Ils savaient tous, et pourtant...
Prix public   : 15,50 
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Silences
Silences
Nathalie Lebret
Disponible
240 pages
Couverture souple
Réf : 333113
Résumé
Ces enfants affamés et sales, ces traces de coups sur le corps, cette mère absente, ce père qui boit. Ils étaient évidents les signes d’une famille où les enfants sont en danger. Pourtant personne n’a rien vu. Enfin personne n’a rien dit. Un silence aussi monstrueux que la violence subie par Nathalie et ses six frères et sœurs.
Pourquoi on l'a choisi
Vingt ans plus tard, Nathalie Lebret, trouve enfin la force de raconter cette misère absolue. On sent sa profonde révolte contre l'indiférence des voisins, des services sociaux. Elle témoigne sans haine, pour que plus personne ne se réfugie dans des silences complices.
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Les avis des internautes
Moyenne des avis :Nombre d'avis :9
Le 02 octobre 2009
40 adhérents sur 102 ont trouvé cet avis utile.
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Bon livre
Bon livre, attachant, veut savoir la fin sauf qu'il y a eu des moments où c'était rédigé trop rapidement.
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Le 23 septembre 2009
40 adhérents sur 91 ont trouvé cet avis utile.
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Bon livre mais sans plus
Bon livre mais il ne m'a pas tenu en haleine ! Je suis habitué à lire des livres plus durs, alors que celui-ci l'est sans plus !
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CARRON Christelle
Le 06 octobre 2009
32 adhérents sur 75 ont trouvé cet avis utile.
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Bon livre mais incomplet
Livre intéressant au sujet du parcours des enfants maltraités et par la suite placés mais j'aurais aimé en savoir plus sur les relations entre la narratrice et ses frères et soeurs après le décès de leur père. Que sont-ils devenus ? Surtout la petite Marie, comment s'en est-elle sortie ? Revoient-ils tout de même leur mère ?... Dommage, peut-être y aura-t-il une suite...
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Le 12 novembre 2009
29 adhérents sur 49 ont trouvé cet avis utile.
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Très bon livre, captivant
J'ai lu ce livre en 2 jours. Cette histoire est bouleversante et captivante. Ces services sociaux qui ne font rien face à ces parents indignes, c'est révoltant. J'aurais aimé connaître plus de choses sur sa vie après, le foyer... Je recommande ce livre.
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Le 11 décembre 2009
22 adhérents sur 45 ont trouvé cet avis utile.
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Lisez ce livre
Il vous mettra en rogne parce que tout le monde sait et personne ne réagit ! Il faut lire des livres comme celui-ci pour comprendre la triste réalité de notre système !!! Très enrichissant pour tout le monde.
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Le 03 décembre 2009
22 adhérents sur 49 ont trouvé cet avis utile.
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Quel courage !!
Je suis en train de lire ce livre, mais je retrouve ma vie de jeunesse dans ce récit, plein de choses me reviennent en mémoire ! C'est facile à dire : "on doit dire que l'on est malheureux", mais je peux vous dire, vivre avec quelqu'un qui boit et qui est violent, on vit avec la peur ! Je sais de quoi je parle, j'étais une fille aînée de famille nombreuse de 10 enfants, j'étais la "Cosette" de la maison, franchement j'aimerais avoir contact avec cette dame qui a eu la force de faire ce livre, je la félicite, je pense que j'aurais plein de choses à lui raconter, je lui lance un S.O.S., cela me ferait du BIEN ! Merci beaucoup pour ce livre témoignage, c'est courageux !
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Le 02 février 2010
13 adhérents sur 16 ont trouvé cet avis utile.
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Captivant
Lu en une semaine, on comprend vite la fin de l'histoire avant qu'elle ne se termine, mais c'est une belle histoire.
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barres cindy
Le 03 janvier 2010
11 adhérents sur 35 ont trouvé cet avis utile.
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Très prenant
On a du mal à poser le livre tant qu'il n'est pas terminé !
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Le 26 février 2010
1 adhérents sur 5 ont trouvé cet avis utile.
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Lecture intéressante
L'histoire est bien. Le texte est bien écrit. C'est un livre que je recommande à tout le monde. Histoire très réelle qui malheureusement se produit trop souvent.
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Née en 1969, Nathalie Lebret vit aujourd'hui à la Rochelle. Après avoir travaillé dans un salon de coiffure puis dans l'immobilier, elle a ouvert un atelier de création d'accessoires de mode.
Extrait
Septembre 2004

Le diagnostic a été fulgurant et le verdict est sans appel : cancer du poumon, aucune opération n'est envisageable, son état général ne la supporterait pas. Le médecin s'est étonné qu'il ait pu tenir aussi longtemps sans aucun traitement. J'ai côtoyé la maladie mais la mort est une épreuve que je n'ai encore jamais traversée. Il me faudrait un peu de temps pour appréhender la nouvelle mais la maladie n'est pas disposée à attendre. Comme un refuge, je cherche à tout prix un souvenir heureux où ma mémoire pourrait se poser : l'exercice s'annonce difficile... Que va-t-il donc rester ?
Mon père est hospitalisé à Rouen où habite Marilyne, ma sœur aînée. Elle va le voir tous les jours. Étrange complicité de ces dernières années, interminable errance pour l'un, quête désespérée de l'amour paternel pour l'autre, ils auront au moins parcouru un petit bout de chemin côte à côte. Comme je vis loin de Rouen, je lui téléphone presque tous les jours. Avant de l'appeler, j'attends d'avoir parlé avec Marilyne pour savoir comment elle l'a trouvé.
Quand je pense à lui, ce sont toujours les mêmes images qui reviennent : une infinie maigreur enveloppée dans un voile de fumée, le paquet de cigarettes à portée de main, le regard absent presque transparent. Les jours bien rares de bonne humeur, une lueur anime son visage et parfois, de façon inattendue, surgit une pointe d'humour. Il n'a jamais été très bavard. Nos conversations sont brèves. C'est surtout moi qui parle, parfois il pose une question dont il n'écoute jamais la réponse.
Son état s'aggrave rapidement. Début novembre, je décide d'aller le voir. Avant de partir, j'appelle l'aîné de mes frères :
— Sébastien, je connais ta position mais tu sais, ce serait peut-être bien que tu essaies d'aller le voir, n'attends pas trop, il est vraiment très mal.
Pas de réponse : ni oui, ni non, je n'insiste pas. À trente ans, c'est à lui de décider. Je voyage une partie de la journée, changement de gare à Paris, j'arrive à l'hôpital en début d'après-midi. Les kilomètres ne m'aident pas à dissiper le malaise, mes sentiments à l'égard de mon père ont toujours été partagés entre la peur et la pitié. Je m'attends à le trouver changé mais en entrant dans la chambre, j'ai un véritable choc. Je reste sans voix. Heureusement Marilyne est là avec sa fille. C'est elle qui parle :
— Nathalie vient juste d'arriver, elle est venue directement de la gare.
Sans un mot, je me penche vers lui pour l'embrasser. D'un geste, il me montre le rebord de la fenêtre, je m'approche. Il a mis de côté ce qu'il n'a pas mangé. Je trouve un yaourt collé contre la vitre et qui doit cuire au soleil depuis déjà plusieurs heures :
— Si tu as faim, tu peux le prendre.
J'hésite un instant avant de me décider à l'ouvrir mais je ne peux me résoudre à le goûter, je finis par le poser sur la table. Ce geste semble le gêner. Je ne voulais pas le vexer, il n'a rien d'autre à offrir :
— Je te remercie, c'est très gentil mais il fait très chaud ici et en plus ta chambre est plein sud...
Il lève les yeux au ciel et regarde Marilyne :
— Décidément, ta sœur ne changera jamais !
Il ne fait pas d'autre commentaire. Je suis touchée, pour une fois il accepte ce sens de l'exigence qui lui a tant fait défaut. Pour me faire plaisir, il accepte même un petit morceau du gâteau au chocolat que j'ai acheté avant d'arriver. La conversation porte sur mon voyage, mes enfants, il me demande même des nouvelles de mon mari. Je lui parle d'Émilie, ma sœur, d'une année ma cadette :
— Émilie a demandé si tu voulais bien qu'elle vienne te voir ?
Le ton est dur, la méchanceté n'a jamais manqué un rendez-vous :
— Elle n'a qu'à venir, elle verra bien !
Je me demande, comment peut-il contenir autant de haine ? Ici, aujourd'hui, j'espérais une autre réaction. La proposition d'Émilie était à son image, généreuse, sans arrière-pensée. Elle était prête à faire l'effort d'aller à sa rencontre, qu'ils puissent se quitter en paix mais il est trop fier, emmuré dans ses erreurs, il n'a plus le temps d'y renoncer. C'est mieux qu'Émilie ne vienne pas, elle ne mérite pas une ultime agression. L'infirmière nous demande de ne pas nous attarder, il est fatigué et ils ont des soins à faire. Je suis aussi un peu pressée par le temps :
— Je ne peux pas rester mais je vais essayer de revenir bientôt.
— Fais comme tu peux, ne te fais pas de souci, surtout tu n'as pas à t'inquiéter.
Ces mots sont inhabituels dans sa bouche, lui toujours si anxieux, il me paraît étrangement calme... Depuis plusieurs semaines, il ne peut pratiquement plus se lever seul mais il tient à nous dire au revoir de la fenêtre. Il a débranché ses appareils, il ne garde que la perfusion. De la rue, nous nous faisons des signes pendant un long moment. Marilyne est bouleversée ; je retiens mes larmes, je l'ai si souvent fait. Ce n'est pas un au revoir, c'est un adieu. Il est mort le 28 novembre. Il avait soixante ans.
Quand Marilyne m'a appelée, j'aurais voulu pouvoir la réconforter mais je ne trouve pas les mots. Je me sens emportée dans un tourbillon, presque un vertige face au vide et à l'absurdité de toute une vie. Mon père était ce qu'il était, je ne l'ai jamais accepté mais je ne le renie pas. Je rejoins Marilyne. Nous nous occupons de l'organisation des obsèques. Nous sommes un peu perdues, désemparées, c'est une situation que nous n'avons jamais eue à gérer. Une seule certitude, impérative, je veux qu'il parte dignement.
Il n'a laissé aucune indication. Nous savons qu'il a reçu une éducation religieuse, nous décidons de faire dire une messe. À l'hôpital, nous avons fait la connaissance d'une religieuse qui apporte aide et assistance aux familles. Sa présence et sa gentillesse nous ont été d'un grand secours. Elle a cherché à savoir qui nous étions. Nous avons beaucoup parlé de lui, de nous. Ensemble, nous avons préparé la cérémonie. Mes grands-parents paternels sont décédés. Mon père avait trois frères et une sœur. À l'exception de Paul que nous avons vu régulièrement jusqu'au milieu des années 70, il y a bien longtemps que mon père n'avait plus aucun contact avec sa famille.
Je souhaite tout de même les prévenir. Je fais une tentative auprès de l'un d'eux dont je trouve les coordonnées dans l'annuaire. C'est sa femme qui me répond, je me présente :
— Nous ne nous connaissons pas. Je suis Nathalie, la seconde fille de Jean, vous êtes ma tante. Je vous appelle dans des circonstances un peu particulières, je voulais annoncer à votre mari le décès de son frère. Je sais qu'ils ne se sont pas vus depuis des années mais je tenais à ce qu'il en soit informé.
Nous échangeons quelques banalités. Je tiens à la rassurer sur le sens de ma démarche :
— Après toutes ces années, je comprendrais très bien que vous ne souhaitiez pas en entendre parler. Si vous pouvez faire part de mon appel à votre mari, je peux vous rappeler pour vous donner tous les renseignements sur la cérémonie. Je vous remercie d'avoir pris le temps de m'écouter. À demain.