blizzards.
Avec les Évènes, j'ai chassé (sans jamais vouloir en tuer un seul !) les loups qui menaçaient la grande harde et j'ai compris peu à peu la complexité de leur rapport à cet animal qui leur ressemble.
C'est de là qu'est née cette histoire, celle d'un jeune gardien de la harde, Sergueï, fasciné et séduit par une meute de loups, comme je l'ai été durant toute cette vie où j'ai eu la chance d'en croiser beaucoup, de les observer en train de chasser, de jouer, de traverser à la nage une rivière ou de dormir sur un col baigné de soleil, alors que je gardais les rennes de mon ami Nicolaï...

Ce livre est un hymne à la nature et aux loups en particulier. Il est surtout un hommage rendu aux Évènes. Un témoignage de respect sous forme de remerciement.