Enfants perdus en quête d'amour maternel
Tous les enfants m'appellent maman
Tous les enfants m'appellent maman
Kathy Harrison
Disponible
304 pages
Couverture cartonnée
Lecture confort : livre imprimé en gros caractères
Réf : 377058
Résumé
Kathy consacre son temps, son énergie et son amour aux enfants : les siens, ceux qu’elle a adoptés et ceux que les services sociaux lui confient. Elle nous raconte, avec honnêteté, ses difficultés – nombreuses – ses échecs parfois, mais aussi ses joies. Elle nous montre comment l’équilibre familial, toujours précaire, est menacé lorsqu’arrive ou part l’un de ces enfants, et nous fait prendre conscience que la bonne volonté seule ne suffit pas pour aider un enfant en difficulté.
Pourquoi on l'a choisi
Le poignant témoignage d’une mère au grand cœur : c’est aussi une très belle histoire d’amour entre une de ces enfants, meurtrie, et une mère dévouée.
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Henriette Bernier
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Les avis des internautes
Moyenne des avis :Nombre d'avis :1
Le 30 janvier 2010
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Poignant
J'ai dévoré ce livre. Poignant avec des réalités qui font tellement mal mais pourtant réelles. Comment peut-on faire du mal à un enfant, un petit être innocent ? Merci à Kathy et Bruce pour ce témoignage et tout l'amour qu'ils apportent à ces enfants en détresse. Daisy est une petite fille si attachante et j'espère que sa vie sera douce et pleine d'amour. J'ai fini ce livre avec une boule dans la gorge et des larmes aux yeux.
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Kathy Harrison a été "la maman" de plus d'une centaine d'enfants. En 2002, elle et son mari ont été récompensés par un prix prestigieux pour leur dévouement, depuis de longues années, envers tous les enfants qu'ils accueillent. Retraçant son histoire et celles des enfants à qui elle a offert un foyer, Un cœur gros comme ça est son premier livre.
Kathy Harrison et son mari vivent dans le Massachusetts.
Extrait

1


— Alors qu'en penses-tu ?
— C'est parfait. Exactement ce que j'imaginais.
Mon mari Bruce et moi nous tenions à l'entrée de ce que j'appelais la « chambre des petites ». Avant, cette pièce étroite, sombre et vieillotte, était quasiment inhabitable. Mais, après des semaines passées dans la poussière de plâtre, et au prix d'innombrables échardes, Bruce l'avait transformée en un refuge spacieux et aéré. Il avait abattu des cloisons pour gagner un peu d'espace sur le grenier, posé du Placoplâtre, qu'il avait peint en gris clair, puis une nouvelle moquette. Quatre petits lits en fer la garnissaient désormais. J'avais mis sur chacun un édredon aux couleurs vives. Une grande maison de poupée en bois trônait dans un coin et ses occupantes attendaient patiemment autour d'une minuscule table de cuisine. J'avais disposé une boîte remplie de déguisements sous une fenêtre et une malle pleine de poupées et d'habits sous l'autre. Une petite table ronde et quatre chaises d'enfants avaient été installées au milieu de la pièce. Cette chambre de rêve était d'autant plus appréciée que notre famille avait désespérément besoin d'espace !
Bruce et moi étions parents nourriciers. À cette époque, quatre de nos six enfants biologiques et adoptés vivaient encore à la maison et nous accueillions souvent trois voire quatre enfants ayant besoin d'un toit temporaire. L'année précédente, nous avions décidé de ne recueillir que des filles. Cela facilitait l'organisation des chambres, l'achat des habits et des jouets, etc. À l'occasion, nous faisions une exception, quand il s'agissait de ne pas séparer un frère d'une sœur, par exemple. Mais, la plupart du temps, nous ne dérogions pas à notre règle et ne nous en trouvions pas plus mal.
Même si notre maison était grande, nous aurions parfois aimé pousser les murs, surtout le week-end quand un enfant ou deux nous étaient confiés en urgence. Chaque mètre carré témoignait de la présence d'enfants bien occupés : instruments de musique, skis, raquettes de tennis, balles de toutes les tailles imaginables... Notre vie n'avait pas toujours ressemblé à cela. Quand nous cherchions une maison huit ans plus tôt, nous avions trois enfants peu contraignants. Nous voulions quelque chose de petit et de facile à entretenir. C'est alors que nous avons trouvé cette fermette à la plomberie antique et ouverte aux quatre vents.
Une bâtisse typique de la Nouvelle Angleterre rurale construite au milieu du XIXe siècle. À l'image des familles de cette époque moins compliquée, ces habitations sans prétention étaient faites pour durer. Les planchers avaient supporté cent cinquante ans de bottes boueuses et de lait renversé. Les placards biscornus se prêtaient à merveille aux jeux de cache-cache et les longues rambardes incurvées invitaient à la glissade.
Malgré son manque de confort, nous avions acheté cette maison pour ses fenêtres immenses et sa hauteur de trois mètres sous plafond. La rue principale du village sortait tout droit d'un tableau de Norman Rockwell. L'après-midi, les enfants partaient pêcher dans la rivière, les couples de longue date leur adressant un signe de la main depuis leur véranda. Il était rare que la brise du dimanche ne charrie pas les clameurs d'un match de foot dans le parc au bout de la rue.
Peut-être est-ce le destin ou bien la nature déteste-t-elle vraiment le vide, mais les chambres semblaient réclamer un occupant. Le jour où un petit du jardin d'enfants a eu besoin d'un toit, Bruce et moi avons été ravis de rendre service. J'avais toujours rêvé d'avoir une fille et j'ai considéré Angie comme la mienne à l'instant où elle est arrivée. Sa sœur aînée, Neddy, n'a pas tardé à nous rejoindre. Nous avons alors obtenu un agrément de l'État du Massachusetts en vue de l'adoption de nos filles, procédure qui a duré trois ans.
Je n'avais pas imaginé que notre région manquait cruellement de familles d'accueil. Malgré la paix qui régnait dans notre communauté, nous n'échappions pas aux problèmes qui empoisonnent les familles des plus grandes villes. Partout, pauvreté, drogue et maisons insalubres pavent la voie aux manques de soin et aux mauvais traitements. Quelques années plus tôt, un bambin de deux ans avait été battu à mort par son père à deux kilomètres de chez nous. Tous les jours, les services sociaux cherchent des lits et il n'y en a jamais assez. Depuis qu'ils ont notre numéro, ils nous appellent souvent. Les histoires que les assistants sociaux nous racontent font les gros titres des journaux. Comment refuser d'accueillir un marmot qui a été battu par sa mère ? Comment fermer la porte à un bébé abandonné sur le perron d'une maison ? Bruce et moi en étions incapables, si bien que les enfants se sont succédé. Nous avons investi dans un minivan et commencé à acheter nos provisions en gros. Néanmoins, il a fallu des mois avant que je me considère comme mère nourricière.
Les histoires de ces familles qui malmènent leurs petits protégés font si souvent la une du journal télévisé qu'elles donnent l'impression de personnes uniquement intéressées par l'argent. Je sais que certains utilisent les dix-sept dollars par jour d'allocation pour joindre les deux bouts. Je sais que d'autres profitent de ces petites victimes qui n'ont jamais connu d'autre rôle. Dieu merci, ces maisons-là sont rares, mais on n'entend parler que d'elles. Les premiers mois, je reconnaissais que j'étais mère nourricière avec le même enthousiasme que j'aurais admis effectuer des tests cosmétiques sur des lapins domestiques.
Pendant que Bruce finissait la chambre, nos trois enfants placées campaient dans la salle de jeux. Vêtements, jouets et livres étaient stockés dans des cartons et entassés aux quatre coins de la maison. Le chaos le plus total régnait et ce bazar nous mettait tous de mauvaise humeur. J'avais hâte de ranger les affaires des filles dans leur nouvelle chambre et de reprendre le cours « normal » de notre vie.
— Combien de temps avant que ce lit soit à nouveau occupé ? m'a demandé Bruce pendant que nous admirions son travail.
— Pas longtemps à mon avis. J'ai refusé trois fillettes ces deux dernières semaines.
Les vacances approchaient, période durant laquelle certaines familles accumulaient un surcroît de stress, un trop-plein d'alcool et un manque criant d'argent. Résultat, les affaires reprenaient pour nous.
— Je pensais demander un bébé. Ça te dirait ?
Bruce m'a décoché un regard de travers loin d'être encourageant.
— Je croyais que nous laissions de côté les bébés pendant quelque temps ? On s'attache trop et on est un peu vieux pour envisager une autre adoption.
— Parle pour toi ! lui ai-je répondu dans un éclat de rire. Appelons les filles. Elles sont tellement pressées de ranger leurs habits ici !
Trois demoiselles vivaient avec nous à cette époque et, pour changer, personne n'était en crise. Toutes trois avaient des problèmes, bien entendu. Le deuil et le traumatisme qui accablent un enfant en famille d'accueil lui laissent souvent des cicatrices émotionnelles. Ce groupe-ci semblait remarquablement stable, comparé à certains autres dont je m'étais occupée auparavant.
Crystal était une belle fillette de huit ans. Ses boucles couleur de miel tombaient sur ses épaules. Elle avait les traits réguliers et délicats, une petite fossette sur chaque joue. Même ses dents étaient parfaites, droites et blanches, sans être trop grandes comme le sont souvent les dents définitives pendant quelques années.