Recherche enfant désespérément...
Sans laisser d'adresse
Sans laisser d'adresse
Harlan Coben
Disponible
400 pages
Couverture cartonnée
Réf : 336072
Résumé
Un appel désespéré de Terese, une ancienne maîtresse, et Myron Bolitar se retrouve à déambuler dans les rues de Paris pour tenter de comprendre l’inenvisageable : la disparition de Terese des années plus tôt, le drame de la perte de son enfant et aujourd’hui le meurtre de son mari dont elle est accusée. Myron Bolitar se retrouve alors mêlé à une sombre histoire mettant à nu des secrets de famille longtemps cachés...
Entre Paris, Londres et les États-Unis, il traque la vérité, aidé par ses amis de toujours, mettant sa vie en danger pour secourir Terese. 
Pourquoi on l'a choisi
Harlan Coben tient en haleine le lecteur tout au long du récit : il entraîne le fougueux Myron Bolitar – et ses millions de fans – là où ils ne sont encore jamais allés. 
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Monster
Patrick Bauwen
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Les avis des internautes
Moyenne des avis :Nombre d'avis :14
Le 25 août 2009
182 adhérents sur 334 ont trouvé cet avis utile.
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Ca ne se refuse pas !
Un Coben intensément palpitant qui ne vous laissera pas tranquille avant d'avoir refermé sa dernière page. J'ai été tenue en haleine, amusée, touchée, et j'en redemande déjà. De plus, sa visite à Paris devrait en amuser plus d'un (en particulier ceux qui ont dîné à Kong...). Recommandé oui, aux amateurs de polars mais aussi à ceux qui n'en lisent jamais, ils pourraient bien changer d'avis.
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Le 10 septembre 2009
141 adhérents sur 280 ont trouvé cet avis utile.
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Le 20 septembre 2009
120 adhérents sur 234 ont trouvé cet avis utile.
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Trop court
Comme dit "mf"; dommage que je l'ai eu fini également en trois jours ! On est tellement pris dans l'intrigue qu'on a envie de savoir ce qui se passe derrière chaque page et la lecture se fait aisément. Je le recommande vivement à tous.
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Le 15 octobre 2009
91 adhérents sur 177 ont trouvé cet avis utile.
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Très bon
Un tournant dans la vie de Myron Bolitar. Plus grave. Il grandit ! Un super roman.
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Le 10 octobre 2009
89 adhérents sur 191 ont trouvé cet avis utile.
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Super !!!! Une lecture très agréable !
C'est mon 1er livre de Coben, mais j'ai vraiment accroché avec son style d'écriture et son personnage. C'est vrai que c'est dommage, c'est un livre que l'on commence et que l'on ne peut plus lâcher. L'intrigue nous donne envie de savoir ce qui se cache au bout. Un livre que l'on dévore ! Je le recommande et je vais même acheter le suivant !!!
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Le 27 octobre 2009
84 adhérents sur 170 ont trouvé cet avis utile.
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Un régal
Etant fan de Myron et de Coben, je ne peux que conseiller ce livre. Un régal, une lecture prenante. Vraiment épatant de voir Myron si fragile, c'est touchant.
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Le 09 décembre 2009
37 adhérents sur 92 ont trouvé cet avis utile.
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Trop court
Je l'ai aussi trouvé trop court. Le suspense est haletant et on ne le lâche pas avant de connaitre la fin. Je reste une grande fan. Je le recommande à tous ceux qui suivent Myron et Win depuis le début.
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RIVIERE ANASTASIA
Le 05 janvier 2010
20 adhérents sur 43 ont trouvé cet avis utile.
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Ca change
Enfin du changement dans la vie de Myron Bolitar, ça fait du bien ! Trés bon roman.
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Le 25 janvier 2010
19 adhérents sur 31 ont trouvé cet avis utile.
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Pas le meilleur
Je suis fan inconditionnelle de Coben et de Myron mais je suis restée sur ma faim, peut-être parce que le livre est trop court. Le style est tout aussi génial que d'habitude, on s'amuse beaucoup à lire "Myron", mais il manque le petit plus...
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Le 16 janvier 2010
17 adhérents sur 40 ont trouvé cet avis utile.
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Super !!!
Je recommande ce livre à toutes personnes qui aiment les histoires intrigantes ! Ce livre est vraiment passionnant et il nous transporte dans une histoire mystérieuse jusqu'à la dernière page ! En bref, ce livre est super !!!
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Le 18 janvier 2010
15 adhérents sur 31 ont trouvé cet avis utile.
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Fan de Myron
Quel plaisir de retrouver Myron et Win dans de nouvelles aventures ! Ces personnages atypiques sont toujours aussi amusants. L'intrigue est bien ficelée. Avec Coben, on est jamais déçu. Aussitôt acheté, aussitôt dévoré...
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Le 06 février 2010
12 adhérents sur 20 ont trouvé cet avis utile.
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Déçue
Fan inconditionnelle de Coben et encore plus de Bolitar, le livre me brûlait les doigts d'envie quand je l'ai acheté ! Mais s'il reste un bon Coben, il n'est pas un extraordinaire Bolitar ! Moins d'humour, moins de .... Myron tel qu'on le suit depuis tant d'épisodes ! Bien mais déçue !
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Le 18 février 2010
10 adhérents sur 18 ont trouvé cet avis utile.
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Un peu déçue
Je suis restée sur ma faim, il lui manque ce petit plus auquel on est habitués, mais ça reste quand même un bon livre, on passe un bon moment.
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Le 07 février 2010
10 adhérents sur 17 ont trouvé cet avis utile.
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Génial
1er livre de Harlan Coben, vraiment super... Au suivant !
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Harlan Coben est né en 1962 dans le New Jersey. Il y grandit et y vit toujours avec sa femme Anne, pédiatre, et leurs quatre enfants. Après avoir obtenu un diplôme en sciences politiques au Amherst College, il travaille dans l'industrie du voyage avant de se consacrer à temps plein à l'écriture.
Depuis ses débuts en 1995, la critique n'a cessé d'acclamer ses romans. Il est notamment le premier auteur à avoir reçu l'Edgar Award, le Shamus Award et le Anthony Award, les trois prix majeurs de la littérature à suspense aux États-Unis.
On lui doit notamment :
    Rupture de contrat, 1995
    Ne le dis à personne, janvier 2002 (dont l’adaptation cinématographique de Guillaume Canet a reçu 4 César© en 2007)
    Disparu à jamais, janvier 2003
    Une chance de trop, avril 2004
    Juste un regard, mars 2005
    Balle de match, septembre 2005
    Promets-moi, mars 2007
    Innocent
    Faux rebond
    Dans les bois
    Du sang sur le green
    Sans un mot
    Temps mort
Visitez le site officiel de Harlan Coben.
Lu dans la presse
« Les fans de Bolitar vont acclamer leur héros à chaque page. »

Publishers Weekly


« Un héros au ton toujours aussi drôle et mordant mais qui se révèle fragile et ébranlé par un cas qui le touche personnellement. »

Le New York Times
Extrait

1



— Tu ne connais pas son secret, m'a dit Win.
— Pourquoi, je devrais ?
Win a haussé les épaules.
— C'est grave ? ai-je demandé.
— Très.
— Alors j'aime mieux ne pas savoir
.

Deux jours avant que je ne découvre le secret qu'elle gardait enfoui en elle depuis dix ans — un secret a priori personnel qui allait non seulement nous démolir tous les deux, mais changer à jamais la face du monde —, Terese Collins m'avait téléphoné à cinq heures du matin, me propulsant d'un rêve quasi érotique dans un autre. Pour me déclarer de but en blanc :
— Viens à Paris.
Ça faisait sept ans que je n'avais pas entendu le son de sa voix, il y avait de la friture sur la ligne, et elle n'avait pas perdu de temps en préliminaires.
— Terese ? avais-je répondu en émergeant. Où es-tu ?
— Dans un charmant hôtel de la rive gauche. Tu vas adorer. Il y a un vol Air France ce soir, à dix-neuf heures.
Je m'étais assis. Terese Collins. Les images affluaient : son bikini assassin, l'île privée, la plage baignée de soleil, son regard à faire fondre les dents, son bikini assassin.
Le bikini mérite d'être cité deux fois.
— Je ne peux pas, avais-je dit.
— Paris.
— Je sais.
Il y a presque dix ans, nous nous étions réfugiés sur une île comme deux âmes perdues. Je pensais ne plus jamais la revoir, mais je me trompais. Quelques années plus tard, elle m'avait aidé à sauver la vie de mon fils. Après quoi, pfuitt, elle s'était volatilisée... jusqu'à ce jour.
— Réfléchis, avait-elle poursuivi. La Ville Lumière. On pourrait faire l'amour toute la nuit.
J'avais dégluti avec difficulté.
— Oui, d'accord, mais qu'est-ce qu'on ferait dans la journée ?
— Si mes souvenirs sont bons, tu aurais sans doute besoin de repos.
— Et de vitamine E, avais-je ajouté en souriant malgré moi. Je ne peux pas, Terese. Je suis pris.
— La veuve du 11 Septembre ?
Comment avait-elle su ?
— Oui.
— Ça n'a rien à voir avec elle.
— Je crains fort que si.
— Tu es amoureux ? a-t-elle demandé.
— C'est grave si je dis oui ?
— Pas vraiment.
J'avais changé le combiné de main.
— Qu'est-ce qui t'arrive, Terese ?
— Mais rien. J'ai juste envie de passer un week-end romantique — luxe, calme et volupté — à Paris avec toi.
J'avais dégluti à nouveau.
— Je n'ai pas eu de tes nouvelles depuis sept ans.
— Presque huit.
— J'ai appelé. Plus d'une fois.
— Je sais.
— J'ai laissé des messages. J'ai écrit des lettres. Je t'ai cherchée.
— Je sais, a-t-elle répété.
Il y avait eu un silence. Je n'aime pas ça, le silence.
— Terese ?
— Quand tu as eu besoin de moi, avait-elle repris, vraiment besoin de moi, j'ai été là, non ?
— Si.
— Viens à Paris, Myron.
— Quoi, comme ça ?
— Oui.
— Où étais-tu pendant tout ce temps ?
— Je t'expliquerai tout quand on se verra.
— Je ne peux pas. J'ai quelqu'un d'autre dans ma vie.
Ce fichu silence, encore.
— Terese ?
— Tu te souviens de notre rencontre ?
Je venais de vivre la pire catastrophe de ma vie. Elle aussi, je crois. Des amis bien intentionnés nous avaient poussés à assister à une soirée caritative et, dès le premier regard, nos détresses réciproques avaient subi l'effet d'une sorte d'aimant. Je ne pense pas que les yeux soient les fenêtres de l'âme. J'ai connu trop de psychopathes capables de vous posséder avec leurs regards. Mais dans les yeux de Terese, on lisait clairement de la tristesse. Elle émanait de toute sa personne et, ce soir-là, la loque que j'étais n'en demandait pas davantage.
Terese avait un ami qui possédait une petite île dans la mer des Caraïbes, pas loin d'Aruba. Nous étions partis le soir même, sans prévenir qui que ce soit. Pour finir, nous y avions passé trois semaines, à faire l'amour, pratiquement sans parler, cramponnés éperdument l'un à l'autre parce que c'était tout ce qu'il était possible de faire.
— Bien sûr que je m'en souviens.
— Nous étions tous les deux anéantis. Nous n'en avons jamais parlé. Mais nous savions.
— Oui.
— Toi, a dit Terese, tu as su surmonter ton malheur. C'est naturel. On guérit. On reconstruit sur les ruines.
— Pas toi ?
— Je n'ai pas pu reconstruire. Je crois même que je n'en avais pas envie. J'étais en miettes, et c'était peut-être mieux ainsi.
— Je ne comprends pas.
Sa voix s'était faite douce.
— Je ne pensais pas — OK, d'accord, je ne pense toujours pas que je tiens à savoir à quoi ressemblerait mon univers après reconstruction. Je crois que je n'aimerais pas le résultat.
— Terese ?
Elle n'avait pas répondu.
— Je voudrais t'aider.
— Peut-être que tu ne peux pas. Peut-être que ça ne sert à rien.
Nouveau silence.
— Oublie que je t'ai appelé, Myron. Prends bien soin de toi.
Et elle avait raccroché.



2



— Ah, a dit Win, la délicieuse Terese Collins. Un popotin de premier choix, la grande classe.
Nous étions assis sur les gradins métalliques branlants du gymnase du lycée de Kasselton. Les relents familiers de sueur et de détergent industriel flottaient dans l'air. Tous les bruits, comme dans n'importe quel gymnase de ce vaste continent, étaient déformés, les étranges échos créant un effet audio équivalent à un rideau de douche.
J'adore ce genre de gymnase. J'y ai grandi. J'ai vécu quelques-uns des meilleurs moments de ma vie dans ces salles à l'atmosphère confinée avec un ballon de basket à la main. J'aime le son du dribble. J'aime le voile de transpiration qui perle sur les visages pendant l'échauffement. J'aime le contact du cuir grenu, l'instant sacré où, le regard rivé sur l'anneau, on lance le ballon, et le monde entier cesse d'exister autour de vous.
— Ravi que tu te souviennes d'elle, ai-je répondu.
— Un popotin de premier choix, la grande classe.
J'avais compris, merci.
Win et moi avions partagé une chambre à l'université de Duke ; depuis il était devenu mon associé et, avec Esperanza Diaz, mon meilleur ami. Son vrai nom était Windsor Horne Lockwood III, et il avait bien la tête de l'emploi : boucles blondes clairsemées avec une raie tracée par un dieu, carnation sanguine, beau visage de patricien, bronzage en V de golfeur, regard bleu glacier. Il portait un pantalon kaki hors de prix dont le pli n'avait rien à envier à la raie de ses cheveux, un blazer bleu Lilly Pulitzer à la doublure vert et rose, et une pochette assortie, bouffante comme ces fleurs de clown qui crachent de l'eau.
La décadence faite homme.
— Quand Terese était à la télé...
Son accent snob très école privée donnait l'impression qu'il expliquait une évidence à un enfant attardé.
— ... ça ne se voyait pas. Elle était assise derrière son bureau de présentatrice.
— Mm-mm.
— Mais quand je l'ai vue en bikini...
Pour ceux qui ont suivi depuis le début, c'était le fameux bikini assassin dont j'ai déjà parlé.
— ... ma foi, c'est un merveilleux avantage. Quel gâchis, pour une présentatrice. Un vrai drame, quand on y pense.
— Comme le Hindenburg, ai-je ajouté.
— Hilarante comparaison. Et très à propos.
Win arborait en permanence une expression hautaine. Les gens voyaient en lui le snob, l'aristo, l'héritier d'une vieille fortune. Tout cela était vrai. Mais la chose qu'ils ne voyaient pas... celle-là pouvait faire très mal.
— Bon, allez, termine ton histoire.
— Il n'y a rien à ajouter.
Win a froncé les sourcils.
— Et tu pars quand pour Paris ?
— Je n'ai pas l'intention d'y aller.
Le deuxième quart-temps venait de commencer. C'était un match entre élèves de CM2. Mon amie — c'est plat comme appellation, mais je doute que « bien-aimée », « personne référente » ou « poupée d'amour » conviennent davantage — mon amie donc, Ali Wilder, a deux enfants, dont le plus jeune jouait ce jour-là. Il s'appelle Jack, et il n'est pas très doué. Cela n'est pas un jugement ni un pronostic concernant ses succès futurs — Michael Jordan a intégré l'équipe de son lycée quand il était en première —, mais une simple observation. Jack est grand pour son âge, grand et costaud, ce qui signifie souvent manque de rapidité et de coordination. Chez lui, sport rimait avec effort.
Mais il aimait ça et, à mes yeux, c'était le principal. Jack était un môme attachant, complètement dans la lune, et très en demande, ce qui est normal quand on perd son père si jeune et dans des circonstances aussi tragiques.
Ali ne pouvait pas être là avant la mi-temps, et moi, à défaut d'autre chose, je suis toujours prêt à apporter mon soutien.
Win continuait à froncer les sourcils.
— J'ai bien compris, tu as refusé de passer un week-end avec la délicieuse Mme Collins et son popotin de premier choix dans un hôtel de charme à Paris ?
Ce n'était jamais une bonne idée de parler affaires de cœur avec Win.
— C'est exact.
— Pourquoi ?
Win s'est tourné vers moi, l'air sincèrement interloqué. Soudain, son visage s'est éclairé.
— Attends, je sais.
— Quoi ?
— Elle a pris du poids, c'est ça ?
C'était tout Win.
— Aucune idée.
— Eh bien, alors ?
— Alors tu le sais très bien. J'ai quelqu'un dans ma vie, tu as oublié ?
Win m'a dévisagé comme si j'avais baissé mon pantalon en public.
— Quoi ? ai-je dit.
Il s'est laissé aller en arrière.
— Grande fille, va.
Le signal a retenti. Jack Wilder a chaussé ses lunettes de protection et s'est dirigé vers la table de marque avec son demi-sourire délicieusement béat. Les petits gars de Livingston jouaient contre l'équipe rivale de Kasselton. La tension qui régnait dans la salle me donnait envie de rire ; ce n'étaient pas tant les mômes que les parents dans les gradins. Sans vouloir généraliser, les mères se divisaient en deux catégories : les pipelettes, qui venaient là pour voir du monde, et les flippées, qui vivaient et mouraient chaque fois que leur rejeton touchait le ballon.
Mais le vrai problème, c'étaient les pères. Certains parvenaient à maîtriser leur anxiété en marmonnant dans leur barbe, en accompagnant les mouvements de leur gamin par une discrète gestuelle et en se rongeant les ongles. D'autres criaient, apostrophaient sans relâche joueurs, arbitres et entraîneurs.
L'un de ces pères, assis deux rangées plus bas, était atteint de ce que Win et moi appelions la « Tourette du spectateur » : il a passé le match à insulter tout le monde à haute voix.
Je suis plutôt bien placé pour juger de la situation. J'ai été ce phénomène rare que sont les athlètes de haut niveau. À la surprise de toute ma famille, vu que le plus grand exploit sportif jamais accompli par un Bolitar, ç'avait été le tournoi de palets remporté par mon oncle Saul au cours d'une croisière Princess en 1974. Au lycée déjà, je faisais partie de la sélection nationale. Défenseur vedette de l'équipe de Duke, j'avais été nommé capitaine pour le championnat universitaire. Avant d'être recruté par les Celtics de Boston.
Et un jour, badaboum, tout s'était écroulé.
Quelqu'un a hurlé :
— Changement 
Jack a ajusté ses lunettes et foncé sur le terrain. L'entraîneur de l'équipe adverse a pointé le doigt sur lui en criant :
— Yo, Connor ! Tu as vu le nouveau ? Le gros balourd ! Contourne-le.
— Le score est serré, a gémi le papa Tourette. Pourquoi le faire entrer maintenant ?
Le gros balourd ? Avais-je bien entendu ?
J'ai regardé fixement l'entraîneur de Kasselton. Avec ses cheveux méchés aux pointes hérissées de gel et son bouc soigneusement taillé, il ressemblait à un membre vieillissant de boys band. Il était grand — je mesure un mètre quatre-vingt-dix, or il avait cinq bons centimètres de plus que moi, et dix à quinze kilos en prime.
— Le gros balourd ? ai-je répété à Win. Non, mais tu as entendu ça ?
Win a haussé les épaules.
J'ai essayé de me raisonner. Ç'a été proféré dans le feu de l'action. Laisse tomber.
Le score était bloqué à vingt-quatre partout quand le désastre a eu lieu. C'était juste après un temps mort, et l'équipe de Jack était en train de jouer l'entre-deux sous le panneau de l'équipe adverse. Kasselton a décidé subitement de leur mettre la pression. Jack était libre. On lui a passé le ballon, mais, l'espace d'un instant, harcelé par la défense, il a perdu ses moyens. Ça arrive.
Désorienté, il s'est tourné vers le banc le plus proche, celui de Kasselton, et l'entraîneur aux cheveux hérissés a hurlé en montrant le panier :
— Tire ! Tire !
Le mauvais panier.
— Tire ! s'égosillait l'entraîneur.
Et Jack, toujours prêt à faire plaisir et à écouter les adultes, s'est exécuté.
Le ballon a franchi l'arceau. L'arceau adverse. Deux points pour Kasselton.
Les parents de Kasselton l'ont acclamé en riant. Les parents de Livingston ont levé les bras, atterrés par l'erreur du gamin. L'entraîneur de Kasselton, le type au look boys band, a tapé dans la main de son adjoint et, pointant le doigt sur Jack, a crié :
— Eh, petit, remets-nous ça !
Jack était peut-être le plus grand des garçons sur le terrain, mais en cet instant, on aurait dit qu'il cherchait à rentrer dans un trou de souris. Le demi-sourire béat avait disparu. Sa lèvre tressaillait. Ses yeux papillotaient. Il était profondément mortifié, et moi je l'étais pour lui.
Rigolard, un père de Kasselton a lancé, les mains en porte-voix :
— Passe-le au grand dadais de l'autre équipe ! C'est notre meilleur atout !
Win lui a tapoté l'épaule.
— Vous allez la fermer tout de suite.
L'homme s'est retourné, a vu l'allure décadente, les cheveux blonds, les traits ciselés. Il allait riposter, mais quelque chose — probablement un instinct de survie lové au fin fond de son cerveau reptilien — l'a retenu. Son regard a rencontré le regard bleu glacier de Win ; il a baissé les yeux et dit :
— Désolé, c'était déplacé, je sais.
Je l'ai à peine entendu. J'étais incapable de bouger. Assis dans les gradins, je fixais l'entraîneur aux cheveux hérissés, et la moutarde me montait au nez.