Le temps du pardon
Le temps du pardon
Donna Milner
400 pages
Couverture cartonnée
Réf : 376596
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Au lieu de 20,90  (prix public)
Disponible
Un amour inavouable
Résumé
Nathalie, quinze ans, est heureuse avec ses parents et ses trois frères, dans une ferme laitière au Canada. Mais l’arrivée d’un jeune Américain, objecteur de conscience, va bouleverser sa vie et celle de sa famille. Et Nathalie sera hantée par la culpabilité. Trente-cinq ans plus tard, alors que sa mère vit ses derniers jours, elle retourne sur les lieux de son enfance qu’elle a fuis depuis si longtemps.  
Pourquoi on l'a choisi
Une bouleversante histoire de pardon et de réconciliation. Sera-t-il possible à Nathalie d’oublier l’été 1966 qui marqua la transition entre l’époque où sa famille était unie, idéale, et celle où rien n’a plus jamais été comme avant ?
Moyenne des avis :Les avis des internautesNombre d'avis :4
mag
Le 16 mars 2010
Génial !
Aprés un départ un peu "mou", le livre monte en crescendo et il devient impossible de le lâcher. Magnifique ! Je le conseille à tous ceux et celles qui aiment les histoires d'amour avec un grand A.
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mag
Le 09 avril 2010
Excellent !
Après un début assez lent où l'on se pose plein de question, on se retrouve dans un tourbillon de sentiments, de suspense et de violence. Un récit magnifique qui tient en haleine et qui ne vous lâche pas même après la lecture. J'ai adoré !
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shaina
Le 29 septembre 2010
Superbe
Un livre comme on aimerait en lire plus souvent !
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Necky
Le 29 avril 2011
Merveilleux !
Ce livre est génial, l'histoire, les personnages. Merci pour vos commentaires qui m'ont permis de le lire.
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Donna Milner travaillait dans l'immobilier jusqu'à ce que son mari l'encourage à écrire. Aujourd'hui, elle n'imagine pas faire autre chose. Elle aime créer des personnages réalistes qui affrontent des dilemmes moraux, des personnages qui éveillent un écho auprès des lecteurs et qui continuent à vivre en eux une fois le livre refermé. Donna Milner vit en Colombie-Britannique avec son mari.
Extrait

1

Il est arrivé à pied. Tel un mirage, il est apparu dans un miroitement de chaleur sur le chemin de terre en lacets qui mène à notre porte. Postée dans l'ombre de la véranda, je l'ai regardé s'approcher.
En cette chaude journée de juillet 1966, j'allais sur mes quinze ans. Je m'appuyai contre le chambranle de la porte et plissai les yeux, éblouie par le soleil éclatant, tandis que derrière moi l'essoreuse à rouleaux évacuait les derniers filets d'eau. La lessive de la semaine pendait mollement sur les trois cordes tendues à travers la cour. Les draps, d'un blanc aveuglant dans la lumière vive, formaient une toile de fond pour le cortège discipliné de la garde-robe familiale. Le dos tourné à la route, des pinces à linge plein la bouche, ma mère se tenait sur l'estrade en bois-prolongeant la véranda d'où partaient les cordes. Elle se pencha pour attraper une chemise en jean dans la corbeille d'osier posée à ses pieds, la secoua dans un claquement de tissu humide et la suspendit.
Il y avait chez elle quelque chose de différent, cet après-midi-là. À la place du fichu noué sur le front qu'elle portait les jours de lessive, des pinces et des peignes maintenaient ses cheveux relevés. Des boucles blondes rebelles, mêlées de frisons vaporeux, encadraient son visage et lui caressaient la nuque. Mais ce n'était pas tout. Elle avait un air distrait, les joues trop rouges. J'étais certaine qu'elle avait appliqué une touche de fard sur ses pommettes. Un peu plus tôt, elle m'avait surprise à la dévisager pendant qu'elle faisait tourner l'essoreuse avec les jeans de mes frères.
« Oh, quelle chaleur ! » s'exclama-t-elle, puis elle coinça ses cheveux derrière les oreilles.
Elle ne prêtait toujours pas attention à la route, concentrée sur la dernière pile de linge qu'elle accrochait, et c'est moi qui le vis la première. Il déboucha du virage qui bordait le pâturage le plus éloigné, je le regardai enjamber la grille à bétail, passant de l'ombre dansante des peupliers à la lumière éblouissante. D'une de ses épaules pendait un gros sac kaki, de l'autre un objet noir. Quand il fut plus près, je reconnus, rebondissant sur son dos au rythme de sa démarche tranquille, un étui à guitare.
Hippie. Un mot nouveau dans mon vocabulaire. Un mot étranger. Qui désignait de jeunes Américains à l'accoutrement bizarre, défilant avec des pancartes où on lisait : Faites l'amour, pas la guerre ! Des manifestants contre la guerre du Vietnam qui enfonçaient des fleurs dans les canons des armes de la police anti-émeute. Il s'appliquait aussi aux conscrits réfractaires. On entendait dire que certains d'entre eux entraient clandestinement au Canada par la frontière située à moins de trois kilomètres au sud de notre ferme. Il ne s'agissait pourtant que de rumeurs ; des racontars et des images brouillées à la télévision — la réception de l'émetteur étant plus que capricieuse dans notre vallée de montagne. Je n'en avais jamais vu un en chair et en os. Jusqu'à ce moment.
« Qu'est-ce qui ne va pas ? » La voix de ma mère brisa ma concentration ; elle me tendait la corbeille vide. Sans attendre ma réponse, elle se tourna vers la route. Au même instant, Buddy, notre chien de troupeau, leva la tête et sauta de la dernière marche de la véranda où il dormait sous le soleil de l'après-midi. Il bondit par-dessus la palissade et courut le long de l'étable, tornade noir et blanc aboyant un peu tard pour nous mettre en garde.
« Buddy ! » appela maman. Mais l'étranger aux cheveux longs s'était déjà agenouillé dans la poussière du chemin, pour murmurer des paroles apaisantes à l'oreille du border collie qui grondait. Au bout d'un moment il se releva et, accompagné de Buddy, reprit sa progression jusqu'à la cour. Il nous sourit de l'autre côté de la barrière, le chien lui léchant la main. Maman lui sourit en retour, lissa son tablier mouillé et descendit de la véranda. Je n'hésitai que quelques secondes avant de déposer la corbeille à linge et de lui emboîter le pas. Nous le rejoignîmes au portail.
Sa venue, elle s'y attendait.
Pas au chagrin qui suivrait, tel un vent glacé.


2

J'aurais dû savoir.
Durant toutes ces années, elle n'a jamais été prononcée à haute voix, mais je pouvais la lire dans les yeux de chacun, cette question inexprimée : Comment n'ai-je pas su ? Trente-quatre ans plus tard, je me la pose encore.
Parfois je me surprends à me plonger dans les souvenirs. Du temps d'« avant », celui de mon enfance. Avant que tout ne change. Du temps où il était inimaginable que ma famille ne reste pas soudée pour toujours. Quand tout mon univers tenait dans notre domaine, cent soixante hectares pris à une étroite vallée encaissée au milieu des Cascade Mountains de la Colombie-Britannique. Tout le reste, la bourgade d'Atwood située à cinq kilomètres au nord avec ses deux mille cinq cents habitants, ne formait que la toile de fond de nos petites vies parfaites. Me semblait-il en tout cas, jusqu'à la fin de ma quatorzième année.
C'est à partir de ce moment-là que débutent les souvenirs d'« après ».
Il m'arrive de réussir à les faire taire, ces souvenirs. Des semaines durant, des mois, voire des années, je peux faire comme si rien de tout cela ne s'était passé. Au point de le croire, quelquefois.
Impossible pourtant d'oublier l'été 1966. Le jour qui marque la transition entre l'époque où ma famille était unie ; idéale, et celle où rien ne serait jamais plus comme avant.
Le premier de la série d'événements qui allaient bouleverser nos vies à tous ne fut ni catastrophique ni extraordinaire. Il sembla même heureux, pendant un moment.
Par la suite, ma mère mit tout ce qui était arrivé sur le compte du monde extérieur qui rattrapait notre petite ferme. De nouvelles nationales se construisaient, dont une qui relierait notre ville à la Transcanadienne. Dans la province d'East Kootenay, on inondait les vallées pour édifier des barrages destinés à fournir en électricité la région en plein essor — « ainsi que notre voisin du Sud, assoiffé de puissance », complétait mon père.
« Il y a trop d'offres de travail ! » s'était inquiétée maman au cours du dîner le jour où Jake, l'ouvrier agricole qui travaillait pour nous du plus loin que remontait ma mémoire, nous avait quittés sans préavis. « Qui aura envie de travailler dans une petite ferme laitière d'un trou perdu ?
— On se débrouillera, avait répondu papa entre deux bouchées. Morgan et Carl en feront plus et Natalie peut aider à la laiterie. Ça va aller, avait-il dit en lui tapotant la main.
— Non. » Se dégageant, elle s'était levée pour apporter la cafetière à table. « Tu continues à agrandir le troupeau et mes garçons abandonnent leurs études. Il faut qu'au moins un de mes fils finisse le lycée... » Elle n'avait pas ajouté : « Et entre à l'université. » Elle n'évoquait plus jamais ce rêve à haute voix. Carl était son dernier espoir.
Elle avait alors embauché la première et unique personne à répondre à son annonce de deux lignes parue dans l'Atwood Weekly. « Il a une voix agréable », précisa-t-elle après avoir annoncé la nouvelle en ce matin de juillet. Elle se mit à débarrasser la table du petit déjeuner, puis, comme si cette pensée venait de lui traverser l'esprit, elle ajouta : « Il est américain. »
Je coulai un regard vers mon père. Ses sourcils épais se rapprochèrent pendant qu'il digérait ces derniers mots. Mes parents entretenaient des idées opposées sur les jeunes Américains qui cherchaient refuge au Canada pour échapper à la conscription, et je me demandai si, pour la première fois, j'allais assister à une réelle dispute entre eux. Mon père se fâchait rarement contre sa femme, mais il n'avait pas l'habitude de la voir prendre une décision sans l'avoir consulté, et surtout pas quand elle savait son opinion arrêtée sur le sujet. Il ne fit aucun commentaire. Pourtant, à la façon dont il se leva et décrocha brutalement de la patère son chapeau en feutre aux bords relevés — réservé à ses livraisons de lait — puis l'enfonça d'un coup sec sur son crâne, je devinai qu'il était mécontent.
« Bon, dit-elle, une fois la porte refermée derrière papa et Carl, ça s'est plutôt bien passé, hein Natalie ? » Puis son expression devint grave tandis qu'elle enfilait en les faisant claquer ses gants en caoutchouc. « Je refuse de sacrifier un fils de plus à cette ferme. »
Dès qu'ils avaient été capables de porter un seau, mes trois frères s'étaient retrouvés esclaves des horaires de traite. Chaque matin ils se réveillaient alors qu'il faisait encore nuit, posaient les pieds sur le linoléum éternellement froid des chambres du haut et revêtaient leurs salopettes. Je reste à ce jour persuadée que Boyer dormait tout habillé.
Celui-ci, l'aîné, disposait au grenier d'une pièce (plutôt un cagibi) pour lui seul. À douze ans, il en avait eu assez d'en partager une avec ses frères et s'était aménagé un petit nid au milieu des poutres, juste au-dessus des deux chambres de l'étage. À grand renfort de clous et de planches, il avait fabriqué une échelle grossière qui lui permettait d'accéder directement au grenier par une trappe découpée dans le plafond du palier. Puis, à quatorze ans, il avait construit un véritable escalier.
Il faisait si froid en hiver dans cette chambrette que l'haleine formait de petits nuages. Et en été, malgré la fenêtre grande ouverte, l'air étouffant stagnait. Boyer ne se plaignait jamais. Cette pièce était son sanctuaire, et les privilégiés invités à profiter de sa compagnie et des livres, qui finirent par occuper tout l'espace disponible, lui enviaient le monde qu'il avait créé dans les combles de la maison construite des mains de notre grand-père, au début du siècle.
Étant la seule fille, j'avais droit à ma propre chambre, celle de Boyer avant que ma naissance ne perturbe l'organisation du couchage. S'il m'en voulut, il ne le montra jamais. C'est avec plaisir que j'aurais partagé cette pièce avec lui. J'étais trop jeune pour comprendre son besoin d'intimité et il me fallut longtemps pour cesser de demander pourquoi il devait dormir avec mes autres frères, puis tout en haut dans le grenier.