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Le Siècle, tome 1 : La chute des géants
Le Siècle, tome 1 : La chute des géants
Ken Follett
1008 pages
(série en 3 tomes)
Couverture souple
Réf : 354475
Avec ce livre, cumulez 10 Points Club
Au lieu de 23,95  (prix public)
Le roman fleuve de notre Histoire
Résumé
1911. Aux quatre coins d’un monde bientôt à feu et à sang, cinq familles ont rendez-vous avec leur destin. Des États-Unis aux mines du pays de Galles, des antichambres du pouvoir soviétique aux tranchées de la Somme, ces personnages exceptionnels vont s’unir, se déchirer et braver les obstacles pour changer le cours du monde.
Pourquoi on l'a choisi
Une fresque magistrale. Entre saga et roman d’espionnage, drames amoureux et lutte des classes, Ken Follett explore toute la gamme des sentiments humains et signe une vertigineuse épopée dans la veine des Piliers de la terre et d’Un monde sans fin.
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Le bonheur côté pile
Seré Halverson Prince
Moyenne des avis :Les avis des internautesNombre d'avis :2
Atina
Le 24 août 2011
Passionant
Très belle saga familiale et amicale avec un peu d'histoire, agréable à lire et passionnante. Le seul bémol c'est que je ne connais pas la sortie du prochain tome !
Il n'y a pas de commentaire associé à cet avis.
DUHA francoise
Le 07 février 2012
La chute des geants Ken Follet
A lire absolument, ce livre raconte à travers plusieurs personnages d'origines différentes, comment la guerre de 14 a lieu ainsi que la révolution russe. Pour un passionné d'histoire, ce livre raconte très facilement comment cette machine de guerre s'est enclanchée. Lisez ce livre, vous en tirerez un très grand plaisir au point de ne le lâcher jusqu'à la fin. Vivement le deuxième tome.
Il n'y a pas de commentaire associé à cet avis.
Né en 1949 à Cardiff, au pays de Galles, Ken Follett, licencié de philosophie à l'University College de Londres, a d'abord été reporter pour le London Evening News, puis a travaillé dans l'édition.
Il écrit son premier roman en 1973, mais le livre qui le lance, en 1978, est L'arme à l'œil, qui obtient un très grand succès (Edgar des Auteurs du Roman Policier d'Amérique), et sera porté à l'écran.
Depuis, Ken Follett s'est affirmé comme un authentique rival de ses grands devanciers dans le roman d'espionnage : John Le Carré et Frederick Forsythe. Également amateur de rock et de blues, il joue dans un groupe à Londres.

Tous ses livres ont été des best-sellers :
    Triangle
    Le Code Rebecca
    L'Homme de Saint-Pétersbourg
    Apocalypse sur commande
    Comme un vol d'aigle
    Les Lions du Panshir
    Le Réseau Corneille
    Le Vol du frelon
Ils sont traduits dans plus de vingt langues, et maints d'entre eux ont été portés à l'écran.
Outre des fresques historiques telles que Les Piliers de la Terre, La Marque de Windfield, Le Pays de la liberté et Un Monde sans fin, Ken Follett est aussi l'auteur de romans brûlants d'actualité comme Le Troisième jumeau ou Peur blanche.
Il vit à Stevenage, en Angleterre, avec son épouse députée travailliste.
Extrait

1

22 juin 1911


Le jour où le roi George V fut couronné à l'abbaye de Westminster à Londres, Billy Williams descendit pour la première fois à la mine, à Aberowen, dans le sud du pays de Galles.
En ce 22 juin 1911, Billy fêtait ses treize ans. Son père le réveilla. La méthode de Da était plus efficace que tendre. Il lui tapota la joue, à un rythme régulier, fermement, avec insistance. Billy dormait à poings fermés et, pendant quelques instants, il essaya de l'ignorer, mais les petites claques continuaient impitoyablement. Il éprouva un élan de colère puis se rappela qu'il devait se lever, qu'il voulait même se lever. Il ouvrit les yeux et s'assit d'un bond.
« Quatre heures », annonça Da avant de sortir de la chambre et de descendre bruyamment l'escalier de bois.
Aujourd'hui, Billy commençait à travailler. Il serait apprenti mineur, comme la plupart des hommes de la ville l'avaient été à son âge. Il regrettait de ne pas se sentir tout à fait dans la peau du personnage. Mais il était bien décidé à ne pas se ridiculiser. David Crampton avait pleuré la première fois qu'il était descendu au fond et on l'appelait encore Dai Ouin-ouin, alors qu'il avait déjà vingt-cinq ans et était la vedette de l'équipe de rugby de la ville.
En ce lendemain du solstice d'été, la petite fenêtre laissait passer la lumière claire de l'aube. Billy se tourna vers son grand-père, allongé à côté de lui. Les yeux de Gramper étaient ouverts. Il était toujours éveillé quand Billy se levait ; il disait que les vieux, ça ne dort pas beaucoup.
Billy sortit du lit. Il ne portait que son caleçon. Par temps froid, il gardait sa chemise pour dormir, mais cette année-là, la Grande-Bretagne bénéficiait d'un bel été et les nuits étaient douces. Il tira le pot de chambre rangé sous le lit et en ôta le couvercle.
La taille de son sexe, « sa bite » comme il l'appelait, n'avait pas changé : toujours riquiqui comme celle d'un gosse. Billy avait espéré qu'elle se mettrait à pousser dans la nuit qui précédait son anniversaire, ou même qu'un unique poil noir surgirait dans les parages, en vain. Son meilleur ami, Tommy Griffiths, qui était né le même jour que lui, avait déjà la voix rauque, un duvet foncé sur la lèvre supérieure et un sexe d'homme. C'était humiliant.
Tout en se servant du pot, Billy regarda par la fenêtre. Il ne voyait que le crassier, une montagne de résidus de broyage gris ardoise, déchets de la mine de charbon, essentiellement composés de schiste et de grès. Le visage du monde au second jour de la Création, songea-t-il, avant que Dieu ne dise : « Que la terre se couvre de verdure. » Une brise légère soulevait la fine poussière noire du terril qui se déposait sur les rangées de maisons.
Il y avait encore moins de choses à voir à l'intérieur de la pièce, une chambre exiguë au fond de la maison, sans miroir, où tenaient à peine un lit d'une personne, une commode et la vieille malle de Gramper. Sur le mur, une broderie au point de croix proclamait :
 
CROIS AU
SEIGNEUR JÉSUS-CHRIST
ET TU SERAS
SAUVÉ
 
Une porte ouvrait sur le palier, l'autre sur la chambre de devant, à laquelle on accédait en traversant celle-ci. Elle était plus vaste, assez spacieuse pour abriter deux lits. C'était là que dormaient Da et Mam, et les sœurs de Billy, bien des années plus tôt. L'aînée, Ethel, avait quitté la maison à présent ; et les trois autres étaient mortes, l'une de la rougeole, la deuxième de la coqueluche et la dernière de la diphtérie. Il y avait eu un grand frère aussi, qui avait partagé le lit de Billy avant l'arrivée de Gramper. Il s'appelait Wesley, et avait été tué au fond de la mine par une berline emballée, un des wagonnets qui transportaient le charbon.
Billy enfila sa chemise, celle qu'il avait portée la veille pour aller à l'école. On était jeudi, et il n'en changeait que le dimanche.
Mais il avait un pantalon neuf, ses premières culottes longues, coupées dans de la « moleskine », une épaisse cotonnade imperméable : le symbole de son entrée dans le monde des hommes. Il l'enfila fièrement, appréciant le toucher lourd et viril de l'étoffe, il passa une solide ceinture de cuir et mit les grosses chaussures qu'il avait héritées de Wesley. Puis il descendit.
La plus grande partie du rez-de-chaussée était occupée par la salle de séjour, un carré de quatre mètres cinquante de côté, avec une cheminée, une table au milieu et un tapis grossier pour réchauffer le sol de pierre. Assis à la table, Da lisait un vieux numéro du Daily Mail, ses lunettes perchées sur l'arête de son long nez pointu. Mam préparait le thé. Elle posa la bouilloire fumante, embrassa Billy sur le front et dit : « Bon anniversaire, Billy. Comment va mon petit homme ? »
Billy ne répondit pas. « Petit » était blessant parce qu'il l'était effectivement, « homme » l'était tout autant parce qu'il n'en était pas un. Il passa à l'arrière-cuisine. Il plongea une cuvette de fer-blanc dans le tonneau rempli d'eau, se lava la figure et les mains, et vida la bassine dans l'évier de pierre peu profond. L'arrière-cuisine contenait aussi une cuve à lessive sur une grille de cheminée, mais on ne s'en servait que le soir du bain, le samedi.
On leur avait promis l'eau courante pour bientôt et certaines maisons de mineurs en étaient déjà équipées. Billy trouvait miraculeux de pouvoir remplir une tasse d'eau propre en tournant simplement un robinet, sans avoir à porter un seau jusqu'à la colonne d'alimentation dans la rue. Mais cette commodité moderne n'était pas encore arrivée jusqu'à Wellington Row, où habitaient les Williams.
Il retourna dans la salle et s'assit à table. Mam plaça devant lui une grande tasse de thé au lait déjà sucré. Elle coupa deux grosses tranches dans une miche de pain de ménage et alla chercher un morceau de graisse dans le garde-manger, sous l'escalier. Billy joignit les mains en fermant les yeux : « Merci, Seigneur, pour cette nourriture. Amen. » Puis il but son thé et étala la graisse sur son pain.
Da leva ses yeux bleu pâle de son journal. « Mets du sel sur ton pain, conseilla-t-il. Tu vas transpirer au fond. »
Le père de Billy était représentant des mineurs, employé par la fédération des mineurs de Galles du Sud, le plus puissant syndicat de Grande-Bretagne, comme il ne manquait pas de le préciser à la moindre occasion. On le surnommait Dai Syndicat. Beaucoup d'hommes ici s'appelaient Dai, que l'on prononçait Daï ; un diminutif de David, ou Dafydd en gallois. Billy avait appris à l'école que ce prénom était populaire au pays de Galles, parce que c'était le nom de son saint patron, comme Patrick en Irlande. Pour distinguer tous ces Dai, on n'utilisait pas leurs patronymes - dans la ville, il n'y avait presque que des Jones, des Williams, des Evans ou des Morgan -, mais des sobriquets. Il était bien rare qu'on les appelle par leur vrai nom quand on pouvait faire un peu d'humour à leurs dépens. Billy s'appelant William Williams, il était devenu Billy Deux-fois. Dans certains cas, on donnait aux femmes le surnom de leur mari ; ainsi, Mam était Mrs Dai Syndicat.
Gramper arriva au moment où Billy entamait sa deuxième tartine. Malgré la chaleur, il portait une veste et un gilet. Après s'être lavé les mains, il s'assit en face de Billy. « Ne te fais pas de cheveux, va, dit-il. Je suis descendu à la mine quand j'avais dix ans. Et figure-toi que mon père n'avait que cinq ans quand son propre père l'a porté en bas, sur son dos. Il travaillait de six heures du matin à sept heures du soir. D'octobre à mars, il ne voyait jamais la lumière du jour.
— Je ne m'en fais pas », mentit Billy qui en réalité était mort de peur.
Gramper était gentil et n'insista pas. Billy l'aimait bien. Mam le traitait comme un bébé, Da était sévère et sarcastique, mais Gramper était tolérant et parlait à Billy comme à un adulte.
« Écoutez ça », lança Da. Il n'aurait jamais acheté le Mail, une feuille de droite. Il lui arrivait d'en rapporter un numéro que quelqu'un avait laissé traîner et d'en lire des articles tout haut d'une voix méprisante, persiflant la stupidité et la mauvaise foi de la classe au pouvoir. « Lady Diana Manners a été critiquée pour avoir porté la même robe à deux bals différents. La benjamine du duc de Rutland a remporté le concours du "plus beau costume féminin" au bal du Savoy pour sa robe à corsage bustier sur une jupe à paniers, concours doté d'un prix de deux cent cinquante guinées. » Il baissa son journal pour préciser : « Ce qui fait au moins cinq ans de ton salaire, Billy boy. » Il reprit sa lecture : « Mais elle s'est attiré les foudres des connaisseurs en portant la même tenue à la réception donnée par Lord Winterton et F.E. Smith au Claridge's. Il ne faut pas abuser des bonnes choses, a-t-on observé. » Il leva les yeux au-dessus de son journal. « Tu devrais changer de robe, Mam. Tu ne voudrais tout de même pas t'attirer les foudres des connaisseurs. »
Cela ne fit pas rire Mam. Elle portait une vieille robe de laine brune aux coudes rapiécés, décolorée aux aisselles. « Si j'avais deux cent cinquante guinées, j'aurais plus d'allure que Lady Diana de Crotte, marmonna-t-elle non sans amertume.
— C'est sûr, approuva Gramper. Cara a toujours été jolie fille, comme sa mère. » Le prénom de Mam était Cara. Gramper se tourna vers Billy. « Ta grand-mère était italienne. Elle s'appelait Maria Ferrone. » Billy le savait, mais Gramper aimait répéter les mêmes histoires. « C'est d'elle que ta mère tient ses cheveux noirs brillants et ses beaux yeux sombres, ta sœur aussi. Ta grand-mère était la plus jolie fille de Cardiff - et c'est moi qui l'ai eue ! » Son visage se rembrunit. « C'était le bon temps », dit-il tout bas.
Da esquissa une grimace de réprobation - ces propos évoquaient les plaisirs de la chair -, mais le compliment fit plaisir à Mam qui sourit en posant son petit déjeuner devant son père. « Oh oui, renchérit-elle. On passait pour des beautés, mes sœurs et moi. On pourrait leur montrer, à tous ces ducs, ce que c'est qu'une jolie fille si on avait l'argent pour s'acheter de la soie et des dentelles. »
Billy fut surpris. Il n'avait jamais pensé que sa mère puisse être belle. Tout de même, quand elle s'habillait pour aller à la réunion du temple le samedi soir, elle était drôlement bien, tout particulièrement avec son chapeau. Après tout, elle avait peut-être été jolie un jour, même s'il avait du mal à l'imaginer.
« Remarque, reprit Gramper, que dans la famille de ta grand-mère, on avait aussi de la cervelle. Mon beau-frère était mineur, mais il a quitté l'industrie pour ouvrir un café à Tenby. Une vraie vie de cocagne : la brise marine, et rien à faire de toute la journée sauf préparer du café et compter tes sous. »
Da lut un autre article. « Dans le cadre des préparatifs du couronnement, Buckingham Palace a publié un recueil d'instructions de deux cent douze pages. » Il reposa le journal. « Raconte-leur ça à la mine tout à l'heure, Billy. Les gars seront soulagés d'apprendre qu'on n'a rien laissé au hasard. »
La famille royale n'intéressait pas beaucoup Billy. Ce qu'il aimait, c'étaient les récits d'aventures que le Mail publiait régulièrement, des histoires d'anciens élèves d'écoles privées, de rudes joueurs de rugby, qui capturaient de fourbes espions allemands. À en croire le journal, la Grande-Bretagne en était infestée, mais il ne semblait pas y en avoir à Aberowen, ce qui était vraiment dommage.
Billy se leva. « Je descends la rue », annonça-t-il. Il se dirigea vers la porte d'entrée et sortit. « Descendre la rue » était un euphémisme familial pour dire qu'on allait aux cabinets, lesquels se trouvaient à mi-parcours de Wellington Row. On avait bâti une petite cahute de brique couverte d'un toit en tôle ondulée au-dessus d'un trou profondément creusé dans le sol. La cabane était divisée en deux compartiments, un pour les hommes, l'autre pour les femmes. Chaque compartiment possédait un double siège, si bien qu'on allait aux toilettes deux par deux. Personne ne savait pourquoi les constructeurs avaient choisi cette disposition, mais tout le monde en prenait son parti. Les hommes regardaient droit devant eux et se taisaient, alors que les femmes - comme Billy l'avait souvent constaté - bavardaient cordialement. L'odeur était suffocante, même pour ceux qui la supportaient tous les jours. Billy essayait toujours de retenir son souffle quand il était à l'intérieur, et ressortait, haletant. La fosse était régulièrement vidangée par un homme qu'on surnommait Dai Gadoue.
En revenant dans la maison, Billy fut enchanté de voir sa sœur Ethel assise à table. « Bon anniversaire, Billy ! s'écria-t-elle. Je suis venue t'embrasser avant que tu descendes à la mine. »
Ethel avait dix-huit ans, et Billy n'avait aucun mal à voir qu'elle était belle, elle. Ses cheveux acajou encadraient son visage de boucles rebelles, ses yeux bruns étincelaient d'espièglerie. Peut-être Mam lui avait-elle ressemblé un jour. Ethel portait une seyante tenue de bonne, une robe noire unie avec une coiffe de coton blanc.
Billy adorait sa sœur. En plus d'être jolie, elle était drôle, intelligente et courageuse : elle n'hésitait pas quelquefois à tenir tête à Da. Elle expliquait à Billy des choses dont tout le monde refusait de lui parler, ce que les femmes appelaient leurs « règles » par exemple, ou en quoi consistait le crime d'attentat à la pudeur qui avait obligé le pasteur anglican à quitter précipitamment la ville. Elle avait été première de sa classe pendant toute sa scolarité et sa rédaction sur « Ma ville ou mon village » avait remporté le premier prix à un concours organisé par le South Wales Echo qui lui avait valu de gagner un exemplaire de l'Atlas du monde de Cassell.