Le mensonge
Hallie Ephron
336 pages
Couverture souple
Réf : 335995
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Au lieu de 18,50  (prix public)
Disponible
Moyenne des avis :Les avis des internautesNombre d'avis :24
couzepavin63
Le 26 octobre 2009
Vous tient en haleine !
Ce livre se lit d'une traite. Dès que vous l'avez commencé, vous n'avez qu'une envie : arriver à la dernière page. Il vous tient en haleine du début à la fin. Vous tremblez comme Ivy au fur et à mesure que l'intrigue se noue.
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laetis
Le 23 septembre 2009
Le mensonge
Le livre nous tient jusqu'au bout et nous réserve une fin digne de l'excellence du livre. Une fois le livre ouvert, on a plus envie de le refermer.
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VAVA7171
Le 05 octobre 2009
A lire
Pour les amateurs de roman policier, je vous conseille vraiment ce livre, une histoire qui tient la route, très bien écrit. A lire absolument.
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Le 10 octobre 2009
Super !
Ce livre vous tient en haleine dès le début, l'histoire se met en route de suite, il n'y a pas de temps mort et l'intrigue nous tient constamment, difficile de fermer le livre une fois ouvert ! Très contente de mon achat.
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Le 03 novembre 2009
Très bon livre
Dès qu'on commence à lire on a plus envie de le fermer, ce livre se lit d'une traite.
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Le 20 octobre 2009
Etonnée
Je n'avais jamais lu de roman policier, peur que cela ne me convienne pas, même persuadée. Mais j'ai voulu le vérifier et je me suis laissée tenter par ce roman, ce titre accrocheur. Je dois dire que je ne suis pas déçue, loin de là. J'apprécie chaque ligne et je me rends compte que chaque détail a son importance dans ce roman, c'est comme une vidéo que l'on voudrait regarder en boucle pour remarquer tous les détails soi même. D'ailleurs, je vous laisse et je vais poursuivre ma lecture, la fin m'attend et je sens que je ne vais pas être déçue !
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carobar
Le 05 novembre 2009
Il y avait longtemps...
Génial ! Très bon livre ! Très bon suspense ! Il y avait longtemps que je n'avais pas dévoré un livre policier comme ça. Quelques jours ont suffi, et, dommage, c'est déjà fini ! J'attends les prochains livres de Mme Ephron avec impatience...
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Le 24 octobre 2009
Le livre
J'en ai lu des bouquins, mais là c'est de loin le meilleur !!!!
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Stephanie
Le 17 novembre 2009
Super Avant Première !
Je le recommande !! Très bonne intrigue, où l'on est pas déçu, sauf que ce soit déjà fini... Ivy est parfaite.
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cromie
Le 13 novembre 2009
Il est génial !!!
J'ai adoré, vous le commencez....vous le finissez !!! Intrigues, suspense, tout y est ! A recommander !
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Mic
Le 29 novembre 2009
Un petit polar
Ce qui est ennuyeux avec ce roman, c'est que dès que vous avez lu, la quatrième de couverture, il ne vous reste plus grand-chose à découvrir de cette histoire. Quant à la fin, elle risque d'en insatisfaire plus d'un... NOIR SUSPENSE.
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Pegounette
Le 25 novembre 2009
Tout est dit ou presque !!!
Ne surtout pas lire le résumé avant. Pour ma part, le résumé de la quatrième de couverture doit donner envie de découvrir la suite du roman et non pas dévoiler toute son intrigue. Oui mais voilà, tout est dit ou presque !!! Du coup, on aborde ce roman sans effet de surprise, devinant par avance ce qu'il va arriver.
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Lucile
Le 14 novembre 2009
A lire absolument !
Je viens de le finir et j'ai tout simplement adoré !! Il se lit facilement et est intéressant dès le début ! G E N I A L !
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fifidji
Le 03 février 2010
J'ai adoré
Intrigue bien construite ! J'en ai fait qu'une bouchée !!!! Je le recommande !
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ninie59
Le 31 janvier 2010
Un bijou
Ce livre est captivant. Dès le début, on se met à la place de l'héroïne. Et quand on l'a terminé, les personnages restent encore très présents dans notre esprit pendant de longs mois. Un bijou.
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Philou
Le 06 janvier 2010
Longueur et monotonie
Trop de longueur et un manque de rythme certain heureusement presque effacé par les 50 dernières pages.
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hamtaro
Le 04 mars 2010
J'ai été déçue !!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!
J'ai acheté ce livre car il n'y avait en ce temps là que des commentaires positifs. Je l'ai acheté en me disant que ça serait un excellent polar or ça n'a pas été le cas. Je me suis ennuyée durant une grande partie de la lecture puis à partir du chapitre 26 (jusqu'au 33) j'ai vraiment accroché. Dommage qu'il n'y ai que si peu de chapitres d'intéressants dans ce livre. J'espère que ma deuxième lecture sera plus prenante.
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Le 18 avril 2010
Pas mal
Livre sympa à lire mais il ne faut surtout pas regarder la 4eme de couverture avant de lire le livre, ils en disent un peu trop, sinon l'histoire est bien et le livre est prenant. Je l'ai lu en moins d'une semaine !
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Kuthy corinne
Le 17 mars 2010
Chapeau bas !
Pas de temps mort. L'auteur nous tient en haleine dès le premier chapitre.
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laet01
Le 03 juin 2011
Un livre génial
Ce livre se lit rapidemment (je l'ai lu en 3 jours). Dès que vous le commencez, vous n'avez qu'une envie : le termminer. Le suspense reste jusqu'à la fin ! Je le conseille fortement !! Bonne lecture.
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severusxxxx
Le 30 septembre 2011
Ne laisse pas un souvenir impérissable...
J'ai lu ce livre il y a assez peu de temps et j'ai déjà du mal à me souvenir de l'intrigue... et encore moins de la fin. Ce n'est pas le roman policier de l'année mais ce n'est pas non plus un navet, c'est juste moyen.
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Camille1002
Le 27 janvier 2012
Pas encore lu mais...
J'ai lu le résumé qui est fait du livre et je suis pratiquement sûre de l'avoir vu à la télé récemment. Si le livre est aussi prenant que le film, je le recommande !!
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Taila01
Le 02 février 2012
A lire
Livre très bien écrit, qui tient en haleine, pas de temps mort ni de passage inutile, histoire intéressante, j'ai vraiment passé un super moment.
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zia
Le 30 janvier 2012
Un bon moment !!
Ce livre se lit d'une traite, l'histoire est simple et on s'attache aux personnages, dommage que l'on se doute un petit peu trop de la fin !!!
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Secrets, manipulation et désir d'enfant...
Résumé
Ivy mène une vie paisible avec son mari David. Après deux fausses-couches, elle attend de nouveau un enfant. À l’occasion d’un vide-grenier, le couple retrouve une camarade de classe, Melinda, également enceinte et qui semble bien connaître leur maison. Le lendemain, Melinda a disparu ; ses vêtements ensanglantés sont retrouvés dans une vieille malle devant chez eux, et son sac à main avec un couteau derrière l’entreprise de David. Il est aussitôt arrêté par la police. Ivy, sur le point d’accoucher, décide alors de mener sa propre enquête. Deux autres cadavres, des photos de David chez Melinda, et Melinda qui réapparaît... le mystère s’épaissit ! 
Pourquoi on l'a choisi
Un excellent suspense psychologique. Dans ce premier roman captivant, l’auteur raconte avec brio les conséquences cauchemardesques des petits mensonges ordinaires. 
Hallie Ephron a grandi à Beverly Hills, dans une famille d'artistes. Écrivain, elle est aussi journaliste, critique de littérature policière pour le Boston Globe où elle tient la rubrique On Crime. Par ailleurs, elle enseigne dans des ateliers d'écriture qu'elle organise à travers tout le pays.
Mariée et mère de deux enfants, elle vit près de Boston.
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Michael Robotham
Extrait

1


Samedi 1er novembre

Qu'il pleuve ou qu'il vente, ce vide-grenier se tiendra, avait précisé Ivy Rose dans son annonce. En fait, le ciel était d'un gris métallique et le vent soufflait en rafales. Mais ce temps automnal typique de la Nouvelle-Angleterre n'avait pas découragé les chineurs.
David ôta le chevalet qui bloquait l'accès, et les visiteurs se ruèrent dans l'allée. Ivy eut l'impression que leur havre victorien tolérait cette invasion comme une énorme baleine blanche pourrait flotter à la surface de l'eau pour laisser les oiseaux la débarrasser de ses parasites.
Pendant trois ans, Ivy n'avait pas prêté attention aux vieilleries poussiéreuses entassées par Paul Vlaskovic, le précédent propriétaire, un type âgé que David appelait Vlad. Le bric-à-brac qui encombrait leur grenier et leur sous-sol aurait aussi bien pu exister dans un univers parallèle. Puis, aussi soudain qu'un orage printanier, le besoin d'éliminer ce qui ne leur appartenait pas était monté en elle jusqu'au moment où elle n'y avait plus tenu. Dehors, tout ça ! David avait eu l'élégance de ne pas y voir l'effet d'une poussée hormonale - à moins qu'il n'ait été mû par son instinct de conservation.
Ivy sentit le bébé donner un bon coup de pied. On était loin du léger battement d'aile des débuts ! Coucou, Petite Pousse. Elle posa les mains sur son ventre solide comme un roc. À trois semaines à peine de l'accouchement - ou de l'explosion -, Ivy aurait dû sentir les premières contractions, ces fausses alertes ou simples ratés, à la façon d'un moteur qui tousse sans réussir à se mettre en marche.
David et elle avaient atteint la phase obsessionnelle du choix d'un prénom, et elle se demandait combien de futurs parents avaient, comme eux, ces fichus « ratés » dans leur prise de décision.
Viable, viable, viable. Le mot tournait sans cesse dans sa tête. Elle s'était mariée à vingt-quatre ans et il lui avait fallu cinq ans pour concevoir. Une première fausse couche, suivie de deux autres, la dernière à vingt semaines, juste au moment où elle croyait n'avoir plus besoin de retenir son souffle.
David arriva à côté d'elle et passa un bras autour de ce qui était autrefois sa taille. Un ventre tendu par une grossesse presque arrivée à terme était étonnant, une citrouille géante digne de figurer au palmarès d'un concours agricole.
— Dis donc, Stretch... (Ce surnom avait pris une connotation tout à fait différente au cours des derniers mois.) Ça démarre au quart de tour, on dirait. Tu as vu ce monde ?
Elle frissonna de plaisir lorsqu'il repoussa ses cheveux et enfouit le visage dans son cou.
Ivy adorait l'odeur de terreau qu'il exhalait, la façon dont sa tignasse auburn pointait en tous sens, et surtout le sourire qui prenait possession de son visage et lui plissait les yeux. Le nez qu'il s'était cassé lors d'un match de football américain à l'université, après avoir survécu sans dommage en jouant arrière pendant ses études secondaires, donnait du caractère à des traits doux par ailleurs.
Quant à elle, son physique avait une certaine « personnalité », comme disaient les gens : yeux sombres, expressifs, nez trop long, bouche un peu trop généreuse pour être considérée comme belle. La plupart du temps, elle ne prêtait pas grande attention à son aspect. Au saut du lit, elle se brossait les dents, passait un peigne dans ses épais cheveux longs châtains, et s'en tenait là.
— Ils s'imaginent sans doute que dans cette superbe vieille maison, il doit y avoir des vieux trucs superbes eux aussi, répondit-elle.
David tripota un cigare imaginaire et, à la Groucho Marx, haussa les sourcils en direction de deux téléphones noirs à cadran.
— Ah ! s'ils savaient !
D'un geste de la main, Ivy salua un amateur de vide-greniers, Ralph, accroupi au-dessus d'une caisse de matériel électrique. À côté de lui, dans la cohue, elle remarqua Corinne Bindel, leur plus proche voisine, une dame âgée aux cheveux trop platine et trop gonflés pour être naturels. Ses bras croisés reposaient sur un manteau en tweed marron. À en juger par son expression peinée, elle ne comprenait pas pourquoi quelqu'un serait prêt à donner un sou pour acquérir l'une de ces horreurs.
— Qu'en dis-tu, si nous installions quelques petites choses pour le bébé une fois ce bazar terminé ? demanda David.
— Pas encore.
Ivy frotta son pendentif - une pierre bleu de cobalt montée sur une main en argent - passé à une chaîne. Ce porte-bonheur lui venait de sa grand-mère. Elle savait que c'était une superstition stupide, mais elle voulait que les affaires destinées au bébé soient entreposées dans la pièce d'appoint jusqu'à sa naissance, jusqu'à ce qu'elle ait compté et embrassé tous les petits doigts et les petits orteils.
— Excusez-moi...
Une femme regardait Ivy par-dessous la visière d'une casquette des Red Sox et brandissait un récipient vert en forme de cygne, en verre de la Dépression¹, sorti d'un carton de fruits en cire auxquels les souris s'étaient attaquées.
— Je vous le laisse à quinze dollars, dit Ivy. Il n'a pas une seule fêlure ni une seule ébréchure.
— Ivy ?
L'acheteuse aux boucles cannelle méchées de blond parut étonnée.
— Tu ne te souviens pas de moi ?
— Je...
Ivy hésita. Cette jeune femme vêtue d'une tunique de future maman en coton à fleurs, bleuets et boutons-d'or, lui disait vaguement quelque chose. Sa main aux ongles vernis roses, parfaitement manucurés, reposait sur son ventre. Comme Ivy, elle était enceinte jusqu'aux yeux.
— Mindy White. Melinda White, à l'époque.
Melinda White - ce nom évoquait le lointain souvenir d'une élève rondouillarde qui, comme elle, avait fait toute sa scolarité à Brush Hills. Des cheveux châtains frisottés, des lunettes et un teint terreux. Difficile d'imaginer qu'il s'agissait de la même personne.
— Bien sûr que je me souviens de toi. Dis donc, tu es devenue superbe ! Et puis, félicitations. C'est ton premier ?
Melinda le confirma et s'approcha d'un pas. Elle sourit. Autrefois complètement de travers, ses dents étaient à présent parfaites.
— Toi aussi, c'est ton premier, hein ?
Ivy évita son regard scrutateur.
— Je dois accoucher fin novembre, vers Thanksgiving, précisa Melinda. Et toi ?
— Au mois de décembre.
En réalité, Ivy attendait son bébé pour la même période. Mais elle avait annoncé à tout le monde, même à Jody, sa meilleure amie, que ce serait quinze jours plus tard. Le terme approchant, autant que seuls David et elle s'angoissent et se demandent si, cette fois, il y aurait ou non un problème.
Melinda pencha la tête pour l'examiner.
— Heureuse en ménage. Et un bébé qui va naître d'un moment à l'autre. Vous avez vraiment de la chance, tous les deux. Que demander de plus ?
Kinehora², voilà ce que grand-mère Fay aurait aussitôt rétorqué, avant de cracher pour détourner le mauvais œil. Ivy frotta le porte-bonheur suspendu à son cou.
Le regard de Melinda dévia vers la maison.
— Sans oublier cette fabuleuse maison victorienne. Si jamais tu veux la vendre, fais-moi signe. Je travaille pour un agent immobilier.
— Tu collectionnes le verre de la Dépression ? demanda Ivy en montrant le cygne.
— Non, mais ma mère collectionne les cygnes, ou du moins, elle les collectionnait. Elle se serait jetée là- dessus... avant sa maladie d'Alzheimer, répondit-elle. Elle a vendu la maison qu'elle avait ici à Brush Hills et elle est allée habiter chez ma sœur, Ruth, en Floride. Tu te souviens de Ruthie ? Elle aussi collectionne les cygnes.
Les mots sortaient par à-coups, et Ivy eut l'impression qu'une locomotive fonçait sur elle lorsque Melinda s'approcha encore pour ne laisser qu'une vingtaine de centimètres entre elles.
— Celui-ci serait parfait, ajouta Melinda en admirant l'objet en verre. Comme cadeau de Noël. Ou peut-être d'anniversaire. Quand ma mère... (Melinda remonta sur son épaule un gros sac fourre-tout en toile blanche et reprit sa respiration.)... finira par y passer, Ruthie voudra sans doute récupérer toute la collection. Tu n'as pas de frères et sœurs, toi, hein ?
Elle n'attendit pas la réponse.
— Franchement, je ne reconnais pas cet endroit. J'y venais tout le temps. Nous habitions presque au coin de la rue, et ma mère travaillait pour M. Vlaskovic. Je me rappelle avoir joué aux osselets dans le grenier et mangé de la gelée rouge à la cerise.
Elle fit la grimace et ajouta :
— Tout ce sucre raffiné. Autant se shooter au poison. À quoi pensions-nous donc à l'époque ? Maintenant, il faut que je fasse attention. Je mange pour deux. Tu vas l'allaiter ?
— Je... euh...
Cette question intime embarrassa Ivy. Elle regarda sa montre en espérant que Melinda comprendrait.
— C'est beaucoup mieux pour le bébé, poursuivit Melinda sans remarquer l'allusion. Mon Dieu, on dirait que je fais de la pub pour ces folles de la Leche League³, hein ?
Par-dessus l'épaule de Melinda, Ivy aperçut David en grande conversation avec une dame qui tenait à la main une paire de bougeoirs en laiton, pendant que quatre autres personnes attendaient leur tour, les bras chargés de trouvailles. Un jeune homme aux cheveux noirs hérissés examinait les manteaux suspendus à la corde à linge tendue sous le passage couvert qui menait à la maison. Ces pardessus, retrouvés dans une malle au sous-sol, flottaient au vent telles de monstrueuses ailes de chauve-souris.
— Tu le savais ? demanda Melinda.
— Pardon ?
— Ils mettent du sirop de maïs dans le lait en poudre.
Ivy reconnaissait à présent les yeux de Melinda, petits et insistants.
— Pas très tentant, en effet.
Cheveux Hérissés était en train d'essayer un pardessus.
— Attends-moi. Quelqu'un s'intéresse aux manteaux. Je ne voudrais pas le voir filer.
Ivy se hâta de le rejoindre.
— Très chic, lui dit-elle.
Le manteau en laine noire lui allait à la perfection. L'odeur de naphtaline disparaîtrait après un bon nettoyage à sec.
— Pour cinquante dollars, vous pouvez avoir les quatre.
L'homme examina les trois autres. Elle était sûre qu'il allait marchander, mais il sortit son portefeuille, en tira deux billets de vingt et un de dix et les lui tendit. Il plia alors les manteaux sur son bras et s'éloigna.
Youpi ! Ivy leva un poing en signe de triomphe, puis fourra l'argent dans la poche de son tablier.
— Tu crois que c'est un marchand ?
Melinda lui avait emboîté le pas.
Respire un bon coup. Avec les pieds du bébé qui poussaient sur son diaphragme, elle manquait d'air.
— J'ai toujours adoré cette maison, poursuivit Melinda. Toutes ces cheminées ! Et ces coins et recoins, c'était l'idéal pour jouer à cache-cache.
Melinda guettait sa réaction. Son regard inquisiteur faisait l'effet de mains fureteuses.
Ivy se rappelait un visage boursouflé et mou. On avait l'impression qu'en enfonçant un doigt dans la pâte crue de ces joues, on laisserait une marque.
— Et ces couleurs magnifiques que tu as choisies pour la peinture. Tu as toujours eu l'œil. Je me rappelle que tu as été la première de l'école à porter des Doc Martens.
Le sourire figé d'Ivy commençait à tirer sur ses muscles. Des Doc Martens ? Elle avait acheté les siennes dans une friperie qui vendait les vêtements au kilo. Du reste, elle les avait toujours, quelque part, dans un placard. Elle aurait dû essayer de s'en débarrasser en les mettant à côté des manteaux.
Le regard de Melinda se fit rêveur.
— Et un pantalon fuseau à sous-pieds.
— Seigneur ! Dire qu'on portait des choses pareilles !
Mais Melinda n'en avait pas porté. Jour après jour, elle était habillée d'une jupe informe et d'un pull trop grand. Elle mangeait toute seule dans un coin de la cafétéria, et sa mère l'amenait au lycée et venait la récupérer. Quelle transformation radicale ! C'était à présent une jeune femme mince, ouverte et sûre d'elle, aux ongles manucurés, à la coupe de cheveux sophistiquée.
David arriva en courant.
— Devine quoi ! Quelqu'un veut acheter ces rideaux rouges.
Son regard proclamait : Je te l'avais bien dit ! Il ajouta :
— Tu ne veux pas aller négocier ?
— Salut, David, ça fait un bail ! dit Melinda en le regardant par-dessous sa visière.
— Salut. Ça va ? lui retourna David sans avoir l'air de la reconnaître.
Ivy s'éloigna après s'être excusée. Un homme au front dégarni, à la poitrine large et aux yeux expressifs surmontés de sourcils broussailleux l'arrêta au passage.
— Dix dollars, ça vous va ?
Le ventilateur en métal noir qu'il tendait aurait facilement pu servir aussi de trancheuse à mortadelle. Elle avait inscrit trente dollars sur l'étiquette, sachant que les ventilateurs électriques de ce genre montaient jusqu'à cinquante sur Internet.
— Vingt-cinq.
Il haussa les épaules et lui tendit l'argent.
Il bruinait à présent. Ivy jeta un coup d'œil à David. Melinda lui parlait. Il recula d'un pas, l'air terrassé. Tout compte fait, il devait se souvenir d'elle.


1. Dans les années trente, on a fabriqué industriellement du verre teinté appelé « verre de la Dépression ». (N.d.T.)
2. Expression yiddish déformée, qui signifie littéralement : « pas de mauvais œil ». (N.d.T.)
3. Association qui encourage les mères à allaiter leur enfant. (N.d.T.)