Hannah, seize ans, pense qu’elle est folle. Des notes écrites de sa main la prévenant d’un danger imminent l’entourent : « Morte avant dix-sept ans », « Il arrive » ou encore « Prends garde ». Pourtant, elle ne se souvient pas de les avoir rédigées. C’est grâce à l’hypnose que leur signification lui est enfin révélée : Hannah est une âme ancienne, qui a déjà connu de nombreuses réincarnations. Elle revit alors sa rencontre avec Thierry, le tout premier vampire… qui est son âme sœur. Aujourd’hui maître du Cercle de l’Aube, il tente désespérément de la retrouver.
Mais pourquoi Hannah a-t-elle disparu avant ses dix-sept ans au cours de ses milliers de vies antérieures ? Maya, un vampire aux intentions malfaisantes, aurait-elle lancé cette malédiction pour séparer à jamais ces âmes sœurs ? Et si la mort prématurée d’Hannah est son destin, le maître du Cercle sera-t-il, cette fois-ci, assez fort pour sauver celle qu’il aime ?
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Dommange !!! Du coup, j'achèterai les tomes suivants sur un autre site :(
Extrait
1
Les loups-garous jaillirent dans le cabinet du psychologue qui recevait Hannah Snow.
Elle avait toutes les raisons du monde de se trouver là.
— Je crois que je deviens folle, avait-elle expliqué en s'asseyant.
— Qu'est-ce qui vous fait penser ça ? avait demandé le psy d'un ton neutre.
Hannah avait alors dégluti.
Il s'agissait d'aller à l'essentiel. D'oublier cette impression paranoïaque d'être suivie, cette impression ultra paranoïaque d'être menacée de mort, au point de se réveiller la nuit en hurlant. D'aborder d'emblée l'aspect le plus bizarre de la question.
— J'écris des choses, laissa-t-elle tomber.
— Des choses.
Le thérapeute hocha la tête en se tapotant la bouche de son crayon, laissa passer un silence avant de demander :
— Euh... Et ça vous chagrine ?
— Oui.
Elle se hâta d'ajouter.
— Tout allait si bien ! Vous voyez, je menais une vie parfaite. Je suis en terminale au lycée de Sacajawea, j'ai plein d'amis, de bonnes notes, et même une bourse pour l'université d'Utah, l'année prochaine. Et voilà que tout s'écroule... à cause de moi. Je deviens folle.
— Parce que vous écrivez des choses ? demanda le psychologue éberlué. Euh... des lettres anonymes, des commentaires sur tout ce que vous pensez ?
— Des trucs comme ça.
Elle abandonna sur le bureau une poignée de papiers chiffonnés et se détourna d'un air morne lorsqu'il se mit à les lire.
Il semblait être un type bien, incroyablement jeune pour un psy. Roux, les yeux bleus, il s'appelait Paul Winfield - « pas docteur, Paul », avait-il dit d'emblée. Apparemment, il avait le sens de l'humour mais aussi un caractère bien affirmé.
Et il m'aime bien. C'était lui qui avait ouvert la porte de la petite maison où se tenait son cabinet. Hannah avait tout de suite perçu la lueur d'estime dans son regard quand il ne voyait encore d'elle qu'une silhouette qui se profilait dans le soleil couchant du Montana.
Alors qu'elle entrait et qu'il découvrait son visage, il s'était empressé de reprendre un air faussement indifférent, mais peu importait. Les gens regardaient souvent Hannah en deux temps, voyant d'abord ses longs cheveux blonds et souples, ses yeux gris clair... pour s'attarder ensuite sur sa tache de naissance.
Rose pâle, elle marquait en diagonale sa pommette gauche, comme une trace de doigt imprégné de fard à joues. Impossible de la faire partir ; deux fois, les médecins s'y étaient attaqués au laser, en vain, elle était chaque fois revenue.
Hannah avait pris l'habitude des coups d'œil appuyés que cela lui valait.
Paul s'éclaircit soudain la gorge, ce qui la fit tressaillir.
— « Morte avant ses dix-sept ans », lut-il en feuilletant les bouts de papier. « Souviens-toi des Trois Rivières - NE JETTE PAS ce message. » « Le cycle peut être brisé. » « On est presque en mai - tu sais ce qu'il se passe à cette époque. »
Il ramassa le dernier :
— Et celui-ci dit seulement : « Il arrive. »
Du plat de la main, il lissa les papiers tout en regardant sa patiente.
— Qu'est-ce que tout ça veut dire ?
— Je ne sais pas.
— Vous ne savez pas ?
— Ce n'est pas moi qui les ai écrits, lâcha-t-elle entre ses dents.
Clignant des paupières, il tapota un peu plus fort son crayon.
— Mais vous avez dit...
— C'est mon écriture, je la reconnais.
Maintenant qu'elle avait commencé, elle n'allait pas s'arrêter en si bon chemin ; les paroles fusaient, se bousculaient.
— Et je les trouve à des endroits où personne d'autre n'aurait pu les mettre... dans mon tiroir à chaussettes, à l'intérieur de ma taie d'oreiller. Ce matin, en me réveillant, je serrais le dernier dans la main. Pourtant, ce n'est pas moi qui les écris.
Paul brandit triomphalement son crayon.
— Je vois. Vous ne vous rappelez pas les avoir écrits.
— Non, parce que ce n'est pas moi. Jamais je n'écrirais des choses pareilles. Ça ne rime à rien.
— Tout de même, dit-il. « On est presque en mai - tu sais ce qu'il se passe à cette époque. »
— Le 1er mai, c'est mon anniversaire.
— C'est dans une semaine, je crois ? Une semaine et un jour. Et vous aurez... ?
— Dix-sept ans, soupira-t-elle.
Le psychologue reprit un message. Elle n'eut pas besoin de lui demander lequel.
« Morte avant ses dix-sept ans. »
— Vous êtes jeune pour être en terminale, observa-t-il.
— Oui. Quand j'étais petite, ma mère me gardait à la maison ; c'est elle qui m'a appris à lire. J'ai commencé récole en primaire, sans passer par la maternelle.
Paul hocha la tête et elle devina qu'il pensait : élève surdouée.
— Avez-vous jamais...
Il marqua délicatement une pause avant de terminer :
— ... songé au suicide ?
— Non. Jamais. Je ne ferais pas une chose pareille.
Fronçant les sourcils, il se mit à prendre des notes. Durant le long silence qui s'ensuivit, Hannah regarda autour d'elle.
Ce cabinet ressemblait à tous les cabinets de psychologues. Par ici, au beau milieu du Montana, chaque ranch se tenait à des kilomètres du voisin, les villes se faisaient rares, très éloignées les unes des autres. De même que les psychologues. Ce qui expliquait la présence d'Hannah. Elle n'avait trouvé que Paul Winfield dans la région.
Les murs étaient tapissés de diplômes et les étagères, emplies de livres et autres bibelots. Un éléphant de bois sculpté. Une plante à demi morte de soif. Une photo dans un cadre argenté. Il y avait même une sorte de divan, qui faisait terriblement « psy ». Je ne vais pas m'allonger dessus, quand même !
Dans un bruit de froissement, Paul repoussa les papiers et demanda doucement :
— Avez-vous l'impression que quelqu'un veut s'en prendre à vous ?
Hannah ferma les yeux.
Bien sûr, elle sentait qu'on voulait s'en prendre à elle. N'était-ce pas la définition première de la paranoïa ? Cela ne prouvait-il pas qu'elle était folle ?
— Parfois, j'ai l'impression d'être suivie, finit-elle par murmurer.
— Par... ?
— Je ne sais pas.
Rouvrant les paupières, elle ajouta :
— Quelque chose de bizarre, de surnaturel, lancé à ma recherche. Et je fais des rêves sur l'apocalypse.
— L'apoc...
— La fin du monde. Enfin, on dirait. Une gigantesque bataille qui va bientôt se produire, la dernière bataille. Entre les forces du...
Il ne pouvait s'empêcher de la dévisager, au point qu'elle dut détourner les yeux.
— Entre le bien... et le mal...
Elle avait tendu une main, et puis l'autre, mais en les voyant trembler, elle préféra les poser sur ses genoux.
— Alors je suis folle, c'est ça ?
— Non, non, non.
Cessant de jouer avec le crayon, il tapota sa poche.
— Vous n'auriez pas une cigarette ?
Comme elle lui opposait un regard incrédule, il conclut :
— Non, bien sûr. Qu'est-ce que je raconte ? C'est une habitude déplorable. J'ai arrêté la semaine dernière.
Hannah ouvrit la bouche, la referma, avant de reprendre lentement :
— Écoutez, docteur... pardon, Paul. Je suis ici parce que je ne veux pas devenir folle. Je veux me retrouver. Je veux réussir mon année, obtenir mon diplôme et passer un super été à faire du cheval avec ma meilleure amie, Chess. Et l'année prochaine, je veux aller en Utah pour y étudier les restes des dinosaures et, qui sait, peut-être même trouver des traces d'un nid d'hadrosaure. Je veux que ma vie redevienne comme avant. Mais si vous ne pouvez pas m'aider...