Le pavé
Le pavé
Coluche
Préface de Pierre Bénichou
640 pages
Couverture souple. 16,5 x 20 cm
Réf : 358457
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Au lieu de 19,50  (prix public)
Résumé
De Coluche, on croyait avoir tout lu, tout entendu. De celui qui ne fut jamais avare de vacheries sur les politiques, les flics, les Belges et les autres, voici quelques milliers de pensées, citations, répliques... insolentes, cinglantes, sulfureuses... Du lourd et de l’inédit. Irrésistible Le pavé, ça on s’en doutait, mais aujourd’hui encore d’une brûlante actualité. Trop fort, Coluche.
Acteur et humoriste, Coluche, de son vrai nom Michel Colucci, est né en 1944 à Montrouge. En 1973, il débute à l'Olympia, et réalise son premier one-man-show l'année suivante au Caf'Conc. Ses sketches ("C'est l'histoire d'un mec", "l'Eléphant", "L'ancien combattant"...) remportent un très grand succès auprès du public. Après plusieurs rôles au cinéma, c'est en 1977 que sort le premier film réalisé et joué par Coluche Vous n'aurez pas l'Alsace et la Lorraine.
En 1984, sa prestation dans Tchao Pantin lui vaut le César du meilleur acteur, et, en 1985, son mariage "pour le meilleur et pour le rire" avec Thierry Le Luron reste dans les mémoire comme un grand moment d'humour.
Parallèlement, Coluche devient une personnalité médiatique de premier plan et multiplie les actions symboliques. En 1980, l'acteur se présente aux élections présidentielles pour tourner en dérision l'hypocrisie du jeu politique. Surtout, en 1985, il rassemble des personnalités politiques de tout bord afin de promouvoir "les Restos du coeur", qui doivent fournir des repas aux plus dépourvus. C'est le début d'un mouvement qui perdurera après la mort de l'artiste, en 1986.
En hommage à sa mémoire, la loi votée en 1988 qui rend le financement de l'aide alimentaire déductible d'impôts porte son nom.
Extrait

Préface

Je me souviens de Coluche, je le faisais rire. Prétentieux ? Non : la vérité. Et puis, il faut bien que je justifie ma présence ici.
Je me souviens de notre rencontre un dimanche soir chez Castel, c'était désert. On a bu, on a ri, et il m'a proposé d'aller chez lui. J'ai accepté. Le premier soir. Et ce n'est pas mon genre.
Je me souviens de la rue Gazan. Une sorte de juke-box géant posé au bord du parc Montsouris avec une piscine (vide), un billard de compétition, un bar avec des néons rose vert et jaune, genre « american dream » vu par un mec de Montrouge. Une telle recherche dans le mauvais goût (kitch ?) m'avait déçu.
Je me souviens des habitués, des gens du café-théâtre, des pique-assiette, des amis parfois, des filles, des politiques enivrés par leur propre audace, Patrick Dewaere. Il leur donnait à boire et à manger. C'était peut-être sa vocation : donner à manger.
Je me souviens de la grande question que je me posais alors : est-ce qu'il restera quelque chose de ce comique époustouflant qui a démodé tous les autres en quelques mois ? Je peux répondre aujourd'hui : oui. Quoi ? Tout. Rien à jeter dans le Pavé que vous avez la chance d'avoir entre les mains.
Je me souviens du beauf (on disait encore poujadiste) qu'il voulait paraître. Et qu'il était. Et du révolutionnaire. Et du chef de bande méchant comme un patron. Et de sa tendresse. Et de sa vulgarité. Et de sa délicatesse. Tout cela à la fois. Contradictoire, Coluche ? Non, multicartes.
Je me souviens de sa générosité. Il offrait des autos. C'est rare ? C'est le seul que j'ai connu. En général des grosses américaines qu'il faisait rénover à prix d'or. Pour aller plus vite, il avait acheté le garage.
Je me souviens d'une Rolls-Royce marron glacé. Il me l'avait prêtée. Je la lui ai rendue. Il était surpris. Et mécontent.
Je me souviens de ces histoires de Bouboule, son copain de Montrouge, son double, Coluche en vrai. Adolescents, les jours d'été, ils mettaient une veste blanche et ils encaissaient les consommations à la terrasse du Fouquet's. Ils se sauvaient ensuite à deux sur une mobylette (volée).
Je me souviens de Simone, sa mère, qui avait voulu une télé qui ferme à clé pour que son ancienne collègue du marché aux fleurs, sa copine, devenue sa femme de ménage, ne puisse pas l'allumer en son absence. Il disait : « La pauvre Simone, elle est méchante parce que la misère, ça rend méchant. »
Je me souviens de son dictaphone. Il enregistrait sans se cacher le moindre mot qui le faisait rire. Un jour à 5 heures du matin, je lui ai dit : « T'as pas honte ? » Il a répondu : « Et pourquoi j'aurais honte ? Tu t'en sers pas. Dans ce métier, c'est le premier à la Sacem qui a gagné, président. »
Je me souviens, il m'appelait président. Parce que j'avais toujours un costume gris et une cravate. « Toi, au moins, tu ne te déguises pas pour venir ici. » Et il me montrait en pouffant dans sa petite main un énarque en perfecto.
Je me souviens de Misère, la chanson qu'il a signée de mon nom. Bien entendu, je n'y étais pour rien. Il a insisté et je lui ai dit : « D'accord, mais c'est moi qui touche les droits. » Alors il a mis : « Musique de Pierre Bénichou », pour qu'on sache bien que c'était une plaisanterie.
Je me souviens de : « Mon père est né en Italie, ma mère dans le Nord et moi à Paris. On a quand même eu du bol de se retrouver. »
Je me souviens de : « Ce que j'apprécie le plus chez mes amis ? L'assiduité. » Inutile de prendre des notes, c'est dans le bouquin.
Je me souviens de Mitterrand à qui j'expliquais, avant l'élection de 1981, que Coluche n'était pas seulement un clown. Il m'avait stoppé : « Mais vous croyez que je ne vois pas ce qu'il y a de politique dans son humour, de salubre, comme disaient les surréalistes. C'est leur descendant, c'est sûr. Mais enfin, vous me prenez pour qui, pour Jacques Chirac ? »
Je me souviens du petit groupe qui le poussait à être candidat à l'Élysée alors qu'il était en pleine débâcle fiscale et sentimentale. Et je trouvais ça dégueulasse.
Je me souviens des Restos du cœur, je n'y croyais pas une seconde.
Je me souviens de cette conférence au Grand Orient de France, trois mois avant sa mort, à laquelle je ne suis pas allé. Je viens de lire le compte rendu dans ce bouquin, c'est absolument ahurissant d'intelligence, de talent, de vision.
Je me souviens de sa mort, de la « chienne de moto », etc. Peine. Stupeur.
Je me souviens de son enterrement à Montrouge et du discours de l'abbé Pierre qui m'avait carrément fait chier.
Je me souviens des larmes de crocodile de l'intelligentsia qui, trois semaines plus tôt, le trouvait « d'une vulgarité effrayante ».
Je me souviens d'un matin d'hiver. On traversait le parc Montsouris. Il allait voir Véronique et les enfants qui avaient déménagé. Il pleurait.

Pierre BÉNICHOU



Moi, j'aime le music-hall

C !est l'histoire d'un mec... un mec pas... non !... un mec normal.
Je suis né à Paris, dans le quatorzième, j'ai été élevé à Montrouge, j'ai 26 ans (je vais pas tarder à les avoir), je mesure 1,72 mètre et pèse 86 petits kilos.
Après de brillantes études primaires (oh ! combien !) qui me conduisirent à chuter au certificat d'études (CEP), je décidai de ne pas commettre l'erreur de retourner à l'école afin de ne plus connaître l'horreur de l'échec. J'entrai aux PTT comme télégraphiste. On me conseilla rapidement de démissionner. Alors j'entrepris plusieurs apprentissages dans différentes professions (quatorze en tout !) : photographe, garçon de café, fleuriste, marchand de légumes... et puis j'entrai à l'usine comme manutentionnaire. Je ne suis pas mécontent d'en être sorti.
À force de traîner le soir du côté de la Contrescarpe, j'ai fini par apprendre à jouer de la guitare, à chanter, et un jour j'ai sauté le mur qui me séparait de la vie d'artiste à laquelle je rêvais.
J'ai commencé par chanter dans un resto, Le Vieux Bistrot, dans l'île de la Cité, puis dans un autre.
Un jour, j'entre dans un cabaret pour chanter ; on m'engage pour faire la vaisselle. Je reste là plusieurs mois et j'y fais mes débuts de chanteur.
Il y avait là deux jeunes qui venaient chanter le soir : Jo Moustaki et Maxime Le Forestier. C'est là aussi qu'on m'a donné ce surnom : Coluche.
Après ce cabaret, j'en fais d'autres comme chanteur, puis dans l'un d'eux je rencontre Romain Bouteille qui m'emmène avec lui dans son Café de la Gare. Il m'apprend à jouer ainsi qu'à d'autres (Miou-Miou, Patrick Dewaere).
Plus tard, je quitte le Café de la Gare et, avec des copains, nous fondons Le Vrai Chic parisien et, ensemble, nous montons successivement Thérèse est triste au TTX 75 (Olympia), Ginette Lacaze 1960 que Dick Rivers choisit comme première partie de son Rock'n'roll Show à l'Olympia. (Je peux dire qu'à cette époque personne n'y croyait et qu'il nous a imposés de force.)
Ensuite, une troisième pièce : Introduction à l'esthétique fondamentale. Mais une troupe, ça n'est pas facile à faire vivre, les rapports y sont délicats et moi je ne le suis guère. On se sépare, et je fais cavalier seul... par force.
Ce qui me fait le plus rire, ce sont les comiques qui s'ignorent : la télé. La télé, c'est bourré de gags, mais tellement qu'on ne peut pas les reproduire. Les gens croiraient qu'on invente.
Par exemple, après un petit film pour promouvoir une campagne au profit des aveugles, une speakerine déclare : « Nous tâcherons de ne pas rester sourds à cet appel. » Ça, je l'ai vu et entendu.
Mais j'aime bien aussi les comiques qui ne s'ignorent pas. Au cinéma, ma préférence va à Jacques Tati. Playtime est mon meilleur souvenir. Au music-hall, j'aime surtout Raymond Devos. J'aimais beaucoup Fernand Raynaud.
Voilà en gros... mon premier disque vient de sortir... j'inaugure le Caf' Conc' de Paris, un nouvel endroit des Champs-Élysées où je pense bien m'amuser. Je prépare un show télé (fin octobre, lre chaîne, réalisé par A. Flédérick).
Parlons de mes égouts et de mes couleuvres
— j'aime flâner sur les Grands Boulevards ;
— j'aime Paris au mois de mai ;
— j'aime bien mes dindons ;
— j'aime mieux mes moutons ;
— j'aime le jambon et la saucisse ;
— je hais les dimanches.

Moi, j'aime le music-hall !
(Paru le 4 septembre 1974 dans L'Aurore.)