Le voyage dans le passé
Le voyage dans le passé
128 pages
Couverture cartonnée
Réf : 333795
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L'amour résiste-t-il à tout ?
Résumé
Louis, jeune homme pauvre, tombe amoureux de la femme de son riche bienfaiteur. Passion folle et réciproque. Mais il est envoyé au Mexique pour une mission de confiance. La Grande Guerre éclate, ils ne se reverront que neuf ans plus tard. L’amour résiste-t-il à tout ? À l’usure du temps, à la trahison, à la guerre ?
Pourquoi on l'a choisi
Le succès de l'année ? Un inédit de Stefan Zweig ! Un texte bouleversant où l'on retrouve tout le génie de l'auteur, sa perspicacité psychologique, son art de suggérer par un geste, un regard, les tourments intérieurs, les arrière-pensées, les abîmes de l'inconscient. Un régal !
Moyenne des avis :Les avis des internautesNombre d'avis :3
Marsuprisci
Le 17 mars 2010
Intéressant !
Comme le suggère la couverture du livre, c'est une histoire d'amour. Il est question de deux êtres que tout séparent mais que la passion unis ! Mais leurs chemins se seront séparés... Comment se retrouver 9 ans plus tard ??? L'amour peut-il résister au temps qui passe ? L'écriture de Zweig est d'une grande sensibilité ! Avis positif !!!
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Marsuprisci
Le 07 janvier 2010
Une belle découverte !
Comme le suggère la couverture du livre, c'est une histoire d'amour. Il est question de deux êtres que tout sépare mais que la passion unie ! Mais leurs chemins se seront séparés... Comment se retrouver 9 ans plus tard ??? L'amour peut-il résister au temps qui passe ? L'écriture de Zweig est d'une grande sensibilité ! Avis positif !!!
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marjo
Le 21 janvier 2010
Un semblant de résumé
Ce livre m'a paru, tout au long de sa lecture, un résumé, il semble bâclé et ne m'a pas du tout captivée... Décevant.
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Lu dans la presse
« Stefan Zweig, l'ordonnateur des destins brisés, la maître de l'incomplétude, met le grand amour à l'épreuve du temps, fait subir à la passion les rigueurs de l'exil, de la guerre, de l'infidélité. C'est triste et beau à la fois. Comme Le Rouge et le Noir en noir et blanc. »

Jérôme Garcin, Le Nouvel Observateur
Extrait
« Te voilà ! », dit-il en venant à sa rencontre les bras ouverts, presque déployés. « Te voilà », répéta-t-il et sa voix grimpa dans les aigus, passant de la surprise au ravissement, tandis qu'il embrassait tendrement du regard la silhouette aimée. « Je craignais tant que tu ne viennes pas ! »
« Est-ce là toute la confiance que tu as en moi ? » Mais seules ses lèvres, souriantes, exprimaient comme pour se jouer ce léger reproche : ses yeux, rayonnants et si clairs, resplendissaient de certitude, bleus.
« Non, pas du tout, je n'ai pas douté — qu'y a-t-il de plus sûr en ce monde que ta parole ? Mais, vois-tu, c'est idiot — cet après-midi, je ne sais pas pourquoi, j'ai été tout à coup saisi d'un accès d'angoisse absurde, il t'était peut-être arrivé quelque chose. Je voulais t'envoyer un télégramme, je voulais venir te voir et puis, comme l'heure tournait, et que je ne te voyais toujours pas, j'ai été déchiré à l'idée que nous pourrions encore une fois nous manquer. Mais, Dieu merci, maintenant tu es là. »
« Oui — je suis là maintenant », dit-elle en souriant, avec de nouveau cet éclat resplendissant dans le bleu profond de son regard. « Maintenant je suis là et je suis prête. Et si nous y allions ? »
« Oui, allons-y ! », répétèrent machinalement ses lèvres. Mais son corps immobile n'avança pas d'un pas, il ne se lassait pas de la contempler sans croire à sa présence.
De toutes parts s'élevait le cliquetis des rails de la gare de Francfort, toute de fer et de verre vibrants, des sifflets stridents transperçaient le tumulte du hall enfumé, et sur vingt panneaux, une horloge comminatoire indiquait les heures et les minutes, mais lui, au milieu de ce tourbillon humain, hors de l'espace, hors du temps, dans une transe singulière de possession passionnée, n'était sensible qu'à sa seule présence. « Le temps presse, Louis, nous n'avons pas encore nos billets. » C'est à ce moment-là que son regard captif se détacha d'elle et, avec tendresse et respect, il lui saisit le bras.
L'express du soir pour Heidelberg — fait inhabituel — était bondé. Ils pensaient que leurs billets de première classe leur permettraient de se retrouver en tête-à-tête. Déçus, ils se décidèrent, après avoir inspecté en vain tout le train, pour un compartiment où il n'y avait qu'un monsieur aux cheveux gris, qui somnolait, calé dans un coin. Ils savouraient d'avance la conversation intime qu'ils allaient avoir, lorsque, juste avant le sifflet du départ, trois messieurs bardés d'épais porte-dossiers firent irruption dans le compartiment, essoufflés, des avocats à l'évidence, tellement excités par le procès qui venait de se terminer que leur bruyante discussion anéantissait toute autre possibilité de conversation. Résignés, ils se tinrent donc tous deux l'un en face de l'autre, sans oser s'adresser la parole. Néanmoins, quand l'un d'eux levait les yeux, il voyait, survolé par l'ombre incertaine des lampes comme par de sombres nuages, se tourner amoureusement vers lui le tendre regard de l'autre.

Le train se mit en branle en cahotant. Le cliquetis des roues étouffait la conversation avocassière et la réduisait à un simple bruit de fond. Mais, ensuite, heurts et à-coups se muèrent peu à peu en un balancement régulier, le berceau d'acier tanguait, incitant à la rêverie. Et tandis qu'au-dessous d'eux les roues crépitantes filaient, invisibles, vers un avenir que chacun meublait à sa guise, leurs pensées à tous deux voguaient vers le passé comme vers un songe.
[Quelques jours plus tôt] ils s'étaient revus pour la première fois après plus de neuf ans. Séparés tout ce temps par une distance infranchissable, ils ressentaient désormais avec une violence décuplée cette proximité retrouvée qui se passait de mots. Mon Dieu, comme c'était long, comme c'était vaste, neuf ans, quatre mille jours, quatre mille nuits, jusqu'à ce jour, jusqu'à cette nuit ! Que de temps, que de temps perdu et, malgré cela, surgissait en eux une seule pensée, qui les ramenait au tout début de leur histoire. Comment cela s'était-il passé ? Il se le rappelait avec précision : il avait vingt-trois ans lorsqu'il était arrivé chez elle pour la première fois, la lèvre déjà ourlée d'un léger duvet. Confronté dès son enfance à une pauvreté humiliante, nourri par l'assistance publique, il avait réussi à survivre grâce à des emplois de précepteur et de répétiteur, aigri avant l'heure par les privations et le pain de mauvaise qualité. En mettant de côté, le jour, quelques centimes pour s'acheter des livres, en consacrant ses nuits à l'étude, les nerfs épuisés et tendus jusqu'à se rompre, il avait achevé ses études de chimie sortant premier de sa promotion et, grâce aux vives recommandations de son professeur principal, il avait été introduit auprès du célèbre Conseiller G., directeur de la grande usine de Francfort. Là, on lui confia d'abord des travaux subalternes dans le laboratoire, mais ayant rapidement constaté le sérieux et la ténacité de ce jeune homme qui se plongeait dans le travail avec toute la force d'une volonté fanatique, le Conseiller commença à s'intéresser particulièrement à lui. Pour l'éprouver, il lui confia des responsabilités toujours plus grandes dont l'autre s'emparait avec avidité, y voyant la possibilité d'échapper au cachot de sa pauvreté. Plus on lui donnait de travail, plus sa volonté se bandait avec vigueur : il passa ainsi, en très peu de temps, du statut d'auxiliaire banal à celui d'assistant des expérimentations confidentielles, et, pour finir, le Conseiller ne l'appela plus que « mon jeune ami ». Car, à son insu, de derrière la porte tapissée de la Direction, il était observé par l'œil scrutateur d'un connaisseur, et, tandis que le jeune homme, dans son orgueil, s'imaginait dompter avec frénésie le quotidien, son patron, presque toujours invisible, lui arrangeait déjà son ascension future. Souvent confiné chez lui et même parfois cloué au lit par une sciatique très douloureuse, cet homme vieillissant était à l'affût d'un secrétaire particulier à qui il pût tout confier et dont l'envergure intellectuelle serait telle qu'il pourrait lui parler des brevets les plus secrets et des expériences qu'il dirigeait avec la discrétion qui s'imposait : il semblait enfin l'avoir trouvé. Un jour, le Conseiller vint voir le jeune homme, et, à la grande surprise de celui-ci, lui fit cette proposition inattendue : ne voulait-il pas, pour mieux le seconder, laisser sa chambre meublée des faubourgs et s'installer dans sa vaste villa en tant que secrétaire particulier ? Le jeune homme fut surpris de cette offre, mais le Conseiller plus surpris encore lorsque celui-ci, après une journée de réflexion, déclina sans ambages l'honorable proposition, dissimulant assez maladroitement derrière de balbutiantes excuses la brutalité de son refus. Tout éminent savant qu'il fût, le Conseiller n'était pas assez fin psychologue pour deviner la vraie raison de ce refus, et peut-être l'autre, dans son obstination, ne s'avouait-il pas lui-même le fond de sa pensée. Or ce n'était rien d'autre qu'une fierté poussée à l'extrême, la pudeur blessée d'une enfance passée dans la pauvreté la plus amère. Il avait grandi comme précepteur dans les maisons de riches parvenus, qui le blessaient ; statut hybride, sans qualité, à mi-chemin entre le serviteur et le familier, chez lui sans y être, simple ornement comme les magnolias à côté de la table, qu'on disposait puis dont on se débarrassait après usage, il avait l'âme pleine de haine contre les puissants et le milieu dans lequel ils évoluaient, les meubles lourds et imposants, les chambres cossues, les repas abondants, toute cette richesse à laquelle on tolérait seulement qu'il prît part. Il avait tout connu, les offenses d'enfants insolents et la pitié, plus offensante encore, de la maîtresse de maison, quand elle lui glissait discrètement quelques billets à la fin du mois, les regards d'une ironie railleuse des bonnes, toujours cruelles envers le serviteur mieux loti, lorsqu'il arrivait dans une nouvelle maison avec sa lourde valise en bois et qu'il devait suspendre, dans une armoire qu'on lui prêtait, son unique costume, ses habits ravaudés mille fois, ces signes évidents de sa pauvreté. Non, plus jamais, il se l'était juré, plus jamais il n'irait dans une maison qui n'était pas la sienne, plus jamais il ne vivrait dans la richesse avant qu'elle ne lui appartînt en propre, plus jamais il ne donnerait en spectacle son indigence, en se laissant blesser par des cadeaux indélicatement offerts. Plus jamais, plus jamais. Désormais, son titre de docteur et un manteau bon marché mais imperméable dissimulaient au monde extérieur la modestie de sa condition ; dans son bureau, sa compétence faisait oublier la plaie à vif de sa jeunesse salie, gâchée par la pauvreté et les aumônes : non, aucun salaire au monde ne le ferait renoncer à cette poignée de liberté, ce jardin secret de sa vie. Et c'est pourquoi il déclina cette invitation honorable, au risque de ruiner sa carrière en alléguant de faux prétextes.