Mauvaise passe
Mauvaise passe
Karin Slaughter
640 pages
Couverture souple
Réf : 335984
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Au lieu de 20,90  (prix public)
Disponible
Moyenne des avis :Les avis des internautesNombre d'avis :2
OREILLE
Le 16 octobre 2009
A lire
Je vous le conseille pour passer un bon moment !
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Mic
Le 18 décembre 2009
Profond et intelligent.
Slaughter détaille, dissèque les habitudes de vie d'une petite bourgade américaine, elle apporte le même soin dans l'analyse des vies privées de ses héros. Cela donne un roman très bien écrit, dense, riche et foisonnant.
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Une enquête explosive !
Résumé
Tout juste remariée avec Jeffrey Tolliver, son ex-mari chef de la police, Sara Linton, médecin légiste, subit quelques déconvenues professionnelles. Lorsque Lena Adams, collègue de Jeffrey, est retrouvée hébétée sur le lieu d’un terrible incendie dans lequel a péri une jeune femme non identifiée, le couple part lui porter secours. Sur place, après la fuite de Lena, mari et femme mènent l’enquête... 
Pourquoi on l'a choisi
Une intrigue soigneusement ficelée pour un suspense magistralement orchestré. Jeffrey et Sara se retrouvent plongés dans un monde sordide et terrifiant où la violence le dispute à l’horreur. Arriveront-ils à sauver Lena ?
Karin Slaughter écrit des romans et des nouvelles depuis qu'elle est enfant. Elle a grandi dans une petite ville de Géorgie, aux États-Unis, un cadre qu'elle connaît donc parfaitement et dont elle se sert pour mettre en scène ses thrillers – certains personnages portent même le nom de ses anciens voisins !
Ses romans – dont À froid et Sans foi ni loi – ne sont pas tendres avec la nature humaine, et les causes sociales, notamment la violence contre les femmes, lui tiennent à cœur. Son énorme succès – plus de 5 millions d'exemplaires vendus dans le monde – lui donne raison !
Aujourd'hui elle vit à Atlanta, toujours en Géorgie, et travaille à un nouveau roman ayant pour cadre Grant County.
Extrait
Lundi après-midi

1


SARA LINTON REGARDA SA MONTRE. Sa grand-mère lui avait offert cette Seiko le jour où elle avait passé son bac. Quand Granny Em avait passé son bac, elle était à quatre mois de se marier, à un an et demi de porter le premier de ses six enfants et à trente-huit ans de perdre son mari d'un cancer. Le père d'Emma avait considéré que les études supérieures étaient une perte de temps et d'argent, surtout pour une femme. Emma n'avait pas discuté – elle avait été élevée à une époque où les enfants ne songeaient même pas à contester les décisions de leurs parents – mais elle s'était assurée que les quatre de ses enfants qui avaient survécu aillent à l'université.
« Porte-la et pense à moi, avait dit Granny Em ce jour-là, sur le campus du lycée, en attachant le bracelet en argent au poignet de Sara. Tu feras tout ce dont tu as toujours rêvé, et je veux que tu saches que je serai toujours à tes côtés. »
Étudiante à l'université d'Emory, Sara avait passé son temps à regarder sa montre, en particulier pendant les cours de biochimie, de génétique appliquée et d'anatomie, dont l'enseignement était toujours confié aux professeurs les plus soporifiques. À l'école de médecine, elle avait avec impatience regardé sa montre chaque samedi matin en attendant devant le labo que le professeur vienne lui ouvrir la porte pour qu'elle puisse terminer ses expériences. Pendant son internat au Grady Hospital, elle avait fixé le cadran blanc de ses yeux embués, essayant de déchiffrer ce que lui montraient les aiguilles, tout en calculant combien de temps il lui restait sur ses trente-six heures de garde. À la clinique pour enfants de Heartsdale, elle avait attentivement suivi les mouvements de la deuxième aiguille en prenant le pouls d'un enfant pour déterminer si «  j'ai mal partout » était le signe d'une maladie grave ou signifiait simplement que l'enfant n'avait pas envie d'aller à l'école ce jour-là.
Sara avait porté cette montre pendant près de vingt ans. La vitre du cadran avait été remplacée deux fois, la pile à de nombreuses reprises, et le bracelet une fois, parce que Sara ne supportait pas l'idée de le nettoyer du sang séché de la femme qui était morte dans ses bras. Même à l'enterrement de Granny Em, Sara s'était surprise à caresser le cadran, tandis que les larmes coulaient sur son visage à la pensée violente que jamais elle ne reverrait le sourire vif et ouvert de sa grand-mère, ni son regard pétillant en apprenant les derniers faits d'armes de l'aînée de ses petites-filles.
Maintenant, les yeux fixés sur le cadran, pour la première fois de sa vie elle se sentait heureuse que sa grand-mère ne soit pas à ses côtés, qu'elle ne puisse pas lire la colère dans son regard, connaître le sentiment d'humiliation qui brûlait dans sa poitrine comme un incendie incontrôlable, assise dans une salle de conférences, accusée de faute professionnelle par les parents d'un patient décédé. Tout ce pour quoi Sara avait toujours travaillé, tous les pas qu'elle avait faits et que sa grand-mère n'avait pas pu faire, chaque réussite, chaque diplôme, tout cela était vidé de son sens par une femme qui la considérait comme une tueuse d'enfant.
L'avocate se pencha par-dessus la table, sourcils relevés, sourire en coin, tandis que Sara jetait un coup d'œil à sa montre. « Dr Linton, vous avez peut-être un rendez-vous plus urgent ?
— Non. » Sara s'efforça de garder une voix calme, d'étouffer la rage que l'avocate avait tout fait pour attiser au cours des quatre dernières heures. Sara savait qu'elle se faisait manipuler, elle savait que la femme essayait de l'appâter, de la pousser à des aveux horribles qui seraient à jamais consignés par le petit bonhomme assis dans un coin, penché sur la machine à transcrire. Ce qui n'empêchait pas Sara de réagir. Cette idée ne faisait même qu'accroître sa colère.
« Depuis le début, je vous appelle Dr Linton. » L'avocate jeta un coup d'œil à un dossier posé devant elle. « Mais c'est peut-être Tolliver ? Je vois que vous avez réépousé votre ex-mari, Jeffrey Tolliver, il y a six mois.
— Linton, c'est parfait. » Sous la table, la jambe de Sara tremblait si fort que sa chaussure était sur le point de tomber. Elle croisa les bras sur sa poitrine. Elle avait mal à la mâchoire à force de serrer les dents. Elle n'aurait pas dû se trouver là. Elle aurait dû être chez elle, en train de lire un livre ou de parler à sa sœur au téléphone, en train d'étudier les dossiers de ses patients ou de trier d'anciens dossiers médicaux, ce qu'elle n'avait jamais le temps de faire.
Ils auraient dû lui faire confiance.
« Donc », continua l'avocate. Elle s'était présentée au début de la déposition, mais Sara ne se rappelait pas son nom. La seule chose sur laquelle elle avait été capable de se concentrer à ce moment-là était l'expression du visage de Beckey Powell, la mère de Jimmy. Cette femme à qui Sara avait tenu la main si souvent, l'amie qu'elle avait consolée, avec qui elle avait passé un nombre incalculable d'heures au téléphone, pour essayer de traduire en langage simple le jargon médical que les cancérologues d'Atlanta utilisaient pour lui expliquer pourquoi son fils de douze ans était en train de mourir.
Dès l'instant où ils étaient rentrés dans la pièce, Beckey avait regardé Sara comme si elle avait été un assassin. Le père du garçon, avec qui Sara était allée à l'école, n'avait même pas été capable de la regarder dans les yeux.
« Dr Tolliver ? insista l'avocate.
— Linton », corrigea Sara, et la femme sourit, comme chaque fois qu'elle marquait un point contre Sara. Cela arrivait si souvent que Sara était tentée de demander à l'avocate si elle souffrait d'une forme particulièrement aiguë du syndrome de Tourette.
« Le matin du 17 – le lundi de Pâques –, vous avez reçu les résultats des analyses cellulaires que vous aviez prescrites à James Powell. C'est bien cela ?
James. On aurait dit qu'elle parlait d'un adulte. Pour Sara, il serait toujours le petit garçon de six ans qu'elle avait rencontré bien des années plus tôt, le petit garçon qui aimait jouer avec ses dinosaures en plastique et qui, de temps en temps, mâchouillait ses crayons de couleur. Il avait eu l'air si fier quand il avait dit à Sara qu'il s'appelait Jimmy, comme son père.
« Dr Tolliver ? »
Buddy Conford, l'un des avocats de Sara, finit par prendre la parole. « Allez, c'est bon, chérie, arrêtez votre petit numéro.
— Chérie ? » répéta l'avocate. Elle avait une de ces voix rauques que les hommes trouvent irrésistibles. Sara voyait bien que Buddy n'échappait pas à la règle et que son sens de la compétition était d'autant plus aiguisé qu'il trouvait son adversaire séduisante.
Buddy sourit, ayant marqué le point. « Vous savez très bien comment elle s'appelle.
— Veuillez prier votre cliente de répondre à la question, maître Conford.
— Oui », répondit Sara avant qu'ils ne puissent échanger d'autres piques. Elle s'était aperçue que les avocats pouvaient se montrer très bavards à trois cent cinquante dollars de l'heure. Ils étaient capables d'analyser le terme « analyser » si l'horloge tournait. D'autant plus que Sara avait deux avocats : Melinda Stiles était le conseil juridique de Global House Indemnity, une compagnie d'assurances à qui Sara avait versé près de trois millions et demi de dollars au cours de sa carrière. Buddy Conford était l'avocat personnel de Sara, qu'elle avait engagé pour qu'il la protège contre la compagnie d'assurances. Certaines clauses imprimées en toutes petites lettres dans les contrats d'assurance contre les fautes professionnelles prévoyaient que la responsabilité de la société était limitée si le préjudice subi par le patient était la conséquence directe de la négligence coupable du médecin. Le rôle de Buddy était de s'assurer que cela n'arriverait pas.
« Dr Linton ? Le 17 au matin ?
— Oui, répondit Sara. D'après mes notes, c'est à ce moment-là que j'ai reçu les résultats du labo. »
Sharon, se souvint Sara. L'avocate s'appelait Sharon Connor. Quel nom inoffensif pour une personne aussi horrible...
« Et que vous ont appris les résultats des analyses ?
— Que Jimmy souffrait très probablement d'une leucémie aiguë myoblastique.
- Et le pronostic ?
— Cela ne relève pas de mes compétences. Je ne suis pas cancérologue.
— Effectivement. Vous avez orienté les Powell vers un oncologue, un de vos compagnons d'université, un certain Dr William Harris, à Atlanta ?
— Oui, c'est bien cela. » Pauvre Bill. Lui était cité dans le procès, il s'était vu contraint d'engager son propre avocat, et bataillait avec sa compagnie d'assurances.
« Mais vous êtes bien médecin ? »
Sara inspira profondément. Buddy lui avait ordonné de se contenter de répondre aux questions, et non aux remarques acerbes. Et elle payait assez cher ses conseils pour en tenir compte.
« Et en qualité de médecin, vous devez bien savoir en quoi consiste une leucémie aiguë myoblastique, n'est-ce pas ?
— Il s'agit d'un dysfonctionnement malin caractérisé par le remplacement des cellules ordinaires de la moelle épinière par des cellules anormales. »
Connor sourit, avant de poursuivre : « Et cela commence par un seul progéniteur hématopoïétique somatique qui se transforme en une cellule incapable de différenciation normale ?
— La cellule perd son apoptose. »
Nouveau sourire, nouveau point marqué. « Et le taux de survie à cette maladie est de cinquante pour cent. »
Sara se taisait, attendant que l'épée retombe sur sa tête.
« Et le temps est un facteur critique pour le traitement, n'est-ce pas ? Dans le cadre d'une telle maladie – quand les cellules du corps se retournent contre elles-mêmes, que l'apoptose est interrompue, d'après ce que vous nous dites, ce qui constitue le processus génétique normal de mort cellulaire –, le temps est un élément crucial. »
Quarante-huit heures n'auraient pas sauvé la vie du petit garçon, mais Sara n'avait pas l'intention de prononcer ces mots, puisqu'ils seraient transcrits dans un document juridique pour lui être ensuite jetés à la figure avec toute la brutalité dont Sharon Connor était capable.
L'avocate fouilla dans ses dossiers, comme si elle avait besoin de consulter ses notes. « Vous avez étudié à l'école de médecine d'Emory. Et, comme vous avez eu l'amabilité de nous le préciser, vous faisiez non seulement partie des dix pour cent des meilleurs étudiants, mais qui plus est, vous êtes sortie sixième de votre promotion. »
Ce petit numéro semblait exaspérer Buddy. « Nous avons déjà établi les compétences du Dr Linton.
— Je m'efforce simplement d'y voir clair », se défendit l'avocate. Elle souleva une feuille, les yeux fixés sur les mots imprimés, puis la reposa. « Et, Dr Linton, vous avez pris connaissance de ces informations – ces résultats d'analyse plus ou moins équivalents à une condamnation à mort – dans la matinée du 17 septembre. Et pourtant, vous avez fait le choix de n'en faire part aux Powell que deux jours plus tard ? Et pour quelle raison ? »
Sara n'avait jamais entendu autant de phrases commençant par « et ». La grammaire n'était sans doute pas une matière très prisée dans l'école qui avait formé cette sournoise avocate.
Néanmoins, elle répondit : « Ils étaient à Disney World pour l'anniversaire de Jimmy. Je voulais qu'ils profitent de leurs vacances, je pensais que ce seraient leurs dernières vacances en famille avant un certain temps. J'ai donc pris la décision de ne pas leur en parler avant leur retour.
— Ils sont rentrés le 17 au soir, et pourtant, vous n'avez rien dit jusqu'au 19 au matin, soit deux jours plus tard. »
Sara ouvrit la bouche pour répondre, mais l'autre femme ne lui en laissa pas le temps.
« Et vous ne vous êtes pas dit qu'ils pouvaient rentrer pour traiter leur enfant sans délai, et peut-être lui sauver la vie ? » Manifestement, elle n'attendait pas de réponse. « J'imagine que, si on leur avait donné le choix, les Powell préféreraient avoir aujourd'hui leur fils vivant à leurs côtés plutôt que des photos de lui au Royaume enchanté. » Elle fit glisser la photo en question par-dessus la table. Elle passa devant Beckey et Jim Powell, devant les deux avocats de Sara, et s'arrêta à quelques centimètres d'elle.
Elle n'aurait pas dû regarder.
Le petit Jimmy se tenait debout, appuyé contre son père, ils portaient tous deux des oreilles de Mickey sur la tête et tenaient des cierges magiques, tandis que les nains de Blanche-Neige avançaient en colonne derrière eux. Même sur la photo, on voyait que le garçon était malade. Il avait des cernes noirs sous les yeux, et il était tellement maigre... Son bras n'était pas plus épais qu'un morceau de corde.
Ils étaient rentrés de vacances un jour plus tôt, parce que Jimmy voulait être à la maison. Sara ne savait pas pourquoi les Powell ne l'avaient pas appelée à la clinique, pourquoi ils ne lui avaient pas amené Jimmy pour qu'elle puisse l'examiner. Peut-être ses parents avaient-ils compris, avant même de connaître les résultats d'analyse, le diagnostic définitif, que l'époque où ils avaient un enfant normal et en bonne santé était révolue. Un enfant merveilleux, gentil, intelligent, joyeux – tout ce dont des parents pouvaient rêver. Et maintenant, il n'était plus là.