Suite(s) impériale(s)
Suite(s) impériale(s)
Bret Easton Ellis
240 pages
Couverture souple. 11 x 18 cm
Réf : 354552
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Au lieu de 19,00  (prix public)
Disponible
Résumé
Vingt-cinq ans après, Clay, le jeune héros de Moins que zéro, revient à Los Angeles. Devenu un célèbre scénariste, il vit seul, désœuvré, dans un hôtel de luxe, et retrouve ses amis des années 80. Lors du casting d’un film, il rencontre une jeune et belle actrice qu’il séduit. Il découvre vite qu’il est constamment observé et suivi...
Moins que zéro
Bret Easton Ellis
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Bret Easton Ellis
Intuitions
Dominique Dyens
Moyenne des avis :Les avis des internautesNombre d'avis :1
Elsinka
Le 04 juillet 2011
Pour cette suite, toujours de la noirceur
Vous avez aimé "Moins que zéro ?" Vous aimerez "Suite(s) impériale(s)". Les années n'y ont rien fait : la vie du héros n'a point changé. Elle est toujours caractérisée par la solitude, la vacuité, le sexe et l'argent. Il a beau se rebeller contre son créateur au début du roman, cela ne change rien. Il a beau protester qu'il n'est pas un personnage si négatif que cela, qu'il y a manipulation, rien à faire : il reste un véritable anti-héros. Peut-être même plus que jamais. D'anti-héros passif, il devient anti-héros actif : jouer sur les cordes du sordide ne lui fait pas peur. Un roman d'une grande noirceur qui ne laissera personne indifférent.
Il n'y a pas de commentaire associé à cet avis.
Bret Easton Ellis est né à Los Angeles en 1964. Dès la publication de son premier livre Moins que zéro, en 1985, il a connu un succès foudroyant et s'est imposé comme l'un des écrivains majeurs de sa génération.
Suite(s) impériale(s) est la suite de Moins que zéro.
Autres titres de Bret Easton Ellis
Moins que zéro
Bret Easton Ellis
Extrait
Ils avaient fait un film sur nous. Le film était adapté d'un livre écrit par un type qu'on connaissait. Le livre était un truc simple : quatre semaines dans la ville où nous avions grandi et c'était un portrait assez juste, pour l'essentiel. Il avait été catalogué comme œuvre de fiction, mais seuls quelques détails avaient été modifiés et nos noms n'avaient pas été changés, et il ne s'y passait rien qui ne se soit réellement passé. Par exemple, il y avait vraiment eu une projection d'un snuff film dans cette chambre de Malibu, un après-midi de janvier, eh oui, j'étais sorti sur la terrasse qui donnait sur le Pacifique, et c'était là que l'auteur avait essayé de me consoler en m'assurant que les cris des enfants torturés étaient simulés, mais il avait souri en disant ça et j'avais dû m'éloigner. Autres exemples : ma petite amie avait bien écrasé un coyote dans les canyons au-dessous de Mulholland, et le dîner de Noël au restaurant Chasen avec ma famille, dont je m'étais plaint à l'auteur, avait été fidèlement rendu. Et une fille de douze ans avait bien été victime d'un viol collectif - j'étais dans cette chambre de West Hollywood avec l'écrivain, qui n'avait noté dans le livre qu'une légère réticence de ma part et avait échoué à décrire précisément ce que j'avais vraiment ressenti cette nuit-là - le désir, le choc, à quel point j'avais peur de l'écrivain, ce type blond et solitaire dont la fille avec qui je sortais était tombée vaguement amoureuse. Mais l'écrivain ne devait jamais l'aimer en retour parce qu'il était submergé par sa propre passivité et ne pouvait se rapprocher d'elle, comme elle en avait besoin, et elle s'était donc tournée vers moi, mais c'était déjà trop tard, et comme l'écrivain lui en voulait de s'être tournée vers moi, j'étais devenu le narrateur, beau et ahuri, incapable d'amour ou de gentillesse. C'était comme ça que j'étais devenu le fêtard déjanté qui traversait ce naufrage, en saignant du nez et en posant des questions qui n'appelaient jamais la moindre réponse. C'était comme ça que j'étais devenu le garçon qui ne comprenait pas comment les choses pouvaient marcher. C'était comme ça que j'étais devenu le garçon qui ne sauverait pas la vie à un ami. C'était comme ça que j'étais devenu le garçon qui ne pourrait jamais aimer la fille.

Les scènes du roman les plus mortifiantes étaient celles qui faisaient la chronique de mes relations avec Blair. Et c'était particulièrement mortifiant vers la fin du roman, quand je rompais avec elle dans le patio d'un restaurant qui surplombait Sunset Boulevard, alors que j'étais constamment distrait par une affiche qui annonçait DISPARAÎTRE ICI (l'auteur avait ajouté que je portais des lunettes de soleil quand j'avais déclaré à Blair que je ne l'avais jamais aimée). Je n'avais pas évoqué cet après-midi pénible devant l'auteur, mais il figurait dans le livre dans les moindres détails et c'était à ce moment-là que j'avais cessé de parler à Blair et que je n'avais plus été capable d'écouter les chansons d'Elvis Costello que nous connaissions par cœur (« You Little Fool », « Man Out of Time », « Watch Your Step »), eh oui, elle m'avait bien offert un foulard lors d'une fête de Noël, eh oui, elle s'était bien approchée de moi en dansant et en mimant les paroles de « Do You Really Want to Hurt Me ? » de Culture Club, eh oui, elle m'avait dit que j'étais canon, eh oui, elle avait appris que j'avais couché avec une fille que j'avais ramassée au Whiskey une nuit de pluie, eh oui, c'était l'auteur qui l'en avait informée. En lisant ces scènes nous concernant, Blair et moi, je m'étais rendu compte qu'il n'était proche d'aucun de nous - à l'exception de Blair, bien sûr, et encore pas même d'elle, vraiment. C'était simplement quelqu'un qui flottait au milieu de nos vies et n'avait pas l'air gêné par sa perception stéréotypée de chacun de nous ou par le fait qu'il dévoilait nos échecs les plus secrets au monde entier, préférant glorifier l'indifférence juvénile, le nihilisme rutilant, donner l'éclat du glamour à toute l'horreur du truc.

Mais être furieux contre lui n'avait pas de sens. Lorsque le livre était paru au printemps 1985, l'auteur avait déjà quitté Los Angeles. En 1982, il s'était retrouvé dans la même petite université du New Hampshire où j'avais tenté de disparaître, et où nous n'avions quasiment eu aucun contact (il y a un chapitre dans son deuxième roman qui se déroule à Camden, dans lequel il fait un portrait parodique de Clay - un geste hostile de plus, un rappel cruel de ce qu'il éprouvait à mon égard : bâclé et pas réellement mordant, plus facile à ignorer que tout ce qui se trouvait dans le premier livre qui me décrivait comme un zombie incapable de s'exprimer et troublé par l'ironie des paroles de « I Love LA » de Randy Newman). À cause de sa présence, je n'avais passé qu'un an à Camden et j'avais été transféré à Brown en 1983, même si je suis encore dans le New Hampshire, à en croire le deuxième roman, au cours du trimestre de l'automne 1985. Je m'étais dit que je n'en avais pas grand-chose à foutre, mais le succès du premier livre avait envahi une partie de mon champ de vision pendant une période péniblement longue. C'était lié en partie au fait que je voulais, moi aussi, devenir écrivain et que j'aurais bien voulu, après l'avoir lu, écrire ce premier roman que l'auteur avait mis sur le papier - c'était ma vie et il l'avait détournée comme un pirate de l'air. Mais j'avais dû rapidement convenir que je n'en avais pas le talent, ni la motivation. Je n'en avais pas la patience. Je voulais seulement m'en sentir capable. J'avais fait quelques tentatives limitées et foireuses, et j'en étais venu à cette évidence, après avoir obtenu mon diplôme à Brown en 1986, que jamais ça n'arriverait.

La seule personne qui ait exprimé un certain embarras ou mépris vis-à-vis du roman, c'était Julian Wells - Blair était encore amoureuse de l'auteur et se fichait du livre, tout comme s'en foutaient la plupart des seconds rôles - mais Julian l'avait méprisé à sa manière, joyeuse et arrogante, qui frisait l'excitation, même si l'auteur avait non seulement révélé la dépendance de Julian à l'héroïne, et aussi le fait qu'il se prostituait - pratiquement - pour payer ses dettes à un dealer (Finn Delaney) et servait d'entremetteur à des hommes en voyages d'affaires, venus de Manhattan, de Chicago ou de San Francisco, dans les hôtels le long de Sunset, depuis Beverly Hills jusqu'à Silver Lake. Julian, défoncé, s'apitoyant sur son sort, avait tout raconté à l'auteur, et il y avait quelque chose dans le fait que le livre avait été lu un peu partout et avait transformé Julian en star qui lui donnait apparemment une sorte de concentration qui flirtait avec l'espoir, et je pense qu'il en était secrètement satisfait parce qu'il n'éprouvait pas le moindre sentiment de honte - il faisait seulement semblant. Et il avait été encore plus excité quand la version cinéma était sortie à l'automne 1987, deux ans à peine après la publication du roman.

Je me souviens que mon état de fébrilité à propos du film avait commencé au cours d'une douce nuit d'octobre, trois semaines avant sa sortie, dans une salle de projection des studios de la 20th Century Fox. J'étais assis entre Trent Burroughs et Julian, qui n'était pas encore désintoxiqué et n'arrêtait pas de se ronger les ongles, de se tortiller d'impatience dans le fauteuil noir luxueux (j'avais vu Blair arriver avec Alana et Kim, et, derrière elles, Rip Millar - je l'avais ignorée). Le film était très différent du livre, en ce sens qu'il n'y avait rien du livre dans le film. En dépit de tout - l'immense douleur que j'avais ressentie, la trahison -, je n'avais pu m'empêcher de reconnaître une vérité pendant que j'étais assis dans cette salle de projection. Dans le livre, tout ce qui me concernait avait eu lieu. Le livre était quelque chose que je ne pouvais tout simplement pas désavouer. Le livre était direct et plutôt honnête, alors que le film n'était qu'un joli mensonge (c'était aussi une merde : riche en couleurs, chargé, mais sinistre et cher, et il n'avait pas rapporté l'argent qu'il avait coûté lorsqu'il était sorti en novembre cette année-là). Dans le film, j'étais joué par un acteur qui me ressemblait davantage que le portrait de mon personnage dans le livre : je n'étais pas blond, je n'étais pas bronzé, et l'acteur non plus. J'étais aussi devenu, soudain, la boussole morale du film, débitant des propos tirés tout droit du jargon des Alcooliques anonymes, reprochant à chacun sa manière d'user de la drogue et essayant de sauver Julian (« Je vais vendre ma voiture, dis-je, menaçant, à l'acteur qui interprète le dealer de Julian. Tout ce qui sera nécessaire »). C'était un peu moins vrai pour l'adaptation du personnage de Blair, joué par une fille qui avait réellement l'air d'avoir fait partie de notre groupe - nerveuse, sexuellement facile, vulnérable. Julian était devenu une version sentimentalisée de lui-même, incarnée par un clown talentueux, au visage triste, qui a une aventure avec Blair et s'aperçoit ensuite qu'il doit la laisser partir parce que je suis son meilleur pote. « Sois gentil avec elle, dit Julian à Clay. Elle le mérite. » L'hypocrisie absolue de cette scène avait dû faire blêmir l'auteur. Me souriant secrètement à moi-même avec une satisfaction perverse au moment où l'acteur prononçait cette réplique, j'avais alors jeté un coup d'œil en direction de Blair dans l'obscurité de la salle de projection.