Le vent de la colère
Le vent de la colère
Jacques Mazeau
412 pages
Couverture cartonnée
Réf : 357159
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Au lieu de 19,95  (prix public)
Une implacable machination
Résumé
Janvier 1936. En son étude, Me Blanchard lit le testament d’Émile. Un coup de poignard pour Emma, sa petite-fille. Le “vieux renard” lui joue un dernier tour. Parmi ses héritiers, il y a Marie, la belle institutrice, devenue son amante peu de temps avant sa mort étrange. Et c’est à elle, l’étrangère, que revient la maison des Quatre-Vents !
Pourquoi on l'a choisi
La vengeance en héritage. Une guerre sans merci entre des héritiers prêts à tout, des amours coupables et un grand secret, Jacques Mazeau tisse les fils noirs d’une implacable machination ourdie en terre de Nièvre dans La ferme de l’enfer.
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Moyenne des avis :Les avis des internautesNombre d'avis :4
Mic
Le 04 août 2011
Toujours aussi bien !
Une fois de plus, dans "Le vent de la colère", Jacques Mazeau excelle à créér une atmosphère pesante et pleine de suspense. Avec son caractère bien trempé, Emma parviendra-t-elle, malgré les obstacles, à gérer d'une poigne de fer le domaine? Riche en sentiments et intrigues, car là est le pari tenu par Jacques Mazeau ! En refermant ce livre, on est convaincu que le bonheur est dans le pré ! Ah! Nostalgie quant tu nous tiens !
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agatemousse
Le 02 novembre 2011
Décevant
J'ai été très déçue par cette suite de "La ferme de l'enfer" qui n'est en rien conforme à ce que l'auteur a annoncé dans l'épilogue du tome 1. Dommage...
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Simba
Le 17 février 2012
Pourquoi l'épilogue du volume 1
Avec l'épilogue du volume 1 "La ferme de l'enfer", on se demandait comment l'auteur allait pouvoir nous captiver comme il l'avait si bien fait dans ce premier volume. Rien ne se passe comme l'annonce l'épilogue. Cette histoire se termine brusquement, on ne s'y retrouve pas (troisième volume ?)
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lolomina
Le 17 mai 2012
une incompréhension
Je ne comprends pas la fin de ce livre. Etant la suite de la "ferme de l'enfer", les deux fins ne sont pas conformes. Quelqu'un peut il me renseigner ? Mais mon avis sur ces livres sont positifs j'ai lu le 1er en une demie journée, le second en une journée !
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Né à Paris en 1949, journaliste, ancien conseiller municipal de La Charité-sur-Loire, conseiller en communication, Jacques Mazeau est d'origine bourguignonne.
À 36 ans, il termine un roman, ébauché à l'adolescence, La ferme d'en bas, devenu un classique de la littérature populaire.
Jacques Mazeau est l'auteur de romans qui se déroulent en milieu paysan et provincial :
    La Dénonciation
    La Rumeur du soir
    De l'autre côté de la rivière
    Le Pré aux corbeaux
    La Ferme d'en bas
    La Druzina
    La Malédiction de Bellary
    L'Or des Maures
    Terre de sang
    Mensonges
    La Ferme de l'enfer
    Le Vent de la colère
    (Second volet de La Ferme de l'enfer)
Il a également écrit de nombreux documents, notamment sur le monde du cinéma et de l'audiovisuel :
    Les destins tragiques du cinéma
    Le guide pratique des radios libres
    Les acteurs contemporains français
    Les acteurs contemporains étrangers
Autres titres de Jacques Mazeau
Extrait

1


Emma s'éveilla brusquement, échappant à un cauchemar dont ne lui restaient que quelques bribes en mémoire. Haletante, elle courait dans un champ labouré, poursuivie par un homme. Émile ? Elle se rassura. Ce n'était peut-être pas lui…
Elle se tourna vers Louis qui dormait nu à son côté.
À la lueur du feu qui mourait dans l'âtre, elle pouvait distinguer les courbes de son corps, fin et musculeux. Elle s'abstint de le réveiller pour faire l'amour. D'ailleurs, elle n'avait pas la tête à cela. Trop d'émotions, de questions, d'inquiétudes l'assaillaient pour les ignorer.
La disparition d'Émile avait créé une situation nouvelle qu'elle se devait de maîtriser. C'était d'autant plus urgent qu'une sensation de danger, diffuse mais dérangeante, ne la quittait plus depuis l'enterrement. Comme si elle avait oublié quelque chose, quelqu'un, un détail qui lui interdisait d'être totalement sereine…
Pourtant, l'avenir s'annonçait plutôt radieux. Dans quelques jours, elle connaîtrait le contenu de l'héritage, dont elle ne doutait pas qu'elle en recevrait la plus grande part. Excepté Margot, peut-être Armand, qui d'autre à La Vernière pouvait prétendre obtenir quelque chose ?
Cette certitude lui ouvrait un espace illimité de rêves et de projets sur lesquels elle s'arrêta pour le seul plaisir de jouir de sa nouvelle puissance et de la sensation de liberté qui en découle.
Elle éprouvait le besoin de se montrer généreuse envers les vivants, mais aussi les morts.
D'abord, elle ferait reconstruire la maison des Quatre-Vents dans laquelle elle logerait Armand et Margot. Un symbole auquel elle tenait, dans la mesure où sa mère et Maxime y avaient passé des moments heureux. Elle entreprendrait aussi des travaux dans le logis des ouvriers pour y installer le chauffage et des sanitaires convenables.
Envers sa mère et Maxime, elle se montrerait également reconnaissante post mortem. Avec Louis, elle effectuerait son voyage de noces à Venise afin de mettre ses pas dans ceux de sa mère, avant de rejoindre l'Afrique pour faire rapatrier son corps.
Enfin, elle lui offrirait une place de choix au cimetière, ainsi qu'une tombe en marbre sur laquelle elle ferait graver son nom et celui de Maxime. Cela afin d'honorer leur amour.
Songer à sa mère réveilla une frustration dont elle ne s'était jamais libérée. Qui était cette femme ? Quels étaient ses motivations, ses sentiments, ses pensées ? Depuis la mort d'Émile, ces questions la tarabustaient sans qu'elle pût y apporter de réponse.
C'était d'autant plus difficile que les aveux signés de Jeanne, selon lesquels elle aurait tué Maxime, étaient venus brouiller ses propres certitudes. Le fait que Margot avait brûlé la lettre précipitamment n'avait rien arrangé. Était-ce parce que la servante savait que Jeanne était coupable de cet assassinat, ou bien, comme elle le prétendait, parce que ce n'était qu'un tissu de bêtises ?
Au fil des jours, Emma avait fini par se satisfaire de ses propres convictions : sa mère et Maxime avaient été les victimes d'Hippolyte et d'Émile. Ils s'étaient aimés et Maxime était son père…
Louis se retourna. Il se recroquevilla en chien de fusil, comme s'il avait froid. Elle le recouvrit. Dieu, qu'elle l'aimait ! Elle s'arrêta un instant sur leur histoire. Un vrai conte de fées ! Elle se souvenait des émotions intenses qu'ils avaient partagées dès le premier jour où s'était révélée leur passion. De leurs ébats où elle avait découvert l'enivrement que procure l'amour physique. De leurs longues discussions où ils échafaudaient les rêves les plus fous. Elle ne le quitterait jamais ! Serait chaque jour à ses côtés, quoi qu'il arrive !
Son emballement amoureux l'avait totalement réveillée.
Elle jeta un œil sur le réveil. Trois heures du matin. Pressentant qu'elle ne se rendormirait pas, elle se leva et gagna la cuisine, au rez-de-chaussée.
Sitôt en bas, elle chiffonna du papier journal et le disposa avec quelques bûches sur l'amas de braises qui couvaient sous la cendre. Puis, s'agenouillant, elle souffla jusqu'à ce qu'une flamme jaillît. Certaine que le feu avait pris, elle décrocha une veste du portemanteau, l'enfila et, frissonnante, s'assit devant l'âtre.
L'exaltation la tenait éveillée. Celle que procure la certitude d'avoir réalisé une part de ses rêves et de pouvoir en concevoir d'autres à l'abri du besoin.
Elle était incapable d'estimer au franc près ce qu'elle allait bientôt posséder, mais cela serait amplement suffisant pour leur assurer, Louis, elle et l'enfant qu'ils auraient, un avenir confortable. Avec toutes ces terres, ces chevaux, l'argent qu'Émile avait dissimulé dans le bureau et celui qu'il avait déposé chez Me Blanchard, nul doute qu'elle était devenue la plus riche exploitante de la région.
Elle se demanda ce qu'elle ferait lorsqu'elle serait devenue la propriétaire en titre du domaine. D'abord, elle se séparerait des chevaux, ces maudites bêtes qui l'effrayaient tant. Sans doute rénoverait-elle aussi le matériel, obsolète pour une grande part, et réfléchirait-elle à de nouvelles cultures ? L'avoine et l'orge, par exemple, dont les cours étaient au plus haut, ce qui permettrait de dégager de nouveaux bénéfices.
Elle réorganiserait aussi les équipes, gardant certains ouvriers et en renvoyant d'autres. Elle avait déjà quelques idées à ce propos, mais ne voulait pas se précipiter, de crainte de se tromper. Dans un premier temps, elle se contenterait d'observer chacun au travail et d'estimer son potentiel.
Distraite par le feu qui peinait à prendre – le bois que Margot avait choisi dans la remise était trop vert –, elle glissa sous les bûches noircies quelques chutes d'écorce arrachées à celles qui étaient entassées à côté de l'âtre.
Elle souffla de nouveau sur les braises. Par une association de pensées qu'elle jugea saugrenue, elle vit cet amas rougeoyant comme la préfiguration de l'enfer.
Cela la renvoyait à ses premiers cours de catéchisme, un calvaire que lui avait imposé sa mère. Heureusement, cela n'avait pas duré. À l'époque, elle s'était montrée si récalcitrante devant ce « galimatias » culpabilisateur que le curé n'avait plus voulu d'elle.
Cette culpabilité, elle avait su y échapper en élaborant sa propre vision du bien et du mal et en vivant en conformité avec elle. Qu'elle eût favorisé la mort d'Hippolyte et causé celle d'Émile n'avait suscité en elle aucun repentir. Ces actes avaient été posés selon sa propre loi.
Le feu prit enfin. Elle se releva et s'assit, se laissant distraire par les arabesques des flammes, les jeux d'ombres mouvantes sur les murs.
Elle se sentit à nouveau inquiète. Elle mit cela tout à la fois sur le compte de sa solitude, du silence, de la nuit froide qui cernait la maison… Sans conviction.
Songeant à l'inhumation d'Émile, elle se demanda d'où venait cette gêne qui ne l'avait plus quittée depuis. S'était-elle sentie coupable en voyant le cercueil disparaître sous terre ? Avait-elle croisé un regard accusateur parmi les invités ? Cette dernière hypothèse n'avait aucun sens. Personne n'imaginait qu'elle eût poussé Émile dans le puits. Même Margot avait fini par faire taire ses doutes. Non ! Il s'agissait d'autre chose…
Comme elle ne parvenait pas à élucider ce mystère, elle recouvrit les braises de cendres. Mieux valait monter se pelotonner contre Louis et le réveiller doucement à force de caresses…

Allongé dans son lit, Me Pierre Blanchard n'arrivait pas à trouver le sommeil. Pour d'autres raisons qu'Emma. Lui, c'était la solitude qui dévorait ses nuits. Une solitude toute physique – depuis le décès de Madeleine, sa femme, aucune autre n'avait partagé son lit –, mais affective aussi.
Son existence quotidienne, son travail, ses pensées, ses émotions ne formaient ensemble qu'un vaste désert, au milieu duquel il évoluait comme un automate. Sans jamais adhérer à ce qu'il faisait. Toujours ailleurs, sans être précisément quelque part. Au fond, il errait, sans origine ni destination, uniquement préoccupé d'entretenir la « machine ».
L'explication du docteur Colliard, consulté un jour de plus grande déprime, ne l'avait pas convaincu. Selon ce dernier, ce n'était pas la disparition de sa femme lors d'une fausse couche qui l'avait transformé ainsi en zombie. Plus certainement, cela remontait à ses années d'enfance.
Seulement voilà, lui les avait oubliées, ces années ! Il ne s'en remémorait que l'écume au travers de quelques souvenirs. Probablement pour dissimuler la souffrance intolérable qu'il avait toujours ressentie sans en connaître la cause réelle.
Triste paradoxe, pensait-il souvent, que de pouvoir raconter une enfance et une jeunesse plutôt heureuses, alors que le cancer s'était déjà installé en lui, avant de métastaser jusque dans la moindre de ses cellules.
Des centaines de fois, encouragé par quelques articles glanés ici et là sur les bienfaits de la toute nouvelle science psychanalytique, il avait fouillé dans ses souvenirs, tentant de ressusciter son passé à l'aide de clichés de famille. Édouard, son père, Eugénie, sa mère, et enfin Adélaïde, sa jeune sœur, et quelques oncles et tantes, voire des cousins. Mais cela n'y avait rien fait. Il regardait ces instantanés de vie comme autant de moments qu'il n'avait pas vécus.
D'ailleurs, à l'inverse de ces personnes présentes sur les photos, il se trouvait le regard aussi vide que celui d'un poisson mort et une allure témoignant d'une totale indifférence à ce qui l'entourait. Combien de fois, lors de ces prises, toujours longues et harassantes, n'avait-il pas eu l'impression qu'il était davantage un décor, plutôt qu'un personnage ?
Il se retourna dans son lit, le regard dirigé vers la fenêtre. Comme il n'avait pas fermé les volets – par paresse –, le peu de lumière nocturne qui s'immisçait dans la pièce atténuait sa sensation de solitude.
À ce propos, car il ne manquait pas d'intégrité, il reconnaissait ne devoir s'en prendre qu'à lui-même. Jamais il n'avait voulu se remarier, se satisfaisant de quelques prostituées au gré de ses besoins et de ses déplacements.
Pourtant, les occasions n'avaient pas manqué. De bons partis, pour la plupart. Mais aucune des prétendantes n'était parvenue à éclipser Madeleine, la seule qui fût parvenue à lui faire découvrir le bonheur de vivre et d'aimer.