Zizi the Kid
Zizi the Kid
David Abiker
208 pages
Couverture souple
Réf : 368896
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Au lieu de 15,00  (prix public)
Disponible
Vous allez adorer ce récit sensible et drôle
Résumé
Dans les années soixante-dix, un petit garçon, David Abiker, se montre déjà très intéressé par le sexe opposé : espionner les clientes de sa mère couturière pendant leurs essayages, s'initier à de nouveaux horizons avec le catalogue des 3 Suisses, explorer la pile de Playboy d'oncle Léon... Pour lui, rien n'est plus merveilleux que ces activités clandestines.
Avec humour et légèreté, l'auteur nous fait revivre notre enfance à travers ce récit nourri de souvenirs très personnels.
La guerre des boutons, tomes 1 & 2
Mathieu Gabella
Valérie Vernay
Le choix de Tatiana de Rosnay
« Les années 70... Premiers émois, premières interrogations. Les Playboy et leur page centrale. Les publicités pour les frites Végétaline aux allures de starlettes. La poupée blonde et troublante de la petite sœur d’un ami. Et ce jour inoubliable, lorsque que le garçonnet qui aime bien admirer en cachette les amies de sa mère, surtout la jolie Marie-Jeanne, se retrouve nez à nez avec cette dernière, doté d’un costume de Spiderman hypermoulant. Vous allez adorer ce récit sensible et drôle d’un voyage initiatique sensuel, mâtiné d’une pincée de nostalgie. »

Tatiana de Rosnay
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Intuitions
Dominique Dyens
David Abiker est écrivain, auteur notamment du très remarqué Musée de l'homme : le fabuleux déclin de l'empire masculin. Depuis 2007, il tient deux rubriques quotidiennes sur France Info, et signe un papier mensuel dans Marie-Claire.
Extrait
Oui-Oui à la plage

Je suis en août une petite tache brune qui se confond avec le soleil, l'eau et le sable. Je ne pèse rien, je ne sens rien, je suis la mer, je suis le sable sur le duvet blond au-dessus de mes lèvres, je suis ces traces de sel et les herbes hautes courbées sur la dune. Je roule dans les vagues, la raie des fesses rougie de grains de sable, des galets plein le maillot de bain. Et je cours des heures, une minute donc, jusqu'à ce que le sommeil me tue. Mon père me dit : « Viens dormir là, sur le tapis volant. » Un père marchand de sommeil et sa tactique du tapis volant dans les sables mouvants. Je m'endors sur la serviette-éponge dont le maillage exhale encore aujourd'hui, quand je me sèche, l'odeur de mer et de sable mouillé mêlée d'une lointaine lessive murmurant que les vacances ont un parfum de cotonnade.
Je dors sur mon tapis volant, blotti contre le dos de ma mère couchée sous le parasol en chien de fusil. Elle joue au Scrabble ou renseigne des grilles de mots croisés.
Santa Julia en Corse, Club Méditerranée. Pompidou est encore en vie, enfin, je crois. C'est un club, les Bronzés y paient leurs espressos avec des boules de plastique qui me fascinent et qui se conservent en collier. Au bar qui sent le café froid et la bière renversée, il y a un couple de Belges avec une petite fille. Elle a comme moi dans les cinq ou six ans. Les grands déjà décrètent que nous sommes amis, qu'il faut jouer ensemble, que nous sommes fiancés !
Elle, c'est Claude.
Je l'aime tout de suite, puisque, c'est dit, nous sommes fiancés. Une amoureuse belge c'est exotique, ça me plaît. Claude, sur la plage, c'est une petite fille industrieuse qui creuse le sol pour trouver des crabes et c'est aussi un accent que je n'ai jamais entendu à l'école.
Elle porte une chemise de coton blanc, si fine que je vois encore les contours de son petit corps à travers l'étoffe.
Claude porte un prénom de garçon, me dis-je. Claude est une fille-garçon malgré ses longs cheveux noirs qui ne s'emmêlent jamais. Il y a pourtant du vent au bord de l'eau. Le nez ? Retroussé. Je ne sais plus. Mais des taches de son, il y en a, j'en suis sûr. Je les compte aux alentours des narines et sous ses yeux qui clignent au soleil quand elle me montre l'eau et me dit, son accent belge plein la bouche : « Tu viens avec ? »
Sur la plage, Claude et moi ne sommes pas qu'un vague souvenir. Nous existons. Jamais très loin l'un de l'autre sur un territoire immense. Les vacances ont-elles commencé ? Sont-elles achevées ? Il n'y a pas de limites. Avons-nous seulement pris un bain ensemble ? Des paroles échangées entre nous ? Chacun joue de son côté, on fait « plage à part ». Pâtés, châteaux, recherche de coquillages et collection de plumes mortes et d'os de seiches. Rêves éveillés quand nous nous arrêtons d'agiter pelles et râteaux pour observer nos pieds potelés s'enfoncer dans l'eau tiède ; et le sable qui chatouille lorsqu'il recouvre grain par grain les replis de la peau si fine, et se faufile entre les orteils.
« Guiliguili », fait le sable. On est à marée basse.
C'est un monticule sur la plage. Elle est en haut, je suis en bas. Pourquoi ne sommes-nous pas à la sieste alors que le soleil couve nos têtes ? Mais non. Il ne peut être midi puisqu'elle est à contre-jour et que la lumière m'aveugle. Je suis en bas. Je fais quoi ? Un pâté, je creuse, je bâtis des canalisations ? Je remplis d'eau un trou qui se vide aussitôt ? Moi en bas, elle en haut dans la lumière du quatre-heures ? La lumière dorée du goûter. Où sont les parents ? Pas loin c'est sûr, mais où ?
La scène se joue ici, en bas du monticule, dans la lumière irisée qui prend Claude dans ses bras.
Les genoux de Claude accroupie lui touchent presque le menton, elle les tient avec les mains, me faisant face tout en haut de son monticule dans le contre-jour.
Mais je ne discerne rien, en tout cas pas tout de suite. Je réalise d'abord que sa tunique est courte. Trop courte. Alors quelque chose cloche dans le tableau, qui me fait oublier mon pâté de sable, le soleil, le vent qui fait saillir mes petits tétons. Mes pupilles fixent Claude, c'est court, mais ça suffit, le temps que mes yeux pleurent un peu de la brûlure du sel accroché aux cils, minuscules cristaux qui capturent la lumière de cette après-midi. Claude ne me regarde pas, elle fouille maintenant le sable de ses mains minuscules.
Soudain l'image se fend d'un jet nerveux. Je l'ai à peine vu ce jet, mais c'est de l'or en goutte ! Étonnant comme il jaillit de sous Claude sans prévenir, sans qu'elle y prenne garde ou veuille un instant le cacher. Elle continue à bricoler sans me prêter attention. Et moi, en contrebas, j'en laisse tomber ma pelle et mon seau et je dévore des yeux, sous la tunique trop courte, ces quelques centimètres carrés de peau blanche et belge abandonnés à la caresse de l'air.
La vérité effleurée est sous sa tunique de coton blanc une après-midi bleue de juillet sous le cagnard et sur la plage. Et par l'opération du Saint-Esprit, Claude, accroupie sur ce petit geyser d'or, semble m'adresser sans faire d'histoires un sourire vertical.
Claude, est-ce vraiment un prénom de garçon ? La question me plombe. Le temps d'une ou de deux vagues derrière moi. D'où vient-elle, cette interrogation qui me tombe sur la tête comme le ciel turquoise au-dessus de la sienne ? Claude, en faisant pipi devant moi d'une façon que je ne connais pas, m'a révélé un mystère bien délicat.
Sans prévenir, un trait au fusain est apparu sur la plage qui dessine entre ses cuisses repliées deux joues tendres, finement ourlées ; ce trait divise le monde entre filles et garçons.
Je n'en reviendrai jamais, de cette différence toute neuve entre nous. Je n'ai pas le temps de m'enfuir ou de m'étonner. D'un bond, sur ses mollets de coq, elle se rétablit et sa peau si blanche est de nouveau cachée par la fine tunique de cotonnade. Claude me regarde en souriant et me tend la main.
« Tu viens avec ? » me lance-t-elle avec son accent belge de pisseuse solaire.
Je lui prends la main et nous marchons cul nu, tous les deux, jusqu'au bout du monde.