Raison et sentiments
Raison et sentiments
suivi de Persuasion
Jane Austen
768 pages
Couverture souple
Réf : 357082
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Résumé
Bien avant que Bridget Jones écrive son journal ou que le diable décide de s'habiller en Prada, un écrivain a su conter avec finesse, humour et une incroyable modernité les affres de la passion, les délices de l'incertitude et des premiers émois du cœur. Jane Austen nous raconte ces jeunes femmes du XIXe siècle prisonnières des conventions mais éprises de liberté. Ces deux romans savoureux nous en persuadent avec raison... et sentiments.
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Seré Halverson Prince
Moyenne des avis :Les avis des internautesNombre d'avis :4
Amyleed
Le 10 septembre 2011
Merci beaucoup !
J'avais lu "Orgueil et préjugés" tant de fois que mon livre de poche a rendu l'âme. Alors merci pour cette nouvelle édition avec en prime "Persuasion" ! J'ai hâte de pouvoir commander l'ensemble des livres de Jane Austen.
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Remarque de lucile devaux du 07/10/11
Ce n'est pas orgueil et préjugés qui est présenté ici...
Remarque de Amyleed du 08/11/11
J'ajoute que mon livre de poche regroupait "Orgueil et prejugés" avec "Raison et sentiments"....
duchesse65
Le 06 septembre 2011
Enfin !!
Très contente de trouver les romans de Jane Austen et il me tarde que vous sortiez 'Orgueils et Préjugés".
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Calypso
Le 28 août 2011
Très belle surprise !
Heureuse enfin de trouver les romans de Jane Austen autrement qu'en version poche ! Et j'espère avoir encore plus de joie avec une sortie peut-être prochaine d'Orgueils et Préjugés...
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latornadeblonde
Le 09 novembre 2011
Un petit bonheur à lire
J'ai apprécié de trouver ce livre dans votre boutique, livre que je voulais acheter depuis longtemps ayant précédemment adoré "Orgueil et préjugés". Et quel bonheur de trouver en plus, un second roman d'Austen dans cette édition. Bravo !! Je suis ravie de retrouver des classiques !!
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Jane Austen est née le 16 décembre 1775 en Angleterre. Fille de pasteur, benjamine de cinq enfants, elle lit beaucoup dans son enfance et commence très vite à écrire. Ses premiers textes sont des parodies des romans sentimentaux à la mode. En 1795, elle rédige le premier jet de ce qui deviendra Raison et Sentiments, version travaillée de ses écrits d'adolescence, qu'elle fait publier en 1811. Cinq autres romans suivent :
    Lady Susan
    Orgueil et préjugés
    Northanger Abbey
    Mansfield Park
    Emma
    Persuasion
Jane Austen meurt le 18 juillet 1817, laissant inachevé Sanditon.
Extrait

1

La famille Dashwood habitait depuis longtemps dans le Sussex. Elle jouissait d'une large aisance et avait établi sa résidence à Norland Park, au centre de ses domaines où ses membres avaient vécu depuis de nombreuses générations et s'étaient attiré l'estime et le respect de tout le voisinage. Le dernier descendant de cette famille était un célibataire, très avancé en âge. Pendant la plus grande partie de sa vie, il avait vécu avec sa sœur, qui gouvernait son ménage. Mais la mort de celle-ci, survenue dix ans avant la sienne, entraîna un grand changement dans sa maison ; pour compenser cette perte, il installa chez lui la famille de son neveu, Mr. Henry Dashwood, l'héritier naturel des domaines de Norland, à qui il se proposait de les léguer.
Dans la société de son neveu, de sa nièce et de leurs enfants, le vieux gentleman passa des jours heureux. Tout contribuait à l'attacher à eux. Le soin diligent que Mr. et Mrs. Henry Dashwood apportaient à prévenir ses désirs, et cela non pas seulement dans un but intéressé, mais par une bonté de cœur naturelle, était de nature à lui donner toutes les satisfactions que son âge pouvait désirer et la gentillesse des enfants enchantait son existence.
D'un premier mariage, Mr. Henry Dashwood avait eu un fils, et de sa seconde femme, trois filles. Le fils, jeune homme posé et digne, se trouvait dans une situation fort aisée, ayant hérité la fortune de sa mère, qui était considérable, et dont la moitié était à sa libre disposition depuis sa majorité. Son propre mariage, qui survint peu de temps après, ajouta encore à sa richesse. Ainsi, la succession de son grand-oncle n'avait pas autant d'importance pour lui que pour ses sœurs. Car leur fortune, en dehors de ce qu'elles pouvaient espérer de ce côté si leur père héritait, était fort peu de chose. Leur mère n'avait rien et le patrimoine personnel de leur père n'était que de six mille livres ; en effet, l'autre moitié de la fortune de sa première femme devait revenir à son fils et il n'en avait que l'usufruit.
Le vieux gentleman mourut. On ouvrit son testament qui, comme beaucoup d'autres documents de ce genre, entraîna autant de déception d'un côté que de plaisir de l'autre. Le vieillard n'avait pas été assez injuste ni assez ingrat pour priver son neveu de sa succession. Mais il s'y était pris d'une façon qui enlevait la moitié de sa valeur au présent qu'il lui en faisait. Mr. Dashwood souhaitait cet héritage beaucoup plus à cause de sa femme et de ses filles que pour lui-même et son fils. Or, toute la fortune était assurée à son fils et au fils de celui-ci, un enfant de quatre ans. Mr. Henry Dashwood ne pouvait disposer de rien en faveur de ceux qui lui étaient les plus chers, et qui en avaient le plus besoin. Tout était consolidé sur la tête de cet enfant. Au cours de quelques visites qu'il avait faites à Norland avec son père et sa mère, il avait séduit son oncle par des gentillesses enfantines, un langage puéril, une grande vivacité, d'amusantes simagrées et pas mal de tapage.
Tout cela avait pesé plus fort dans l'esprit du vieux gentleman que les années d'attentions et de soins de sa nièce et de ses filles. Pourtant, il n'avait pas l'intention d'être ingrat, et comme marque de son affection pour les trois jeunes filles, il leur laissa à chacune mille livres.
Le désappointement de Mr. Dashwood fut très vif tout d'abord. Mais il avait un heureux caractère et ne se laissait pas abattre facilement. Il pouvait espérer avoir de longues années devant lui et, en vivant économiquement, mettre de côté une somme importante sur les revenus d'un domaine considérable et susceptible d'améliorations presque immédiates. Mais cette fortune qui lui était venue si tardivement ne fut sienne que l'espace d'une année. Il ne survécut pas plus longtemps à son oncle. Et sa femme et ses filles se trouvèrent réduites à un capital de dix mille livres, y compris le dernier legs.
On avait envoyé chercher son fils dès qu'il fut en danger, et Mr. Dashwood lui avait recommandé, avec toute la force que lui permettait son état, les intérêts de sa belle-mère et de ses sœurs.
Mr. John Dashwood n'avait pas l'élévation d'esprit du reste de la famille ; mais il fut ému par une telle recommandation faite à un tel moment, et il promit de faire tout ce qui serait en son pouvoir pour assurer leur bien-être. Son père mourut rassuré par une telle promesse, et Mr. John Dashwood dut alors examiner à loisir ce que la prudence lui permettait de faire à cet égard.
Il n'avait pas une mauvaise nature, à moins qu'on ne qualifie ainsi la sécheresse de cœur unie à pas mal d'égoïsme ; mais il était considéré, en général, comme un homme respectable, car il se conduisait correctement dans les circonstances ordinaires de la vie. S'il avait épousé une meilleure femme, elle aurait pu le rendre plus digne de respect et même meilleur qu'il ne l'était ; car il s'était marié fort jeune et était fort épris de sa femme. Mais Mrs. John Dashwood était la vivante caricature de son mari ; d'esprit plus étroit encore et de caractère plus égoïste.
Au moment où il fit à son père sa promesse, il avait dans l'esprit de faire cadeau à chacune de ses sœurs d'un millier de livres. Il se sentait vraiment en état de le faire. La perspective de quatre mille livres de revenus venant s'ajouter à sa fortune présente, sans compter l'autre moitié de la fortune maternelle, lui réchauffait le cœur et il se sentait capable de générosité. Oui, il leur donnerait trois mille livres, il serait noble et généreux. Cela suffirait pour les mettre tout à fait à l'aise. Trois mille livres ! Il pouvait économiser une somme aussi considérable sans se gêner. Il y pensa toute la journée et plusieurs jours de suite et s'affermit dans cette résolution.
Aussitôt après les funérailles, Mrs. John Dashwood, sans avoir prévenu le moins du monde sa belle-mère, arriva avec son fils et ses domestiques. Personne ne pouvait lui disputer son droit : la maison appartenait à son mari dès le moment du décès de son père ; mais l'indélicatesse de son procédé n'en était que plus grande. Elle aurait été certainement ressentie par n'importe quelle personne dans la situation de Mrs. Dashwood, mais celle-ci avait un sens si vif de l'honneur, une générosité si romantique qu'un manquement de ce genre, quel qu'en fût l'auteur ou la victime, était pour elle la source d'un insurmontable dégoût. Mrs. John Dashwood n'avait jamais été très appréciée par personne dans la famille de son mari. Mais jusqu'alors elle n'avait pas eu l'occasion de leur montrer à quel point elle pouvait porter, le cas échéant, le mépris des sentiments d'autrui.
Mrs. Dashwood avait ressenti si vivement ce procédé, et elle en voulait tellement à sa belle-fille, qu'elle aurait quitté immédiatement la maison à l'arrivée de cette dernière. Mais un entretien avec sa fille aînée la fit réfléchir sur la conséquence de cette résolution et le tendre amour qu'elle portait à ses trois enfants lui fit prendre finalement la résolution de rester et, à cause d'elles, d'éviter cette brouille avec son beau-fils.
Elinor, sa fille aînée, dont l'opinion avait eu tant de poids, était douée d'une force d'intelligence et d'une netteté de jugement qui faisaient d'elle, bien qu'âgée seulement de dix-neuf ans, le conseiller habituel de sa mère et lui permettaient de tempérer fort heureusement la vivacité de Mrs. Dashwood qui l'aurait entraînée bien des fois à des imprudences. Elle avait un cœur excellent ; son tempérament était affectueux et ses sentiments profonds, mais elle savait les gouverner. C'était là une science que sa mère avait encore à apprendre et qu'une de ses sœurs avait résolu de ne jamais connaître.
Marianne disposait, à beaucoup d'égards, des mêmes moyens que sa sœur. Elle était sensée et perspicace, mais passionnée en toutes choses, incapable de modérer ni ses chagrins ni ses joies. Elle était généreuse, aimable, intéressante, bref, tout, excepté prudente. Elle ressemblait d'une façon frappante à sa mère.
Elinor voyait, avec regret, l'excès de sensibilité de sa sœur ; mais Mrs. Dashwood lui en faisait un mérite et s'en délectait. Elles s'entretenaient l'une l'autre dans la violence de leur affliction. La première vivacité de leur chagrin, qui les avait d'abord submergées, était volontairement renouvelée, recherchée, recréée au jour le jour. Elles s'y livraient entièrement, cherchant un surcroît de douleur dans toutes les réflexions qui pouvaient leur en apporter, et résolues à n'attendre de l'avenir aucune consolation.
Elinor, elle aussi, avait été profondément affectée, mais elle restait capable de lutter, de prendre sur elle. Elle put s'entretenir avec son frère, recevoir sa belle-sœur à son arrivée, et la traiter avec bienséance. De même essaya-t-elle d'amener sa mère à faire pareil effort et de l'encourager à pratiquer la même indulgence.
Margaret, l'autre sœur, était une enfant de belle humeur et de bonnes dispositions ; mais, comme elle avait déjà pris beaucoup de l'esprit romanesque de Marianne sans avoir grand-chose de sa raison, on pouvait craindre que, par la suite, elle n'égalât pas ses sœurs.


2

Mrs. John Dashwood était maintenant installée en maîtresse à Norland, et sa belle-mère et ses belles-sœurs étaient rabaissées au rang de visiteuses. Sur ce pied, cependant, elles étaient traitées par elle avec une tranquille politesse, et, par son époux, avec toute la tendresse qu'il pouvait ressentir envers tout autre que lui-même, sa femme ou leur fils. Il les pressa réellement, avec une certaine chaleur, de considérer Norland comme leur maison ; et, comme Mrs. Dashwood ne voyait rien de mieux à faire que d'y rester jusqu'à ce qu'elle puisse s'arranger d'une maison dans le voisinage, l'invitation fut acceptée.
Rester dans ce logis où tout lui rappelait son bonheur passé était exactement ce qui convenait à son état d'esprit. Dans les périodes de prospérité, nul caractère n'était plus gai que le sien, ni enclin, à un plus haut degré, à cet appétit de bonheur qui est le bonheur même. Mais, dans l'adversité, elle se laissait également aller au courant de son humeur. Elle repoussait alors toute consolation comme elle avait écarté toute ombre dans la prospérité.
Mrs. John Dashwood n'approuva pas du tout ce que son mari avait projeté de faire pour ses sœurs. Prendre trois mille livres sur la fortune de leur cher petit garçon, c'était l'appauvrir d'une terrible façon. Elle le pria de réfléchir encore là-dessus. Comment pourrait-il se disculper à ses propres yeux d'avoir ainsi frustré son fils, son fils unique, d'une aussi grosse somme ? Et quel droit pouvaient invoquer les Dashwood, ces gens qui ne lui tenaient qu'à moitié par le sang, et qu'elle-même, du reste, ne considérait pas du tout comme des parents, pour justifier une aussi grande générosité ? C'était une chose bien connue qu'on n'avait jamais rencontré d'affection véritable entre les enfants qu'un homme avait eus de plusieurs mariages ; et pourquoi irait-il se ruiner lui-même, et leur pauvre petit Harry, en abandonnant tout son argent à ses demi-sœurs ?
— C'est la dernière demande de mon père, répliqua son époux : il m'a fait promettre de venir en aide à sa femme et à ses filles.