Le pays sans adultes
Le pays sans adultes
320 pages
Couverture souple. 11 x 18 cm
Réf : 331419
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Au lieu de 19,00  (prix public)
Résumé
"La vie, c’est pas pour les enfants". Et certainement pas celle de Slimane, onze ans, terrorisé par son père, « le Démon », alcoolique et violent. Heureusement, il y a Maxence, son grand frère, qui invente pour eux un monde de soleil, de bonheur et de rire. Avec lui, Slimane peut tout supporter. Mais pas Maxence. Qui choisit de partir pour de bon au pays sans adultes. 
Pourquoi on l'a choisi
300 pages de pure émotion. Ondine Khayat a du talent. Pour décrire ces existences cabossées, sacrifiées, elle recrée le langage de l'enfance, sa sagesse naïve, son humour involontaire. C'est beau, poétique et terrible.
Moyenne des avis :Les avis des internautesNombre d'avis :7
ELYY9
Le 26 novembre 2009
Excellent
J'ai dévoré ce livre tant il m'a plu. Je le conseille.
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shanico
Le 13 octobre 2009
A la fois triste et merveilleux
Un livre génial où les sentiments sont dévoilés, un vie difficile mais à la fois magique avec tant de complicité, un language d'enfants si touchant, on rit on pleure, beaucoup d 'émotion, une belle leçon de vie et d'espoir dans un monde où on se voile si souvent les yeux. A LIRE ET A RELIRE.
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Le 01 décembre 2009
Prenant du début à la fin !
Le contexte est difficile et pourtant la lecture si facile grâce au caractère fusionnel des personnages ! D'un pays sans adultes, je suis retombée dans le monde des enfants... Quel plaisir ! A conseiller.
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Le 18 octobre 2009
Magnifique !
Un livre que j'ai lu d'un souffle tellement il est prenant. A faire passer aux amis !
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eilahtan
Le 21 décembre 2009
Mon coup de coeur
J'ai adoré ce livre, c'est bien écrit, saisissant et émouvant (j'ai versé quelques larmes, ma gorge s'est serrée...), et c'est un livre plein d'espoir en même temps. Je ne connaissais pas Ondine Khayat mais je vais d'ores et déjà me procurer son 1er livre "Lucine".
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Vivie
Le 26 février 2010
De jolis mots pour le dire....
Ce livre est un poème à lui seul... L'art de faire passer une vie de malheur à travers de jolis mots pour que la lecture nous soit un peu plus douce... Mais ça ne m'a pas empêché de beaucoup pleurer... Ce livre est un vrai bijou de poésie et de vérités de la vie. Je vous le conseille vivement. A lire et relire.
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VanessaK
Le 03 septembre 2010
Un livre à lire
J'ai pris ce livre suite aux précédents avis positifs, et je ne le regrette pas ! Ce que je peux vous dire, c'est qu'au début j'ai souri, puis après je me suis mise à pleurer. Je vais d'ailleurs le faire passer à ma collègue ! Un livre à lire et à relire !
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Extrait

1


Je m'appelle Slimane. Je me demande bien où mes parents ont pêché un nom pareil... Sûrement dans un lac très loin d'ici ! Je vis dans une famille complètement tordue. Si j'étais pas un enfant de onze ans, je mettrais toutes mes affaires dans une valise, comme mon père quand il est en colère, et je m'en irais en claquant la porte. Ensuite, je m'assiérais dans ma voiture et je démarrerais en faisant beaucoup de bruit, comme mon père quand il est en colère. Je laisserais de la fumée toute noire derrière moi, comme mon père quand il est en colère, pour que la terre entière sache que je suis pas content du tout. Mon père est tout le temps en colère. Je suis sûr que même quand il était dans le ventre de sa mère, il lui criait après pour qu'elle change le liquide « agneautic », un peu comme on change la litière d'un chat. À mon avis, c'était une énorme erreur de le mettre au monde. On n'avait vraiment pas besoin de ça. Il paraît qu'il est né avec le cordon ombilical autour du cou et qu'il a failli mourir étouffé. Dommage... ! Le docteur a dû le faire tourner comme une toupie pour le sortir de cette mauvaise passe. C'était bien la peine de se donner tout ce mal... Grand-mère a dit qu'il était rouge comme les coquelicots qui poussent dans les champs, sur la route des vacances. Enfin ça, j'en sais rien, je suis jamais parti en vacances.

Souvent, je regarde les informations à la télévision pour ne plus entendre les cris de mes parents qui se disputent, et je vois bien que quelque chose ne tourne pas rond. Les adultes passent leur temps à nous dire de faire ci, ou ça, d'être comme ci, ou comme ça, mais quand on voit dans quel état ils ont mis la planète, on se dit qu'ils feraient mieux de se taire et que ce sont les enfants qui devraient être au pouvoir. Moi, si j'étais au pouvoir, aucun mari n'aurait le droit de battre sa femme. Et aucune femme ne pourrait rouspéter bêtement après son mari. D'ailleurs, si j'étais au pouvoir, le mariage, ça n'existerait plus. Les mamans et les papas ne vivraient pas ensemble, ou alors seulement après avoir passé des tests. Un genre de permis de vivre ensemble. Un permis à points, comme pour les automobiles. Si vous perdez trop de points, c'est fini, vous ne pouvez plus vivre ensemble. Il faut repasser l'examen pour avoir un nouveau permis. Dans les films, les gens ont l'air amoureux, ils vivent ensemble dans des beaux appartements et ils portent des vêtements chic, mais on nous montre uniquement les bons côtés. Dans la vraie vie, les gens font leurs courses au supermarché du coin, et ils se disputent pour tout, même pour choisir un paquet de pâtes. Dans la vraie vie, les gens vivent dans des appartements beaucoup trop petits, et parfois même, ils sont renvoyés de leur travail. Alors, ils restent dans leur salon, assis devant la télé, « emberlifagotés » dans leur tristesse. Ils se mettent à crier les uns sur les autres, et leurs enfants grandissent avec des ronces dans le cœur. Les mauvaises herbes, si vous ne les arrachez pas tout de suite, elles finissent par tout recouvrir : les terres vierges et les fleurs sauvages. Moi, ce que je crois, c'est qu'aucun enfant ne peut survivre à la sécheresse.

Mon père passe la journée entière vautré sur le canapé, dans son jogging en soldes de l'année dernière. Il boit des bières qu'il achète par douzaine. Ma mère, ça la rend folle. Certains jours, elle rentre et elle dit qu'elle en a marre que son salaire parte en packs de bière. Au début, il fait semblant de ne pas l'entendre, mais après, c'est plus fort que lui, il boit une dernière gorgée, il se lève, et là, le rapport de forces s'inverse. Ma mère essaie de se replier en hâte dans la cuisine, mais c'est trop tard. Il court vers elle, il l'empêche de refermer la porte et il cogne. Il cogne jusqu'à ce qu'elle tombe par terre, sur le carrelage de la cuisine. L'autre jour, mon frère Maxence s'est précipité pour la défendre, mais mon père lui a donné deux baffes et ça l'a fait saigner du nez. Je suis resté là, sans pouvoir faire un geste, à regarder le sang du nez de Maxence se mêler à celui de l'arcade sourcilière de maman. Ça faisait comme un ruisseau écarlate sur les dalles de la cuisine. Je connais pas le numéro du SAMU, alors je me suis juste avancé vers eux, et on s'est serrés tous les trois très fort, pendant que des coquelicots fleurissaient sur mon tee-shirt blanc. Maman ne pouvait pratiquement plus ouvrir les yeux, et je me suis dit que je serais son chien d'aveugle pour toujours, si jamais elle ne revoyait pas. Je sais pas combien de temps on est restés comme ça, assis par terre dans la cuisine, mais même les dalles glacées m'ont semblé hostiles.
La vie, c'est pas pour les enfants.

Un jour, dans une émission, j'ai entendu quelqu'un dire que l'État devait nous protéger. J'étais bien d'accord, mais une semaine plus tard, mon père est rentré à la maison complètement ivre, et j'ai compris qu'il s'était encore fait licencier de son travail. J'ai bien eu envie d'appeler l'État, mais je savais pas où le joindre. Des fois, je vois des messieurs à la télévision. Des messieurs en costume qui font des belles phrases, qui nous parlent de conjoncture, de croissance, de confiance en l'avenir, et je me dis que j'aimerais bien avoir un papa comme ça. Un vrai papa, qui soit propre et qui sente bon. Mais Maxence, il dit que même si on met un beau costume, quand l'âme est gâtée, il n'y a rien à faire. Quand même, si mon père pouvait de temps en temps mettre une cravate à son âme, elle aurait l'air moins moche.
Est-ce que quelqu'un nous écoute, les jours où on a trop de peine pour la garder à l'intérieur de nous ? Les jours où on tourne notre visage vers le ciel en implorant le silence. Un silence ardent, comme de la lave qui s'écoule de tous nos volcans. Une tristesse qui provoque en nous une éruption et saccage tout sur son passage. Qu'est-ce qu'il a, mon père ? Max et moi, on l'appelle le Démon, parce que c'est même pas un vrai père. Il lui est sûrement arrivé quelque chose de terrible pour être comme ça. Le Démon, c'est la colère qui le dévore, une rage sourde, tranchante, dévastatrice. Elle déborde de lui comme du lait brûlant, et tout se met à prendre feu. Qui m'expliquera pourquoi ? À la télévision, dans les publicités, les familles ne ressemblent pas du tout à la mienne. Elles sont gentilles, elles vivent dans des belles maisons et il ne se passe jamais rien d'horrible. Dans les publicités, même les ordures dans les poubelles sont jolies. Souvent, je regarde la télé, puis je regarde le Démon, et il y a deux ou trois trucs de la vie que je pige pas. Moi, ce que je voudrais, c'est vivre dans une publicité, avec que des gens gentils, et des mots doux comme des bouquets de fleurs. Mais Maxence, il dit que la publicité, c'est fait pour nous anesthésier le cerveau.
— Ça veut dire quoi, anesthésier le cerveau ?
— Ça veut dire l'endormir.
— Mais après, il peut quand même se réveiller ?
— Non. Si tu regardes trop la télé, ton cerveau ne se réveille plus jamais.
— Tu crois qu'il dort, le cerveau du Démon ?
— Ce que je crois, moi, c'est que le Démon n'a pas de cerveau.
— Il a quoi, alors ?
— Des problèmes.
— Mais si on ouvrait son crâne, ce serait tout vide ?
— Oui. Il y aurait juste un gros trou.
— Tu veux dire un genre de gros cratère ?
— C'est ça.
— Et moi, j'en ai un, de cerveau ?
— Bien sûr ! Tu as un cerveau, mais surtout, tu as un cœur.
Ça m'a rassuré de savoir que dans ma tête, il n'y a pas un cratère comme dans celle du Démon, et que dans ma poitrine, il y a un cœur pour ranger tous les gens que j'aime. Des fois, je pose la main sur mon cœur, et je tends l'oreille. Les battements de nos cœurs, c'est rien d'autre que les murmures de tous ceux qui habitent dedans. Quand il n'y a plus personne, il s'arrête de battre. Il faut un grand cœur pour y mettre tous les gens qu'on aime, et laisser de la place à tous ceux qu'on va aimer, mais qu'on ne connaît pas encore. Un grand cœur en forme de loft, même si on doit abattre des tas de cloisons. Un cœur avec des fenêtres pour voir le ciel, et dessiner dessus des beaux nuages en barbe à papa.