Accueil Livres Littérature Récits régionaux Le Moulin du Loup, tome 4 : La grotte aux fées
Le Moulin du Loup, tome 4 : La grotte aux fées
848 pages
(série en 5 tomes)
Couverture cartonnée
Réf : 376992
Avec ce livre, cumulez 10 Points Club
Au lieu de 22,00  (prix public)
L'amour sera-t-il plus fort que la mort ?
Résumé
La mort accidentelle de Raymonde, la servante, les amours cachées de Faustine et de Mathieu, la découverte chez Claire d’un don de guérisseuse, la naissance inopinée d’une nouvelle enfant, les tourments amoureux d’Angela et la tournure inattendue d’un certain voyage de Jean en Amérique composent le menu riche et varié de cette grande aventure romanesque.
Pourquoi on l'a choisi
La saga charentaise continue ! L'auteur nous fait vivre, jour après jour, le destin mouvementé des habitants de la vallée des Eaux-Claires. Une fois encore, une histoire riche en rebondissements. Drames, peines et joies sont au rendez-vous.
Moyenne des avis :Les avis des internautesNombre d'avis :23
rafy
Le 05 novembre 2009
Moulin du loup, tomes 1-2-3-4
Très beau roman, vraiment passionnant, captivant... On se met à fond dans le rôle des personnages.
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albertini sylviane
Le 18 décembre 2009
Revirement inattendu !
C'est avec un réel plaisir que j'ai retrouvé les histoires de la famille du Moulin du loup, et je dois avouer que je n'ai vraiment pas été déçue. Ce tome est à mon sens celui qui comporte le plus de revirements de situations, d'actions et de sentiments ! La fin est pour le moins surprenante, et on ne peut pas s'empêcher d'attendre le prochain tome avec impatience. Comment tout cela va-t-il finir ???
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marielou
Le 11 décembre 2009
La grotte aux fées
J'ai lu 3 tomes sur les 4. Je vous promets que cela est très prenant. Je n'arrivais pas à quitter le livre. Tout ce que je souhaite, c'est que nous allons avoir une suite; car cela n'est pas possible que cela se termine comme ça. A bientôt.
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Remarque de du 06/09/11
Pourriez-vous me dire où me procurer les deux premiers tomes du "Moulin du loup" car a priori chez France Loisirs on peut avoir que le 3 et 4ème tomes. Merci, de me répondre.
gratsac
Le 18 octobre 2009
Saga du Moulin du loup
J'ai déjà lu les trois premiers tomes et je peux vous dire qu'une fois qu'on a commencé le premier, on ne peut plus s'arrêter, c'est une saga passionnante, remplie d'amour, de passion et de lutte, tout y est pour passer un exellent moment de lecture, un choix à lire sans hésitation.
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Pascale
Le 18 décembre 2009
Se perdre dans l'amour fou
C'est toujours avec beaucoup de plaisir qu'on retrouve dans la Vallée de L'Eau-Claire, cette famille hétéroclite avec ses peines, ses joies, ses amours où Claire est l'âme du Moulin du loup, j'attends avec impatience le tome 5.
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Eliane
Le 30 décembre 2009
Superbe
Les 1, 2, 3 et 4eme tomes sont magnifiques. La vie de cette famille et du moulin au fil des années est très bien décrite ; on s'attache aux personnages et la fin du dernier tome, bien que rassurante, nous laisse un grand vide. Un grand merci pour ces moments de lecture très agréables.
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FloCreuse
Le 14 décembre 2009
Le Moulin du loup
Après avoir adoré les 3 premiers tomes, c'est sans hésitation que j'ai acheté le 4ème, et là je me suis trouvée complètement envoûtée !!! J'attends avec impatience le 5ème tome.
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gete39
Le 08 janvier 2010
La saga du Moulin du Loup
Une fois de plus, j' ai été émerveillé par cette histoire, ce fameux tome 4 que j' attendais avec impatience et qui a fini par paraître en décembre, quel merveilleux cadeau de Noël. Vivement le tome 5. Je ne peux que conseiller d'acheter ce livre et surtout les 3 premiers tomes au cas où vous découvrez cette histoire.
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mariefan
Le 15 janvier 2010
Passionnant
Comme les autre tomes "La grotte aux fées" a été passionnant, merveileux moment de détente à lire ce livre. On ne peut-être que dans l'impatience de lire le 5e tome et l'on voudrait que cela ne s'arrête jamais.
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campagne maylis
Le 02 mars 2010
Génial
Trés, trés bon roman, j'ai lu les tomes 1, 2, 3 et 4. J'espérais trouver le 5ème tome dans le nouveau catalogue pour commander la suite de cette saga car elle ne peut pas se terminer là. A quand la suite ?
Réponse du modérateur : Désolé de vous décevoir mais je n'ai pas encore d'informations sur un 5ème tome.
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Remarque de catine du 08/04/10
J'ai lu les 4 tomes et j'attends avec impatience le cinquième. Pouvez-vous me dire si une suite est prévue ? Si oui à quel moment pouvons-nous espérer la lire ? Cordialement.
Remarque de maryline perree du 07/07/10
Après avoir posé la question à l'auteur, voici sa réponse : sortie du 5ème tome fin 2010.
Remarque de lili du 29/07/10
Chouette, mes collègues et moi sommes très heureuses et impatientes de découvrir le 5ème tome.
Remarque de gigi du 02/08/10
Le tome 5 est sorti sous le nom "Les ravages de la passion" mais il est édité au Canada. Nous risquons d'en vouloir un autre tome après.
Le 14 février 2010
Bon roman
J'ai trouvé ce roman passionnant. Au début je ne savais pas qu'il s'agissait d'une saga mais j'ai quand même compris l'histoire. L'auteur nous tient en haleine, de nombreux bouleversements se produisent. Néanmoins [... ici votre texte a été coupé pour ménager le plaisir de lecture.]. Cela m'a choquée. Et puis la fin du livre est un peu abrupte [... ici votre texte a été coupé pour ménager le plaisir de lecture.]. J'espère qu'il y aura une suite. Pourtant le roman reste sublime.
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Le 26 février 2010
Pourquoi pas un film?
J'ai enfin lu les 4 livres et je suis sûre qu'on pourrait en faire un film génial !! Pensez-y !
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agnes
Le 16 février 2010
Une histoire familiale passionnante
On ne voudrait pas que le livre s'arrête ! J'espère qu'il y aura un 5eme tome, je l'attends avec impatience.
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Le 14 avril 2010
Un gros coup de coeur
Après avoir parcouru le premier chapitre, on a hâte de poursuivre cette saga en espérant que l'auteur nous en fera partager d'autres...
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mimine
Le 09 février 2010
Très bon
Je voudrais savoir s'il va y avoir une suite. J'ai tous les tomes de 1 à 4. Un très bon livre, très prenant.
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arlette12
Le 28 mai 2010
Un super roman
On pourrait croire qu'après les 3 précédents ouvrages que compte Le Moulin du Loup, l'histoire s'essouffle, mais il n'en est rien. Bien au contraire. Jusqu'à la dernière page on reste attaché aux personnages et on est très triste de les quitter. J'espère du fond du cœur que Marie-Bernadette Dupuy va nous concocter une suite aussi haute en rebondissement que les précédentes. C'est vraiment avec beaucoup de regrets que j'ai fermé ce livre car cette histoire m'a fait passée de merveilleux moments. Un livre merveilleusement bien écrit comme tous les romans de l'auteur. A suivre...
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sabate christian
Le 05 mai 2010
Saga "Le Moulin du loup"
Romans excellents, j'aimerais savoir si un tome 5 est en cours ou si le 4 était le dernier.
REPONSE DU MODERATEUR : le tome 5 "Les ravages de la passion" sera disponible au Club à la fin du mois d'août.
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marguerite
Le 04 mai 2010
Le moulin du loup
A quand le tome 5 ?
REPONSE DU MODERATEUR : le tome 5 "Les ravages de la passion" sera disponible au Club à la fin du mois d'août.
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martine68
Le 07 mai 2010
Superbe
Comme les 3 autres tomes : un vrai régal, j'ai trop hâte de lire le 5eme tome !!
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marguerite
Le 04 mai 2010
La courée
Très beau livre, c'est tellement vrai... C'est la vie du peuple : toujours se battre pour avoir un peu mieux dans la vie. J'adore vos romans, on a l'impression d'y entrer, de connaître les personnes, c'est tellement attachant qu'on a plus envie de sortir de l'histoire . Merci.
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mimie64
Le 05 août 2010
A quand le tome 5 ???
Connaissez-vous la date exacte de la sortie du tome 5 du Moulin du Loup? Je l'attends avec grande impatience.
Réponse du modérateur : Le tome 5 "Les ravages de la passion" sera disponible à partir du 23 août.
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valtida stephanie
Le 14 octobre 2010
Le moulin du loup
J'avoue que je ne lis pas beaucoup de livres, mais dès que j'ai lu le premier livre de ces 5 tomes, j'ai été subjuguée !! !J'ai tout de suite accroché !! Dès que je commence à lire, je ne peux plus m'arrêter !!!! !Et le livre se finit vite et j'en redemande encore !! Je vous le recommande vivement !!!!!!
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nadine
Le 02 octobre 2011
Dépaysement total
Je viens de finir "Le moulin du loup " tome 1 et j'ai beaucoup aimé et c'est en lisant vos avis que j'ai découvert cette auteur. Un problème ! Je suis perdue dans les titres suivant de la saga, quelqu'un peut me dire quels sont les tomes suivants ? En sachant que je viens de finir "Le moulin du loup" tome 1 ? Merci d'avance car j'ai hâte de lire la suite.
Réponse du modérateur : la suite, Le Moulin du Loup, tome 2 : Le chemin des falaises, n'est pas disponible actuellement sur notre site. Nous proposons en ce moment les tomes 3 et 4.
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Extrait

1

L'accident

Vallée des Eaux-Claires, 15 avril 1920


Ce jour-là, il pleuvait à torrents. Claire cousait, assise près de la fenêtre. C'était sa place favorite. De là, elle pouvait observer la cour et voir l'activité du Moulin.
— Quel printemps ! soupira-t-elle, attristée par ce temps gris et sombre qui la rendait mélancolique.
Au même instant, elle aperçut Raymonde. La servante revenait du potager. Elle tenait d'une main un panier rempli de légumes et de l'autre un grand parapluie noir qui la protégeait du déluge. Chaussée de bottes en caoutchouc, marchant dans la gadoue, elle se hâtait, les épaules couvertes d'un châle. Venant du chemin des Falaises, un camion bleu, arrivant à vive allure, amorça un virage brusque pour franchir le portail toujours grand ouvert.
— Attention ! murmura Claire pour elle-même, la gorge soudain serrée d'appréhension.
Il était trop tard. Elle ne devait jamais comprendre ce qui était arrivé. L'accident était survenu avec une telle rapidité ! De toute évidence, il était inévitable, penserait-elle ultérieurement. Le lourd véhicule, chargé de bidons et de caisses, freina dans un bruit aigu, fait de grincements stridents. Cela ne servit à rien. Il dérapa sur les pavés tel un monstre de ferraille pris de folie.
L'aile gauche, flanquée d'un pare-chocs en métal, faucha Raymonde. Elle fut projetée au sol. Une des roues arrière lui passa sur le corps.
Claire s'était levée, laissant tomber son ouvrage par terre. Tétanisée, elle ne parvenait pas à croire à ce qu'elle venait de voir. Il lui semblait difficile de marcher, d'ouvrir la vieille porte cloutée donnant sur le perron et descendre l'escalier en pierre.
— Raymonde ! Oh ! non, ce n'est pas possible, ma pauvre Raymonde ! Quel malheur !
Le camion avait stoppé sa course à un mètre du mur de la grange. Le chauffeur descendit et s'avança vers la formé inerte. L'homme était blême. Des ouvriers accouraient de la salle des piles du Moulin.
Un cri perçant vrilla l'air. Claire avait hurlé. En une seconde, la vision d'horreur s'inscrivit dans son esprit : le parapluie noir qui se balançait sur la pointe, secoué par la bourrasque, le panier broyé, les légumes répandus, et surtout le joli visage de Raymonde d'une pâleur affreuse, du sang coulant à la commissure des lèvres. Les cheveux d'un blond sombre, coupés court, étaient trempés et se plaquaient sur le front et les joues.
Jean et Léon déboulèrent de l'écurie. Claire approchait lentement du corps immobile de sa servante. Chaque pas lui coûtait. Elle se figea soudain, submergée par un flot de souvenirs. Raymonde était devenue au fil des années sa meilleure amie, sa sœur de cœur.
« Mon Dieu, faites qu'elle ne soit pas morte, juste blessée ! » pria-t-elle la bouche sèche, le cœur brisé.
Elle revit Raymonde âgée de douze ans, avec ses longues nattes dorées. Elle venait chercher le Follet, un des ouvriers de son père, Colin Roy. Catherine, la grande sœur de Raymonde, mais aussi la promise de l'employé, agonisait, suite à une mauvaise fausse couche...
« Et dire qu'elle était la maîtresse de Frédéric Giraud, que j'ai dû épouser ! »
Depuis bien longtemps, les deux femmes gouvernaient au Moulin du Loup. Elles s'occupaient de la cuisine, de la maison, du potager.
« Elle est entrée chez nous à quinze ans, pensa encore Claire, quand moi, je vivais encore à Ponriant. »
Les mots, les images du passé l'affolaient. Claire était née dans la vallée des Eaux-Claires, ici, sous ce toit de tuiles ocre. Elle avait l'impression d'être terrassée par tous les événements tragiques qui avaient endeuillé ce lieu pourtant enchanteur.
« Morte, Catherine, si jeune, si gourmande de plaisirs, se dit-elle en faisant un autre pas. Mort, mon père qui s'est jeté dans l'eau glacée pour être happé par les roues à aubes dont il aimait tant la chanson. »
Claire étouffa un sanglot de terreur. Elle ne voulait pas perdre Raymonde. Tout bas, elle balbutia :
— Mais elle est sortie il y a dix minutes pour aller ramasser des radis et des poireaux. Elle m'a dit : « Madame, si la petite pleure, bercez-la un peu, je la ferai téter en rentrant du jardin. » Des exclamations désespérées la ramenèrent à la réalité. Léon, couché sur le corps de sa femme, poussait des plaintes rauques.
— Raymonde, ma poulette ! Elle ne peut pas être morte ! répétait-il, hagard, les yeux noyés de larmes.
Jean, lui, fixait Claire de ses beaux yeux bleus ourlés de cils noirs très drus. Elle frémit tout entière sous le regard effaré de son mari.
— Oh ! Jean, pourquoi, mais pourquoi a-t-il fallu que ce camion... ?
— Câlinette ! s'écria-t-il d'une petite voix. C'est fini.
Claire jugea inconvenant l'emploi de ce surnom intime dans un tel moment de tragédie. C'était un petit vocable réservé aux heures de bonheur.
— Il faut téléphoner au nouveau docteur, bégaya-t-elle. Dis, Léon, il la soignera ? Elle n'est pas morte, ce n'est pas possible !
Le chauffeur du camion ôta sa casquette. Claire constata que la pluie avait cessé. Elle ferma les yeux, avide de retrouver des visions de jadis et d'oublier le présent.
« Raymonde était si belle en demoiselle d'honneur, le jour de mes noces avec Jean, et tellement fière de sa toilette. Dire qu'elle refusait de me tutoyer et me donnait du « Madame » même en accouchant de Thérèse. Pendant la guerre, nous nous serrions les coudes, elle et moi. Comme elle chantait bien, et pour la danse, les soirs de bal, il n'y en avait pas de meilleure ! »
Raymonde avait partagé son existence pendant plus de vingt ans, de l'aube à la nuit. Elles avaient passé ensemble des milliers d'instants de complicité, de bavardages, de rires et de larmes.
— Je l'aimais tant ! suffoqua-t-elle, chancelante.
Jean, qui était accroupi près du corps, se releva pour la soutenir. Mais Claire voguait entre deux mondes. Elle s'évanouit dans les bras de son mari et il fut contraint de l'allonger près de la servante. Il installa la tête de sa femme sur ses genoux. Il ne trouvait pas les mots, se sentait impuissant devant tant de douleur.
Léon pleurait bruyamment. Le contremaître anglais qui dirigeait le Moulin pour le compte du papetier William Lancester n'osait pas intervenir. Ses ouvriers, tous consternés par l'accident, avaient formé un cercle. Ils aimaient bien Raymonde : c'était elle qui préparait leur repas de midi depuis des mois. Ils savaient également que cette belle jeune femme laissait trois enfants : César, un adolescent de seize ans, apprenti mécano en ville, la joyeuse Thérèse, une fillette de onze ans qui ne tarderait pas à entrer de l'école du bourg, et un nourrisson de deux mois, Janine.
— Claire, ma chérie, je t'en prie, remets-toi ! l'exhorta Jean en lui tapotant les joues. Claire !
Léon lança un regard effaré à celle qu'il appelait souvent « patronne » pour plaisanter. Claire semblait morte elle aussi, ses longs cheveux bruns étalés sur les pavés, son beau visage aux traits doux blanc comme linge. Elle entrouvrit les paupières. Ses prunelles de velours noir papillotèrent. Ses lèvres couleur cerise se mirent à trembler.
— Oh, je me souviens, dit-elle. Mon Dieu, Raymonde... non, ce n'est pas vrai !
Elle se redressa avec une plainte dont les notes horrifiées glacèrent le sang des témoins. À cette sinistre lamentation répondit un hurlement à l'intérieur de la maison.
— Dieu du ciel ! geignit Léon. C'est la louve ! Elle a senti la mort. Vous entendez ça, madame ?
Claire fondit en larmes sans pouvoir répondre. Elle caressa la joue de Raymonde. Il lui sembla soudain urgent de s'occuper de la défunte avec tendresse et respect, de ne pas la laisser plus longtemps à terre.
— Il faut la porter dans la chambre, Jean, implora-t-elle. La chambre où ma mère et notre cher Basile ont rendu l'âme.
Elle faisait allusion à la plus belle pièce de l'étage, jadis dévolue à Colin Roy puis à Basile Drujon, un vieil instituteur devenu leur hôte jusqu'à son décès.
— Je ne veux pas qu'elle reste sous la pluie, comme ça, se lamenta Claire. Thérèse ne doit pas la voir dans cet état !
— Bien sûr, Câlinette, approuva son mari. Nous allons faire ce qu'il faut, ne t'inquiète pas.
— Arrête de m'appeler ainsi ! lui reprocha-t-elle. Et vous, qu'est-ce qui vous a pris de rouler aussi vite ? Il y a des enfants, chez nous. Ces saletés de machines sont des engins de mort, vous le savez, au moins ?
Claire invectivait le conducteur de la camionnette. Dans un élan hystérique, elle se rua sur lui et le secoua par le col de sa veste.
— Assassin ! Vous n'êtes qu'un assassin, un criminel ! cria-t-elle, complètement hors d'elle.
L'homme se laissait insulter et malmener. Tout bas, tout tremblant, en sueur, il bégaya :
— Je suis navré, madame, ça, je suis bien navré ! C'est â cause des pavés, ça glissait, j'ai pas pu freiner et... voilà ! Des larmes coulaient sur son visage décomposé.
— Et voilà, c'est tout ce que vous trouvez à dire ! sanglota Claire.
Jean la saisit par les épaules. Il parvint à la conduire ainsi jusqu'au perron.
Je t'en prie, Claire ma chérie, calme-toi, rétorqua-t-il. Tu dois tenir le coup. Pense aux enfants, à Léon. Thérèse va ramener Arthur, ils ne doivent pas être effrayés. Rentre au chaud, prépare du café, de la gnôle. Nous allons porter Raymonde là-haut.
Elle acquiesça d'un signe de tête et ouvrit la porte. Loupiote était assise devant la cheminée. La louve avait une attitude figée, le regard rivé à l'une des fenêtres. Son fils, couché près d'elle, paraissait nerveux. Il humait l'air et grognait. À bientôt dix mois, il avait déjà atteint la taille de sa mère.
Claire leur prêta à peine attention. Elle jeta, d'une voix dure :
— Sage ! Tais-toi, Moïse !
Elle avait donné au jeune animal le nom de son premier chien, bon gardien et fidèle compagnon, qui était à l'origine de la lignée des loups du Moulin.
— Du café, de la gnôle ! maugréa-t-elle. À quoi bon ? Raymonde est morte sous mes yeux, je ne m'en remettrai jamais, ça non !
Elle pensa à Jeanne, la mère de sa servante, qui habitait au bourg.
— Pauvre femme ! Elle va en mourir elle aussi ! Dit-elle en renversant de l'eau chaude sur la plaque de la cuisinière. Pourtant, il est de mon devoir de la prévenir. Elle a perdu ses deux filles. Catherine, puis Raymonde.
Avec une expression de somnambule, Claire marcha jusqu'à l'appareil téléphonique accroché au mur. Elle avait besoin de soutien. D'un ton saccadé, en quelques minutes, elle put avertir sa cousine Bertille, au domaine de Ponriant, et Faustine, sa fille adoptive, qui dirigeait une institution scolaire à deux kilomètres de là.