Brassens me disait...
Brassens me disait...
Avec la collaboration de Claude Richard
192 pages
Couverture cartonnée. 24 x 27,2 cm
Réf : 356510
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Au lieu de 25,00  (prix public)
20 ans d'amitié à feuilleter
Résumé
30 ans après sa disparition, la poésie de Brassens enchante toujours notre patrimoine et une belle exposition célèbre sa liberté... On le retrouve avec bonheur au fil des photos, manuscrits, brouillons inédits et souvenirs émus, que son ami Poletti partage avec nous dans cet ouvrage à feuilleter comme un album de famille. De l’enfance à Sète jusqu’à la maladie qui l’emporta, la vie intime et la carrière du grand Georges sont évoquées avec une sensibilité et des documents rares.
Extrait
INTRODUCTION
Dans les années 50,

Georges Brassens n'était encore que le « pornographe du phonographe ». Qui croyait alors que sa pensée libertaire aurait un succès quasi universel ? Déjà en chantant La Mauvaise Réputation, il appelait de ses vœux un monde plus pacifique et plus généreux. S'il n'a pu transformer la société, il a néanmoins tenté de la rendre meilleure en nous offrant des parcelles de bonheur.
Dégagé des modes, Brassens est le plus littéraire des auteurs compositeurs français. En donnant à la chanson la qualité des grands textes de la littérature, il a été écouté et lu sous toutes les latitudes et dans toutes les cultures. Ses textes ont été traduits en quarante langues et chantés par près de mille interprètes de par le monde. Orfèvre des mots, qu'il cajolait avec délectation, la postérité le reconnaît comme un « grand du XXe siècle » (plusieurs centaines d'édifices divers portent son nom).
Comme son Petit joueur de flûteau, Brassens n'a jamais perdu son âme pour la gloire et l'argent. L'homme et l'artiste se confondaient. Sa philosophie de l'existence était en adéquation avec ses actes : il n'assenait pas de vérités à l'emporte-pièce, ne donnait pas de leçons. En artisan du verbe, il suggérait, déposait - disait Brel - des idées qui ont fait « leur petit bonhomme de chemin » et s'ancrent dans les consciences. Le « bon maître » (ainsi se faisait-il appeler par dérision par sa gouvernante) a influencé des générations, distillant sa « petite morale » en chansons. « Homme universel » comme Voltaire, Brassens prônait l'altruisme et la tolérance dans une civilisation perfectible. Vauvenargues ne disait-il pas : « Quiconque est plus sévère que les lois est un tyran » ?
Quels étaient les préceptes de Brassens ? Avant tout, le respect de la vie, de l'être humain, de sa dignité. Georges était contre la peine de mort, comme en témoigne, en 1952, sa chanson Le Gorille. Pour lui, cette position représentait la forme la plus élevée de l'anarchie. Mais il prônait aussi la liberté, le pacifisme, la justice, la fraternité, le refus de la servilité et la révolte contre la mort. Son œuvre repose sur des thèmes simples, éternels, universels : l'amour, l'amitié, la fuite du temps, avec une dilection particulière pour les variantes de la psychologie féminine et les basses œuvres de la camarde. Afin de se faire entendre de tous, Brassens maniait l'humour, la dérision, l'ironie et la caricature. À l'instar de Molière et de Beaumarchais, il brocardait la bêtise, les pouvoirs, les injustices et le sectarisme.
Brassens s'amusait, nous amusait, et faisait pétiller l'esprit de notre langue. Riche et variée, sa musique est volontairement dénuée d'artifices pour mieux souligner le trait incisif, le caractère romantique ou polémique. « J'ai toujours voulu que la musique souligne le texte », disait-il. Le style de Brassens, c'est un univers composite fait d'inspiration rustique, classique et moderne. Le philosophe André Comte-Sponville a dit de Georges : « Ce mécréant a une morale évangélique. » Son répertoire marie avec bonheur les expressions libertaires, rabelaisiennes, argotiques, à la délicatesse, à la retenue poétique, et repose sur une vaste culture. Brassens est un professeur de vie et d'amour qui délivre des idées généreuses... et des bouffées d'oxygène !



Biographie

GEORGES BRASSENS NAÎT LE 22 OCTOBRE 1921, rue de l'Hospice, à Sète - orthographié « Cette » à l'époque. Son père, Jean-Louis, est maçon et sa mère Elvira, née Dagrosa, est originaire du sud de l'Italie. Une partie de la rue où il est né porte aujourd'hui son nom. Au collège Paul Valéry, son professeur Alphonse Bonnafé décèle chez lui des prédispositions pour la littérature et la poésie. L'enfant est doté d'une mémoire étonnante.
Le « Gramophone » de sa demi-sœur Simone et le climat familial où tout le monde chante, le porte naturellement vers la chanson. Il apprend à jouer de la mandoline et fait partie, avec quelques copains, d'un orchestre amateur. Il écoute aussi sa mère dans son répertoire napolitain. Le jeune Brassens est passionné par le jazz, le swing, les paroliers et les chanteurs des années 30 : Mireille et Jean Nohain, Jean Tranchant, Pills et Tabet, Paul Misraki, Jean Sablon et les orchestres de Raymond Legrand, Fred Adison et Ray Ventura. Il écrit déjà des textes de chansons, encore sous l'influence de ceux qu'il admire, plus particulièrement de Charles Trenet et de Johnny Hess.
En 1939, Georges abandonne ses études et « monte à Paris ». Il loge chez la sœur de sa mère, Antoinette, qui habite rue d'Alésia, dans le XIVe arrondissement, et travaille quelques mois aux usines Renault de Billancourt. Sur le piano d'Antoinette, il fait ses gammes. En 1942, il publie, à compte d'auteur, un recueil de poésies intitulé À la Venvole et un essai, La Lune écoute aux portes, qui restent sans succès. Un an plus tard, il est réquisitionné pour le « Service du travail obligatoire » et part pour Basdorf, au nord de Berlin. Il rencontre là son futur secrétaire Pierre Onténiente, surnommé plus tard « Gibraltar ».
Après une année passée en Allemagne, à la faveur d'une permission et sur les conseils de ses copains, il se cache à Paris, impasse Florimont chez Jeanne Le Bonniec et son mari, Marcel Planche. Ceux-ci subviendront à ses besoins pendant près de dix ans de « vaches maigres ». Brassens fréquente assidûment la bibliothèque du XIVe arrondissement et se nourrit des poètes et des grands de la littérature avec boulimie. Il acquiert ainsi une vaste culture et travaille sur un roman surréaliste qu'il publiera en 1953, La Tour des miracles.
En 1946, il collabore au journal Le Libertaire en qualité de correcteur et publie quelques articles subversifs sous le pseudonyme de « Géo la cédille ». Il se lie avec le milieu anarchiste du XVe arrondissement, puis prend ses distances, réfutant déjà les « mots d'ordre » et l'autorité. Il gardera de cette époque un esprit libertaire qui imprégnera sa vie et ses chansons. L'année suivante, Brassens rencontre la femme de sa vie : Joha Heiman qu'il surnomme « Püpchen » (petite poupée) et qui lui inspirera Je me suis fait tout petit, Saturne et La Non-demande en mariage. Entre 1948 et 1951, il cherche des interprètes pour ses chansons et tente de faire connaître ses textes. Il passe ainsi de nombreuses auditions dans différents cabarets, mais sans succès.
Le chansonnier Jacques Grello lui offre sa première guitare et le soutient activement. Au début de l'année 1952, à 31 ans et presque découragé, Brassens se laisse convaincre par quelques amis, parmi lesquels Victor Laville, de tenter une dernière expérience chez Patachou ; son cabaret montmartrois est très à la mode à l'époque. Pour la première fois, il trouve là un auditoire attentif. Patachou, conquise, lui prend quelques chansons et lui conseille de chanter lui-même les autres, affirmant que, dans un an, Brassens sera plus connu qu'elle !
De fait, la « révélation » se fait rapidement connaître. Jacques Canetti, directeur artistique chez Philips, lui fait enregistrer ses 78 tours chez Polydor. Parallèlement, Brassens chante « Aux Trois Baudets » et se retrouve très vite tête d'affiche. En 1953, c'est en vedette qu'il apparaît à Bobino. En 1954, le succès est assuré : il passe deux fois à l'Olympia et reçoit le Grand Prix du disque de l'Académie Charles Cros. Malgré sa réussite, Brassens rencontre des difficultés auprès de la censure de l'époque, encore puritaine, et ses chansons « osées » ne passent pas sur les ondes. Il faudra la création de la station Europe N° 1, plus libérale que les antennes nationales, pour que le grand public découvre l'ensemble de son œuvre. À partir de 1955, Brassens multiplie les tournées, les disques et les succès.
En 1956, il apparaît aux côtés de Pierre Brasseur dans le film de René Clair, Porte des Lilas, inspiré du roman de son ami René Fallet, La Grande Ceinture. Il y chante trois chansons, mais ne renouvellera pas cette expérience cinématographique pour laquelle il n'est pas fait. L'année suivante, il se produit dans les trois salles les plus célèbres de Paris : l'Olympia, l'Alhambra et Bobino. En 1958, il fait l'acquisition d'un ancien moulin, à Crespières, dans les Yvelines, où il se repose des concerts et tournées en bricolant et jardinant. En effet, sa santé est fragile : depuis l'âge de 25 ans, Brassens est sujet à des crises de coliques néphrétiques qui le handicaperont fortement pendant sa carrière (il sera opéré deux fois).
Au début des années 60, en 1963 exactement, c'est la consécration avec un coffret Philips, qui compile ses dix années de chansons, et la publication de ses textes dans la prestigieuse collection « Poètes d'aujourd'hui », chez Seghers, préfacé par son ancien professeur Alphonse Bonnafé. En 1964, il enregistre sa chanson la plus populaire (sa « Marseillaise »), Les Copains d'abord, pour le film Les Copains, inspiré du roman éponyme de Jules Romains. Il reçoit pour la seconde fois le Grand Prix du disque de l'Académie Charles Cros. En 1966, nouveau triomphe : Brassens passe en vedette au TNP de Chaillot en compagnie de Juliette Gréco. L'année suivante, il participe à une tournée des « Tréteaux de France » de Jean Danet, en région parisienne, et, suprême consécration, obtient, grâce à l'appui, entre autres, de Marcel Pagnol, Marcel Achard, Joseph Kessel et Maurice Genevoix, le Grand Prix de poésie de l'Académie française... après avoir refusé de se présenter au fauteuil d'académicien !
Après Marcel Planche, Jeanne disparaît à son tour, en 1968. Brassens, affecté, quitte l'impasse Florimont pour un appartement moderne, rue Émile-Dubois, où il a pour voisins le dessinateur Peynet et Jacques Brel. Quelques années plus tard, il achètera une maison à Lézardrieux, en Bretagne, ainsi qu'un pavillon à Paris, rue Santos-Dumont, qui lui conviendront mieux. En 1969, sur l'initiative d'une revue et d'une station de radio, il participe à une émission restée légendaire : pour la seule et unique fois sont réunis les trois grands de la chanson : Ferré, Brassens et Brel.
Dans les années 70, Brassens espace ses apparitions sur scène et ses tournées mais ses passages à Bobino en 1969, 1972 et 1976 sont des événements. Il reste sur scène de nombreuses semaines, faisant en permanence salle comble. Opposé au « one man show », Brassens réserve ses « premières parties » à de nombreux artistes. En 1974, pour ses vingt ans de carrière, Philips sort un coffret de onze disques agrémenté d'un volume de 124 chansons qui, fait unique pour un chanteur vivant, suscitent toutes la faveur du public. En 1975, il obtient le Grand Prix de la Ville de Paris et, en 1979, le Grand Prix du disque avec Moustache et les Petits Français pour Brassens en jazz.
Après son dernier passage à Bobino, où il chante six mois durant - record à ce jour - d'octobre 1976 à mars 1977, les prestations de Brassens se font de plus en plus rares. L'été 1980, il ressent les premiers effets de la maladie qui va l'emporter le jeudi 29 octobre 1981 à 23 heures 15 à Saint-Gély du Fesc, dans la maison du docteur Bousquet. Il est enterré dans le caveau familial, au cimetière Le Py à Sète.
À sa disparition, Brassens laisse une quarantaine de chansons terminées et inachevées ; vingt-neuf seront interprétées par son ami Jean Bertola l'année suivante. Auteur, compositeur, interprète, Brassens a, par la magie du verbe, révolutionné la chanson française. Cet homme intègre, libre, généreux et fidèle, que la gloire n'a jamais modifié, a été et reste un modèle pour de nombreuses générations.