Accueil Livres Suspense-SF Policier, intrigue Les enquêtes d'Hercule Poirot / Miss McGinty est morte
Les enquêtes d'Hercule Poirot / Miss McGinty est morte
Les enquêtes d'Hercule Poirot / Miss McGinty est morte
Agatha Christie
624 pages
Couverture souple. 12,5 x 20 cm
Réf : 400037
Avec ce livre, cumulez 10 Points Club
Disponible
Résumé
Quinze mystères pour un seul cerveau... heureusement qu’il s’agit de la matière grise donnée au plus célèbre des Belges. Quand il aura résolu quelque suicide suspect, escroquerie de haut vol, sombre affaire d’héritage, il pourra se pencher sur un fait divers : le meurtre de Mrs McGinty. Une enquête qui se révèlera retorse. De quoi nous laisser le temps de rivaliser avec le grand détective !
Les internautes ayant commandé Les enquêtes d'Hercule Poirot / Miss McGinty est morte ont également choisi
Romancière britannique, auteur de quatre-vingts ouvrages, pour la plupart policiers, d'une vingtaine de pièces de théâtre et de plusieurs recueils de nouvelles et de poèmes, Agatha Christie (1890-1976), née à Torquay en Angleterre, de mère anglaise et de père américain, représente un des plus grands succès littéraires du XXe siècle.
Elle a contribué à fixer les règles du roman policier de type classique où le meurtre et l'enquête se déroulent en lieu clos et dont les détectives, Hercule Poirot comme Miss Marple, résolvent l'énigme par la rigueur du raisonnement et la pénétration psychologique.
La complexité de l'intrigue, l'ingéniosité de la machination criminelle et le caractère inattendu de la solution du problème, malgré les indices dont le texte, jusque dans sa lettre, est saturé, contrastent avec le cadre souvent familial et traditionnel des maisons anglaises où se déroulent ses drames ; cela confère à ses romans tous les aspects d'un divertissement intellectuel.
Elle meurt en 1976, en Angleterre, après avoir pris soin de faire mourir son fameux détective, Hercule Poirot.
Extrait
1

L'ENIGME DE « L’ETOILE DE L’OCCIDENT »
(The Adventure of « The Western Star »)



Je me trouvais chez Poirot et regardais distraitement par la fenêtre.
— Voilà qui est étrange, laissai-je soudain échapper à mi-voix.
— Qu’y a-t-il, mon bon ami ? s’enquit Poirot.
Sa voix placide me parvenait des profondeurs de son fauteuil.
— Que déduiriez-vous des faits suivants, Poirot ? Une jeune femme richement vêtue – chapeau à la mode, manteau de fourrure somptueux – vient par ici en regardant les maisons les unes après les autres. A son insu, elle est suivie par trois hommes et une femme d’âge mûr. Un garçon de courses les rejoint et désigne la jeune femme avec force gesticulations. Quel est le drame qui se joue ? La jeune femme est-elle une aventurière et ses poursuivants des inspecteurs de police sur le point de l’arrêter ? Ou encore sont-ils des malfaiteurs qui s’apprêtent à agresser une innocente victime ? Qu’en pense le grand détective ?
— Le grand détective, mon ami, choisit, comme toujours, la voie la plus simple. Il se lève et va voir de ses propres yeux.
Mon ami me rejoignit à la fenêtre. Un instant plus tard, il émettait un gloussement amusé :
— Comme d’habitude, votre exposé est imprégné d’un incurable romantisme. Cette jeune femme n’est autre que miss Mary Marvell, la star de cinéma. Une horde d’admirateurs qui l’ont reconnue est à ses trousses. Et soit dit en passant, mon cher Hastings, elle en est parfaitement consciente.
Je me mis à rire.
— Tout s’explique donc ! Mais nul besoin d’être un génie pour en arriver à cette conclusion, Poirot. Il suffisait de la reconnaître.
— En vérité ? Et combien de fois avez-vous vu miss Marvell à l’écran, mon cher ?
— Une douzaine, peut-être.
— Moi, une seule. Et cependant, je l’ai reconnue, et pas vous.
— Elle est si différente de l’image que l’on se fait d’elle, avançai-je timidement.
— Sacrebleu ! s’exclama Poirot, utilisant un de ses affreux jurons français. Vous attendiez-vous à la voir se promener dans les rues de Londres, coiffée d’un chapeau de cow-boy, ou pieds nus et les cheveux en queue de cheval comme une jeune Irlandaise ? Avec vous, c’est toujours pareil. Vous n’allez pas à l’essentiel. Souvenez-vous de l’affaire de la danseuse, Valérie Saintclair.
Je haussai les épaules, légèrement agacé.
— Allons, consolez-vous, mon bon ami, reprit Poirot, retrouvant son calme. Tout le monde n’est pas Hercule Poirot. Je le sais bien.
— Vraiment, vous êtes l’individu le plus présomptueux que j’aie jamais rencontré, répliquai-je, mi amusé mi irrité.
— Que voulez-vous ? Quand on est unique, on le sait. Et je ne suis pas le seul à partager cette opinion. Miss Mary Marvell est de cet avis, si je ne m’abuse.
— Comment ?
— Cela ne fait pas l’ombre d’un doute : elle vient me voir.
— Par quel détour en arrivez-vous à cette conclusion ?
— Fort simplement. Cette rue n’a rien d’aristocratique, mon bon ami. Il n’y a ni médecin ni dentiste en renom, et encore moins de modiste ! Seulement un détective à la mode. Oui, très cher, c’est vrai, je suis à la mode, dernier cri ! Les gens disent : « Comment ? Vous avez perdu votre étui à stylo en or ? Allez donc voir le petit Belge. Il massacre notre belle langue anglaise, mais il est sensationnel. Tout le monde y va, courez-y ! » Et ils accourent. En masse, mon ami. Avec les problèmes les plus abracadabrants. (La sonnette de la porte d’entrée retentit.) Que vous avais-je dit ? Voici miss Marvell.
Une fois de plus, Poirot avait raison. L’instant d’après, la star américaine était introduite dans la pièce. Poirot se leva. J’en fis autant.
Mary Marvell était sans nul doute une des comédiennes les plus populaires de l’écran. Elle venait d’arriver en Angleterre en compagnie de son mari, Gregory B. Rolf, acteur lui aussi. Ils s’étaient mariés l’année précédente aux Etats-Unis et c’était leur premier voyage en Angleterre où on leur avait réservé un accueil des plus chaleureux. Tout le monde était prêt à s’enticher de Mary Marvell, de ses toilettes, de ses fourrures, de ses bijoux et d’un joyau en particulier, un énorme diamant baptisé en hommage à sa propriétaire : Etoile de l’Occident. On avait beaucoup écrit, à tort ou à raison, sur cette célèbre pierre qui, disait-on, était assurée pour la somme fabuleuse de 50 000 livres sterling.
Tous ces détails me traversèrent l’esprit tandis que je me joignais à Poirot pour accueillir notre gracieuse cliente. De petite taille, menue, sa pâle blondeur et l’innocence de ses grands yeux bleus étaient celles d’une enfant. Poirot lui offrit un siège et elle nous exposa aussitôt le motif de sa visite.
— Vous allez sans doute penser que je m’affole pour un rien, monsieur Poirot, mais lord Cronshaw m’a dit hier soir que vous aviez merveilleusement résolu le mystère de la mort de son neveu et j’en ai tout de suite conclu que votre avis me serait précieux. Peut-être ne s’agit-il que d’un canular, c’est ce que m’assure Gregory, mais je suis malade d’inquiétude.
Elle s’interrompit pour reprendre son souffle. Le visage de Poirot s’épanouit en un sourire encourageant :
— Veuillez poursuivre, madame. Car n’allez pas croire que vous ayez éclairé ma lanterne.
— Ce sont ces lettres.
Miss Marvell ouvrit son sac et en tira trois enveloppes qu’elle tendit à Poirot. Ce dernier les examina avec attention.
— Papier bon marché, nom et adresse en caractères d’imprimerie. Voyons à l’intérieur.
Il sortit le contenu de la première enveloppe. Je m’étais approché de lui et me penchai pardessus son épaule. Sur le feuillet, une seule phrase, écrite, comme l’intitulé de l’enveloppe, en caractères d’imprimerie :
LE DIAMANT, ŒIL GAUCHE DU DIEU, DOIT RETOURNER D’OÙ IL VIENT.
La deuxième lettre reprenait exactement les mêmes termes, mais la troisième était plus explicite :
Vous avez été prévenue. Vous n’avez pas obéi. Le diamant vous sera enlevé. A la pleine lune, les deux diamants, œil droit et œil gauche du dieu, retrouveront leur place. Car cela est écrit.
— Je n’ai pas pris la première lettre au sérieux, expliqua miss Marvell. Quand j’ai reçu la seconde, j’ai commencé à m’interroger. La troisième est arrivée hier et il m’a semblé que l’affaire était peut-être plus grave qu’il n’y paraissait au départ.
— Je constate qu’elles n’ont pas été expédiées par la poste.
— Non, on me les a remises en main propre. Un Chinois. C’est ce qui me fait peur.
— Pourquoi ?
— Parce que c’est à un Chinois de San Francisco que Gregory a acheté la pierre il y a trois ans.
— Je vois, madame, qu’à votre avis le diamant dont nous parlons, est bel et bien…
— L’Etoile de l’Occident, acheva miss Marvell. En effet. Gregory se souvient qu’à l’époque une étrange légende entourait ce joyau, mais le Chinois qui le lui a vendu a refusé de parler. Gregory m’a simplement dit qu’il paraissait mort de peur et pressé de s’en débarrasser. D’ailleurs, il n’en a demandé que le dixième de sa valeur. Greg me l’a offerte en cadeau de mariage.
Poirot hocha la tête d’un air pensif :
— Ce récit pèche par son excès de romanesque. Et pourtant, qui sait ? Hastings, passez-moi, je vous prie, mon petit almanach. Voyons, poursuivit-il en tournant les pages. Quand a lieu la pleine lune ?… Ah ! vendredi prochain. C’est-à-dire dans trois jours. Eh bien, madame, vous désirez un conseil ? Je vous le donne : cette belle histoire est peut-être forgée de toutes pièces, il n’est pas non plus impossible qu’elle soit vraie. Par conséquent, je vous suggère de me confier le diamant jusqu’à vendredi prochain. Ensuite, nous pourrons prendre les mesures souhaitables.
Une expression de déplaisir sembla passer, tel un léger nuage, sur le visage de l’actrice.
— Je regrette, mais c’est exclu, répondit-elle sur un air contraint.
— Vous l’avez avec vous, n’est-ce pas ?
Poirot fixait sur elle un regard pénétrant.
La jeune femme hésita un instant avant de glisser la main dans l’échancrure de son corsage pour en retirer une chaîne longue et fi e. Elle se pencha en avant et ouvrit la main. Dans sa paume, une pierre éblouissante, sertie dans une ravissante monture de platine, brillait de tous ses feux.
Poirot émit un long siffl ement.
— Fabuleux ! murmura-t-il. Vous permettez, madame ? (Il s’empara du joyau, l’examina avec soin, puis le rendit à sa propriétaire avec une courbette.) Une pierre magnifique… sans aucun défaut. Mille tonnerres ! Et vous vous promenez souvent avec ce trésor ?
— Non, non, je suis très prudente, monsieur Poirot. D’ordinaire, il est rangé dans ma cassette à bijoux que je laisse dans le coffre-fort de l’hôtel. Nous sommes descendus au Magnificent. Je ne l’ai sorti aujourd’hui que pour vous le montrer.
— Et vous voudrez bien me le laisser, n’est-ce pas ? Vous voudrez bien écouter les conseils de papa Poirot.
— Ecoutez… Voilà ce qui se passe, monsieur Poirot. Vendredi, nous sommes invités pour quelques jours à Yardly Chase chez lord et lady Yardly.
Les paroles de la jeune femme éveillèrent en moi de vagues réminiscences. Des rumeurs… De quoi s’agissait-il ? Quelques années auparavant, lord et lady Yardly s’étaient rendus aux Etats-Unis. Le bruit avait couru que Sa Grâce avait défrayé la chronique avec le concours de quelques ladies de son entourage. Mais ce n’était pas tout. D’autres ragots associaient le nom de lady Yardly à un acteur californien. Eh oui ! Cela me revint en un éclair, il ne pouvait s’agir que de Gregory B. Rolf.
— Je vais vous confier un secret, monsieur Poirot, continuait pendant ce temps miss Marvell. Nous sommes sur le point de conclure un accord avec lord Yardly. Il se peut que nous tournions un film dans son manoir de famille.
— A Yardly Chase ? m’écriai-je. En effet, c’est un des plus beaux d’Angleterre.
— Oui, opina miss Marvell, dans le genre féodal, c’est ce qu’il y a de mieux, je crois. Mais il exige le prix fort en échange de son autorisation. Peut-être que notre projet n’aboutira pas, ce qui serait dommage, car Greg et moi adorons associer tournages et loisirs.
— Je vous demande pardon d’insister lourdement, madame, mais vous pouvez sûrement vous rendre à Yardly Chase sans le diamant.
Dans les yeux de miss Marvell passa une lueur rusée qui démentit son expression enfantine. Elle parut soudain beaucoup plus âgée :
— Je tiens à le porter là-bas.
— La collection Yardly, dis-je, doit receler de célèbres joyaux, dont un énorme diamant, je crois.
— Oui, répondit miss Marvell, laconique.
— Ah, c’est donc ça ! entendis-je Poirot murmurer tout bas. Puis il ajouta à voix haute avec son inquiétante faculté de faire mouche à tous les coups – il appelait cela faire preuve de psychologie :
— Ainsi vous avez déjà rencontré lady Yardly… à moins que ce ne soit plutôt le cas de votre mari ?
— Gregory l’a connue alors qu’elle voyageait dans l’Ouest américain il y a trois ans, voulut bien admettre miss Marvell.
Elle eut un instant d’hésitation, puis brusquement :
— L’un de vous deux a-t-il déjà eu l’occasion de feuilleter Les Potins mondains ?
Poirot plaida coupable d’un air penaud, moi aussi.
— Je vous pose cette question parce que, dans le numéro de cette semaine, il y a un article sur les joyaux célèbres et c’est vraiment très curieux…
Elle s’interrompit. Je me levai, traversai la pièce et pris sur la table le journal en question. Elle l’ouvrit et se mit à lire à voix haute :
— « … Parmi d’autres pierres précieuses célèbres, on peut citer l’Etoile de l’Orient, diamant que possède la famille Yardly. Un ancêtre de l’actuel lord Yardly le ramena de Chine. Une histoire romanesque, rapporte-t-on, lui est attachée : la pierre aurait été jadis l’œil droit de la divinité d’un temple. Un autre diamant, de forme et de taille similaires, représenterait l’œil gauche. La légende dit que l’un comme l’autre seraient, le moment venu, volés à leurs propriétaires respectifs. “Un œil ira à l’ouest, l’autre à l’est, jusqu’à ce qu’ils soient réunis une fois de plus. Alors, ils retourneront triomphalement au dieu.” Coïncidence curieuse : il existe en ce moment même une pierre dont la description correspond parfaitement au joyau du temple. Elle est connue sous le nom d’Etoile de l’Ouest ou Etoile de l’Occident. Elle appartient à une vedette de cinéma adulée, miss Mary Marvell. Il serait intéressant de comparer ces deux pierres. »
Elle se tut.
— Extraordinaire ! murmura Poirot. Romanesque à souhait ! (Il se tourna vers notre visiteuse.) Et vous n’avez pas peur, madame ? Vous n’êtes pas la proie de terreurs superstitieuses ? Vous ne craignez pas de présenter ces deux jumeaux l’un à l’autre ? Un Chinois apparaît et hop ! le tour est joué, il les subtilise et les ramène en Chine.
Il parlait d’un ton moqueur, mais sous cette remarque badine je percevais tout le sérieux de mon ami.
— Je ne crois pas que le diamant de lady Yardly soit aussi beau que le mien, dit miss Marvell. Enfin, je verrai bien.
J’ignore quelle aurait été la réponse de Poirot, car au même moment, la porte s’ouvrit brusquement sur un homme jeune, grand, à la beauté fracassante et qui entra d’un pas décidé. De ses cheveux ondulés jusqu’à ses bottines de cuir verni, il était l’incarnation parfaite d’un héros de film sentimental.
— Je t’avais promis que je passerais te prendre, Mary, dit Gregory B. Rolf. Au fait, que pense M. Poirot de notre problème ? Comme moi : qu’il ne s’agit que d’une mauvaise plaisanterie ?
Le petit détective adressa un sourire au géant. Le contraste entre les deux hommes était parfaitement bouffon.
— Plaisanterie ou pas, Mr Rolf, dit Poirot sans amabilité excessive, j’ai conseillé à madame votre épouse de ne pas emporter le diamant avec elle vendredi à Yardly Chase.
— Tout à fait d’accord avec vous sur ce point, monsieur. C’est ce que j’ai dit à Mary. Mais voilà, elle est femme jusqu’au bout des ongles et l’idée qu’une autre l’éclipse, côté bijoux, lui est insupportable.
— Gregory raconte n’importe quoi ! s’exclama Mary Marvell tandis que la colère empourprait son visage.
Poirot eut un haussement d’épaules.
— Madame, je vous ai donné mon avis. Je ne peux rien de plus. Restons-en là. Il s’inclina et les raccompagna à la porte.
— Ah, là, là ! me fit-il observer avec une exubérance toute continentale. Ces histoires de bonnes femmes !… Le gentil mari a fait mouche, mais quel manque de tact ! Oui, quel manque de tact !
Je lui fis part de mes vagues souvenirs et il acquiesça d’un vigoureux hochement de tête.
— C’est ce que j’ai pensé. De toute façon, il y a anguille sous roche. Avec votre permission, mon bon ami, je vais aller prendre l’air. Attendez mon retour, je vous en prie, je ne serai pas long.
Je m’étais assoupi dans mon fauteuil quand la logeuse frappa à la porte et passa la tête dans l’entrebâillement.
— Une autre jeune femme est là, qui désire voir M. Poirot. Je lui ai dit qu’il était sorti, mais elle demande si elle peut l’attendre, vu qu’elle vient de la campagne.
— Faites-la entrer, Mrs Murchinson. Peut-être pourrai-je résoudre son problème.
Un instant plus tard, la visiteuse en question pénétrait dans la pièce. J’eus un coup au cœur en la reconnaissant : le visage de la belle lady Yardly occupait trop souvent les colonnes de la presse mondaine pour demeurer anonyme.
— Veuillez vous asseoir, lady Yardly, dis-je en la guidant vers un fauteuil.