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America, tome 1 : La treizième colonie
Top lecteur
America, tome 1 : La treizième colonie
Romain Sardou
440 pages
Couverture cartonnée
Réf : 373769
Avec ce livre, cumulez 10 Points Club
Au lieu de 19,90  (prix public)
Résumé
1691. Harry, fils de prostituée et Lilly, fille illégitime d’une famille noble, ont été mariés contre leur gré et embarquent vers l’Amérique. Entre paradis et enfer, le Nouveau Monde leur réserve toutes les surprises, même les pires... Un Anglais richissime veut leur perte et tente de les détruire...
Une fresque historique éblouissante, habitée par une vengeance implacable.
Avis Top Lecteur
« Amateurs de grandes fresques historiques et de grandes sagas familiales, ce livre est fait pour vous.[…] Le roman est très bien documenté et l’auteur a su faire en sorte de nous plonger dans l’ambiance qui régnait dans les colonies américaines à fin du 17e siècle. »

Sylvie Adonel


« C’est un livre intriguant rédigé comme toujours dans un excellent style. […] Les personnages sont humains et vous pouvez vous reconnaître en eux. Une fabuleuse saga se déroule sous nos yeux. Un dépaysement total grâce à ce voyage entre l’Angleterre et le Nouveau Continent. [...] À quand la suite ? L’impatience nous guette, chapeau M. Sardou ! »

Christelle Aguilar
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Intuitions
Dominique Dyens
Moyenne des avis :Les avis des internautesNombre d'avis :3
jack
Le 24 novembre 2011
Une grande épopée
Un livre qui se lit d'un trait, on ne s'ennuie pas un instant.
Il n'y a pas de commentaire associé à cet avis.
olivia74
Le 10 décembre 2011
Génial !
Très bon livre. Très bien documenté, ce qui rend l'histoire d'autant plus passionnante. Je suis impatiente de lire la suite.
Il n'y a pas de commentaire associé à cet avis.
sophiab
Le 29 février 2012
Vivement la suite !
Un livre qui mêle l'histoire de plusieurs familles, et les faits historiques, qui sont d'ailleurs très bien documentés et intéressants à lire. On a hâte de connaitre la suite, et de voir enfin les deux familles se rencontrer.
Il n'y a pas de commentaire associé à cet avis.
Romain Sardou, fils de Michel et Babette, est né en 1974, à Boulogne-Billancourt. Issu d'une longue lignée d'artistes, chanteurs, comédiens, écrivains, il se passionne très jeune pour l'opéra (à 9 ans, il veut écrire des opéras "comme Wagner" !). Cet engouement précoce le conduit à la découverte du théâtre, puis à celle de la littérature qui prend rapidement le pas sur la musique. Il se met à dévorer les classiques, si bien qu’il quitte le lycée deux mois avant son bac... pour entrer dans une école de comédiens.
Lors de son service militaire, ses amis le surnomment Dostoïevski parce qu'il lit ses œuvres complètes ! Il part ensuite aux États-Unis écrire des scénarios de dessins animés pour les enfants.
De retour en France, il se marie et se lance dans l'écriture de son premier roman, Pardonnez nos offenses, un formidable polar médiéval, sorti en 2002. En 2004, il publie L'Éclat de Dieu, ambitieux roman sur le thème du temps. Ces titres connaissent tous deux un très grand succès avec chacun plus de 500 000 exemplaires vendus en France et une parution dans quinze pays étrangers.
On lui doit également :
    Personne n'y échappera
    Une seconde avant Noël
    , 2005
    Sauver Noël, 2006
Romain Sardou est père de deux enfants.

Visitez le site officiel de Romain Sardou.
Extrait
Première partie

Des terres nouvelles
1688-1712

1688

Le jeune Indien pouvait avoir entre treize et quinze ans, les yeux noirs, basané de peau, les cheveux noués en fines tresses tirées vers la nuque, dégagés aux oreilles, torse nu.
De discrets tatouages de griffes d'ours étaient piqués à la naissance de son cou ; motifs qui, suivant l'usage de la tribu des Yeohs, l'élevaient au-delà de l'enfance mais pas encore dans l'âge d'homme.
Sans un bruit, le jeune chasseur s'était extrait de la forêt de red cedar et de pins géants qui dominait les rives du Sawanwaki. Les eaux du fleuve commençaient à miroiter au soleil ; le matin sentait la résine et les relents fades des marécages tropicaux ; c'était l'heure de tous les attroupements et des attaques éclairs.
L'Indien se retourna pour savoir s'il avait été suivi : son frère et ses trois compagnons yeohs, partis à l'aube pister les hardes de daims et terminer les lots de peaux destinés aux Blancs, avaient disparu.
Les semer avait été un jeu d'enfant.
Le jeune archer appuya son arme et son carquois contre le tronc mince d'un genévrier. Il resta un moment à contempler le fleuve : tout un système d'îlots effilés était né en son milieu. Peu d'adultes yeohs osaient s'aventurer à la nage avec autant d'aplomb que lui : le garçon plongea dans les eaux du Sawanwaki pour franchir les cent brasses qui le séparaient de l'une des îles désertes.
L'étroit rivage atteint, l'Indien l'arpenta, évalua l'épaisseur de son bois, la qualité des arbres, sonda le sol pour savoir s'il supporterait des cultures.
L'îlot était le plus considérable, par son étendue – six cents mètres de large sur deux kilomètres de long – et par son élévation, quatre à cinq pieds au-dessus de l'étiage moyen du Sawanwaki ; formant un arc de lune, il était mêlé de broussailles, couvert de pins, d'érables et de noyers noirs. Nulle part ne se lisait le moindre vestige de présence humaine.
Le garçon ressentit une bouffée d'ivresse à se savoir seul au monde.
Son inclination à la solitude, sa tendresse grandissante pour les lieux reculés inquiétaient ses frères indiens. Ce jeune homme ne s'imaginait aucune voie de salut auprès des siens.
Certes il était le fils du mico, le chef de la tribu des Yeohs, mais cela ne lui donnait pas le droit à l'éligibilité royale ; en outre, il n'avait jamais réussi à s'intéresser aux enseignements des chamans qui auraient pu, s'il avait été doué et adoubé, l'élever au-dessus du simple destin de chasseur (ou alors, pour conserver une chance de briller, il eût fallu que les querelles des Yeohs avec la nation des Yamasees en finissent par la guerre, ce que le garçon n'allait pas jusqu'à espérer). Pas davantage souhaitait-il se rendre utile en apprenant les dialectes des hommes blancs.
Les sages de son village s'étaient entendus sur son cas : il succombait à un démon rusé, soit un Tlanuwa soit un Uktena, qui se distrait en rendant les jeunes adolescents indisciplinés et fiers.
En réalité, le vague à l'âme du garçon avait été causé, l'année auparavant, par la découverte d'un nouveau campement d'Écossais dressé à l'embouchure du Sawanwaki, sur l'île nommée Tybee, « sel », par les Yeohs, car les eaux du fleuve, mariées au bleu et au vert de l'océan, y devenaient saumâtres.
Une seule famille logeait là : un Blanc natif de la péninsule des Rhins de Galloway, sa femme de sang-mêlé, mi-écossaise mi-cherokee, et leurs enfants, un garçon âgé de six ans et deux fillettes plus jeunes.
Les contacts entre les Yeohs et ces anciens habitants de l'éphémère colonie de Stuart Town furent d'emblée cordiaux ; alors qu'il revendiquait la possession de son île d'après une lettre patente signée des Lords Propriétaires de la Caroline, l'Écossais insista pour « dédommager » les Yeohs et leur acheter cette parcelle de terre en échange de colliers, de ceintures et de beaux draps anglais.
Les Indiens lui demandèrent les raisons de son établissement si loin des forts et des villes de sa province de Caroline :
— Ma maison a été incendiée par les Espagnols, mes compatriotes sont morts ou enfuis. Aujourd'hui j'aspire à vivre dans la paix, à nourrir ma famille par mon travail, sans rien devoir à personne, sinon à Dieu.
Les Indiens le jugèrent fou :
— L'animal qui se dissocie de son troupeau, les chasseurs l'exécutent le premier ! lui répondirent-ils. Mauvais pour une bête, mauvais pour un homme !
Seul le jeune Indien comprit les motivations de l'Écossais ; dès lors, insidieusement, il ne cessa plus de l'envier.
Lui aussi voulait quitter sa tribu, élire une compagne, se retirer en marge des villages, ignorer leurs chicanes et le commerce avec les Blancs, fonder une famille, assurer ses besoins et vivre en paix.
Depuis plusieurs mois, il avait décidé que cette île sur le Sawanwaki constituerait un asile sûr et tranquille pour sa femme et ses enfants. Le fleuve abondait en poissons, la baie permettrait de se repaître d'huîtres, le gibier d'eau ne manquerait en aucune saison, enfin l'onde des grandes marées se faisait sentir jusqu'ici et il arrivait que le sens du courant du Sawanwaki se renverse de curieuse façon, avec des tourbillons fatals, rendant le site inexpugnable.
Au nord se dressait une ville de Blancs, Charles Town, fondée depuis une vingtaine d'années par les Anglais, peuplée d'un peu moins de deux cents colons et nommée d'après leur roi, ou leur dieu, le jeune Indien l'ignorait.
Au midi, plus lointaine, se situait Saint-Augustin, ville espagnole de la Floride où stationnait une importante garnison de soldats.
Les Français, eux, progressaient le long de la vallée du Mississippi, au-delà de la chaîne appalachienne où le Sawanwaki prenait sa source.
La conviction du jeune Indien était que son île était assez distante des Blancs, et écartée des nations indiennes comme les Bas-Creeks et les Apalachees, toutes trop belliqueuses à son goût.
De mémoire d'Ancien, elle n'avait jamais porté de nom. Le garçon laissa son regard errer un moment puis décida, solennellement, de lui décerner le sien.
— Ceci est l'île de Tomoguichi, dit-il, et le Grand- Esprit veillera à ce qu'elle le demeure à jamais.
Au plus haut de sa rêverie, l'Indien entendit un claquement percer les airs ; il n'eut pas le temps de comprendre ce qui arrivait, une seconde détonation percuta à ses oreilles et il s'effondra.
Le ciel bleu, les reflets du Sawanwaki, les oiseaux qui se dispersaient, les pins, son île : le monde entier disparut.
Un Blanc apparut sur la rive septentrionale du fleuve.
Grand, bâti en force, il comptait une quarantaine d'années, le bas du visage plat et mangé par une barbe épaisse, les cheveux noirs hirsutes. Il tenait un mousquet entre les mains. Son nom était John Lamar. Il possédait seize mille acres de terre au nord du Sawanwaki. Derrière lui, dissimulés entre les serpentaires, se relevaient timidement son fils de seize ans, Thomas Lamar, et Pat Caldwallader, un interprète de Charles Town.
John Lamar se félicita de son coup d'adresse. Il examina le mousquet fumant, un mécanisme à percussion anglais sur canon espagnol :
— Ces armes nouvelles sont de tout premier ordre. Il faudra s'en entretenir avec les lords de la colonie.
Cela dit, il lança le mousquet dans le fleuve, ainsi que celui avec lequel il avait fait feu la première fois, au grand dam de l'interprète qui voyait une fortune disparaître.
— Pas de traces, décréta John Lamar. Ils sont rusés, pas vrai.
Il considéra les alentours.
— Toujours personne. Allons voir.
Le groupe de trois Anglais était accompagné d'un âne tirant un travois chargé d'outils divers.
John Lamar résolut de franchir le Sawanwaki jusqu'à l'île de Tomoguichi à l'aide d'un vieux pin échoué sur les hauts-fonds. Il ordonna à son fils de mettre en joue trois alligators qui se tenaient à proximité et de l'attendre sur la rive.
— Si ces têtes plates s'agitent, tu ouvres le feu.
Le jeune Thomas, grand et maigriot, les épaules serrées, coinça la crosse sous son menton, visa les animaux, le canon du mousquet appuyé sur une fourche de bois.
Lamar et l'interprète atteignirent péniblement la dépouille de Tomoguichi.
La balle de plomb l'avait atteint au flanc gauche, lui enfonçant des côtes et perforant le cœur.
— Ça vous inspire quelque chose, cet accoutrement et ces tatouages ? demanda Lamar penché au-dessus de sa victime.
— La coiffure montre qu'il s'agit bien d'un Yeoh, dit Pat Caldwallader, comme je vous l'ai annoncé sitôt son apparition. Les oreilles sont dégagées pour favoriser le tir à l'arc : c'est un chasseur.
Il effleura les tatouages au bas de son cou :
— Les griffes d'ours tournées vers le haut révèlent qu'il est lié à la famille royale de son clan.
— Bien. Très bien.
En dépit de l'enjouement de Lamar, l'interprète porta des regards inquiets en direction de la rive méridionale.
— Pourvu que personne ne nous ait vus. Ou entendus.
— Le garçon était seul. Il cherchait à être seul, cela se sentait. Allons, ne traînons pas.
John Lamar bascula le corps de Tomoguichi sur ses épaules et retraversa le Sawanwaki avec l'interprète.
Il alourdit son âne du poids du mort.
— Où se situe-t-elle, cette tribu de Yeohs ? demanda-t-il.
— À une bonne heure de marche en amont du fleuve. Elle ne compte qu'une centaine de membres et guère plus de huit guerriers.
— Rendons-nous-y.
Les trois Anglais remontèrent le Sawanwaki.
L'interprète expliqua que le fleuve devait son nom à une tribu, les Shawnees ; ce qui avait donné le Savannah en faveur chez les Anglais de la province de Caroline.
Lorsque le trio de Blancs arriva au village des Yeohs planté sur une éminence qui dominait le fleuve, tous les hommes de la tribu se tenaient auprès de leur grand chef, Squambô, prêts à le défendre.
Debout sur une estrade, Squambô avait une petite cinquantaine d'années, le torse à la peau brune noirci de lignes de tatouage, les épaules recouvertes d'une peau d'ours, la chevelure identique à celle de Tomoguichi, mais avec des tresses plus élaborées.
Une vingtaine de huttes constituaient son village, chacune pouvant abriter une quinzaine de personnes. Non loin des habitations s'étendaient deux parcelles labourées : l'une servait à la culture entremêlée du maïs, des courges et des haricots, l'autre était en friche, jonchée de chaume.
John Lamar compta une dizaine d'établis souillés de moisissures sur lesquels les chairs des animaux dépecés étaient râclées, avant d'être fumées et serrées dans des lots.
John Lamar avança vers le chef.
À mi-voix, l'interprète le mit en garde contre les Yeohs :
— Ils sont fort habiles à reproduire les bruits de la nature, leur oreille est d'une finesse inouïe ; ils apprennent nettement plus vite les rudiments de notre anglais que nous leur dialecte muskogee, sans rien en laisser paraître. Tenez votre langue…
L'échange rituel de salutations s'effectua entre Squambô et Lamar.
Pour faire reconnaître ses intentions pacifiques, l'Anglais mit son mousquet à terre, ainsi que la bourse en peau de serpent où il rangeait sa poudre et ses balles de plomb.
De son côté, le grand chef des Yeohs ordonna que l'on dépose sur le sol, en gage similaire de paix, une longue flèche empennée dotée d'une pointe de cuivre.
Lamar s'exprima, traduit par Caldwallader :
— En venant jusqu'ici, nous avons découvert le cadavre de l'un des vôtres.
Tout le monde avait reconnu le jeune Tomoguichi. Le chef, dont c'était l'un des fils, ne réagit pas. John Lamar eut un geste qui surprit, alors que les frères de Tomoguichi s'apprêtaient à emporter sa dépouille :
— Attendez.
Il sortit un couteau et se pencha sur le mort. Il fit pénétrer la lame dans la plaie ouverte par son coup de feu, fouilla les chairs et ressortit la balle de plomb. En percutant les côtes, elle s'était déformée.
Lamar la saisit et la donna à Squambô :
— Espagnole, fit-il observer. Malgré le démantèlement de leurs missions par les Anglais, leurs troupes continuent d'infester vos terres. Le coup est récent. Ils sont proches.