Les abécédaires
Les abécédaires
Mots et merveilles
Jean Duvallon
192 pages
Couverture cartonnée. 20 x 25 cm
Réf : 353089
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Au lieu de 26,00  (prix public)
Résumé
L’alphabet est le premier livre qu’on lit, en mangeant des confitures, qui laisse les meilleurs souvenirs... Ancien professeur, l’auteur a la passion de ces supports pédagogiques hauts en couleur et ludiques, qu’il collectionne. 300 de ses trésors forment l’iconographie originale de ce bel ouvrage. Des gravures, albums, cubes ou cartes, où s’imprime l’évolution éducative et graphique de la société, du XIXe siècle aux années 60. Une invitation à voyager dans l’histoire avec des yeux d’enfant.
Album mémoire À table !
Marc Combier
Gérard Guicheteau
Album mémoire Au village
Marc Combier
Gérard Guicheteau
Pourquoi on l'a choisi
À vos souvenirs ! Replongez-vous dans ces anciens alphabets découverts dans un grand livre ou sur ces cubes colorés reçus à Noël...
Extrait
INTRODUCTION

Abondamment diffusés dès le début du XIXe siècle, les abécédaires, appelés aussi alphabets ou ABC, sont destinés à être utilisés à la maison pour sensibiliser les jeunes enfants à l'apprentissage de l'alphabet, passage obligé pour accéder à la lecture et à l'écriture.
Les abécédaires constituent une source inépuisable d'informations sur l'évolution de notre société. Ils appartiennent à notre patrimoine et sont parfois de véritables documents historiques. Ils permettent notamment de retracer l'évolution de l'art et des techniques d'impression et d'illustration depuis la découverte de l'imprimerie et de la gravure sur bois jusqu'au tirage en grand nombre sur des rotatives offset.
De la Révolution jusqu'au début des années soixante, les trois cents exemplaires, choisis parmi les plus représentatifs, ne sont qu'une partie d'une abondante production. Étroitement liés à l'évolution de la lithographie, de la photographie, de la bande dessinée et du cinéma, ce sont des exemples parfaits des différents styles d'illustration, traditionnels ou émergents, : caricature, Art Nouveau, Art Déco, B.D.
Images ou livrets publicitaires, albums luxueux, indéchirables ou à colorier, cubes ou jeux de lettres, l'abécédaire a pris de multiples formes. En principe réservé aux enfants, l'alphabet a parfois été détourné de sa vocation première pour servir les intérêts des adultes, de la publication des cartes postales au début du XXe siècle à la propagande d'État dans les années 1940.
Ce sont des témoins fidèles des grands moments de notre Histoire : la Belle Époque, la Grande Guerre, les Années Folles, le Régime de Vichy, ainsi que des progrès techniques qui ont révolutionné notre société : le chemin de fer, l'automobile, les avions et les grands paquebots de croisière.
Les thèmes chers aux enfants - animaux, jeux et objets familiers - sont les plus nombreux mais ceux imposés par les adultes - armée, travail et religion sont aussi présents.
Reconnu comme partie intégrante de la littérature pour la jeunesse et recherché pour ses qualités graphiques et pédagogiques, l'abécédaire se veut tantôt récréatif et comique, tantôt instructif et sérieux.


LA PRÉHISTOIRE DES ALPHABETS ILLUSTRÉS
DE LA RENAISSANCE À LA IIIE RÉPUBLIQUE
Du premier livre imprimé avec des caractères mobiles au livre illustré pour enfants, quatre siècles se sont écoulés. Les progrès réalisés dans les techniques d'impression de textes et de gravure d'images permettent de répondre à la demande sans cesse croissante de livres scolaires et d'images populaires. Au milieu des images d'Épinal et des almanachs, les colporteurs glissent aussi dans leurs étalages des abécédaires. Les premières publications destinées à la jeunesse apparaissent au milieu du XIXe siècle.

DU MANUSCRIT AU LIVRE ILLUSTRÉ

DU SCRIBE À L'IMPRIMEUR
Au Moyen Âge, les livres sont entièrement réalisés à la main. Les scribes recopient avec patience et application des textes sacrés. Les enlumineurs décorent les lettres initiales, les lettrines, ou dessinent des images richement colorées. Interviennent ensuite les relieurs pour l'assemblage des pages. Le livre ainsi réalisé prend beaucoup de temps, mais il est unique. En général écrit en latin, il vient enrichir la bibliothèque d'un monastère, d'une abbaye ou d'un riche seigneur cultivé. Les personnes illettrées, de loin les plus nombreuses, doivent se contenter de contempler les images dans les édifices religieux. Peintures et sculptures ornent les murs des cathédrales et des églises. Des épisodes de la Bible et de la vie quotidienne y sont représentés.
À partir du XVe siècle, la demande sans cesse croissante de manuscrits enluminés conduit à rechercher des solutions pour multiplier leur production.
Des découvertes et inventions vont révolutionner la fabrication du livre. Tandis que le papier remplace le parchemin, les modèles de caractères d'écriture évoluent. La décoration des pages change de style avec l'arrivée d'artistes formés dans les écoles qui se développent un peu partout en Europe. L'image occupe une place grandissante dans les livres.
La xylographie va permettre de reproduire une image en plusieurs exemplaires. Le xylographe sculpte, à l'aide d'une gouge, un motif en relief dans un bloc de bois taillé dans le sens du fil du bois. Il applique ensuite, sur la partie saillante encrée, une feuille de papier qu'il presse fortement. Le travail de sculpture sur bois demande beaucoup d'adresse, de précision et donc de temps. Le xylographe et la xylographie sont représentés dans des alphabets illustrés, édités bien plus tard, à la fin du XIXe siècle.
La deuxième évolution, et non la moindre, tient à l'invention, par Gutenberg, dans les années 1450, des caractères séparés et gravés dans du métal. En même temps, il met au point la presse à imprimer et trouve la composition d'une encre grasse adaptée aux caractères métalliques. Les premiers livres imprimés font leur apparition.

L'IMPRIMERIE SE DÉVELOPPE
Des ateliers d'imprimerie s'ouvrent dans toutes les grandes villes universitaires et commerçantes d'Europe. Les imprimeurs savent maintenant assembler des images gravées sur bois et des textes composés avec les caractères mobiles. À l'époque de la Renaissance, la production de livres est déjà importante et variée.
Dans la deuxième moitié du XVe siècle, une nouvelle technique de gravure est mise au point. Elle consiste à creuser, à l'aide d'un burin, le motif à imprimer dans une plaque de métal, le plus souvent du cuivre. L'encre est ensuite déposée dans les parties évidées avant la mise sous presse.
Cette technique, appelée taille-douce, permet d'affiner le trait, d'arrondir les lignes et de dessiner des portraits. En revanche, la plaque de métal s'usant plus rapidement que le bois gravé, le nombre de tirages est restreint.
Dans Abécédaire instructif des arts et métiers, édité au début du XIXe siècle, l'auteur explique comment est née la taille-douce : « Un orfèvre ayant gravé sur une pièce d'argenterie plate différents objets, et l'ayant un peu faussée dans le cours de l'opération, s'avisa pour la redresser de l'envelopper de papier, et de lui faire subir une pression. Toute la gravure s'imprima sur le papier et fit l'effet que produisent à peu près les timbres secs. Il imagina qu'en mettant du noir dans les creux, il aurait une représentation de sa gravure. Voilà l'origine de l'impression en taille-douce, qui s'exécute sur des planches en cuivre pour les vignettes et estampes, et des planches d'étain pour la musique. »
La gravure en taille-douce remplace progressivement la xylographie en « bois de fil ».
À la fin du XVIIIe siècle, la gravure sur bois connaît un regain d'intérêt grâce aux travaux de l'Anglais T. Bewick. Il utilise un bois très dur, le buis, et le découpe perpendiculairement aux fibres du bois. Il le grave en creux à l'aide d'un burin. Cette nouvelle technique, appelée gravure en « bois de bout », présente les avantages de la taille-douce tout en permettant d'imprimer un nombre de feuilles beaucoup plus important. En 1796, l'Allemand A. Senefelder invente un nouveau procédé d'imprimerie, sans creux ni reliefs : la lithographie. L'artiste dessine avec des crayons gras sur une pierre calcaire au grain très fin. Basée sur les réactions entre l'eau et les encres grasses, l'impression se fait à plat, sur une presse spécifique. D'un usage beaucoup plus souple et moins contraignant, ce procédé connaîtra son apogée au XIXe siècle.