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Il faut laisser les cactus dans le placard
Top lecteur
Il faut laisser les cactus dans le placard
Françoise Kerymer
448 pages
Couverture souple
Réf : 373758
Avec ce livre, cumulez 10 Points Club
Au lieu de 19,00  (prix public)
Résumé
Trois sœurs. Marie, libraire, vit avec son mari pianiste et leurs deux filles. Anne est sculpteur. Elle est installée loin de tout dans un phare, mais dévore la vie autant que les hommes. La plus solitaire des trois, Lise, est bercée de mélancolie. La mort de leur père qu’elles tenaient à distance va les rapprocher et surtout bouleverser leur vie... en bien. Peut-être écouteront-elles enfin leurs vrais désirs.
Pourquoi on l'a choisi
De Paris aux côtes bretonnes en passant par la Méditerranée, les rebondissements se succèdent. Vous aussi vous serez séduits par cette saga familiale pleine de vie, si drôle et émouvante à la fois.
Avis Top Lecteur
« Si vous avez envie de simplicité et de passer un moment agréable, alors entrez dans le placard aux cactus… Vous vous retrouverez forcément dans les caractères de cette fratrie. La description de certains lieux vous fera frissonner. […] c'est un livre à découvrir. »

Christelle Aguilar


« C’est un livre plaisant, facile à lire. Une histoire captivante qui nous attrape et nous emporte à la découverte de ces morceaux de vies si différentes. […] L’intrigue est là, les personnages sont attachants. »

Véronique Robert
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Un jour
David Nicholls
Moyenne des avis :Les avis des internautesNombre d'avis :3
Dreamdomie
Le 26 octobre 2011
Saga de trois soeurs
La mort de leur père les rapproche, bien que chacune ait une vie très différente. Comment chacune gère les souverirs de leur enfance et adolescence. La découverte également d'une partie cachée de la vie de leur mère. Roman très captivant car presque trois histoires en un seul roman. La vie peut séparer la fratrie mais il reste toujours des liens étonnamment profonds et indestructibles.
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Casix
Le 22 octobre 2011
Un père, trois filles, la famille !
C'est un roman qui nous plonge dans la destinée de trois sœurs, trois personnalités, trois vies. Un point commun la perte de leur père, qui va leur apporter des questions et beaucoup de changements. Très rapidement on va se fondre dans leurs vies, leurs intimités, leurs sentiments. On va se laisser transporter de la Bretagne à la Côte d'Azur en passant par la Grèce. C'est un roman très divertissant.
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lolo38
Le 25 janvier 2012
Décue
J'imaginais un récit plus alerte et divertissant. L'histoire est intéressante et le postulat de départ tout à fait réaliste (un père qui disparait, trois filles qui découvrent une personnalité très différente de celui qu'elles ont cotoyé). Malgré celà et des personnages pourtant attachants et dont l'évolution est positive, j'ai trouvé ce livre taciturne et il m'a tardé de le finir car je m'ennuyais souvent. Dommage.
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Extrait
Paris, septembre

« Papa est mort. »
Silence.
« Lise est toujours à la clinique, elle ne pourra sûrement pas monter à Paris, bredouille Anne, en larmes au téléphone mais Maman sera à l'enterrement.
— Ça ne m'étonne pas d'elle, lui dis-je.
— Je suppose que tu ne viendras pas ?
— Non. »
Un long moment de blanc.
« Je m'en doutais », répond finalement Anne.
Silence, à nouveau.
Je ne sais que dire de plus, alors je réconforte ma sœur comme je le peux d'une formule convenue. Et je raccroche.
 
Devant moi sur la terrasse, mon acacia doré se balance au vent, dans son bac de bois brut, encore tout luisant de la pluie qui vient de s'arrêter.
Au-delà, le gris des toits à perte de vue. Le dôme des Invalides vient juste de s'illuminer, et la nuit tombe, tranquille.
Face à la grande baie vitrée, la laque noire du Bösendorfer réfléchit la pâle lumière et emplit tout l'espace. Je pose le téléphone et, en passant, comme on caresserait son fidèle cheval, je lisse le bois brillant du plat de la main. Ce superbe et majestueux piano de concert est le cœur de la vie d'Alex, l'âme de notre maison et notre compagnon depuis toujours. Fidèle et sûr, lui.
 
Mon père est mort.
Ainsi soit-il.


I
La découverte


Anne

Port-Manech, septembre

Papa est mort !
 
J'avais beau y penser de temps en temps… N'empêche, ça me tombe dessus brutalement. Pourtant, c'est dans l'ordre des choses à quatre-vingt-treize ans. Et puis, il n'allait pas si bien, ces derniers temps.
Quand même. J'ai vraiment du mal à l'admettre. Celui qui m'a fait ne peut pas disparaître. Ou alors, c'est un peu de moi qui part avec lui. Et là… Non ! Ça me fait trop peur, comme si le sol se dérobait, brusquement, sous mes pieds.
 
Je tourne en rond, je ne me fixe sur rien, tout m'énerve, tout m'exaspère. J'ai envie de pleurer pour un rien. Et nerveuse… Nerveuse… C'est rien de le dire.
Je suis sortie marcher, mais même ma grande promenade, en plein vent sur le sentier des douaniers n'a pas réussi à me calmer. Moi qui l'aime tant, la mer, moi qui vis avec elle, et qui ne changerais pour rien au monde ma petite parcelle de paradis pour les plus beaux palais de la terre… Rien à faire, je n'arrive pas à m'en remettre.
Mon père me quitte, et me laisse sans repère. Débrouille-toi toute seule. Même si depuis belle lurette, je me suis passée de lui. Même s'il n'a jamais été à proprement parler un père, je porte son nom. Je suis Anne Vautrin, sculpteur, bretonne d'adoption et fière de l'être. Heureusement, d'ailleurs, parce que si j'attendais une quelconque reconnaissance de mon statut d'artiste pour exister, je n'aurais pas été bien loin.
 
Ici, le repère, c'est le phare, à côté de la maison. Cette maison, je l'ai choisie à cause de lui. Parce qu'il avait l'air imposant et rassurant à la fois. Je me suis sentie bien, contre lui. J'ai tout de suite aimé l'idée de vivre tout près de celui qui guide les marins par tous les temps. Qui éclaire sans jamais s'arrêter. Qui protège. J'aime l'idée de dormir tranquillement sous sa garde, balayée par les rayons de ses signaux. Un peu comme dormir sous le regard bienveillant d'un père.
Justement. Que mon père disparaisse, c'est beaucoup. Mais ça ne suffit pas, il faut que le sort s'acharne contre moi. Depuis hier, la vraie, l'énorme tuile, la catastrophe : le phare ne me protège plus, lui non plus. Mes propriétaires m'ont appelée, ils ont décidé de vendre ma maison.
Vendre ma maison !
Vingt ans que j'habite là, un endroit magique, et pour pas cher du tout, je le reconnais. La mer à perte de vue, la lande à ma porte, les murs de granit, épais, solides, les toits d'ardoise les uns dans les autres comme souvent en Bretagne, la terrasse qui surplombe l'embouchure de la rivière… Un bonheur.
Et mes camélias ! Mes trois camélias, que j'ai plantés tout petits quand je me suis installée ici. En poussant, leurs branches se sont entrelacées, et leurs fleurs aussi : rose, blanc, rouge. Ils sont magnifiques, maintenant. Au printemps, tout le village en parle. Et surtout les marins qui passent à leurs pieds en rentrant de la mer. « Qu'est-ce qu'ils sont beaux, tes camélias, Anne… »
Tout ce que j'aime. Un rêve…
 
C'est chez moi ici, depuis le temps. J'ai trouvé mon équilibre, sans l'aide de personne. Ici, tout se crée et se recrée en permanence, l'air, l'eau, la terre, tout vit à l'unisson et se combine en d'innombrables harmonies. Nulle part ailleurs, je n'ai senti une telle dimension du possible. Je peux déployer ce que j'ai en moi, sans limite, je n'ai qu'à me laisser porter… Mes mains travaillent toutes seules.
Non, définitivement non : impossible de m'imaginer ailleurs ! Il faut que j'aille vite les voir, les propriétaires, leur expliquer que je ne peux pas habiter autre part, qu'on trouve un arrangement, quelque chose, je ne sais pas, moi. Quelque chose qui fasse que je reste ici.
 
C'est simple : je n'ai pas dormi de la nuit.
Et c'est fou ce que j'ai mal à la tête, ce matin.
Il faut dire qu'hier soir, une vraie fontaine, le trop-plein s'écoulait par vagues… Incapable de m'arrêter de pleurer. Du coup, j'ai liquidé la bouteille de Muscadet et avalé deux tablettes de chocolat avec des noisettes, mes préférées, il me fallait bien ça. Je devais avoir l'air fin, toute seule dans ma cuisine. Mais j'ai des excuses, des vraies.
À quelle heure est l'enterrement déjà ? Dix-sept heures ? Ou dix-huit… Je ne sais plus. Pas moyen de mettre la main sur le faire-part. Perdu, évidemment. Il ne me reste plus qu'à téléphoner à Maman, elle se souvient de tout, elle. Et puis on pourra y aller ensemble, je passerai la prendre à l'hôtel en sortant de la gare.
Dire qu'il va falloir que je me coltine la grand-messe, moi qui ai horreur de toutes ces cérémonies mortuaires. Sermon, orgue, encens… L'orgue me tape sur le système et je déteste l'odeur de l'encens. Tout cela, pour qu'en fin de compte, on finisse par enterrer le corps quelque part, juste pour pouvoir se recueillir sur des restes en décomposition, ça me dépasse. Moi, je suis pour le petit tas de cendres qu'on balance au vent, en pleine mer. Au moins, c'est propre, c'est net et c'est discret.
Le cimetière, ensuite. J'ai peur de voir le cercueil disparaître sous terre, je sens que je ne vais pas supporter, claustrophobe comme je suis, je ne sais pas comment je vais réagir.
 
Évidemment, pas la peine de compter sur Marie. Elle m'a quasiment raccroché au nez, quand je l'ai appelée pour lui annoncer la nouvelle. Quant à Lise, je suis presque sûre qu'elle ne pourra pas venir. Comme d'habitude, c'est encore moi, la bonne poire. Allez Anne, vas-y, fais-le pour nous… Cette petite phrase, je l'ai entendue toute mon enfance. Facile ! Juste parce que j'étais la plus gonflée des trois, que je partais souvent comme une flèche… et que je me retrouvais toute seule. Là, c'est autre chose, mais le résultat est le même. Moi aussi, je pourrais bien me défiler : je n'ai pas un sou devant moi. Qui va me payer le train ? En plus je ne vois pas ce que cela peut bien lui faire, à Papa, qu'on soit là ou pas.
J'ai quand même envie de lui dire adieu. Jamais je ne me suis créé des obligations pour lui. Mais là, c'est la dernière fois.
Même si la mort me fait peur. Même si j'ai des tas de bonnes raisons pour ne pas y aller. Si je n'y vais pas, je vais me sentir encore plus mal.
Oh ! Et puis, j'en ai assez de réfléchir. Je n'arrête pas de pleurer, je ne sais même pas pourquoi exactement, et je me sens horriblement vulnérable.
 
Tout de même… Je suis sacrément dans la mouise, pour ne pas dire autre chose. Pas de sous. Mais ça, ça ne change pas : je n'en ai jamais eu. Je me débrouille, je commence à avoir l'habitude. Yann m'apporte du poisson, j'ai mon petit potager, mes combines. Et je me dis qu'un jour, on découvrira quelque chose de beau dans mes sculptures. J'y travaille tout le temps, tous les jours. Et comme de toute manière, je ne peux pas faire autre chose que ce que je fais, la question ne se pose pas. Mais sans ma maison, qu'est-ce que je vais devenir ? Il faut que je trouve quelque chose. Vite.
Comme si j'avais le temps d'aller à Paris.
Papa, quand même, tu aurais pu trouver un autre moment…

*
*  *

J'ai dû m'écrouler comme une souche, je ne m'en suis même pas rendu compte. Pas étonnant, après une nuit blanche. Tant mieux, ça m'a fait un bien fou, j'en avais vraiment besoin.
 
Quelle tête ! Je me fais de la peine, j'ai l'air effondré. Ces yeux bouffis, rouges… Et ces rides… Ces affreuses rides, profondes comme les pattes d'oiseaux sur le sable. Une calamité. Quand je me vois dans la glace, j'ai toujours le même choc, l'impression d'un énorme malentendu : cette femme-là, devant moi, est tellement plus vieille que dans ma tête. Vu de l'intérieur, j'ai dix ans de moins. Pas pour me rajeunir ou être plus belle. Tout simplement parce que je me sens comme ça. Cette femme toute plissée, ce n'est pas moi, non. J'ai envie de dire à ceux qui me regardent : « Ne vous laissez surtout pas tromper par mon apparence. » Ce décalage est insupportable, ces rides sont un mensonge. Mais rien à faire pour les planquer. Impossible de lutter contre ce vent salé qui sèche la peau. Et le soleil qui la brûle. Et puis je commence à avoir les cheveux blancs. « Essaie le henné, c'est super. » Elle avait raison, ma voisine. Mes cheveux sont devenus franchement cuivrés, virant sur le rouge. Ça me donne un petit côté kitsch, pas sérieux, plutôt sympa je dois dire. Déjà, avec ma tête toute ronde, mes yeux noirs, et ma tignasse frisée, je ne passais pas inaperçue. Là, j'en rajoute, mais c'est justement ce qui me plaît.
Maman va détester, je le sais d'avance. Elle va encore me dire que ça manque de classe et que je fais une fixation sur mon âge depuis que j'ai cinquante ans. Elle peut bien parler, elle qui passe son temps à surveiller son look et à se faire refaire le portrait.
Yann, lui, il aime bien. Il me trouve marrante, il dit que ça me rajeunit, c'est gentil de sa part. Il est jeune, lui, il en a encore pas mal, des années de réserve avant la cinquantaine. Et bien sûr, comme moi à son âge, il ne se rend pas compte qu'elles filent à une vitesse folle, les années. Je lui dis tout le temps : profites-en ! Alors il me tapote le dos de la main, l'air de dire que je m'en fais pour rien. On verra, quand il y sera…