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Les Cités des Anciens, tome 2 : Les eaux acides
Les Cités des Anciens, tome 2 : Les eaux acides
Robin Hobb
400 pages
Couverture souple. 11 x 18 cm
Réf : 400653
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Au lieu de 21,90  (prix public)
Disponible
Une fresque haletante
Résumé
Le grand jour se profile : Alise comme Thymara vont enfin se trouver face aux dragons, l'une pour assouvir sa soif de connaissances, l'autre pour les conduire, avec un groupe de jeunes gens comme elle, jusqu'à la légendaire cité des Anciens, Kelsingra. Ce qu'elles ignorent, c'est que cette rencontre changera leur existence. Alise, passagère à bord du Mataf dont le rugueux capitaine, Leftrin, ne la laisse pas insensible, va faire un choix qui met en péril sa réputation et son mariage, et détourne son ami et chaperon, Sédric, d'autres plans, bien arrêtés et beaucoup plus profitables. Thymara, elle, par sa fréquentation des autres jeunes gardiens, porteurs des stigmates du désert des Pluies, devra peu à peu remettre en cause les règles qui régissent sa vie depuis sa naissance. Tous affrontent un trajet long et pénible avec les dragons, où ils découvrent leur vraie nature et apprennent à se connaître face à des adversaires qui habitent parfois au fond d'eux-mêmes.
Moyenne des avis :Les avis des internautesNombre d'avis :2
isban
Le 31 janvier 2012
Les cités des Anciens, tome 2 : Les eaux acides
J'ai lu ce tome facilement, il me tarde le prochain tome afin de continuer l'aventure parmi ces créatures que sont les dragons, il y a de la passion, du courage et de l'amitié, de l'amour qui se profile.
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Althea54
Le 08 février 2012
Vraiment magique !!
Décidément, Robin Hobb a un talent fou pour manier la plume ! J'ai adoré ce livre, très bien écrit et dont l'histoire est passionante ! Les mots sont choisis avec soin et nous envoûtent ! Peut-on savoir quand vont sortir les prochains tomes au catalogue ??
Réponse du modérateur : Le tome 3, "La fureur du fleuve" sera disponible dès le 21 février sur notre site.
Il y a 1 commentaire associé à cet avis.
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Remarque de Althea54 du 08/02/12
Merci beaucoup de votre réponse ! J'ai hâte de l'avoir !!
De son vrai nom Margareth Astrid Lindholm Ogden, Robin Hobb, née en 1952 en Californie, commence à écrire sous le pseudonyme de Astrid Lindholm pour des revues en 1971. C’est L'Assassin Royal, en 1995, qui la sort de l’anonymat en la révélant comme l'un des maîtres de la fantasy américaine. Assise que le retentissant succès des Aventuriers de la mer ne fait que confirmer. Un triomphe qui s’appuie sur une particularité : dans ses sagas, les intrigues familiales et politiques supplantent largement sur l’action déchaînée et les batailles épiques, tout en étant servies par une incroyable intensité dramatique.
Aujourd’hui, mariée à un pêcheur, elle vit à Tacoma, dans l'État de Washington, avec leurs quatre enfants.
Extrait

1

Voyage


Accoudé au bastingage, Leftrin se redressa pour regarder sur le quai la procession qui se dirigeait vers le Mataf. Était-ce l’envoi de Trell ? Il se gratta la barbe et secoua la tête. Deux portefaix poussaient des brouettes chargées de coffres pesants, deux autres les suivaient avec un objet de la taille d’une armoire, et derrière eux venait un homme vêtu de façon plus appropriée pour un thé à Terrilville que pour un périple en gabare sur le fleuve du désert des Pluies : il portait une longue veste bleu marine par-dessus un pantalon gris tourterelle, des bottes noires, et il allait nu-tête. Il avait l’air en bonne forme, à la manière d’un homme qui jouit d’une solide constitution mais n’a jamais acquis la carrure d’un métier particulier ; seule une canne lui encombrait les mains. «  Celui-là, il n’a pas travaillé un seul jour dans toute sa vie », se dit Leftrin.
La femme à son bras paraissait au moins avoir cherché à s’habiller de manière pratique : un chapeau à bord protégeait son visage, et Leftrin supposa que la résille qui y était attachée servait à la défendre contre les insectes. Elle portait une robe vert foncé, dont le corsage ajusté et les manches longues soulignaient une silhouette soignée ; et il estima qu’il y avait assez de tissu dans ses jupes bouffantes pour vêtir une demi-douzaine de femmes de sa taille. De petits gants blancs cachaient ses mains, et il aperçut un pied chaussé d’une jolie bottine noire alors qu’elle s’approchait de sa gabare.
Le coursier était arrivé juste avant que Leftrin ne donnât l’ordre de quitter le quai pour entamer la remontée du fleuve. «  Trell, du Parangon, annonce qu’il a deux passagers qui veulent aller rapidement à Cassaric ; ils vous paieront bien si vous acceptez de les attendre.
— Réponds à Trell que je les attendrai une demi-heure ; ensuite, je m’en vais », avait-il dit au jeune messager, qui avait acquiescé de la tête avant de détaler.
Il avait patienté beaucoup plus qu’une demi-heure, et, maintenant qu’il voyait ses hôtes, il se demandait s’il avait eu raison de les accepter ; il pensait embarquer des habitants du désert des Pluies pressés de rentrer chez eux, non des Terrilvilliens avec tous leurs bagages. Il cracha dans l’eau ; il ne restait plus qu’à espérer qu’ils ne plaisantaient pas lorsqu’ils parlaient de le dédommager convenablement pour son attente. «  La cargaison est là ; fais-la monter à bord, ordonna-t-il à Hennesie.
— Skelli, occupe-t’en, transmit le second au jeune matelot.
— Bien, lieutenant », répondit la jeune fille, et elle sauta sur le quai avec légèreté ; Grand Eider alla l’aider. Leftrin, lui, demeura à sa place à surveiller les passagers qui approchaient. Parvenu au bout du quai, l’homme eut un mouvement de recul visible devant la gabare longue et basse amarrée devant eux. Le capitaine rit sous cape en le voyant regarder de tous côtés, espérant manifestement qu’un autre bateau les attendait pour les conduire à destination. De la dentelle ! Ce godelureau avait de la dentelle au col de sa chemise et aux poignets ! À cet instant, il leva les yeux vers Leftrin et prit une expression neutre.
«  Est-ce le Mataf ? demanda-t-il avec une sorte d’accablement.
— C’est bien ça. Et moi, je suis le capitaine Leftrin. Vous devez être mes passagers qui veulent aller rapidement à Cassaric ; bienvenue à bord. »
L’homme jeta de nouveau des regards affolés sur le quai. «  Mais… Je croyais que… » Sous ses yeux horrifiés, un des lourds coffres vacilla sur le bastingage du bateau avant de tomber bruyamment sur le pont. Il se tourna vers sa compagne. «  Alise, ce n’est pas prudent ; ce bâtiment ne convient pas à une dame. Attendons un peu ; passer un jour ou deux à Trehaug ne nous fera pas de mal : j’ai toujours été curieux de cette cité, or nous l’avons à peine vue.
— Nous n’avons pas le choix, Sédric ; Parangon ne restera à Trehaug que dix jours au plus. Il nous en faudra deux pour rallier Cassaric, et autant pour revenir et embarquer sur Parangon avant son départ. Ça ne nous laisse au mieux que six jours à Cassaric. » La femme s’exprimait d’une voix calme et légèrement rauque où perçait une vague tristesse. Sa voilette cachait en grande partie ses traits, mais Leftrin distingua un petit menton volontaire et une large bouche.
«  Mais… mais enfin, Alise, six jours devraient être plus que suffisants, si ce que le capitaine Trell nous a dit sur les dragons est exact ! Nous pouvons donc attendre ici un jour, voire deux si nécessaire, le temps de trouver un transport plus approprié. »
Skelli ne prêtait pas attention à la dispute ; le second lui avait donné ses ordres, et c’est à lui qu’elle obéissait. À grands gestes, elle dirigeait Hennesie qui avait lancé la flèche d’une petite grue par-dessus le bord ; il débloqua le bout, et elle attrapa habilement le crochet qu’elle fixa à la garde-robe, tandis qu’Eider et Belline s’apprêtaient à remonter le coffre. Leftrin avait un équipage efficace qui aurait embarqué les bagages avant que l’homme eût fini de se tordre dans les affres de l’indécision ; mieux valait apprendre tout de suite quelles étaient leurs intentions plutôt que devoir tout redébarquer.
«  Vous pouvez attendre, dit Leftrin en s’adressant à l’homme, mais ça m’étonnerait que vous trouviez quelqu’un qui remonte le fleuve dans les prochains jours : il n’y a pas beaucoup de trafic entre Trehaug et Cassaric ces temps-ci, et les bateaux qui circulent sont nettement plus petits que le mien. Mais c’est vous qui voyez. En tout cas, décidez-vous vite ; j’ai déjà attendu plus longtemps que prévu, et j’ai des rendezvous à tenir. »
Il ne mentait pas ; le ton urgent de la missive qu’il avait reçue du Conseil des Marchands de Cassaric laissait entendre qu’il pouvait espérer un joli petit profit s’il acceptait la mission un peu louche qu’on lui proposait. Un large sourire lui étira les lèvres ; il savait déjà qu’il prendrait le travail, et d’ailleurs il avait déjà chargé ici même, à Trehaug, les vivres et le matériel dont il aurait besoin pour le trajet ; mais laisser le Conseil dans l’incertitude jusqu’à la dernière minute ferait monter le prix, et, quand il arriverait à Cassaric, ses commanditaires seraient prêts à lui promettre la lune. Par conséquent, retarder son départ pour les deux passagers ne le dérangeait pas outre mesure. Il se pencha par-dessus le bastingage. «  Vous montez ou pas ? »
À sa grande surprise, ce ne fut pas l’homme mais la femme qui répondit. Elle leva le visage pour lui parler, et le soleil traversa sa voilette pour l’éclairer. Son attitude évoquait à Leftrin une fleur qui se tourne vers la lumière. Elle avait de grands yeux gris largement écartés dans un visage en forme de coeur ; elle avait remonté ses cheveux en chignon pour plus de commodité, mais ce qu’il en voyait était roux sombre et bouclé. Des taches de rousseur piquetaient généreusement le nez et les joues de la jeune femme. Un autre que Leftrin aurait pu trouver sa bouche trop grande et disproportionnée, mais pas lui. Il eut l’impression que le regard qu’elle lui lançait touchait directement son cœur ; puis elle détourna les yeux, trop bien élevée pour croiser ceux d’un inconnu.
«  … pas le choix, en réalité, disait-elle, et il se demanda ce qu’il avait manqué de ses propos. Nous serons ravis de vous accompagner, monsieur ; votre bateau nous conviendra parfaitement, j’en suis sûre. » Avec un sourire vaguement attristé, elle s’adressa à son compagnon, et Leftrin eut un coup au cœur quand, la tête penchée, elle s’excusa avec douceur : «  Pardon, Sédric ; je regrette de t’avoir entraîné dans cette aventure, et j’ai honte de devoir te traîner d’un bateau à l’autre sans même une tasse de thé ou quelques heures sur la terre ferme pour te remettre. Mais tu vois comment ça se passe ; nous devons y aller.
— Si c’est une tasse de thé qui vous manque, je peux vous préparer ça dans la coquerie ; et, si c’est la terre ferme, il n’y en a pas lourd à Trehaug ni dans le reste du désert des Pluies. Donc, vous n’avez rien perdu. Montez à bord et soyez les bienvenus. »
La jeune femme le regarda de nouveau. «  Ma foi, capitaine Leftrin, c’est très aimable à vous ! » s’exclama-t-elle, et le soulagement sincère qui imprégnait sa voix lui réchauffa le cœur. Elle souleva sa voilette pour mieux le voir, et il eut le souffle coupé.
Prenant appui sur la lisse, il sauta et atterrit avec légèreté sur le quai, puis s’inclina devant la jeune femme. Surprise, elle fit deux petits pas en arrière, et Skelli toussota comme pour étouffer un rire ; son capitaine la foudroya du regard, et elle se remit promptement au travail. Leftrin reporta son attention sur sa passagère.
«  Mataf n’est peut-être pas aussi joli que d’autres bateaux, mais il saura vous transporter en sécurité là où peu d’autres bâtiments de sa taille peuvent aller, grâce à son faible tirant d’eau et à un équipage qui sait trouver les meilleurs chevaux quand le courant se met à divaguer. N’attendez pas un de ces petits rafiots pour partir ; ils présentent peut-être mieux que mon Mataf, mais ils dansent comme une cage à oiseaux dans le vent et leurs hommes doivent se battre pour leur faire remonter le fleuve. Vous serez beaucoup plus à votre aise avec nous. Puis-je vous aider à monter, madame ? » Et, avec un grand sourire, il poussa l’audace jusqu’à lui offrir son bras. Elle le regarda, hésitante, puis se tourna vers son compagnon, qui se contenta de pincer les lèvres d’un air réprobateur. Ce n’était pas le mari, sans quoi il eût protesté, Leftrin en était sûr. De mieux en mieux.
«  S’il vous plaît », dit-il, et c’est seulement quand elle posa son gant blanc sur le tissu rêche et sale de sa manche qu’il se rappela la différence de position sociale qui les séparait. Elle baissa les yeux devant son regard, et il admira ses cils qui se détachaient sur ses joues mouchetées de taches de rousseur. «  Par ici », poursuivit-il, et il la mena vers les planches mal dégrossies qui servaient de passerelle au Mataf. Elles craquèrent et bougèrent sous leur poids, et la jeune femme s’agrippa au bras de Leftrin avec un petit hoquet effrayé. Il fallait exécuter un petit saut pour gagner le pont de la gabare, et Leftrin eût aimé avoir le courage de prendre sa passagère par la taille pour l’y déposer, mais il se contenta de lui offrir à nouveau son bras pour l’aider à garder son équilibre. Elle s’y appuya puis sauta bravement, et il aperçut brièvement un bout de jupon blanc avant qu’elle n’atterrît près de lui.
«  Et nous y voici », fit-il gaiement.
Peu après, l’homme toucha le bordage à son tour avec un choc sourd ; il jeta un coup d’œil aux coffres que Skelli attachait avec le reste de la cargaison de pont. «  Dites donc, il faut transporter nos bagages dans nos cabines ! s’exclama-t-il.
— Il n’y a pas de cabines privées sur le Mataf, désolé. Bien sûr, je me ferai un plaisir de laisser la mienne à la dame, mais vous et moi, on devra dormir avec l’équipage dans le rouf. Il n’y a pas beaucoup de place, mais, comme c’est pour quelques jours, on arrivera bien à se débrouiller. »
Une expression d’épouvante apparut sur les traits du dénommé Sédric. «  Alise, reviens sur ta décision, je t’en prie ! s’écria-t-il d’un ton suppliant.
— Larguez les amarres, et allons-y ! » lança Leftrin à Hennesie.
Tandis que l’équipage se mettait à la manœuvre, Grig, le chat du bord, décida de faire son entrée. D’un pas nonchalant, il s’approcha de la jeune femme, renifla hardiment l’ourlet de sa robe puis se dressa soudain et posa ses pattes avant orange sur sa jupe. «  Mraou ? demanda-t-il.
— Descends ! » dit sèchement Sédric au chat.
Leftrin fut positivement ravi quand la femme s’accroupit pour accepter la présentation du petit animal ; ses jupes s’épanouirent sur le pont comme la corolle d’une fleur. Elle tendit la main à Grig, qui la huma puis lui donna un coup de sa tête rayée. «  Qu’il est adorable ! s’exclama-t-elle.
— Ses puces aussi, sans doute », marmonna l’homme, discrètement atterré.
Mais sa compagne partit d’un petit rire qui évoqua à Leftrin le bruissement de l’eau contre l’étrave de son bateau.