L'envol du papillon
L'envol du papillon
368 pages
Couverture cartonnée
Réf : 335973
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Se souvenir des belles choses.
Résumé
Alice Howland est un brillant professeur de psychologie et de linguistique. Elle adore sa vie, qu’elle partage entre les cours, la recherche, les voyages, et son mari John. Mais, alors qu’Alice va fêter ses 50 ans, les premiers symptômes de la maladie apparaissent. D’abord des trous de mémoire, puis elle se perd dans son propre quartier. Elle consulte son médecin. Le diagnostic tombe : Alice se trouve aspirée dans la terrible spirale de la maladie d’Alzheimer. Petit à petit son état se dégrade. Mais si hier n’existe plus, Alice, avec une mémoire aussi fragile qu’une aile de papillon, va apprendre à vivre au présent.
Pourquoi on l'a choisi
Une émouvante histoire de l’oubli : incapable de travailler, de lire et, peu à peu de s’occuper d’elle-même, Alice va alors devoir se battre pour trouver un sens à sa vie.
Moyenne des avis :Les avis des internautesNombre d'avis :6
marinatrendy
Le 11 décembre 2009
J'ai adoré
Très très bien !!! Dans ce livre on comprend tout de la maladie d'Alzheimer, des premiers symptômes à la fin de l'évolution de la maladie, les conséquences pour le malade et pour l'entourage. Très enrichissant !
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detentelecture
Le 06 novembre 2009
A lire absolument !
Je dirais simplement magnifique, prenant et triste ! On se met dans la peau du personnage, cela nous fait peur, on s'imprègne de cette maladie terrible qui touche aussi votre famille au quotidien !
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ms57310
Le 03 octobre 2009
L'envol du papillon
Ce livre nous donne une toute autre vision. L'auteur nous fait vivre, ressentir la maladie de "l'intérieur". L'espace d'un moment, nous invertissons les rôles pour mieux comprendre ce combat contre l'inévitable... Magnifique.
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Le 30 septembre 2009
Emouvant
Ce livre se lit sans difficulté. L'histoire est très prenante et très fluide. C'est une histoire pourtant banale, et qui peut arriver à tout le monde, et c'est ça qui fait peur. Ce livre explique très bien le mécanisme de cette maladie encore méconnue et sans guérison possible. L'histoire est très sobre et ne sombre pas dans le catastrophique. C'est un livre à faire lire. Merci à l'auteur.
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Driade
Le 22 mars 2010
Poignant !
J'ai vraiment beaucoup aimé ce livre, on est plongé dans la réalité de la maladie d'Alzheimer pour découvrir le combat du malade et de ses proches ! Je le recommande vivement.
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Cris
Le 10 janvier 2012
A lire !
Ce livre permet de voir la maladie d'Alzheimer d'un autre oeil. On n'en connaît que ce qu'on peut en voir et là, on se retrouve dans la peau d'une malade. Ca chamboule quelque peu, ça inquiète, ça fait peur même. Une histoire toute simple où il ne se passe rien d'extraordinaire à part l'évolution de la maladie. Un livre à lire pour mieux comprendre.Vraiment touchant et intéressant. A LIRE.
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Extrait
Septembre 2003


Alice était assise à sa table de travail dans la chambre à coucher, distraite par le bruit : John traversait au pas de course chacune des pièces du rez-de-chaussée. Elle devait finir d'évaluer un article soumis au comité de lecture du Journal of Cognitive Psychology avant d'aller prendre son avion et venait de relire la même phrase à deux reprises sans la comprendre. À en croire le réveil, qui avançait sans doute d'une dizaine de minutes, il était sept heures et demie du matin. Étant donné l'heure et son pas de plus en plus bruyant, John, sur le point de partir, devait avoir égaré quelque chose. Alice se tapota la lèvre inférieure du bout de son stylo rouge tout en contemplant l'afficheur numérique du réveil. Elle tendit l'oreille, se doutant de la suite.
— Ali ?
Elle jeta son stylo sur la table avec un soupir. Pour découvrir son mari à genoux au rez-de-chaussée, tâtant sous les coussins du canapé du salon.
— Tes clés ? demanda-t-elle.
— Mes lunettes. Je t'en prie, ne me sermonne pas, je suis en retard.
Elle suivit son regard fébrile jusqu'au manteau de cheminée sur lequel leur pendule ancienne, estimée pour sa précision, indiquait huit heures. Mieux valait ne pas s'y fier. Les horloges de leur maison tournaient rarement rond. Alice, ayant déjà surpris leurs aiguilles à mentir, avait résolu depuis longtemps de s'en remettre à sa montre. Après cela, elle remonta le cours du temps en entrant dans la cuisine, où le micro-ondes tenait absolument à indiquer six heures cinquante-deux.
Alice parcourut du regard la surface lisse, nette, du plan de travail en granit. Elle découvrit les lunettes, à côté du compotier débordant de courrier. Ni derrière quelque objet, ni enfouies sous une pile de papiers. Comment un homme aussi intelligent que John, un scientifique, pouvait-il ne pas voir ce qu'il avait sous le nez ?
Bien entendu, quantité de ses affaires à elle se cachaient souvent dans de traîtres recoins. Il n'empêche : elle n'en disait rien à son mari et ne le mêlait pas à la traque. Quelques jours plus tôt, sans qu'il s'en doute le moins du monde, elle avait passé la matinée à fouiller de fond en comble la maison, puis son bureau, afin de mettre la main sur le chargeur de son Blackberry. Ayant fini par renoncer, elle était partie en acheter un neuf, pour découvrir le sien le soir venu, branché sur la prise électrique de son côté du lit. Elle aurait dû penser à vérifier. Sans doute la conséquence des multiples activités que John et elle menaient de front, et de leurs emplois du temps surchargés. Sans compter qu'ils prenaient de l'âge.
John se campa sur le seuil de la pièce, les yeux fixés sur les lunettes qu'Alice tenait à la main - pas sur elle.
— La prochaine fois que tu cherches, mets-toi à la place d'une femme, dit Alice en souriant.
— J'enfilerai une de tes jupes... Ali, je t'en prie, je suis vraiment en retard.
— À en croire le micro-ondes, tu as tout le temps, dit-elle en lui tendant les lunettes.
— Merci.
Il les saisit tel un coureur de relais qui rafle le témoin lors d'une compétition, puis il se dirigea vers la porte d'entrée.
— Tu seras à la maison samedi quand je rentrerai ? demanda-t-elle dans le couloir, sur ses talons.
— Je ne sais pas, je vais avoir une très grosse journée au labo.
Il ramassa sa serviette, son téléphone et ses clés sur la desserte.
— Bon voyage, conclut-il. Embrasse Lydia de ma part. Et tâche de ne pas te disputer avec elle.
Alice surprit leur double reflet dans le miroir de l'entrée - un grand homme brun d'allure distinguée à lunettes en écaille, aux cheveux poivre et sel, et une femme menue, frisée, aux bras croisés sur la poitrine, qui s'apprêtaient à basculer dans une querelle intarissable. Elle serra les mâchoires puis déglutit, choisissant d'éviter cet écueil.
— Ça fait longtemps qu'on n'a pas eu un moment à nous, essaie de trouver le temps, tu veux bien ?
— Je sais, je vais faire mon possible.
Il l'embrassa, laissant cet instant se prolonger de façon presque imperceptible alors qu'il brûlait manifestement de partir. Si Alice ne l'avait pas mieux connu, elle aurait pu enjoliver ce baiser. Se dire, pleine d'espoir, qu'il signifiait je t'aime, tu vas me manquer. Seulement, pensa-t-elle en regardant John remonter la rue en toute hâte, il y avait fort à parier que son message était un simple : je t'aime, mais ne te mets pas en rogne si tu ne me trouves pas à la maison samedi.
Autrefois, chaque matin, ils avaient coutume de se rendre ensemble à pied jusqu'à Harvard. Parmi les nombreux avantages inhérents au fait de travailler à moins de deux kilomètres de chez eux, dans le même établissement, ces trajets partagés constituaient le plus grand plaisir d'Alice. Ils s'arrêtaient chaque fois au Jerri's : café noir pour John, thé au citron pour elle, glacé ou brûlant selon la saison - après quoi ils poursuivaient jusqu'à Harvard Square en bavardant de leurs recherches et de leurs cours respectifs, des problèmes qui se posaient dans chacune de leurs sections, des enfants ou de leurs projets pour la soirée... Aux premiers temps de leur mariage, ils se tenaient même par la main. L'intimité décontractée de ces balades matinales avec John, avant que les exigences quotidiennes de leur profession, de leurs ambitions, ne viennent les stresser et les épuiser, était un régal.
Pourtant, depuis quelque temps, ils se rendaient séparément à la fac. Alice avait passé l'été entre deux avions, assistant à des conférences de psychologie à Rome, La Nouvelle-Orléans et Miami, quand elle ne siégeait pas dans un jury d'examen pour une soutenance de thèse à Princeton. Au printemps, les cultures de cellules de John avaient exigé des rinçages particulièrement délicats à des heures indues, alors que pas un seul de ses élèves ne montrait assez de constance pour arriver de façon régulière au petit matin. Du coup, cette tâche lui avait incombé à lui. Alice ne se souvenait pas des autres motifs d'absence d'avant le printemps, mais ils lui avaient paru chaque fois raisonnables, temporaires.
Elle retourna à son bureau et à l'article, de nouveau distraite, regrettant maintenant la dispute qu'elle n'avait pas eue avec John à propos de leur fille cadette. Ça l'aurait tué de la soutenir, pour une fois ? Elle survola le reste du texte. Rien à voir avec le degré d'exigence dont elle faisait preuve habituellement, mais vu le manque de temps et son attention morcelée, il faudrait que ça aille. Ayant noté ses commentaires et ses suggestions de révision, elle ferma puis colla l'enveloppe avec la conscience honteuse d'avoir peut-être laissé passer une erreur dans le schéma ou l'interprétation de l'étude, en maudissant John d'avoir compromis l'intégrité de son travail.
Elle boucla sa valise, même pas défaite depuis son dernier trajet en avion. Heureusement, elle voyagerait moins au cours des prochains mois. Le second semestre de son agenda ne comportait qu'une poignée de conférences inscrites au crayon, et elle programmait presque toutes ses interventions extérieures le vendredi, où elle n'enseignait pas. Comme le lendemain. Ce jour-là, elle faisait une communication à la fac de Stanford, où démarrait le séminaire d'automne sur la psychologie cognitive. Après quoi elle verrait Lydia. En tâchant d'éviter une dispute, mais difficile de promettre quoi que ce soit.


À Stanford, Alice trouva sans difficulté le Cordura Hall, au coin de Campus Drive West et de Panama Drive. À ses yeux de femme de la côte Est, la façade en béton chaulée de blanc et le jardin paysagé luxuriant de l'amphi évoquaient davantage une station balnéaire des Caraïbes qu'un bâtiment d'université. Arrivée très en avance, elle se risqua tout de même à l'intérieur en se disant qu'elle pourrait profiter de ce répit pour réviser son discours dans le silence de l'auditorium.
À sa grande surprise, la salle était déjà bondée. Une foule affairée se pressait autour d'un buffet, se jetant âprement sur la nourriture telles des mouettes sur une plage en ville. Avant même d'avoir pu se glisser parmi les convives sans se faire remarquer, elle aperçut Josh, ex-condisciple de Harvard et égotiste de premier plan. Planté fermement sur son chemin, les jambes un peu trop écartées, on aurait dit qu'il s'apprêtait à se jeter sur elle.
— Tout ça pour moi ? demanda-t-elle avec un sourire enjoué.
— Voyons, mais c'est notre ordinaire... Un de nos psychologues du développement a été titularisé hier. Alors, comment te traitent-ils, à Harvard ?
— Bien.
— Je n'arrive pas à croire que tu sois encore là-bas au bout de toutes ces années. Si tu t'ennuies un jour, pense donc à nous rejoindre.
— Je te préviendrai. Et toi, comment va ?
— Le bonheur. Tu devrais faire un saut à mon bureau après les débats. Nos dernières modélisations de données vont vraiment t'épater.
— Désolée, impossible, j'ai mon vol pour Los Angeles juste après la conférence, prétexta-t-elle, heureuse de ce faux-fuyant parfait.
— Ah, quel dommage. Il me semble que la dernière fois que l'on s'est croisés, c'était il y a un an, à la Conférence sur la Psychonomie... J'avais manqué ta présentation, hélas.
— Eh bien, tu auras l'occasion d'en entendre une bonne partie aujourd'hui.
— Ah, on recycle ses interventions ?
Avant qu'elle ait pu répondre, Gordon Miller, chef de la section et nouveau superhéros d'Alice, la sauva en fondant sur eux pour demander à Josh d'aider à servir le champagne. Comme à Harvard, les toasts étaient de règle à la section de psychologie de Stanford pour tout enseignant parvenu à ce point décisif de sa carrière que constituait la titularisation. On sonnait rarement les trompettes au sein d'un parcours professionnel de prof, mais l'obtention d'une chaire constituait une avancée énorme.
Quand chacun eut une coupe à la main, Gordon se campa sur la scène en tapotant le micro.
— Votre attention, mes chers collègues, s'il vous plaît...
Juste avant qu'il ne poursuive, le rire excessivement bruyant, haché, de Josh retentit dans toute la salle.
— Aujourd'hui, nous fêtons la titularisation de Mark. Je parie qu'il est enchanté d'avoir accompli cet exploit. Je lève mon verre à tous les autres à venir. Félicitations, Mark !
— Félicitations !
Alice trinqua avec ses voisins, puis chacun retourna à ses libations, ses petits-fours et ses bavardages. Une fois tous les plateaux dégarnis et l'ultime bouteille de champagne vidée, Gordon reprit la parole.
— Si vous voulez bien vous asseoir, nous allons débuter la conférence inaugurale.
Il attendit que l'assistance d'environ quatre-vingts personnes fasse le silence pour poursuivre :
— Aujourd'hui, j'ai l'honneur de vous présenter Alice Howland, titulaire de la chaire William James de Psychologie à l'université de Harvard. C'est notre première intervenante de la saison. Au cours des vingt-cinq dernières années de sa brillante carrière, elle a posé quantité de pierres angulaires théoriques en matière de psycholinguistique. Elle a établi les prémices d'une approche synthétique et interdisciplinaire des mécanismes du langage et continue d'être une pionnière dans cette voie. C'est un privilège de la compter parmi nos orateurs. Sa communication portera sur l'organisation conceptuelle et neuronale de la parole.
Alice échangea sa place avec Gordon puis elle regarda son public, qui l'observait. Le temps que les applaudissements se taisent, elle songea à cette statistique selon laquelle une majorité des gens redouterait davantage de parler en public que de mourir. Elle-même adorait ça. Elle savourait le moindre instant de ses interventions devant une salle : pédagogie, mise en scène, anecdotes, discussion enfiévrée. Sans compter la poussée d'adrénaline qui les accompagnait. Plus les enjeux étaient grands, plus l'assistance se révélait avertie ou hostile, plus ce processus l'électrisait. John avait beau se montrer excellent orateur, l'exercice lui était douloureux - quand il ne le terrifiait pas carrément. Il s'émerveillait du brio dont Alice faisait preuve en la matière. Il n'aurait sans doute pas choisi d'affronter la mort plutôt qu'une salle pleine, mais un nid d'araignées ou de serpents, sûrement.