L'heure de Juliette
L'heure de Juliette
Elsa Chabrol
368 pages
Couverture cartonnée
Réf : 331694
Avec ce livre, cumulez 10 Points Club
Au lieu de 18,00  (prix public)
Résumé
À 101 ans, Juliette attend sereinement son heure quand, patatras, voilà que Pierrot veut partir se marier ! À 47 ans, il est temps, mais sans lui le hameau est condamné. Il veut une femme ? On va lui en trouver une ! Et tout Pouligeac s'y met, Juliette en tête, avec l'aide d'Internet, ses possibilités et ses surprises...
Pourquoi on l'a choisi
Nous avons eu un coup de cœur pour ce roman inattendu, un vrai bonheur de livre, frais et drôle, aux personnages savoureux. On déguste cette comédie de mœurs cévenole sans en laisser une ligne et on attend avec impatience le prochain Elisa Chabrol.
Moyenne des avis :Les avis des internautesNombre d'avis :6
arwend05
Le 05 novembre 2009
Extra !
C'est CE roman qui aurait dû être la Super Avant Première ! Dommage... pour un premier roman, c'est un coup de maître ! C'est un pur délice ! On rit de bon coeur à chaque page ! C'est actuel, c'est frais, c'est jeune... même si notre héroïne a 101 ans !... et ne vous y trompez pas : des mamies comme ça... et bien il y en a ! C'est ça qui est extra ! Beau roman plein de vie et d'espoir ! J'ai adoooré !... Mais ça, vous aviez sûrement remarqué !
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lolo38
Le 17 octobre 2009
Un pur moment de bonheur
Par ces temps d'automne froids et gris, c'est un pur bonheur de lire ce premier livre d'Elsa Chabrol. C'est simple : on rit de bon coeur à peu près toutes les deux lignes. Les personnages cocasses et hauts en couleur nous deviennent vite attachants, en particulier Juliette dont on se ferait volontiers une super arrière grand-mère. A consommer vraiment "Sans Modération" et vivement le prochain Elsa Chabrol.
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Le 24 septembre 2009
Un instant de rires et d'émotion
Ce livre est truculent, joyeux, plein d'émotion. J'ai passé un très bon moment, de solidarité, de manigances gentilles dans ce vieux village. Que du bonheur !
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Vivie
Le 28 octobre 2009
Un petit bijou !!!!!
Si vous voulez passer un bon moment de rigolade, lisez ce livre........Que ça fait du bien de rire en lisant..... Ce livre est un vrai remède à la dépression.... Un pur bonheur.... Lisez-le !!!!
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Le 06 avril 2010
Une gourmandise...
Une centenaire curieuse dans un petit hameau dépeuplé... Cela présage quelque chose de sinistre ? Eh non ne vous y trompez pas... Ce premier roman d'Elsa Chabrol est d'une drôlerie... Un pur moment de joie... de l'humanité, de la dignité et surtout des éclats de rire... J'ai adoré... et j'espère que cette jeune auteure va continuer dans cette lancée...
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papy2626
Le 25 février 2012
Un délice
On passe un très très bon moment en compagnie de ce livre drôle, de l'émotion... Je le conseille pour une bonne détente.
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Elsa Chabrol est scénariste et réalisatrice. Elle a suivi des études de cinéma à Lodz, en Pologne, et a écrit une vingtaine de documentaires et fictions. Elle a été jusqu'à juin 2008 responsable du département des documentaires à Radiobras (Télévision nationale brésilienne).
Après L'Heure de Juliette, La Guerre de Louise est son deuxième roman.
Lu dans la presse
« Une comédie villageoise savoureuse. »

Midi Libre


« Des personnages plus vrais que nature, de l'humour, un style pétillant. (...) Pour sa première fiction toute de fraîcheur et de fantaisie, Elsa Chabrol fait assaut d'imagination, d'esprit et d'originalité dans une langue rigolote qui sent bon la ruralité abordée sans clichés ni condescendance. »

Presse région Sud
Extrait
1.

07 :20
— Cent un ans, un mois et quatre jours...
Juliette vérifiait son calendrier tous les matins à la même heure.
Juste après avoir terminé sa Ricoré.
— ... et toujours vivante ! ajoutait-elle d'un petit air vainqueur.
Durant ces vingt dernières années, le pari de Juliette avait été « d'arriver » jusqu'au centième anniversaire.
Depuis que son but était atteint, elle se sentait dans un état étrange de constante survie, ou plutôt de sursis. Chaque nouvelle heure lui paraissait inespérée, ce qui n'était pas toujours facile à vivre, ni pour elle, ni pour les autres habitants du petit hameau de Pouligeac, car elle y mettait une certaine lourdeur. Juliette avait tendance à finir ses phrases par « Si je suis encore là » ou « Tant que je suis vivante » et, lorsqu'on lui disait « À demain » , elle répondait systématiquement : « Peut-être. »
Depuis ce fameux anniversaire, fêté en solitaire, Juliette se laissait parfois à rêver d'une longévité à la Jeanne Calmant. Quelque temps auparavant, elle avait découvert dans un magazine que l'ex-doyenne des Français buvait un verre de porto tous les jours.
— Qu'est-ce que je risque, hein ?...
Elle s'était mise à rechercher la clé qui ouvrait le bas du buffet afin d'en extraire une vieille bouteille de porto. Malgré son âge canonique, Juliette gardait une excellente mémoire, quoique un peu plus précise sur les événements antérieurs à 1950 que postérieurs à 2000. Ce n'est qu'au moment d'y goûter qu'elle se souvint que ce porto jadis entamé était resté plus de cinquante-sept ans au fond du buffet et, qu'au lieu de la « prolonger », comme elle le disait, il risquait fort de l'achever. Elle remit la bouteille à sa place et, de nouveau, cacha la clé.
Juliette ne jetait jamais rien.
Cela pouvait évoquer une avarice atavique bien locale, les paysans cévenols n'ayant pas la réputation d'une grande prodigalité, mais c'était en réalité surtout dû au vieil héritage séculaire de ce petit coin oublié de montagne qui n'avait longtemps connu que la misère et le dur labeur sur une terre ingrate.

À l'ombre du mont Lozère, à une altitude respectable et peu enviée, le hameau de Pouligeac se situait autour d'une sorte de cul-de-sac entouré de roches. La terre y était quasiment incultivable, l'accès difficile. Personne ne risquait de s'y aventurer par hasard, d'ailleurs aucun touriste, même intrépide ou totalement égaré, ne s'y était jamais échoué. Dans ce coin des Hautes Cévennes, l'hiver, très rude, était long et pénible. Le hameau restait souvent des semaines entières bloqué sous la neige, quelquefois plusieurs jours sans téléphone et même sans électricité. Donc sans télévision, ce qui de nos jours définit le comble de l'isolement.
L'automne et le printemps y étaient pluvieux, mais l'été délicieux. Quoique très court.
Pourtant le hameau était bien là !
Jadis, disait-on, une bergerie avait été construite et puis, au fur et à mesure d'une improbable histoire, quelques maisons s'étaient agglutinées autour, quasiment collées les unes aux autres, comme pour se tenir chaud. Elles suivaient le cours d'un petit ru maigrichon appelé le Rieu. Il faisait bon y pêcher la truite et même s'y tremper timidement les pieds les quelques rares jours de l'année où l'on n'y risquait pas la congestion pulmonaire.
C'est à se demander comment avait pu naître l'idée saugrenue de bâtir quoi que ce soit dans un coin pareil !
À Petrosac, le chef-lieu de canton, on prétendait qu'au début du XVIIIe siècle, un berger appelé Pouligeot, « ou quelque chose comme ça », était venu transhumer dans ce coin isolé parce qu'il était sûr qu'aucune bête d'un autre troupeau ne se mêlerait aux siennes. C'est lors d'un pacage d'été qu'il avait appris que sa femme l'avait quitté pour un autre. Fou de douleur et dégoûté du monde, il n'avait plus jamais voulu repartir de ce qui allait devenir Pouligeac, s'engageant dans une vie d'ermite qualifiée, vu le lieu, de « suicidaire ».
Certes.
Mais comment expliquer alors qu'il ait pu s'y établir ensuite une famille, puis finalement qu'il s'y soit formé un hameau qui, à ses heures de gloire, connut jusqu'à soixante-dix-neuf habitants de mémoire de Juliette ? À cette question, personne n'avait de réponse. Pas même la centenaire, quasi « éternelle » gardienne des lieux, qui aimait pourtant répéter qu'elle connaissait mieux que personne son hameau, elle qui n'avait jamais quitté la maison où elle était née, et où elle allait mourir « d'un instant à l'autre ».
Aujourd'hui Pouligeac, avec ses vieilles maisons qui émergeaient encore des ruines lugubres, si rarement visitées par les rayons du soleil, des mas à l'abandon, affichait un aspect de délabrement sordide. « C'est un lieu abandonné de Dieu », disait-on dans le canton.
Le hameau se trouvait au bout d'un chemin communal de quatre kilomètres trois cents dont le macadam ne tenait jamais plus d'un hiver. Cette unique voie d'accès, surnommée non sans humour « le goudron », prenait vite des allures de piste exotique garnie de nids-de-poule. Il débouchait sur une départementale impeccable qui rejoignait par un asphalte luisant, onze kilomètres plus loin, la commune de Petrosac.
Malheureusement, le conseil communal se souciait peu du chemin vicinal qui reliait Pouligeac au reste du monde et, malgré force pétitions et courriers, il ne le faisait recouvrir « vite fait, mal fait » que tous les sept ou huit ans.
Entre-temps, c'est à peine s'il était praticable.
« C'est parce que ça fait cher quatre kilomètres trois cents de bon goudron pour dix électeurs ! affirmait Juliette. D'autant que d'ici peu, il n'en restera plus que neuf », s'empressait-elle d'ajouter dans un souffle.

Avec les années, Juliette était devenue quelque peu sentencieuse. Elle profitait de son statut de doyenne du village, pensait-on, pour se décréter investie d'une incontestable sagesse.
Mais en réalité, obsédée par l'idée que chacune de ses phrases pouvait être la dernière, Juliette redoutait de mourir après avoir formulé quelque chose de trop anodin, pour ne pas dire une « connerie ».
Mourir après avoir dit : « Il faut jeter les poubelles » ou « Achète-moi du papier à derrière ? », pour une fille de littéraire, c'est inconcevable... se disait-elle en songeant à l'amour de sa mère pour les livres.
Bien qu'elle fût dotée d'une étonnante tonicité pour son âge, Juliette ne quittait plus sa maison. Elle ne se sentait plus d'affronter les hautes marches de pierre de l'escalier extérieur. Les descendre, passe encore, mais les remonter ?... Elle ne voulait prendre aucun risque : elle mourrait dans sa maison. Pas dehors.
Son mas trônant au centre de la placette où aboutissait le fameux « goudron », personne ne pouvait approcher du hameau sans qu'elle ne le sache. Du haut de son balcon, elle surveillait et jugeait tout et tout le monde en balançant quelques formules en forme de citations qu'elle souhaitait chaque fois quasi historiques.
Sa vie avait pourtant été d'une grande modestie, simple et linéaire. Juliette était fille unique de paysans. Son père, le Sylvain, était lui aussi né dans cette maison. Simone, sa mère, native du chef-lieu de canton, avait été, chose rare pour l'époque et la région, jusqu'au certificat d'études. Elle en avait gardé un goût prononcé pour la lecture et pour les arts. C'est d'ailleurs dans le dessein de séduire la jeune citadine que le père de Juliette avait eu l'idée de construire de ses mains un balcon pour « faire comme à la ville » et attirer la jeune diplômée de la capitale locale dans son pays perdu. Cela donnait une drôle d'allure à ce mas de pierre, et pendant de longues années, les voisins firent bien attention à ne pas trop s'approcher de peur que cette chose étrange ne leur tombe sur la tête. Il n'empêche que la Simone avait été si bien conquise qu'après son mariage, lorsqu'elle ne courbait pas l'échine sur cette terre de rocailles, elle passait de longs moments à lire sur son balcon. Les gens du pays voyaient en elle une sorte de marginale un peu prétentieuse qu'ils surnommaient la « Reine mère ». Il faut dire qu'elle avait pris l'habitude de répondre aux salutations des passants par un léger geste de la main souligné d'un petit sourire figé. Cela lui permettait de ne pas trop troubler sa lecture tout en restant polie. On blaguait beaucoup sur elle à l'époque et certains malfaisants avaient été jusqu'à dire que toute cette lecture l'avait probablement rendue stérile. Ce qui n'était pas le cas puisqu'à presque quarante-cinq ans Simone eut enfin un enfant. Une fille. Toujours aussi férue de lecture et de balcon, elle demanda à ce qu'on l'appelât Juliette. Malheureusement pour cette petite fille, non seulement sa mère avait passé l'âge de lui faire un frère, mais il était d'usage dans ces familles cévenoles de s'en tenir à un seul enfant afin d'éviter tout problème d'héritage. La terre restait ainsi dans la famille, puisqu'il n'y avait nul besoin de vendre pour la partager. Or peu d'hommes propriétaires — d'autres n'auraient pas eu la moindre chance d'être admis par les parents de Juliette — auraient accepté de vivre dans un autre mas que le leur, ceci avec des beaux-parents âgés, donc à charge. De surcroît, à Pouligeac ! Pour toutes ces raisons, Juliette resta sans Roméo, et aucune échelle ne s'agrippa jamais au fameux balcon.
Juliette avait vingt ans lorsque Simone mourut. La jeune femme dut alors s'occuper de son père. Celui-ci décéda trente ans plus tard, à l'âge de quatre-vingt-quatorze ans. Juliette avait alors plus de cinquante ans, ce qui n'était plus un âge pour « partir ». Alors, elle resta.