L'enfant des neiges, tome 1
Marie-Bernadette Dupuy
688 pages
Couverture cartonnée
Réf : 342672
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Disponible
Un conte de fées dans l'hiver québécois
Résumé
Les belles heures de l’industrie du bois sont loin, mais le village de Val-Jabert a une fierté : Hermine, l’orpheline à la voix céleste, qu’on surnomme affectueusement "le rossignol des neiges". Qui est-elle ? Et quel douloureux secret cache sa naissance ? Tout a commencé par une nuit glaciale de 1916, aux portes du couvent des sœurs du Bon-Conseil... 
Pourquoi on l'a choisi
Sur les pas de Maria Chapdelaine, Marie-Bernadette Dupuy nous offre une magnifique balade québécoise. Les étendues gelées, la bonne odeur de l'érable, la chaleur d'une communauté : on est sous le charme !
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Le cachot de Hautefaille
Marie-Bernadette Dupuy
Moyenne des avis :Les avis des internautesNombre d'avis :28
MaT
Le 02 juillet 2009
Un vrai bonheur, un régal, une fois de plus !
Je viens de terminer la lecture de cet ouvrage fabuleux que Marie-Bernadette a certainement passé des heures à écrire... car très fouillé, très recherché, époustouflant, poignant, à recommander vivement à tous les lecteurs de France-Loisirs. J'ai entendu parler d'une suite, j'espère qu'elle existera un jour. J'ai adoré la série du Moulin du Loup, j'attends les autres suites qui sont très longues à paraître à votre club, pourquoi donc un tel délai, c'est trop long entre chaque ouvrage, faites quelque chose... on reste trop sur notre faim, merci beaucoup !
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Pascale
Le 16 septembre 2009
Le chant majestueux du rossignol
Dans l'immensité féerique du Canada, le destin relie les êtres qui doivent se renconter par un chemin invisible.
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titine
Le 26 août 2009
Belle histoire
J'ai adoré cette histoire. Beau roman à lire absolument !
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mono
Le 18 septembre 2009
Un livre magique
J'ai lu ce livre en une semaine tellement il m'a envoûtée de toute sa splendeur. Il est magnifiquement bien écrit, on se croirait vraiment au Québec dans ce petit village de Val-Jabert où les personnages évoluent progressivement tout au long de cette jolie histoire émouvante. Je le conseille vivement à tous les lecteurs de romans. Merci beaucoup pour ce livre Marie-Bernadette Dupuy ! A lire absolument.
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Le 24 septembre 2009
Magnifique
Je ne connaissais pas cette auteure, et j'ai été agréablement surprise, je vous jure dorénavant, je raterai pas ces bouquins. Quand on le lit, tout gros qu'il est, on a plus envie de le quitter, ni son héroïne. Merci madame de ce bon moment.
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albertini sylviane
Le 31 octobre 2009
Franchement déçue.
D'habitude, je défends toujours M-B Dupuy quand on lui reproche d'être trop fleur bleue, mais là, franchement, on donne dans la mièvrerie à tour de bras. Cela donne du "ma fille chérie" avec répétition, tout le monde trouve des excuses à tout le monde et finalement, tout est bien dans le meilleur des mondes, chacun faisant des sacrifices avec le sourire. J'adore la saga du Moulin du loup, dont je vais probablement acheter la suite, mais là, c'était vraiment trop guimauve. C'est dommage parce que l'histoire en elle-même aurait vraiment pu être mieux sans cette alourdissement constant de mièvrerie. Vraiment déçue.
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Remarque de annie freville du 02/11/11
Un peu d'accord surtout sur ce premier tome, mais lisez la suite, c'est bien meilleur !
sevemomo
Le 25 novembre 2009
Déception
J'aime particulièrement l'écriture de M.B Dupuy. Dès que France Loisirs sort un de ses livres, je cours l'acheter mais là je dois avouer que pour la première fois je suis un peu déçue de l'histoire trop prévisible et sans suspense.
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Remarque de annie freville du 02/11/11
Tout à fait d'accord avec vous, sur ce premier tome. Mais la suite est bien meilleure, et finalement on y retrouve l'aventure, le suspense et des personnages attachants, comme sait nous les faire aimer cette auteur !
Le 19 octobre 2009
Un livre superbe
Ce livre, cette histoire est si passionnante que j'ai aimé chaque chapitre ! On est comme acroché à ce que ce livre nous raconte ! A LIRE ABSOLUMENT ! 5/5
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Le 03 novembre 2009
Superbe
J'ai passé un moment vraiment agréable avec ce roman, je le conseille à tout âge, il est très agréable à lire et on attend toujours de savoir la suite...
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Le 12 octobre 2009
Déçue
Roman à l'eau de rose, pas grand chose de canadien, comme l'impression que l'auteur a "copié" sur plusieurs ouvrages.
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Vivie
Le 22 octobre 2009
Sans surprise......
Moi aussi je suis vraiment déçue......il n'y a aucun suspens dans cette histoire, on sait d'avance le dénouement.... moi que d'habitude ai du mal à quitter un bouquin, j'avoue que là je suis bien contente de l'avoir terminé......
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Remarque de annie freville du 02/11/11
Vraiment d'accord pour ce premeir tome mais les suivants sont bien meilleurs !
Eliane
Le 13 janvier 2010
Très beau roman
Superbe livre qui nous fait voyager dans un décor magnifique. L'histoire est touchante, reste à trouver le tome 2 "Le rossignol de Val Jalbert".
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paillaugue corine
Le 08 janvier 2010
Déçue
Beaucoup d'intrigue au début du livre mais l'histoire et vite bâclée et on devine le dénouement. Malgré ça, on se contente des détails recherchés sur le Québec de l'époque.
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VIVI67
Le 15 janvier 2010
Superbe
Un très bon livre, une belle histoire qui se lit très bien. On a pas envie de lâcher le livre tellement l'histoire est belle. Je le recommande vivement.
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gete39
Le 01 mars 2010
Merveilleux
On ne peut pas passer à côté de "L'enfant des neiges" si l' on aime la saga du "Moulin du loup". Quelle merveilleuse histoire, venez vous réchauffer le coeur dans le grand froid de l' hiver québécois, j'en ai encore les frissons, c' est du grand Marie-Bernadette Dupuy... A ne pas manquer.
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vico
Le 09 mars 2010
Un super livre
Franchement, ce livre est trop beau, à la fois un peu triste mais super, je vous le recommande.
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mimie64
Le 02 août 2010
Encore un super roman de Marie-Bernadette Dupuy
Merveilleux romans que ceux de Marie Bernadette Dupuy ! J'ai dévoré les 4 tomes du Moulin du loup et j'avais hésité à commander celui-ci de peur d'être déçue et finalement voilà encore un roman avec des joies, des peines... Des paysages et une façon de vivre formidable au Canada de début 1900.
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sabeur odette
Le 29 juillet 2010
Gnangnan
J'ai été très déçue par ce roman. A part les descriptions du village de Val Valbert, le reste du livre est digne d'un enfant d'école primaire. L'écriture est vraiment "gnangnan" et je ne suis pas arrivée à terminer ce roman que j'ai payé vraiment trop cher. Un livre pour ado attardé...
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Remarque de Maud du 20/08/10
Commentaire très "attardé"... Il n'est en rien constructif, seulement méchant. Jalousie ???
Remarque de MELANIE GOSSELIN du 27/05/11
Je ne l'ai pas encore lu mais le "ado attardé" est sympa pour ceux et celles qui ont apprécié ce livre !
patnes
Le 19 juin 2010
Dépaysement total
J'ai terminé ce livre il y a un mois, quel bonheur. C'est un livre que j'ai dévoré de A à Z. Je viens de commander la suite, j'espère qu'il sera tout aussi passionnant. Je fais confiance à l'auteur, car elle écrit avec émotion.
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Nadette
Le 30 janvier 2011
Grandiose
Ce livre est tellement captivant que j'ai lu aussitôt le tome 2, "Le rossignol de Val-Jabert". J'attends avec impatience de connaître la suite de cette magnifique histoire. Merci Mme DUPUY, vous savez nous faire voyager et nous toucher avec vos merveilleux livres.
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Angeliky
Le 27 mars 2011
Très beau livre
Agréablement surprise... C'est la première fois que je lis un livre de cet auteur et je ne suis pas déçue. Je vous recommande de lire ce livre au coin d'un feu de cheminée !
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bodhran06
Le 04 mars 2011
Envoûtant
Un livre très bien écrit qui vous transporte au coeur du Canada. Froideur de l'hiver, isolement dans ses vastes campagnes... A lire absolument.
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Angeliky
Le 25 mars 2011
Très beau livre
Une très belle histoire, à lire absolument !
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coconuts
Le 04 mai 2011
Superbe
Une très jolie histoire, un très beau conte à lire et à relire. Les paysage sont majestueux. Histoire que je recommande et que je fais lire autour de moi.
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CHANTEBISE
Le 19 juillet 2011
Un vrai plaisir
Marie-Bernadette Dupuy nous émerveille par la qualité de ses récits. Un vrai bonheur de lecture. Ecrivez Madame pour que nous puissions vous lire.
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vanille1811
Le 17 août 2011
L'enfant des neiges
Franchement, j'adore cet auteur. Quand on commence un livre, on a du mal à s'en détacher et ces sagas sont excellentes. Je viens d acheter le dernier tome "Les marionnettes du destin" et d'emblée, je me suis replongée dans les aventures d'Hermine et de Toshan. Vraiment excellent !
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Hermine
Le 22 septembre 2011
Rossignol
Tout simplement génial, Marie-B. a l'art et la manière de nous faire voyager et de nous faire vivre avec délices ses romans. J'ai lu tous ses livres avec "passion".
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Titanief
Le 02 novembre 2011
Déçue par ce premier tome un peu insipide
Un premier tome décevant, peu d'intrigue, des personnages mous, même si on se laisse toucher par la description de cette région canadienne. Marie-Bernadette Dupuy nous avait habitués à plus d'action... J'ai lu presque tous ses livres, j'aime son style et ces histoires qui finissent bien, mais là cela manque de piquant. Heureusement, les tomes suivants (que j'ai failli ne pas acheter...) sont incomparablement meilleurs ! Alors n'hésitez pas à vous lancer...
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Née à Angoulême en 1952, Marie-Bernadette Dupuis est un auteur qui aime la diversité. C'est au décès de sa mère qu'elle décide de se consacrer à l'écriture et publie Femmes impériales. Elle a déjà écrit plus d'une vingtaine d'ouvrages, abordant avec la même aisance les biographies historiques, le mystère du surnaturel et les intrigues policières, sans oublier les romans d'amour.
Elle est également responsable de Promenades, un magazine qui a pour but la découverte et la mise en valeur du patrimoine charentais. Un département voisin ou presque, la Corrèze, la fascine. Marie-Bernadette s'est lancée dans le roman de terroir après avoir étudié de nombreux documents et fait des rencontres bouleversantes.
Parmi ses romans, citons :
    L'Orpheline du Bois des Loups
    La Demoiselle des Bories
    Les Enfants du Pas du loup
    Le Chant de l'océan
    Le Refuge aux roses
    Le Val de l'espoir
    Le Moulin du Loup (en 5 tomes)
    Le Chemin des falaises
    La Vallée des Eaux Claires
Les Marionnettes du destin est la suite des best-sellers L'Enfant des neiges, Le Rossignol de Val-Jalbert et Les Soupirs du vent.
Extrait

1

L'enfant


Village de ValJalbert, 7 janvier 1916
L'homme observait l'imposante bâtisse qui abritait le couvent-école placé sous le patronage de saint Georges. Il fixait d'un air hagard la croix en fer surplombant un clocheton gracile. Sous sa toque de laine brune, l'inconnu semblait indifférent au vent froid, ainsi qu'à la neige lourde et humide qui trempait ses bottes. Plusieurs fois, une silhouette de religieuse, en robe noire et cornette blanche, s'était approchée d'une des fenêtres brillamment éclairées, mais elle ne pouvait pas le voir. Il faisait bien trop sombre sous le couvert des sapins où l'étranger s'était mis à l'abri des regards.
Il n'était pas d'ici, mais il aurait bien aimé appartenir à ce village. Les gens de Val-Jalbert disposaient de maisons confortables. On racontait même qu'ils bénéficiaient d'un chauffage moderne et de l'électricité. La belle structure du couvent ne démentait pas ces rumeurs, ni les lampes qui jetaient des halos jaunes dans la rue Saint-Georges.
« Il y en a, des vitres, de la planche neuve, et le toit, c'est du bon ouvrage, pensa-t-il. Il s'en dépense, des sous, dans le coin. »
De chaudes odeurs de sucre ou de viande rôtie, renforcées par l'air glacé, venaient le torturer. Le ventre creux, il ferma les yeux un court instant. Il imagina de belles tartes brunes, nappées de sirop d'érable, des volailles luisantes de graisse.
« Ce n'est pas pour moi, tout ça ! » se dit-il très bas. Il jeta un regard inquiet vers les maisons alignées plus loin, le long d'une rue interminable changée en une étroite piste glacée, tracée par les nombreux véhicules qui devaient circuler du matin au soir.
De là où il se tenait, l'homme était tout proche du perron du couvent, flanqué de quatre colonnes en beau bois et protégé par l'avancée d'un grand balcon. Maintenant, il se balançait d'un pied sur l'autre, serrant contre lui un ballot encombrant. Cela avait tout l'air d'un paquet de fourrures. Il n'était pas rare de voir passer à Val-Jalbert des trappeurs qui proposaient des peaux de bêtes aux gens.
Mais ces gars-là ne berçaient jamais leur marchandise.

Sœur Sainte-Lucie approcha de nouveau son visage poupin de la fenêtre. Elle avait vérifié l'état de la salle de classe attribuée aux élèves du cours moyen, les plus grands, souvent chahuteurs et indisciplinés. La religieuse s'inquiétait du retard de sœur Sainte-Madeleine, partie au magasin général acheter de la farine.
— Quand même ! Elle devrait être de retour ! ronchonna-t-elle en tirant le rideau. Quelle idée de ne pas chausser la paire de raquettes que monsieur le maire a eu la bonté de nous donner ! Si elle se casse une jambe, nous serons bien avancées.
Elle se retourna afin de s'assurer de la propreté de la grande pièce. Le plancher, les cloisons en larges planches, les pupitres, tout embaumait encore une douce odeur de sève, de forêt sauvage. Tout était neuf, flambant neuf ; le couvent-école, comme le nommaient les villageois, avait été construit pendant l'été. Les sœurs de Notre-Dame-du-Bon-Conseil, de Chicoutimi, s'étaient installées le 10 décembre, soit presque un mois plus tôt, avec pour mission d'enseigner aux enfants de Val-Jalbert. La population ne cessait de croître, les salaires avantageux offerts par l'usine de pâte à papier attirant nombre de familles au bord de la rivière Ouiatchouan.
La religieuse éteignit le plafonnier en actionnant avec une sorte de respect le commutateur en bakélite brune qui coupait le courant électrique avec un petit bruit sec caractéristique. C'était tout nouveau pour elle.
— Si jamais il était arrivé malheur à notre étourdie ! dit-t-elle tout bas.
Sœur Sainte-Madeleine ignorait qu'on lui prêtait la réputation d'oublier à la minute les consignes et les conseils, et de s'égarer facilement, d'où les inquiétudes légitimes de sœur Sainte-Lucie. Pourtant, la jeune religieuse marchait d'un bon pas vers le couvent. On l'avait retenue au magasin général situé au rez-de-chaussée de l'hôtel du village, mais elle ne le regrettait pas. Elle avait passé un agréable moment à détailler toutes les marchandises présentées. Cela composait un ensemble de couleurs plaisantes à un spectacle qui flattait son âme d'artiste. De plus, une alléchante odeur de ragoût brûlant flottait dans l'air et la faisait saliver. Bien des habitants de Val-Jalbert souhaitaient discuter avec les sœurs qui venaient de prendre leurs fonctions d'enseignantes. Ces saintes personnes veilleraient désormais sur l'éducation des enfants et, à chaque rencontre, les présentations n'en finissaient pas.
Tout en longeant la rue Saint-Georges, sœur Sainte- Madeleine croyait encore entendre les deux clientes qui, devant le comptoir du magasin, lui avaient adressé la parole.
« Je suis la mère du petit Ovide, un brun aux yeux verts, ma sœur ! Soyez ferme avec lui, c'est un sacripant !
— Ma fille, Rose, est chez les grandes ! Elle s'occupe de ses petits frères, le soir. C'est une bonne enfant ! »
Un attelage déboula au grand trot. Sœur Sainte-Madeleine n'eut que le temps de se réfugier sur le tas de neige qui formait un talus de chaque côté du passage dégagé et durci par les allées et venues quotidiennes des charrettes et des camions. Le cheval, une grande bête rousse, fit un écart. Le conducteur salua la religieuse d'un geste.
Sœur Sainte-Madeleine ajusta sa cape en drap de laine. Le vent était glacé. Il s'y mêlait de minuscules cristaux coupants comme du verre pilé. La jeune femme se pencha en avant et continua à avancer tête baissée pour se protéger le visage. La silhouette massive du couvent se dressait à quelques pieds seulement, tel un havre miraculeux posé là par la main de Dieu. L'hiver commençait à peine, le froid empirerait, mais il y aurait toujours cet asile cossu, baigné d'une bonne chaleur, où il ferait bon se réfugier.
— Je suis transie ! soupira-t-elle. Sœur Sainte-Lucie fera bien de surveiller ses réserves. Quand le thermomètre descendra plus bas, je n'irai pas courir au magasin. Manquer de farine, quelle sottise !
Un cri plaintif s'éleva soudain, tout proche. Cela pouvait être aussi bien l'appel d'un rapace que le glapissement d'un renard. La frêle religieuse prit peur. Elle lança un regard affolé vers le clocher de l'église et se signa. Malgré l'éclairage public mis en place par les gérants de l'usine, malgré la vue rassurante des maisons, alentour s'étendaient des milliers d'acres de forêt, domaine des bêtes sauvages.
— Je manque vraiment de courage ! constata-t-elle à mi-voix, soulagée d'atteindre enfin le perron.
Cette fois, des pleurs étouffés résonnèrent à ses pieds. Sœur Sainte-Madeleine buta dans un ballot de peaux, ficelé à deux endroits, posé contre la porte. Les battements de son cœur s'accélérèrent, tandis qu'elle se penchait pour examiner de près l'étrange colis. Une lanterne rivée sous le balcon servant d'auvent dispensait une vague clarté jaunâtre.
— Un bébé ! Un tout petit bébé, s'exclama-t-elle.
An milieu d'un nid de fourrures, un petit visage rageur se devinait. Il n'y avait pas d'erreur possible.
— Doux Jésus ! gémit la religieuse, stupéfaite.
Elle souleva le paquet et, du coup, laissa tomber le sac de farine. Sœur Sainte-Lucie ouvrit au même instant.
— Regardez, c'est un bébé ! lui cria sœur Sainte- Madeleine. Qui est assez cruel pour abandonner un tout petit enfant par ce froid?  On voulait sa mort ! Vite, vite, laissez-moi entrer !
La mère supérieure, sœur Sainte-Apolline, se trouvait également au rez-de-chaussée. Elle s'approcha, les sourcils froncés. Après avoir ajusté ses lunettes sur son nez, elle écarta d'un geste sec les fourrures enroulées autour du bébé dont les cris redoublaient.
— Pourquoi avez-vous ramené cet enfant ici ? la questionna-t-elle. Sœur Sainte-Madeleine, expliquez-vous !
— Mais, ma mère, je viens de le dire. Il était sur notre perron. Quelqu'un l'aura déposé pendant mon absence.
Sœur Sainte-Apolline en resta muette.
— Ma mère, voyez comme il est rouge ! renchérit sœur Sainte-Lucie. Touchez donc son front, il est brûlant. Cet enfant est malade.
— Un bébé est souvent rouge quand il pleure aussi fort ! coupa la supérieure. Pauvre petit, il faut le monter à l'étage. Donnez-le-moi.
La jeune sœur Sainte-Madeleine hésitait ; à vingt-trois ans, elle avait gardé une sensibilité exacerbée d'adolescente. Le poids du ballot de fourrures, son étonnant contenu, surtout, lui causaient une violente émotion. La mère supérieure se saisit du paquet et, dans un vif mouvement de sa robe noire, tourna les talons. Le bébé reprenait son souffle, bouche bée. Deux prunelles très bleues, embuées de larmes, se rivèrent aux yeux bruns de la religieuse en montant l'escalier.
— Quelle pitié ! se désola-t-elle.
Sœur Victorienne, la converse¹ surveillait la cuisson de la soupe. Elle poussa un cri de surprise en voyant entrer la supérieure et son fardeau.
— Une mère serait-elle morte au village ? balbutia-t-elle. Le curé nous aurait prévenues, quand même !
— Nous tirerons cette affaire au clair plus tard, répliqua un peu sèchement sœur Sainte-Apolline. Un enfant vient d'être confié à notre bienveillance. D'où qu'il vienne, nous ne pouvons pas le laisser dehors.
Le premier étage abritait les chambres des religieuses, une salle paroissiale, ainsi qu'une grande cuisine où elles aimaient séjourner jusqu'à l'heure du coucher. L'aménagement de la pièce se composait d'une table entourée de chaises et de deux vaisseliers en vis-à-vis. Un gros poêle en fonte aux flancs émaillés dispensait une agréable chaleur, mais tout le reste du bâtiment bénéficiait d'un chauffage central. Dans une région où la température pouvait descendre à moins quarante, c'était un luxe dont les sœurs avaient pleinement conscience.
Les quatre femmes se penchèrent sur l'enfant que la supérieure venait d'allonger sur la table, un torchon roulé en guise d'oreiller. Une fois extirpé de son nid de fourrures, le petit personnage dégagea une odeur désagréable.
— Il a sali ses langes, si toutefois il en porte ! bougonna Sainte-Apolline. Je lui donnerais dix mois, à ce petit, ou bien un an, puisqu'il a beaucoup de dents.
— Comment allons-nous le changer ? s'écria la converse. Nous ne sommes pas équipées, ici. Et que lui faire manger ? Il faudrait un biberon. Je peux préparer du lait chaud.
Sœur Sainte-Apolline leva les yeux au ciel.
— Notre potage conviendra. Le plus important pour l'instant est de le laver. Allons, dépêchons-nous.
Les religieuses conjuguèrent leurs efforts. L'une déni¬ha une bassine en zinc, l'autre y versa de l'eau bouillante. La converse prépara le pain de savon et des linges propres. Se rapprochant, elle examina les fourrures.
— Ma mère, ces pelages coûtent cher. Il y a des peaux de martres et de castors. La plus grande, c'est du renard argenté. Mon père était trappeur. Je m'y connais.
— Peu m'importe, je ne vais pas faire du troc sur la place publique ! déclara la supérieure. Il y a peu de chances que cet enfant soit de Val-Jalbert. Cependant, je ferai mon enquête. Si personne ne l'identifie, nous serons obligées de le confier à un orphelinat.
Les religieuses, envahies par une sincère compassion, hochèrent la tête. Les garçons étaient recueillis par l'Orphelinat agricole des frères de Saint-François-Régis, situé sur les terres de Vauvert, à Péribonka. Les filles se retrouvaient à l'Hôtel-Dieu Saint-Vallier, à Chicoutimi, fondé par les Augustines de la miséricorde de Jésus.
La jeune sœur Sainte-Madeleine eut un sourire très doux en caressant le front du bébé.
— Nous pourrions peut-être la garder, si c'est une fillette, ma mère ! dit-elle d'une voix bouleversée. Sœur Sainte-Apolline ne répondit pas. Elle commença à déshabiller l'enfant avec dextérité. Sous le bonnet en laine se cachait une courte toison boucléecouleur châtain. Les vêtements grossiers révélèrent un corps dodu, mais marbré de taches rouges.
— Mon Dieu ! se lamenta la sœur converse, c'est peut-être la picote !
— La picote ! répéta la mère supérieure. Dieu nous protège !
Les religieuses se regardèrent avec anxiété et se signèrent d'un même élan. Seule sœur Sainte-Lucie releva ses manches et plongea un carré de tissu dans l'eau chaude.
— J'ai eu la maladie à vingt ans ! lança-t-elle. Le docteur qui m'a soignée, à Québec, disait qu'on ne l'attrape qu'une fois. Mes joues en gardent la marque, mais le Seigneur m'a accordé la guérison. Alors, je ne me suis jamais plainte.
En un tour de main, elle débarrassa le bébé des langes qui entouraient ses fesses et son ventre, et entreprit de le nettoyer.
— Ah, c'est une petite fille ! annonça-t-elle. Ma mère, voyez comme elle cligne les yeux, la lumière la dérange. Sa peau est brûlante. Sans doute, ses parents espéraient que nous saurions la soigner. Ces pauvres gens ont dû se tromper et confondre le couvent avec un hôpital. Ils devaient être bien malheureux pour en arriver à une telle extrémité.
— Dans ce cas, ils auraient frappé à la porte et se seraient présentés ! répliqua sœur Sainte-Apolline. Ce ne sont pas des manières de bons chrétiens d'abandonner un enfant à la nuit tombée, par ce froid.
Sœur Sainte-Madeleine essuya discrètement les larmes qui perlaient à ses yeux. La vue du bébé malade lui causait une vive émotion. Elle aurait voulu s'en occuper, le prendre à nouveau dans ses bras, mais elle redoutait la maladie, surtout la variole qui marquait les chairs de profondes cicatrices, si l'on en réchappait. Le visage de sœur Sainte-Lucie en était la preuve. Elle n'osait même plus toucher les habits du bébé. Pourtant, en prenant le voile, elle savait ce qui l'attendait, comme le dévouement à tous, petits et adultes. La supérieure ne fut pas dupe.
— Lavez-vous les mains et le visage à l'eau froide et au savon, sœur Sainte-Madeleine ! lui dit-elle. Et ne vous affolez pas, la petite n'a peut-être qu'une rougeole !
Pendant ce temps, la converse secouait les fourrures et les soupesait. Un bout de papier tomba à ses pieds. Elle s'empressa de le ramasser et lut à voix haute :
« Notre fille s'appelle Marie-Hermine. Elle a eu un an le mois dernier, avant Noël. Nous la remettons entre vos mains, à la grâce de Dieu. Les fourrures sont une avance sur sa pension. »
— Ce n'est pas signé ! ajouta-t-elle. Marie-Hermine ! Quel joli prénom !
Sœur Sainte-Lucie examina à son tour le message. Elle fit la moue, en disant :
— Ce sont des gens instruits, il n'y a aucune faute et le style est correct.
— Oh, ils ont pu dicter ça à une tierce personne ! répliqua la sœur converse. En tout cas, Hermine est un prénom catholique et cela me rassure.
— Ce n'est guère le moment de bavarder ! coupa la mère supérieure. L'enfant a une forte fièvre et il n'y a ni docteur ni infirmière à Valjalbert. Les gens ont tout le confort moderne, l'électricité, le téléphone, une pension avec vingt chambres, un barbier, un boucher, mais pas de médecin ! Pas de médecin, a-t-on idée ? Qui va soigner cette malheureuse petite ? Voyez, elle somnole, à présent. Sœur Sainte-Lucie, je crois qu'il faut prévenir le curé. Je crains que notre protégée ne passe pas la nuit !
La menace contenue dans ces mots sema la consternation. Marie-Hermine poussa une plainte et mordilla son poing fermé.
— Elle a surtout faim, on dirait ! avança la sœur converse. Je laverai ses hardes plus tard. Le mieux à faire est de l'envelopper dans un drap propre.
La supérieure s'en chargea. Elle s'assit, le bébé sur les genoux.
— La fièvre assoiffe ! dit-elle. Sœur Victorienne, nous avons de l'écorce de saule. Faites-lui une infusion, c'est fébrifuge et désaltérant. Et vous, sœur Sainte- Lucie, courez chercher le curé. Vous toquerez aussi chez notre voisine, madame Marois. Son fils a dix-huit mois, elle pourra sans doute nous céder de quoi habiller la petite.
Ces ordres distribués, sœur Sainte-Apolline berça l'enfant. Ses lèvres s'agitaient. Les religieuses comprirent qu'elle priait.


1. Sœur préposée aux travaux domestiques.