L'enfant-rien
L'enfant-rien
Nathalie Hug
160 pages
Couverture souple
Avec une dédicace de l'auteur
Réf : 400092
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Au lieu de 14,50  (prix public)
Disponible
Résumé
Sans père et presque sans mère, restée paralysée après un accident, Adrien est un petit garçon étrange. Dans sa tête, il veut juste comprendre, comprendre pourquoi il n’est rien...

Un roman sensible et plein d’émotion avec un petit héros aussi naïf qu’inquiétant. Premiers pas en solo de Nathalie Hug qui délaisse un instant son complice à la ville comme à la plume, Jérôme Camut. Une réussite et une très bonne surprise !
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Moyenne des avis :Les avis des internautesNombre d'avis :3
BULLEDOR
Le 10 décembre 2011
Bluffant !
Whao ! C'est vraiment le premier mot qui me vient à la fin de cette lecture ! C'est un roman étonnant, sur la vie d'un petit garçon malade, pas que physiquement. La fin est... étonnante ! Vraiment, j'ai du la relire. Je ne sais pas d'où est venue cette idée à l'auteur mais elle a su rendre cette histoire déstabilisante ! Un grand bravo. Je le recommande, sa lecture est vraiment très rapide et on en sort abasourdi !
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JeudiProchain
Le 24 décembre 2011
Emouvant
J'ai dévoré avec plaisir les thrillers terrifiants de Camut & Hug, mais c'était la première fois que je lisais quelque chose d'une moitié du duo d'écrivains. Résultat : une ambiance très différente, mais qui a su me captiver et m'émouvoir. Adrien est un petit garçon très attachant, et sa souffrance, sa soif de comprendre sont poignantes à lire. C'est un petit livre surprenant, sans aucun pathos, il est direct et d'autant plus terrible. J'ai beaucoup aimé découvrir cette facette de Nathalie Hug et je vous le recommande.
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NathC
Le 22 avril 2012
N'hésitez pas, à dévorer !!
Un court roman d'une émotion exceptionnelle qui se dévore très rapidement et d'où l'on sort le coeur chaviré, l'esprit bouleversé, avec l'envie de tout recommencer avec cet enfant... Une belle claque qui nous fait réaliser combien les nôtres sont heureux en fait !!! Bravo Nathalie Hug, bravo !
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Nathalie Hug vit dans l'est de la France. Dans L'Enfant-rien, son premier roman "solo", elle a imaginé un personnage naïf et inquiétant, à la voix singulière, aux questionnements bouleversants.
Lu dans la presse
« Ce premier roman de Nathalie Hug à la fois léger et grave, gai et triste, prend finalement un chemin tout à fait inattendu et très très fort. »

L'Avenir
Extrait
Aussi loin que je me souvienne, je l'attendais assis, le menton sur les genoux, les bras autour des jambes et le dos appuyé contre la porte du placard.
Je comptais jusqu'à vingt, j'entendais le ronronnement de l'ascenseur six étages en dessous et le clic des vieux boutons noirs quand il appuyait dessus. Enfin, je guettais le grincement des portes, juste à côté de la nôtre, celle qui allait s'ouvrir, à quelques centimètres de mes genoux, de ma tête, de mon cœur, quand il aurait sonné un coup et que ma mère se serait précipitée pour l'accueillir.
C'était rarement plus court, souvent plus long, quand d'autres gens montaient, descendaient avant lui, appuyaient sur tous les boutons ou bloquaient la cabine au sous-sol. J'ai toujours eu peur du parking souterrain. Je détestais marcher derrière ma mère et Isabelle parce que je sentais des choses frôler mon dos – comme si elles voulaient m'attraper, m'aspirer et me broyer tout entier. D'ailleurs, je m'endors toujours avec un oreiller sur les yeux, face à la porte du placard, même si je sais bien que les monstres-noirs-qui-aspirent n'existent pas.
Je commençais à compter devant la fenêtre tandis qu'Isabelle préparait ses affaires et que ma mère se rongeait les ongles devant la télévision. Le nez et la paume des mains collés à la vitre, je devais cligner des yeux pour l'épier entre les barreaux. Puis, un matin, je me suis aperçu que je dépassais la rambarde et que plus rien ne m'empêchait de le voir arriver. Quand j'ai questionné ma mère sur ce phénomène que je considérais comme un mystère – comment envisager que j'allais, à mon tour, devenir adulte ? –, elle m'a regardé d'un air las et a murmuré : Je ne sais pas.
C'est invariablement ce qu'elle répondait, pourtant je ne cessais de l'interroger, comme si ma vie en dépendait : Dis, maman, pourquoi je n'ai pas de papa ? Pourquoi tu me dis toujours de tourner ma langue ? Pourquoi les nuages flottent au-dessus de chez nous ? et je respirais une goulée d'air pour recommencer de plus belle : Dis, maman, pourquoi tu m'as eu ? Pourquoi tu pleures devant la télévision ? Pourquoi tu dis tout le temps, je ne sais pas ? Pourquoi ? Pourquoi ?
Il y a longtemps que je ne lui demande plus rien. Je reste auprès d'elle chaque jour, je serais incapable de partir, je la regarde, elle me regarde, elle me sourit et je la vois. Enfin.


Sa silhouette morne et silencieuse, pilier obligatoire de ma vie de gosse, ne se remplissait jamais. Je distinguais la rue au travers de son corps quand elle se postait devant la fenêtre, petite mère transparente, pour le deviner, lui, avant qu'il arrive.
Il n'avait pas de cheveux, sa tête était ronde et il marchait comme s'il avait du chewing-gum sous les semelles. Ses enjambées étaient longues et souples, ses jambes arquées me rappelaient celles de Lucky Luke. Il avait des rides au coin des yeux et une fossette au menton, sous des poils de barbe multicolores, tout blancs autour des lèvres, et des dents pointues sur les côtés de son sourire.
Quand je pense à lui, je redeviens le petit garçon qui attendait, le nez collé à la vitre ou recroquevillé contre la porte du placard. Je n'arrive pas à songer à lui autrement qu'à une silhouette qui grandissait d'abord dans mon cœur, puis dans ma tête, une silhouette grande comme mon petit doigt qui s'engouffrait en dessous de moi, toujours par la même entrée, toujours du même côté, avec sa main qui effleurait les buis taillés au bord de l'allée. La seule chose qui changeait, c'était la couleur du ciel, des arbres ou du trottoir. Mais jamais son allure, ni le jour de la semaine ni l'heure. Il était aussi précis que l'était ma montre. Une marge d'erreur inférieure à une minute sur un mois. Et voilà.
Pendant que je comptais, les battements de mon cœur accéléraient jusqu'à résonner dans ma gorge. La porte s'ouvrait enfin, je bondissais, ma mère me retenait contre elle, Adrien, s'il te plaît... Je le saluais gaiement, Est-ce que je peux venir avec vous ? Il ne s'adressait jamais à moi, souvent aimable, parfois glacial, Blandine, tu pourrais lui expliquer qu'il n'en est pas question, ni aujourd'hui ni un autre jour, et j'insistais, S'il vous plaît, seulement pour le week-end, j'aimerais jouer dans le jardin avec ma sœur !
Isabelle me claquait deux bises sur les joues et s'écriait, Dis donc, morpion, t'essaierais pas de me piquer mon papa ?
Je lui répondais, morose, T'es bête, arrête de dire n'importe quoi. Elle riait, embrassait maman qui me retenait contre elle, silencieuse et digne, la porte claquait, l'ascenseur plongeait loin de nous, avec eux dedans, et je ne collais pas mon nez contre la vitre pour les regarder partir, ça me faisait trop mal au cœur.



Ma mère tas-de-fraises-à-la-crème



« Un »


Ce vendredi-là, le ciel était si bleu que j'avais enfilé un pantalon et un tee-shirt blancs, pour être encore plus lumineux.
Je voulais qu'il me remarque, lui qui arrivait entre dix-huit et vingt, parfois un peu plus tard, mais je lui pardonnais toujours.
Ma mère tardait à rentrer du travail et je guettais son retour avec angoisse, convaincu qu'il fallait qu'elle soit occupée à se ronger les ongles devant la télévision pour qu'il sonne à la porte.
Tatie Barrettes – nous la surnommions ainsi parce qu'elle avait un nombre impressionnant de barrettes sur la tête – surveillait nos devoirs et pestait contre Isabelle qui lui avait collé du Scotch dans les cheveux. Elle et moi détestions notre tante, sœr aînée de notre mère, mégère, vieille bique et sorcière, et nous prenions un malin plaisir à l'asticoter. Cette fois, Isabelle avait agi seule, tandis que, agglutiné aux carreaux, le nez aplati, les mains jointes et le front concentré, je priais pour que maman rentre vite, alors que je ne croyais pas plus en Dieu qu'au lapin de Pâques ou à la petite souris. Pour moi, ce vieux dans le ciel partageait une vague ressemblance avec les Moïse et Noé de la télévision, j'étais émerveillé par son histoire abracadabrante, mais je ne lui prêtais aucun autre pouvoir que celui de me faire rêver. Pourtant, je me rappelle l'avoir supplié d'empêcher qu'il n'arrive quelque chose de grave à ma mère – atterrissage d'extraterrestres, tremblement de terre ou pluie de monstres. Il fallait absolument que maman soit à la maison pour qu'il vienne chercher Isabelle.
J'avais glissé des paquets de boudoirs dans mon sac à dos, et aussi une brosse à dents, mes chaussons, des livres de Fantômette, mon faux sel, ma cortisone, les clés de la maison au cas où, et du papier à lettres et un feutre gris pour écrire à ma mère. Enfin, j'avais placé mon relevé de notes en évidence sur la console de l'entrée, juste à côté du téléphone.
Je m'étais préparé avec tellement de bonne volonté. Quelques larmes au fond des yeux, beau comme un camion, la raie sur le côté, je n'envisageais pas qu'il refuse encore de m'inviter. Évidemment, ma mère m'aurait permis d'y aller – bien que je n'aie jamais passé une nuit en dehors de la maison – et en aurait profité pour se goinfrer de saucisson, de chips et de cacahuètes en regardant son feuilleton préféré. Elle était pâle depuis si longtemps que j'estimais normal, du haut de mes cent quarante-cinq centimètres, de la laisser se reposer tout un week-end pendant que je jouerais avec Isabelle et son père.
Rien n'aurait pu me faire changer d'avis. Je voulais que, enfin, il s'intéresse à moi. Qu'il remarque combien j'étais mignon, avec mes cheveux blonds et mes yeux bleus, ce duvet clair qui courait sur ma nuque quand j'étais bronzé, mes bons résultats scolaires, combien de choses je savais faire, la vaisselle, le repassage, passer l'aspirateur, ranger ma chambre, porter les courses, acheter du pain, trier le linge, choisir les programmes, coton chaud, coton froid, synthétique, et mettre en route la machine à laver, avec adoucissants et cycle de séchage.
Mes paumes moites laissaient des traces sur les vitres et ma tante, déjà contrariée par les facéties d'Isabelle, a crié, Adrien, je viens de faire les carreaux, bon sang ! Va te laver les mains et file t'asseoir sur le canapé ! J'ai aussitôt répliqué, sans bouger, Impossible, je dois guetter maman, sinon il ne viendra pas. Elle a demandé de qui je parlais, j'ai répondu sans réfléchir, De papa.
Ce jour là, j'ai enfin compris pourquoi ma mère me répétait Tourne ta langue. La vieille bique a ri, son rire ressemblait à celui d'une sorcière, puis elle s'est esclaffée méchamment, Ce n'est pas ton père, c'est celui d'Isabelle ! Agacé, j'ai rétorqué, Ce n'est pas grave, c'est ma sœur, elle peut bien me le prêter pour le week-end. Tatie Barrettes a ricané de plus belle, Tu n'es qu'un petit imbécile ! Écoute-moi bien, Adrien, tu n'as pas de père, il a fait une croix sur toi. Tu veux bien te mettre ça dans le crâne une bonne fois pour toutes et ficher la paix à celui d'Isabelle !
Puis elle s'est éloignée vers la salle de bains pour démêler ses longs cheveux noirs et ôter les bouts de Scotch en répétant, Pourquoi elle fait tant de mystères, cette traînée ?
Sur l'instant, je n'ai pas saisi le sens de cette phrase. Mais les mots, si durs, de ma tante, ont résonné en moi d'étrange manière et, loin de me décourager, m'ont donné une idée formidable. J'ai pensé, le nez toujours collé contre la vitre, Puisque je n'ai pas de papa et que celui d'Isabelle ne veut pas de moi, je n'ai qu'à en inventer un pour moi tout seul !
J'étais heureux, pour la première fois depuis longtemps. Car cet homme, ce père idéal que j'allais créer, serait aussi l'amoureux de ma mère. Il comblerait le vide qui la remplissait chaque jour et apaiserait ces souffrances que j'étais visiblement incapable d'adoucir.
J'ignorais qu'il était déjà trop tard.
Malgré mes prières d'enfant au vieux du ciel pour qu'il ne lui arrive rien, ma mère s'est fait renverser alors qu'elle traversait la dernière des trois rues qui conduisent à la maison.