Le moulin des sources
Le moulin des sources
Françoise Bourdon
386 pages
Couverture cartonnée
Lecture confort : livre imprimé en gros caractères
Réf : 357181
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Au lieu de 19,50  (prix public)
Résumé
Au cœur d’une Provence évoquée avec précision et sensibilité, le destin d’une famille de papetiers installée au bord de la Sorgue, de la moitié du XIXe siècle aux lendemains de la Grande Guerre. Une saga familiale foisonnante, marquée par la guerre et le séisme de 1909.
Pourquoi on l'a choisi
Amours impossibles, passions, fidélité, secrets et traditions, une fresque éblouissante qui nous plonge dans une Provence authentique et pittoresque. Un portrait généreux d’artisans durs à la tâche, et de beaux sentiments exprimés avec finesse et émotion.
Moyenne des avis :Les avis des internautesNombre d'avis :2
Pascale
Le 22 octobre 2011
Un bon livre
Des générations de papetiers font vivre "Le Moulin des Sources". Noëlie sera pendant 75 ans l'âme de la Bastide. Avec la présence en filigrane de l'enfant illégitime, dont le fils de celui-ci, grâce à Noëlie trouvera la place qui lui revient dans la famille, car Edmond, en bon Viguier a le métier dans le sang et poursuivra la continuité des papetiers au Moulin des sources.
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sesam
Le 14 novembre 2011
Déçue
Je suis déçue, manque d'entrain, trop de longueur, pas de fil conducteur, pas d'intrigue, j'attends encore qu'il se passe quelque chose !
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Françoise Bourdon est née et a toujours vécu dans les Ardennes. Professeur de droit et d'économie, elle décide, après dix-sept ans d'enseignement, de se consacrer exclusivement à sa passion de l'écriture. Elle publie son premier roman, Les Dames du Sud, en 1986, puis elle écrit La Forge au loup en mémoire de son grand-père, engagé volontaire à dix-sept ans, en 1915, qui lui a si souvent parlé de la "Grande Guerre". C'est la première fois qu'elle écrit sur sa région natale, les Ardennes. Le livre rencontre un grand succès auprès des critiques et du public. Suivront :
    La Cour aux paons
    Le Bois de lune
    Le Maître ardoisier
    Les Tisserands de la licorne
    Le Vent de l'aube
    Les Chemins de garance
    La Figuière en héritage
Autres titres de Françoise Bourdon
Extrait
Prologue

1836


Elle l'avait aimé dès qu'elle avait croisé son regard. Un regard comme elle n'en avait encore jamais vu, couleur de mousse, dont l'iris était constellé de minuscules points sombres.
Le jour déclinant teintait le ciel d'un délicat camaïeu de mauve, de bleu et de rose. Des nuances un peu trop fades pour la jeune fille, qui se vêtait volontiers de rouge.
Ses galants la disaient jolie. Jusqu'à cette rencontre, le soir de la Saint-Jean, au Thor, cela lui était égal. Ce soir-là, elle aurait voulu tout recommencer.
La jeunesse des villages environnants se retrouvait devant le grand feu. Les reflets des flammes rosissaient les joues.
« Toutes les filles sont belles le soir de la Saint-Jean », prétendait Céline, sa première nourrice. Jeanne observait sans mot dire les jeunes femmes qui, après avoir tressé l'armoise, la lançaient dans une ronde autour des feux. Elle devinait que ces femmes enceintes priaient la Vierge, lui demandant que leurs enfants naissent en bonne santé. Jeanne ne connaissait pas ce souci.
Elle avait eu beaucoup de chance, jusqu'alors, de ne pas tomber grosse. Elle-même bâtarde, Jeanne se défiait des hommes. Elle ne renonçait pas, cependant, à prendre son plaisir dans la chaleur moite d'une grange ou sur l'herbe mouillée de rosée. Ayant souffert de sa situation illégitime durant l'enfance, marquée du sceau de l'infamie, elle ne supportait aucun interdit.
Étant condamnée d'avance, à quoi bon mener une existence de nonne ?
Pourtant, ce soir-là, c'était différent. L'inconnu était bel homme, et séduisant. Il l'avait remarquée, lui aussi. Elle lui sourit. Pour la fête, elle portait sa plus belle toilette, une robe bleue à dessins en bâtonnets relevée sur un jupon piqué rouge, un fichu d'indienne et une coiffe à la grecque.
Elle ôta ses sabots pour suivre celui qui l'invitait à danser et courut pieds nus en lui donnant la main. Heureuse, Jeanne oubliait les jours de misère, son enfance avignonnaise passée à travailler comme lavandière, à encaisser insultes et taloches.
Quand son cavalier, à bout de souffle, quitta la farandole, Jeanne l'accompagna. La nuit était tombée. Du bosquet où il l'entraîna, en bordure de Sorgue, elle apercevait les flammes de la Saint-Jean, lancées à l'assaut du ciel d'encre.
Elle ne savait rien de lui, pas même son nom. En revanche, elle savait comment satisfaire les hommes. Peu farouche, elle l'embrassa avec fougue. Ses lèvres étaient exigeantes, ses caresses de plus en plus pressantes. Quand il la bascula dans l'herbe, elle entrevit un quartier de lune et eut juste le temps de songer que cet homme-là, elle ferait tout pour le garder.
Jeanne essuya son front couvert de sueur. Ce n'était pas la première fois qu'elle se louait à un garancier mais, cet été, la chaleur était encore plus difficile à supporter que d'habitude. Le dos courbé, Jeanne ramassait dans son tablier les racines de garance. La transpiration ruisselait entre ses seins. Elle alla boire à la cruche d'eau tirée du puits, sourit à Bernardine, qui faisait équipe avec elle :
— Il ne faudra pas me bercer ce soir, lui dit celle-ci.
Jeanne haussa les épaules :
— Bah ! Si on doit vivre à vingt ans comme une vieille, ça sert à quoi d'être jeune ?
Bernardine l'enveloppa d'un regard admiratif. Sa camarade rayonnait. Ses cheveux d'un blond chaud, une teinte plutôt rare dans le Comtat, formaient un plaisant contraste avec ses yeux gris. Bien faite, avec une poitrine ronde et ferme, la taille fine et des jambes longues que son jupon laissait entrevoir, Jeanne attirait les regards masculins et s'en amusait.
Un seul prétendant l'intéressait. Celui qu'elle retrouvait un soir sur deux. Il venait la chercher au mas du Sergent, l'emmenait, serrée contre lui sur son cheval pommelé.
Les bords de Sorgue leur étaient propices, ou encore un grangeon vide. L'espace d'une heure, Jeanne oubliait sa fatigue. Elle espérait passer une nuit entière dans ses bras mais il demeurait intraitable et la ramenait toujours au mas du Sergent.
— Qu'espères-tu de ton galant ? demanda Bernardine. C'est un monsieur, de la race des maîtres. Il n'épousera jamais une fille comme toi ou moi.
Jeanne se redressa :
— On verra bien !
Elle se surprenait à rêver. Le mariage, pourquoi pas ? À moins qu'il ne l'installe dans une maison en ville, à Carpentras ou à L'Isle-sur-la-Sorgue ? Pour lui, elle était prête à sacrifier sa liberté. Elle l'aimait.
Début août, il se montra moins assidu. Il avait du travail, des obligations. Paniquée, elle réclama plus de temps, plus d'attentions. Le jour de la fête votive, elle se fit offrir une croix Jeannette suspendue à un ruban de velours noir. Ce serait, lui semblait-il, une preuve de son attachement.
On lui rapporta qu'il avait été vu à d'autres fêtes, en compagnie d'autres filles.
Elle s'affola.
Ils se retrouvèrent au 15 août, à Pernes. Il était lointain, agacé. Elle tenta de le reconquérir, en vain.
— Nous avons passé du bon temps ensemble. À présent, c'est fini, lui déclara-t-il froidement.
Devant son insistance, il se montra plus explicite :
— Je n'étais pas le premier, je ne serai pas le dernier. Restons bons amis.
Elle le supplia, en se méprisant. Il haussa les épaules. Que croyait-elle donc ? Qu'il l'épouserait ? Il n'avait pas du tout l'intention de se marier avec la première venue qui s'était laissé trousser comme une putan.
Perdant tout contrôle, Jeanne l'insulta, le traita de catounejaire, de coureur de jupons. Il se mit à rire :
— Calme-toi, ma belle.
Ce soir-là, elle s'arrangea pour quitter la fête au bras d'un voiturier qui lui faisait des avances depuis un petit moment. Elle voulait se délivrer du chagrin qui lui tordait le ventre.
Se retournant, elle constata qu'il la suivait des yeux et éprouva la satisfaction de la revanche. Elle n'était pas en peine de se trouver un autre galant, même si son cœur était déchiré.
Elle ignorait qu'elle n'aurait pas assez de toute sa vie pour regretter cette impulsion.