Je plante donc je suis
Je plante donc je suis
480 pages
Couverture cartonnée
Réf : 335082
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Au lieu de 20,50  (prix public)
Résumé
À l’ombre de nos plates-bandes, il s’en passe de belles. Et tous les sujets – agriculture, histoire, mythologie, vie quotidienne, faits divers – sont bons pour rendre hommage à dame Nature.
Pourquoi on l'a choisi
Le jardinier de Versailles, chroniqueur inspiré sur France Inter, n’a pas seulement la main verte ; son esprit sème des idées pleines de sève qui prolifèrent jusque dans nos jardins publics ou secrets... Un recueil de chroniques savoureuses, où cueillir la verve étonnante d’un philosophe jardinier. 
Extrait

I

Racines : histoires, mythologies, symboles, jardins royaux



Jardin de curé


Au Moyen Âge, les moines vivent coupés du monde. Le jardin leur est indispensable pour méditer mais aussi pour se nourrir. Les cloîtres, les jardins des monastères, étaient carrés ou rectangulaires et divisés en quatre parcelles.
Au centre du jardin se trouve généralement un puits, un bassin ou un réservoir où nagent les poissons qui sont mangés le vendredi ou pendant les périodes de carême.
Le moine plante utile : il préfère les plantes potagères, les blettes, les laitues, les carottes ou les choux, agrémentés de quelques légumes en grains, tels les pois, les pois chiches et les fèves.
À la modeste pitance, s'ajoutent quelques plantes condimentaires et médicinales, comme l'anis, le fenouil, la menthe, le persil, le pavot et la ciboulette ainsi que quelques plantes tinctoriales, notamment la rouge garance et les jaunes genêts ou safrans.
À côté du jardin se dresse un verger, le lieu choisi pour cultiver des fruits, des fleurs et enterrer les morts.
Il est utile de préciser qu'au Moyen Âge, les fleurs dans les églises sont tenues pour sacrilèges, évoquant les orgies romaines.
Pour les hommes d'Eglise, la fleur est associée à la Vierge Marie, pour laquelle sont plantés des lis d'un blanc immaculé ou des roses rouges, la couleur du sang du Christ.
N'oublions pas la vigne, à destination du vin de messe, uniquement.
Conjuguant esthétique et utilité, les vergers étaient installés dans des endroits que je trouve sublimes. Ils se devaient d'être beaux et ordonnés. Pas d'anarchie dans les plantations. De l'ordre et de la rigueur, comme là-haut.
Les allées sont encadrées par des buis de bordure, bénis lors de la fête des Rameaux.
Ces jardins évoquent le paradis perdu et la quête d'un monde parfait. Ils sont aussi un endroit propice à la méditation. Que l'on soit croyant ou non, les visiter est toujours un moment délicieux.



Les vers de terre sont présents sur toute la planète. Ils représentent à eux seuls 80 % du poids total de tous les animaux vivant sur la terre.



Manipulation génétique


Bioéthique rime souvent avec manipulation génétique. Qu'en est-il des plantes ? Ont-elles été bonifiées, altérées ou juste modifiées ? Les premières plantes travaillées par les hommes sont les céréales. Les premiers à récolter des graines sont les populations du Moyen-Orient qui améliorent la production de blé en sélectionnant les meilleures semences. C'était il y a 8 000 ans. La nécessité de nourrir une population toujours plus nombreuse a conduit à développer d'autres méthodes de reproduction comme le bouturage, opération consistant à planter en terre une feuille, une partie de tige ou une racine pour obtenir un nouveau plant. Toutefois le bouturage n'améliore pas les végétaux. Les Chinois le savaient : ils lui préfèrent le greffage, inventé, selon les spécialistes, il y a 4 000 ans. La pratique est déjà un peu moins aisée : il s'agit d'introduire dans les tissus d'un végétal un élément d'une autre plante, le plus souvent une partie de branche ou un bourgeon.
L'intérêt de la greffe est d'associer, par exemple, une plante réfractaire à un sol calcaire à un végétal qui l'apprécie. Il est aussi possible de greffer une plante sensible à une maladie sur un pied résistant à cette même maladie. Grâce au greffage, un arbre ou un arbuste peut être adapté au climat d'une région, ou à un sol et sa production de fleurs ou de fruits améliorée. Le greffage ne mélange pas les végétaux. Vous greffez un rosier rouge sur un rosier blanc, les nouvelles fleurs seront rouges.
Le semis, le bouturage, le greffage sont des techniques longues à donner des résultats, des résultats parfois décevants. C'est pourquoi les chercheurs travaillent depuis les années 1950 la culture in vitro. Réalisée en laboratoire, elle régénère les plantes à partir des tissus végétaux ou des cellules. On parle alors de culture cellulaire. Dans un laboratoire, les noms deviennent aussitôt abscons : les chercheurs pratiquent la culture des méristèmes, d'apex ou d'embryogenèse somatique. Nous quittons le domaine du jardinage pour celui de la science. L'avantage de ces techniques est d'optimiser la production et de fournir des plans indemnes de tout virus. Le premier inconvénient est que les végétaux produits sont le plus souvent stériles, le second, quoique cela soit aussi valable pour le greffage, que notre environnement végétal en est transformé. Quantité de plantes vivent aujourd'hui à la place d'essences régionales. Je ne sais si c'est un progrès, en tout cas, il s'agit d'une nécessité : il y a 2 000 ans, les pommes avaient la grosseur d'une cerise, pas de quoi nourrir les milliards de Terriens !



Le bout du monde et le fond du jardin contiennent la même quantité de merveilles.
(Christian Bobin)



Labourage et pâturage


Si je devais aujourd'hui utiliser les outils de jardin de mes ancêtres, il me serait facile de cultiver la terre. L'outillage manuel a peu évolué au cours des siècles. Ces outils sont, avec les armes, les premiers objets fabriqués par les hommes, eux qui, 40 000 ans avant J.-C., dessinaient sur les parois des grottes des plantoirs taillés dans des défenses de mammouth. Les archéologues ont trouvé des outils ou des fragments d'outils façonnés il y a 10 000 ans. La houe date de cette époque. C'était une lance destinée à la chasse sur laquelle était fixé une pierre ou un os. Et cela suffisait à travailler le sol.
Les bêches, râteaux, sécateurs existent aussi depuis des siècles, depuis que les hommes aiment s'entourer de jardins ou produire des légumes et des fruits. La population ne cessant d'augmenter, il devint nécessaire de fabriquer des engins destinés à la production de masse. L'araire apparaît en Mésopotamie 4 000 ans avant J.-C. Elle se compose simplement d'une lame en bois tirée par des chevaux ou des bœufs. Elle est peu efficace et pénètre à peine le sol. Il faut sans cesse revenir sur l'ouvrage. Apparaît ensuite la charrue qui se distingue par une innovation technique, le versoir. La terre est basculée sur le côté.
Au XIIIe siècle, le fer remplace le bois. L'avancée n'offre pas que des avantages. Le poids de l'engin est tel qu'il devient nécessaire d'employer simultanément plusieurs bêtes de trait pour l'utiliser. Autre inconvénient, l'énorme poids rend difficile voire impossible les demi-tours à l'extrémité des champs et cela oblige l'agriculteur à travailler en spirale ou à exploiter de préférence des parcelles tout en longueur. La charrue connaît peu d'évolutions jusqu'à la fin du XVIIIe siècle. Dans les années 1800, il est installé des roues pour faciliter sa mobilité, des dispositifs de réglage sont créés permettant de labourer à une profondeur choisie. La vraie révolution est l'invention vers 1825 de la charrue réversible, la charrue brabant. Elle se compose de deux corps de charrue que l'utilisateur peut faire pivoter. Le demi-tour n'est plus un problème. Au XXe siècle, les tracteurs remplacent les animaux et facilitent grandement le passage de la charrue sur des surfaces de plus en plus grandes. Avec les gros tracteurs, ce n'est plus un seul versoir qui retourne la terre mais plusieurs qui creusent le sol. Le progrès est là. Toutefois les agronomes, depuis quelques années, affirment que cette technique nuit à la qualité des récoltes et dégrade les terres. Il n'est plus souhaitable, pour beaucoup de spécialistes, de labourer les terres. Ils affirment que le hersage suffit. Beaucoup d'agriculteurs suivent dorénavant leurs recommandations.
Les hommes ont pendant des siècles tout fait pour améliorer la performance des charrues. Cela n'a peut-être servi à rien.



Quiconque construit un jardin devient un allié de la lumière,
Aucun jardin n'étant jamais surgi des ténèbres.

(proverbe persan)



Haschischins


Les hommes n'ont eu de cesse d'exploiter la nature pour en tirer ce qu'elle offrait de plus maléfique.
C'est ainsi que les plantes furent souvent employées à des fins criminelles.
Nous sommes dans les années 200 avant J.-C. et Hannibal est en difficulté. Je veux parler du grand général carthaginois, et non d'un autre psychopathe incarné à l'écran il y a quelque temps par Anthony Hopkins. Les deux en tout cas font froid dans le dos.
Mais revenons au général.
Hannibal fut capable de conduire à la mort une armée de 38 000 soldats. Il osa franchir les Alpes avec des éléphants pour affronter les Romains et mit à maintes reprises les légions italiennes en déroute.
La victoire n'est pas toujours au rendez-vous. Hannibal est en Afrique et son armée est en sous-nombre. La défaite semble inévitable. En bon stratège, il ordonne le repli des troupes tout en laissant sur place tous les tonneaux de vin dont il dispose. Les barriques ne contiennent pas que du raisin : il y a été ajouté des racines de mandragore, une plante vivace provoquant malaises et hallucinations. Les ennemis envahissent le campement et savourent leur victoire en buvant jusqu'à la dernière goutte le vin abandonné. Hannibal revient quelques heures plus tard et massacre sans avoir à combattre des soldats incapables de se défendre.
La plante fit alors une entrée remarquée dans la carrière militaire. Elle est loin d'avoir été la seule.
Les premiers soldats kamikazes furent ismaéliens (l'ismaélisme est un courant minoritaire de l'islam chiite). Ils étaient entraînés à tuer et à repousser les limites de la peur. Pour qu'ils soient encore plus efficaces, les chefs donnaient aux combattants des doses de haschisch. Ces hommes étaient sans doute des fanatiques, ils étaient aussi complètement drogués. Ils atteignirent le paradis, c'est sûr, mais celui-ci était artificiel.
Le haschisch est issu d'une plante, le chanvre, aux utilisations multiples.
Grâce à elle, les candidats à la mort ne redoutaient rien et enduraient la douleur sans se plaindre. Les résultats furent à la hauteur des espérances et les dégâts occasionnés colossaux. La méthode n'était pas même secrète. En souvenir de cette pratique, les soldats de Dieu furent surnommés des haschischins, un mot qui en a donné un autre à notre langue, assassin.



Au XVe siècle, les habitants de Corinthe vendent aux Vénitiens leur célèbre raisin. Les marchands sont parfois malhonnêtes et ceux de la cité des Doges ne font pas exception. Ils mélangent aux raisins des figues, des fruits plus lourds et surtout beaucoup moins chers. Le malheureux acheteur qui découvrirait la supercherie se retrouvait mi-figue mi-raisin.



Aux origines


L'Institut national des sciences de l'univers travaille sur l'histoire du climat et du vivant. Il a créé un programme de recherches baptisé Éclipse, étudiant l'environnement et le climat du passé, son histoire et son évolution. Les scientifiques participant au projet, après des travaux complexes et pointus, nous annoncent aujourd'hui que les plantes seraient apparues sur la terre il y a quelque 510 millions d'almées.
Cette affirmation est récente car il y a peu, la communauté scientifique estimait que la composition de l'atmosphère ne permettrait pas la vie avant 420 millions d'années.
En ces temps éloignés, celle-ci était aquatique. Les terres furent recouvertes de pierre et de sable, puis de boue. Les premières plantes furent les algues, les mousses et les champignons. Les prêles et les fougères apparurent par la suite. A la même période sont nés les arbres.
Ils étaient fort différents de ceux dont nous avons coutume.
Figurez-vous que ces arbres avaient des écailles, abandonnées au dévonien, quatrième période de l'ère primaire, il y a plusieurs dizaines de millions d' années.
L'étude des fossiles est riche d'enseignements : c'est grâce à ces derniers qu'il est possible de dater et de localiser fougères et prêles.
Les premiers animaux terrestres voient le jour en même temps que les premières vraies plantes. Ils s'en nourrissent.
Les plantes à leur tour ont besoin des animaux pour assurer la pollinisation et la propagation des graines. Dès les commencements, l'interdépendance est indispensable à la survie des espèces animales et végétales.
Les premiers arbres, du moins tels que nous les connaissons, sont les gymnospermes, ou plantes à graines nues. Il s'agit le plus souvent de cycas et de conifères.
Viennent ensuite les angiospermes, plantes à graines en boîte, autrement dit dotées de graines protégées par une enveloppe. Ce sont les arbres que nous connaissons bien comme les bouleaux.



Un jardinier qui sabote une pelouse est un assassin en herbe.
(Raymond Devos)