Soldats
Soldats
de l'Antiquité à nos jours
360 pages
Couverture cartonnée. 26,2 x 31 cm. Illustrations
Réf : 339790
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Disponible
Les maîtres de "l'art de la guerre"
Résumé
Depuis l’hoplite grec ou le légionnaire romain, en passant par le chevalier médiéval et le mousquetaire anglais jusqu’aux fantassins de la Première Guerre mondiale ou aux Marines de la guerre du Vietnam, cet ouvrage richement illustré et très bien documenté décrit l’entraînement, les techniques de combat, les uniformes, les armes, les effets personnels et la vie des soldats.
Pourquoi on l'a choisi
Tous les soldats ! Ici toutes les armées du monde sont évoquées, vous découvrirez l’univers des cavaliers mongols, comme celui des samouraïs, des Zoulous ou des guerriers maoris...
Extrait

INTRODUCTION

Par le passé, les sociétés acceptaient sans état d'âme la guerre comme une activité positive. Le troubadour médiéval Bertran de Born déclara « Je n'ai nulle joie plus grande... que de voir les grands comme les petits tomber dans les fossés et sur l'herbe : seigneurs, hypothéquez vos domaines, vos châteaux, vos cités, mais n'abandonnez jamais la guerre ! » Dans le monde contemporain, un tel sentiment serait honteux, au moins en surface. La destruction que peuvent semer les armes modernes, le nombre de victimes des conflits majeurs du XXe siècle, ont rendu la guerre intolérable. Pourtant, les conflits n'en éclatent pas moins, et la tradition du combattant reste vive. De fait, les guerriers paraissent avoir accompagné les premières sociétés, avant même la fondation d'États. Sœur de la chasse, la guerre était l'activité masculine par excellence. Quel que soit le prétexte spécifique du combat, il constituait un rite de passage nécessaire pour accéder à l'âge adulte et possédait donc une place essentielle dans la vie rituelle du groupe. Les guerriers adoptaient des costumes et des équipements décorés de symboles religieux, menaient cérémonies et sacrifices avant le combat. Les hommes en âge de se battre vivaient souvent entre eux, en groupes où l'on encourageait la création de liens humains étroits, tandis que les styles de combat étaient ritualisés pour encourager les démonstrations de prouesse individuelle. Ces deux éléments apparemment contradictoires ne disparaîtraient jamais de l'histoire de la guerre : l'union des hommes en confrérie et la recherche de la gloire individuelle.

FRÈRES D'ARMES
Fraternité et individualisme se conjuguèrent pour former l'une des premières organisations militaires permanentes : la bande de guerre. Un corps de guerriers constitué et lié par l'allégeance à un chef, le guerrier le plus adroit et courageux. La motivation du conflit n'était qu'en partie matérielle (le pillage des terres), car la guerre donnait à chacun l'occasion d'améliorer son rang dans le groupe. L'auteur latin Tacite, pour décrire les groupes de guerre germaniques du Ier siècle de l'ère chrétienne, écrivait que parmi ces guerriers « il est honteux pour le chef d'être dépassé en valeur par ses compagnons, et pour les compagnons de ne pas être aussi valeureux que leur chef ». Les groupes de guerre devaient rechercher le conflit, dit Tacite, parce que « le renom se gagne plus facilement dans le péril ». Cette attitude face à la guerre était appelée « éthique guerrière ». Le guerrier aime le combat parce qu'il lui donne une occasion de démontrer son courage, d'atteindre la gloire et de conserver son rang parmi ses compagnons. L'honneur d'un homme est plus précieux que sa vie. On retrouve une éthique comparable chez les Indiens des plaines d'Amérique du Nord, chez les compagnons du conquérant macédonien Alexandre le Grand, et chez les Vikings de la Scandinavie médiévale. On encourageait les mêmes sentiments chez les pilotes de la Luftwaffe pendant la Seconde Guerre mondiale. Elle est présente, à un niveau ou à un autre, dans n'importe quel groupe décidé à accomplir des exploits au champ de bataille.

SOLDATS ET GUERRIERS
Bien sûr, tous les combattants de l'histoire ne partageaient pas cet enthousiasme pour la guerre. Quand les premiers systèmes d'États hiérarchisés apparurent, il y a environ cinq mille ans, on constata des distinctions flagrantes entre monarques et sujets, entre riches et pauvres. La guerre pour étendre ou défendre l'empire permettait aux dirigeants d'enrôler les ordres inférieurs de la société à leur service. Rapidement entraînées et mal équipées, ces troupes avaient une relation à la guerre très éloignée de la tradition martiale. Un papyrus de l'Égypte antique, de l'époque du Nouveau Royaume pharaonique, donne cette description marquante du soldat moyen : « Sa marche traverse les montagnes. Il boit de l'eau tous les trois jours ; une eau odorante, au goût de sel... L'ennemi arrive, l'encercle de projectiles, et la vie le quitte. On lui dit : "Allez, en avant, brave soldat ! Fais-toi un nom !" Il ne sait pas pourquoi l'on se bat. Son corps est faible, ses jambes le trahissent... S'il en revient vivant, il est usé par ces marches. » Voilà une expérience que reconnaîtraient bien des soldats enrôlés d'office au cours des âges. L'éthique guerrière existait encore dans ces sociétés hiérarchiques, mais elle devenait l'apanage de la classe dirigeante. Donc, à la même période que ce papyrus, les pharaons égyptiens se faisaient représenter sur des chariots de guerre, frappant leurs ennemis avec un gourdin ou les criblant de flèches. Le combat restait une activité prestigieuse, mais seulement lorsqu'il était associé au pouvoir. Ce serait aussi, plus tard, l'attitude des chevaliers du Moyen Âge européen, qui méprisaient les fantassins recrutés dans les rangs inférieurs de la société. La distinction entre un guerrier et un simple soldat, dans l'histoire européenne, correspondait souvent à une supériorité supposée de l'homme monté par rapport au fantassin. Mais même dans les sociétés précolombiennes — incas, aztèques ou mayas — où il n'y avait pas de chevaux, les guerriers d'élite aristocrates étaient clairement séparés des manants lanceurs de pierre.

GUERRIERS PRATIQUES
Malheureusement pour ceux qui considéraient les affrontements comme l'occasion de se couvrir de gloire, la guerre a toujours été une activité fondamentalement pragmatique, où l'avenir d'une société entière pouvait se jouer sur la victoire ou la défaite. L'histoire nous donne plusieurs exemples d'hommes à l'origine modeste, bien organisés et équipés, qui vinrent à bout des élites martiales grâce à leur approche moins individualiste et plus réaliste de la guerre. Les légions de l'Empire romain établirent le paradigme d'une force professionnelle, de soldats de métier recrutés dans les rangs inférieurs de la société et entraînés jusqu'à atteindre un degré d'efficacité élevé. Ces hommes possédaient un sens du devoir fort, une grande dévotion à l'honneur de leur légion, et étaient encadrés par une discipline rigoureuse. Leur ambition n'était pas d'atteindre la gloire à titre individuel, mais plus modestement de recevoir une promotion en grade. On retrouve dans l'Europe des XVIIe et XVIIIe siècles ce souci de discipline. C'était ainsi qu'on comptait transformer des hommes, souvent considérés par leurs officiers comme la lie de l'humanité, en combattants fiables et courageux. Les principes d'honneur et de gloire n'étaient pas oubliés pour autant, puisque le système régimentaire intégrait les soldats à une organisation ancienne, dont l'histoire était représentée par les drapeaux et la réputation. L'accent était donc mis sur la collectivité, et l'on réprimait l'initiative et l'intuition individuelles. Ces armées en uniformes firent de la hiérarchie fixe et de l'obéissance aveugle l'essence de la vie militaire.

SOLDATS-CITOYENS
Le concept de soldat-citoyen nous vient de la Grèce antique. À Athènes, au Ve siècle avant l'ère chrétienne, enfiler l'armure des hoplites, l'infanterie lourde, était à la fois un devoir et un privilège de statut pour un citoyen libre, qui ne s'attendait pas à être payé en contrepartie. Cette idée séduisit beaucoup les Européens quand ils la redécouvrirent à la Renaissance (XVe et XVIe siècles), mais il fallut la Révolution française de 1789 pour transformer tout un peuple en citoyens égaux, condition sine qua non de l'existence d'une telle force.
La levée en masse du régime révolutionnaire de 1793 présentait la conscription non pas comme un exercice arbitraire du pouvoir d'un dirigeant sur ses sujets, mais comme un appel lancé aux citoyens d'un pays, afin qu'ils défendent leur nation par sens du devoir. Le changement de statut que cela impliquait pour le soldat était reflété, imparfaitement peut-être, dans un changement de la manière dont on les traitait, y compris dans les armées opposées à la France révolutionnaire. Les règlements de la British Rifle Brigade, levée en 1800, stipulent qu'un officier ou un sous-officier « devra donner ses ordres avec un langage modéré et prendre en compte les sentiments de ses hommes », ou encore que « le devoir devrait être effectué avec joie et volontairement, plutôt que pour la simple nécessité d'obéir aux ordres ». Les hommes qui menèrent la guerre civile américaine soixante ans plus tard élurent leurs officiers. Dans bien des cas, ils ne leur obéirent que lorsqu'ils jugeaient cela judicieux.
La mobilisation de citoyens permet à un État moderne d'aligner des armées qui se comptent en millions d'hommes. En cette époque de guerres de masse, les sociétés occidentales firent un effort pour conserver ou raviver l'esprit guerrier dans leur population. Les écoliers apprirent que mourir pour la mère patrie est une gloire éternelle. Les guerriers du passé furent loués en héros dont il faut suivre l'exemple. La guerre civile américaine (1861-1865) puis la Première Guerre mondiale (1914-1918) virent une ruée en masse de jeunes hommes autrement paisibles vers les bureaux de recrutement — tous piaffaient de faire leurs preuves au combat. Pour eux, les champs de bataille suprêmement destructeurs des XIXe et XXe siècles ne tinrent pas les promesses d'aventure héroïque. La propagande patriotique, cherchant des guerriers à glorifier, les trouva chez les pilotes de chasse des deux guerres mondiales, ou chez les soldats d'élite comme les troupes de choc allemandes. La réalité du conflit moderne, elle, fut représentée de manière plus réaliste par l'érection de tombeaux du Soldat inconnu ou par les cimetières militaires de masse à la gloire du courage et du sacrifice anonyme des hommes du rang. Le soldat qui se battit à Gettysburg, dans la Somme ou sur les plages du Débarquement n'était pas un guerrier. Plus habitués aux bureaux, aux usines ou aux fermes, ces civils en uniforme prouvèrent à plusieurs reprises qu'ils pouvaient devenir des combattants impressionnants, une fois plongés dans le chaudron de la bataille.