Le nouveau langage secret des symboles
Le nouveau langage secret des symboles
David Fontana
1094 pages
Couverture cartonnée. 14 x 17 cm
Réf : 358754
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Au lieu de 24,90  (prix public)
Epuisé
Résumé
Analysés par thèmes, cosmos, nature, genre humain, monde divin... défilent plus de 500 symboles qui ont fleuri dans l’imaginaire collectif, nourri la pensée, fondé les croyances, inspiré l’art. Puisant dans les cultures du monde entier, chaque page associe des illustrations superbes aux significations des objets, signes, concepts qui sont déclinés.
Pourquoi on l'a choisi
Au hasard, Kabbale, croix, astrologie, nombres, couleurs, bêtes fabuleuses, fleurs... Dans ce livre incroyable, on peut y butiner à loisir et faire son miel. Tout a du sens !
Extrait

L'ESPRIT « SYMBOLISTE »


Nous, humains, avons une capacité innée à penser de façon symbolique. Cela découle, au niveau le plus fondamental, de la volonté de permettre à une chose d'en représenter une autre. Une image symbolise pour nous un paysage ou un visage ; un mot, un concept. Sans cette facilité, nous n'aurions jamais inventé les mathématiques ou le langage. Les nombres expriment des quantités. Du point de vue de la philosophie, c'est un concept évolué (une abstraction, comme rougeur ou lâcheté), mais dans la pratique, nous l'utilisons facilement et sans ambiguïté. Or les mots sont plus complexes. Ils consistent en des sons et en des signes représentant objets, événements ou émotions qui ne sont pas nécessairement présents au moment de la parole ou de l'écriture. Par exemple, un simple mot comme maison peut immédiatement évoquer un vaste ensemble de concepts liés au bâtiment, à l'intérieur, au foyer, à la sécurité et peut-être même à l'hypothèque et à d'autres dettes. Autrement dit, un mot peut posséder des associations riches et complexes, même si son sens fondamental est simple. C'est là l'essence du symbolisme.
Les humains sont sans doute les seuls à posséder cette habileté symboliste, et son absence chez les autres primates expliquerait pourquoi ils ont échoué à mettre au point des compétences linguistiques comparables. Nous tenons le langage pour acquis. Pourtant, lorsque nous nous y arrêtons, nous savons qu'il s'agit d'une extraordinaire réalisation. L'esprit permet aux mots d'évoquer une richesse de significations : concepts abstraits, images, idées imaginaires, souvenirs, espoirs, peurs, désirs, regrets et bien plus encore.

CLÉS DE LA COMPRÉHENSION
La symbolisation renferme un certain mystère, voire de la magie. Sans elle, l'esprit perdrait une grande partie de son riche paysage intérieur. Les concepts associés à des symboles comme la maison, le chien, les cheveux, la mer ou la lune intensifient la vie pari leur densité sémantique et affective. La lune, par exemple : nous savons, même sans avoir beaucoup lu et sans grande expérience culturelle, qu'elle est plus qu'un simple croissant jaune changeant, aperçu la nuit. On peut penser à son association de longue date avec les aventures amoureuses (les films ont beaucoup contribué à renforcer ce lien, bien qu'il précède l'avènement du cinéma de plusieurs siècles) ; on peut aussi penser à un autre type d'aventure : le prodige de l'alunissage américain de 1969. Ces associations restent présentes dans notre esprit, même inconsciemment, à chaque moment : un regard vers la lune, une lecture, une pensée ou tout simplement son évocation dans une conversation les ravivent.
Comme nous le verrons, la différence est importante entre les symboles qui ont acquis des significations de manière naturelle, au fil du temps, dans une interaction complexe de réactions conscientes et inconscientes, et les symboles que l'on a choisis ou créés. Il serait plus juste d'appeler cette dernière catégorie de symboles des signes. Ils ont une fonction symbolique, avant tout parce que nous en avons décidé ainsi. À l'opposé, un cercle, par exemple, a un sens intrinsèque en raison de ce qu'il est : une ligne qui n'a ni début ni fin. Cette ligne suggère immédiatement l'idée d'achèvement, de complétude, de totalité, peut-être même d'éternité. On n'apprend pas cette idée d'autres personnes : elle est inhérente au cercle. C'est ainsi que l'esprit réagit intuitivement à cette forme. Entre le cercle et l'esprit, un sens est naturellement et immédiatement communiqué par la force d'une intimité intellectuelle. On pourrait en dire bien davantage au sujet du cercle, qui nous aide à voir que, pour l'esprit, les vrais symboles ont un pouvoir constitutif et universel de communiquer un sens qui les dépasse.

À TRAVERS TEMPS ET ESPACE
Jusqu'ici, nous avons abordé la symbolisation dans une perspective occidentale moderne, en supposant que les idées exprimées étaient universellement valides. Cela est vrai. Néanmoins, la culture détermine l'horizon intellectuel. Les croyances et les pratiques sociales, de même que l'environnement (y compris le climat, le paysage, la flore et la faune) orientent l'esprit conscient et inconscient dans une direction particulière. Cependant, le portrait est complexifié par la rencontre des systèmes de croyances. Enfin, le symbolisme devient plus fascinant encore quand on étend l'analyse à d'autres siècles et cultures.



SIGNES, EMBLÈMES ET SYMBOLES


Les symboles sont imprégnés de sens qui ont évolué et se sont épanouis naturellement au fil du temps, alors que les signes sont des représentations graphiques consciemment choisies pour exprimer un sens, des créations finies. Une troisième catégorie est celle des emblèmes, qui, dans leur fonctionnement, ont plus à voir avec les signes qu'avec les symboles – bien qu'ils aient l'apparence de symboles.
Un signe compris de façon presque universelle est $, qui signifie dollar.L'esprit moderne voit cette forme comme arbitraire : il ne semble y avoir aucun lien foncier entre le signe de dollar et le dollar ; d'ailleurs, un tel lien n'est pas nécessaire pour se comprendre lorsque l'on évoque des sommes d'argent. Or de nombreuses théories expliquent la formation du signe de dollar. Avant 1963, l'Oxford English Dictionary en donnait pour origine le chiffre huit traversé d'une barre, qui aurait indiqué des portions de huit. Pour d'autres il provient de l'un des attributs d'Hermès : le caducée, un bâton autour duquel s'enroulent deux serpents se faisant face à son sommet et qui était associé au commerce ; plus communément, il est rattaché au S inscrit sur un P pour signifier le peso mexicain.
Le sens d'autres signes est plus évident : par exemple, la silhouette du cerf sur le panneau routier accroît automatiquement la vigilance du conducteur. La clarté des signes tridimensionnels– leur étymologie, en fait – varie aussi. La raison (historique) pour laquelle on ferme le poing et lève le pouce en signe d'approbation est moins évidente que la raison pour laquelle on pointe le doigt vers une chose que l'on veut faire remarquer.
Les emblèmes, comme les signes, sont des dispositifs créés par l'esprit dans un but précis, mais, à la différence de la plupart des signes, ils sont très figuratifs. Une entreprise de messagerie pourra utiliser comme emblème un cerf bondissant. Bien sûr, le cerf demeure un symbole général de timidité et de vitesse. Les marques et les logos, qui servent de diminutifs visuels aux entreprises ou à leurs produits, sont habituellement des signes (qui déclenchent l'identification), mais peuvent être emblématiques (illustrer des valeurs, comme la rapidité de déplacement). On voit habituellement les drapeaux, les armoiries et les insignes des partis politiques, des équipes sportives et des écoles comme des emblèmes, bien qu'ils puissent inclure des symboles ou tendre dans la direction opposée, vers une dénotation pure, qui leur donne alors les qualités d'un signe. Ces zones de chevauchement sémantique font toute la substantielle richesse du symbolisme : comme il ne s'agit pas d'une discipline scientifique, ce mélange des genres est plutôt favorable.

VÉRITABLES SYMBOLES
Par rapport aux emblèmes et aux signes, qui représentent des entités concrètes, les véritables symboles représentent des concepts insaisissables et profonds, difficiles à formuler. Leur valeur est toutefois mise en évidence par le fait que nombre d'entre eux ont traversé les siècles et les cultures sans changer de sens. Formant une langue particulière, ils communiquent l'invisible – aspirations, désirs et peurs – ainsi que des concepts vagues – divinité, âme, foi, immortalité, innocence, majesté, pureté, transcendance. Une de leurs caractéristiques est que l'on en saisit le sens intuitivement, sans besoin d'explications. Les symboles religieux comme la croix chrétienne, le croissant islamique, la menora juive, la roue du harma bouddhique, le taiji taoïste (v. p. 13), le OM hindou et de nombreux autres sont consacrés non seulement par l'usage, mais aussi par le pouvoir fondamental qu'ils ont de communiquer une importante vérité. Ils constituent des mines de significations suprêmes – distillations de connaissances et d'intuitions transformatrices.

PROFONDEUR INNÉE
On dit de nombreux symboles véritables qu'ils stimulent spontanément les tréfonds de notre inconscient, à la faveur d'une profonde intuition. Souvent, de tels symboles provoquent une réaction émotionnelle immédiate, même chez ceux qui ne les connaissent pas – comme s'ils éveillaient des souvenirs tout juste hors d'atteinte. Ainsi, on les décrit souvent comme le point de rencontre entre différentes réalités : celle, extérieure, de la réalité finie que l'on peut voir et toucher, et celle, intérieure, de la réalité infinie accessible par la méditation et le rêve. Les symboles véritables, d'une certaine façon, se font jour. On oublie vite les signes et les emblèmes dès lors qu'ils ont fait leur temps, alors que les véritables symboles restent, parce qu'ils concernent les qualités durables de l'esprit. Lorsque l'on fouille sous les couches de sens propres à une culture, on fait d'importantes découvertes sur le sens de l'humanité.



PORTAILS VERS LA PUISSANCE DIVINE


L'esprit, univers intérieur sans limites en constante expansion, est un des plus grands mystères. Le souvenir de nos réflexions conscientes peut nous faire entrevoir où commence la pensée, mais on ne sait toujours pas où elle prend fin. Au-delà de tout ce à quoi l'on réfléchit, bien au-delà de ce qu'appelle à elle la conscience, se trouve l'immense réserve de toutes les expériences qui ont constitué notre vie. Et à un niveau encore plus profond, l'esprit embrasse ce que le psychiatre suisse Carl Gustav Jung (1874-1961) a appelé l'inconscient collectif ; la part de notre vie psychique dont, selon lui, nous héritons de la même manière que nos corps héritent de caractéristiques physiques. À ce profond niveau résiderait l'âme ou l'esprit, cette part de chacun dont les grandes traditions spirituelles de la planète soutiennent qu'elle est l'essence éternelle, le moi indicible qui transcende le monde éphémère des sens.

CHEMINS VERS LA CONSCIENCE
Ces symboles qui exercent un attrait universel durable tireraient leur origine dans l'inconscient collectif de l'humanité : de là leur capacité de servir de portails vers des strates profondes. De tels symboles apparaissent fréquemment dans les rêves, ces scènes nocturnes que crée pour nous l'inconscient et qui se jouent dans le théâtre magique de l'esprit endormi. Ils peuvent aussi servir d'objets de concentration pendant la méditation. Apaisant l'esprit conscient et dissipant son bavardage habituel, la méditation permet au langage subtil de l'inconscient d'affleurer à la conscience, nous ouvrant une porte sur des aspects jusque-là inconnus de nous-mêmes. En tant qu'objet de méditation, le symbole qui nous attire peut nous mener de plus en plus profondément dans la compréhension et de plus en plus près de la source spirituelle au cœur de notre être. Assis, on peut choisir de méditer les yeux fermés et de visualiser le symbole ou de garder les yeux ouverts et de se concentrer calmement sur une image du symbole placée devant soi. Il n'y a pas de meilleur moyen d'entrer en contact avec la vérité qu'expriment les symboles que de les utiliser comme miroirs, pour mieux se connaître.

MYTHE ET SYMBOLE
Quand on pense au trésor de mythes que recèle le monde, on peut d'abord y voir un intérêt scénaristique ou historique. Peut-être la quête de Jason et des Argonautes pour la Toison d'or ou les grandes sagas nordiques offrent-elles un moyen inoffensif et agréable de captiver les enfants ou d'évoquer un monde perdu de l'imaginaire. Mais au-delà de cela, nombre des grands mythes et des légendes du monde – en particulier de l'Égypte ancienne et de la Grèce antique – portent un regard extraordinairement symbolique sur des zones profondes de l'esprit humain et peuvent nous ouvrir la voie vers notre inconscient personnel et l'inconscient collectif. Le grand pionnier de cette école est Carl Jung, selon qui l'inconscient collectif contient ce que l'on appelle les archétypes, les énergies psychologique et spirituelle innées qui nous poussent vers des valeurs durables – amour, vérité, héroïsme – et vers des thèmes fondamentaux – Dieu, la création, la nature, la sagesse, la naissance, la mort (v. p. 15-17). Chacun de ces archétypes comprend des strates de sens complexe, qu'il est plus facile d'aborder et de comprendre par le symbolisme et les mythes anciens. Cette analyse passe parfois par les objets symboliques – bagues, trésors cachés, créatures telles que dragons ou chiens multicéphales, éléments du paysage tels que cavernes, rivières, mer, montagne ; parfois aussi, elle passe par des motifs symboliques – voyages, aventures amoureuses, batailles, actes de loyauté. Les archétypes mythiques peuvent aussi représenter les forces négatives contre lesquelles les humains doivent lutter, tant en eux-mêmes que dans les autres : trahison, cupidité, cruauté, orgueil, égoïsme.
C'est la capacité durable des mythes et des légendes à éveiller l'intérêt qui les distingue comme archétypaux. On reconnaît d'emblée qu'ils symbolisent les préoccupations les plus cruciales de la vie. Le combat entre un héros et un monstre nous hante précisément parce que nous sommes engagés, en nous-mêmes, dans une lutte par exemple entre la foi et le doute. On a tort de supposer qu'une légende de la Mésopotamie est d'intérêt purement historique : elle peut exprimer un aspect essentiel de l'intime. Cela explique la survie des légendes et des mythes anciens jusqu'à nos jours, bien après l'engloutissement des croyances qu'ils mettent en scène dans le grand flou de l'histoire.
On rencontre aussi les archétypes au cours de l'exploration des tréfonds de l'esprit qui a lieu lors d'une psychothérapie. Les psychanalystes, qui ont pour matériaux rêves, souvenirs, névroses d'enfance, dépressions, peurs et aspirations adultes, ont vu leur travail éclairé par les thèmes récurrents des mythes et contes populaires. La psychanalyse, fondée par Sigmund Freud, Carl Jung et leurs disciples, n'a en réalité que redécouvert ce que les Anciens connaissaient déjà très bien. Les mythes éclairent en particulier les tabous de l'époque moderne, tels que l'inceste et les sentiments négatifs à l'égard de ses parents (comme, par exemple, à Cronos qui castra son père, Ouranos, comme le raconte le poète Hésiode). Les archétypes du mythe sont d'importants outils de connaissance de soi.