Sashenka
Sashenka
Simon Montefiore
816 pages
Couverture cartonnée
Réf : 335962
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Disponible
La destinée bouleversante d'une héroïne inoubliable
Résumé
À seize ans, Sashenka, reniant ses origines bourgeoises, devient une révolutionnaire enflammée dans la Russie de 1917. Elle sert ensuite fidèlement le régime en bonne communiste, bonne épouse, bonne mère. Mais son amour passionné pour un écrivain juif va faire voler en éclats toute sa vie. Parviendra-t-elle à sauver ses enfants ? 
Pourquoi on l'a choisi
Un livre impossible à lâcher : intrigue haletante, personnages hauts en couleur, rebondissements en cascade et séparations familiales déchirantes. Le dénouement de ce roman ne manquera pas de vous arracher des larmes. 
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Moyenne des avis :Les avis des internautesNombre d'avis :6
mono
Le 18 septembre 2009
Bof
Quand j'ai commencé à lire les premières pages de ce roman, je me suis vite arrêté. Il n'est pas envoûtant, n'accroche pas, le contenu est fade et très compliqué à comprendre sur certains mots. Sincèrement, je l'ai trouvé vraiment très moyen.
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Pascale
Le 24 septembre 2009
Emouvante Sashenka
Ce livre nous transporte dans la Russie de 1917, mais aussi dans l'époque Stalinienne avec ses monstruosités, les arrestations, les tortures, le goulag, le travail forcé... Un livre poignant.
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Le 31 octobre 2009
A lire !!!
Ce roman mêle intrigues familiales et histoire. Un large panorama de la Russie du XXe siècle est offert, on y voit évoluer la lutte des classes, le communisme, la vie quotidienne sous le régime stalinien. Je recommande vivement.
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Ana87060
Le 24 février 2010
Bien et pas bien
J'ai eu du mal à commencer ce livre, que j'ai trouvé légèrement ennuyeux dès le début. La partie qui m'a le plus intéressée, c'est la fin, lorsque Snowy engage l'historienne pour connaître ses origines.
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ninienefta
Le 29 avril 2012
Poignant
Très dur de rentrer dedans... mais quand on commence à rentrer dans le vif du sujet, c'est incroyablement émouvant et même parfois insupportable... La période Stalinienne et ses dessous sont très bien décrits et écrits... Et c'est vrai que c'est en arrivant au 3ème chapitre que le dénouemant nous tient en émoi... A lire jusqu'au bout, vraiment...
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mercier maryse
Le 22 mai 2012
Sashenka
Merveilleux roman basé sur des faits historiques nous tient en haleine de bout en bout !! Une envie d'aider les principaux personnages !!! Trés prenante cette histoire !!!
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Simon Montefiore vient d'une famille qui a fui l'empire du tsar au début du vingtième siècle, ce qui a déclenché sa passion indéfectible pour la Russie.
En tant qu'historien, il a également passé dix ans à faire des recherches dans les archives russes. Les histoires personnelles qu'il y a découvertes ainsi que ses entretiens avec des familles lui ont inspiré ce roman.
Simon Montefiore vit à Londres avec son épouse, la célèbre romancière Santa Montefiore, et leurs deux enfants.
Extrait
PREMIÈRE PARTIE

Saint-Pétersbourg, 1916



1



À l'heure du thé, le soleil s'était déjà couché lorsque trois gendarmes du tsar prirent position aux grilles de l'institut Smolny. En ce dernier jour du trimestre, on ne s'attendait pas à trouver des policiers devant ce pensionnat de jeunes filles, le plus chic de Saint-Pétersbourg. Leurs élégantes tuniques bleu marine à parements blancs, leurs toques en agneau et leurs sabres rutilants ne passaient pas inaperçus. L'un claquait des doigts d'un air impatient, un autre ouvrait et fermait l'étui en cuir de son pistolet Mauser et le troisième se tenait fermement sur ses deux jambes écartées, les pouces coincés dans son ceinturon. Derrière eux patientait un cortège de limousines étincelantes et de traîneaux aux armoiries aristocratiques. La neige tombait en biais dans la lumière des réverbères et des phares des voitures.
Cet hiver, le troisième depuis le début de la Grande Guerre, semblait le plus sombre et le plus long. Derrière les grilles noires, au bout d'une avenue pavée, l'institut aux colonnades blanches brillait de toute sa splendeur au milieu de l'obscurité naissante, comme un paquebot perdu dans la brume. Malgré le mécénat de l'impératrice et la présence des filles de la bonne société, le pensionnat ne pouvait plus nourrir ses élèves ni chauffer ses dortoirs. Le trimestre se terminait donc plus tôt qu'à l'accoutumée. La pénurie atteignait même les riches. Rares étaient ceux qui pouvaient encore alimenter leurs automobiles en carburant, et la traction à cheval revenait à la mode.
Cette nuit d'hiver glaciale faisait peser sur Saint-Pétersbourg en guerre une atmosphère lugubre. La poudreuse étouffait le bruit des chevaux et des moteurs, et le froid terrible intensifiait les odeurs : l'essence, le crottin, l'haleine chargée d'alcool des cochers endormis, l'eau de Cologne âcre et les cigarettes des chauffeurs en livrée, les parfums fleuris des dames qui patientaient.
À l'intérieur d'un petit landau Delaunay-Belleville se trouvait une jeune femme au visage ravissant. Éclairée par une lampe à pétrole, l'air sérieux, elle tenait un roman anglais sur ses genoux. Audrey Lewis - Mme Lewis pour ses employeurs, Lala pour l'enfant dont elle avait la charge - avait si froid malgré ses gants, son bonnet en peau de loup et son épais manteau qu'elle grelottait. Elle remonta un peu plus haut la lourde peau de mouton. Quand Pantameilion se hissa sur son siège, elle fit mine de l'ignorer et ne quitta pas des yeux la porte de l'école.
« Dépêche-toi, Sashenka, murmura-t-elle en anglais avant de consulter l'horloge en cuivre sertie dans la vitre qui la séparait du chauffeur. Nous y sommes presque ! »
Elle était si excitée de revoir la jeune fille. Elle imaginait déjà sa silhouette longiligne se précipiter vers elle. Rares étaient les mères qui venaient chercher leur progéniture à la sortie du pensionnat, plus rares encore les pères, mais Lala, la gouvernante, se faisait une joie de s'y rendre.
Plus que quelques minutes, et Sashenka sera avec moi, songea-t-elle, mon adorable enfant, si sérieuse et si intelligente.
Les lanternes qui brillaient à travers la dentelle de glace qui ornait les vitres des voitures lui rappelèrent le village de Pegsdon où elle avait grandi dans le Hertfordshire. Elle n'était pas retournée en Angleterre depuis son arrivée en Russie, et se demandait si elle reverrait un jour sa famille. Cela dit, si elle était restée là-bas, elle n'aurait pas eu la chance de connaître Sashenka, sa petite chérie. Six ans auparavant, elle avait accepté un emploi chez le baron et la baronne Zeitlin et une nouvelle vie dans la capitale russe, Saint-Pétersbourg. Six ans auparavant, une fillette en tenue de marin l'avait examinée froidement de la tête aux pieds. La nouvelle gouvernante parlait à peine un mot de russe mais elle s'était agenouillée pour prendre la main menue dans les siennes. Après un moment d'hésitation, l'enfant s'était penchée pour poser sa tête sur son épaule.
« Mne zavout Mme Lewis, avait lancé l'Anglaise dans un très mauvais russe.
— Salutations à ma invitée, Lala ! Je me appelle Sashenka », avait répondu l'enfant dans un anglais difficile à comprendre. C'était dit : Mme Lewis « se appelait » dorénavant Lala ! Elles s'étaient rencontrées au bon moment, et s'aimèrent aussitôt.
« Il est cinq heures moins deux », annonça le chauffeur d'une voix rendue métallique par le tuyau acoustique.
La gouvernante se redressa et s'exprima dans un russe à peine teinté d'un léger accent britannique : « Merci, Pantameilion.
— Qu'est-ce que les pharaons fichent ici ? » s'étonna son interlocuteur. Tout le monde utilisait ce terme d'argot pour désigner la police politique, la gendarmerie. Il gloussa. « Les élèves cachent peut-être des codes secrets allemands sous leurs jupons ! »
Lala n'était pas disposée à aborder de tels sujets avec un chauffeur. « Pantameilion, pourriez-vous aller chercher la malle de Sashenka à l'intérieur. »
Les jeunes filles sortaient toujours à l'heure précise. Mme Buxhoeven, la directrice, que les élèves appelaient Grand-maman*¹, dirigeait l'institut à la prussienne... mais en français. Lala savait que Grand-maman était une favorite de Maria Fiodorovna, l'impératrice douairière, et d'Alexandra, l'impératrice en titre.
Un officier de cavalerie et un troupeau de collégiens et d'étudiants passèrent les grilles pour rejoindre leurs fiancées. En voyant les gendarmes, ils hésitèrent un moment avant de poursuivre leur chemin : que faisait la police politique devant un pensionnat de jeunes filles de la noblesse ?
Les cochers attendaient de ramener les pensionnaires chez elles. Piétinant pour lutter contre le froid malgré leurs longs manteaux doublés de laine d'agneau, ils observaient eux aussi les gendarmes, tout en s'occupant des chevaux.
Cinq heures. Les portes de l'institut Smolny s'ouvrirent, projetant une lumière jaune sur le perron.
« Ah ! Les voilà ! » s'exclama Lala en rejetant son livre.
En haut des marches, sanglée dans un uniforme noir et blanc, apparut dans le rai de lumière Mme Buxhoeven, raide comme un personnage de coucou suisse. Malgré le froid, la gouvernante baissa sa vitre. Son excitation montait encore. Elle pensait au thé préféré de Sashenka qui les attendait au petit salon et aux biscuits qu'elle avait achetés pour l'occasion à la boutique anglaise, sur les quais. La boîte de Huntley & Palmers était posée à côté d'elle sur la banquette en cuir bordeaux.
Les cochers s'installèrent à leurs postes, fouets à la main. Pantameilion se coiffa d'une casquette à rubans avant d'endosser sa livrée, puis lissa sa moustache en lançant un clin d'œil à Lala. Pourquoi diable les hommes s'attendent-ils qu'on tombe toutes amoureuses d'eux sous prétexte qu'ils savent démarrer une automobile ? s'interrogea la jeune femme tandis que le moteur toussotait avant de démarrer.
Pantameilion lui sourit, dévoilant une bouche pleine de chicots, et sa voix se fit entendre dans le tuyau acoustique. « Alors ? Où est notre petit renard bleu, notre isatis ? Dans quelques instants, ce seront deux beautés qui me feront l'honneur de voyager dans ma voiture. »
Lala secoua la tête d'un air navré. « Dépêchez- vous, Pantameilion ! Une malle et une valise, toutes les deux marquées Asprey of London. Bistro ! Vite ! »


1. Les mots en italique suivis d'un astérisque sont en français dans le texte. (N.d.T.)