Accueil Jeunesse Livres 10 ans et plus La poudre à prout du professeur Séraphin
La poudre à prout du professeur Séraphin
La poudre à prout du professeur Séraphin
Jo Nesbø
224 pages
Couverture souple. 13,5 x 19 cm
Bayard Jeunesse
Réf : 330792
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Au lieu de 12,90  (prix public)
Disponible
Résumé
Lise et Bulle ont trop de chance ! Les petits assistants du professeur Séraphin peuvent utiliser l’incroyable poudre à prout de ce savant rigolo. Mais attention, les jumeaux Morue en sont très jaloux...
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EntreLesPages
Le 09 juin 2011
Plein d'aventures et d'émotions !
Comme le titre de l'œuvre l'indique, le professeur Séraphin a travaillé sur une invention très spéciale censée faire le bonheur des petits et pourquoi pas des grands puisqu'il envisage même de la proposer à la NASA pour qu'elle puisse envoyer des hommes dans l'espace plus facilement ! Élément drôle et traité sans réel écart de délicatesse, cette poudre symbolise tout d'abord l'atmosphère déjantée, explosive et inattendue de l'histoire. Ensuite, elle permet de réunir les protagonistes et de les lancer dans une aventure nouvelle. Peut-être leur permettra-t-elle de réaliser leur rêve. Car en plus de la solidarité qui les motive, Lise, Bulle et le professeur Séraphin, ont chacun une mission personnelle qui leur tient à cœur. Le récit aime jouer avec les émotions. Les personnages aiment jouer de leurs particularités. Complices dévoués, attachants et surprenants, ils évoluent dans une intrigue rythmée et pleine d'imprévus ! Liberté, évasion, décalage, humour, amitié, honnêteté sont les maîtres de cette fiction qui s'avère être un ouvrage ingénieux et détonnant.
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Né en 1960 à Oslo, Jo Nesbø, d'abord journaliste économique et musicien – il a été leader d'un groupe pop –, a été propulsé sur le devant de la scène littéraire en 1998 en recevant le prix du meilleur roman policier nordique de l'année pour son premier livre, L'Homme chauve-souris. Il a écrit depuis une dizaine de polars pour adultes.
La poudre à prout du professeur Séraphin est son premier roman pour la jeunesse.
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Extrait
CHAPITRE 1
Le nouveau voisin

C'est le mois de mai et, après avoir d'abord brillé sur le Japon, la Russie et la Suède, le soleil finit par se lever sur Oslo. Oslo, c'est le nom d'une toute petite capitale, située dans un tout petit pays qui s'appelle la Norvège. L'astre commence par éclairer la forteresse d'Akershus et le Château royal, un monument peint en jaune, ni trop grand ni trop petit, où habite un roi qui, au fond, gouverne si peu que cela ne dérange personne.
Les rayons du soleil caressent les vieux canons pointés sur le fjord d'Oslo. Ils pénètrent par la fenêtre du bureau du commandant et ils se glissent sous la porte la plus reculée de la forteresse, celle qui conduit à la cellule la plus redoutée de la ville, la Cellule de la mort, celle où l'on emprisonne les pires criminels, ceux qui sont les plus dangereux. Hormis un Rattus norvegicus, c'est-à-dire un minuscule rat norvégien qui prend son bain matinal dans les toilettes, la cellule est vide.
Le soleil monte encore un peu plus haut dans le ciel et éclaire les jeunes musiciens d'une fanfare scolaire, qui doivent s'exercer à se lever à l'aube, enfiler des uniformes qui grattent, s'entraîner à marcher au pas et à jouer en rythme - enfin, presque. Bientôt, le 17 mai, aura lieu la fête nationale, et ce jour-là toutes les fanfares d'école du pays se lèveront aux aurores, enfileront des uniformes qui grattent et joueront en rythme - enfin, presque.
Le soleil poursuit sa course dans le ciel et éclaire les embarcadères en bois du fjord d'Oslo, où mouille en ce moment un bateau en provenance de Shanghai, en Chine. Les planches des pontons se balancent et grincent sous les pas qui trottinent dans un sens, puis dans l'autre, pour décharger le bateau de marchandises. Des rayons de lumière se faufilent même entre les planches jusqu'à la canalisation d'égout qui débouche dans la mer, sous l'embarcadère.
Mais un seul et unique rayon de soleil parvient à s'infiltrer dans l'obscurité du tuyau d'égout et s'arrête net sur quelque chose. Quelque chose de blanc, de mouillé et de très coupant. Quelque chose qui ressemble à une dentition. Et, si on s'y connaît en reptiles - même si on est assez nul par ailleurs -, on jurerait voir les dix-huit dents acérées garnissant la gueule du plus grand et du plus terrifiant serpent constricteur qui soit : l'anaconda. Mais personne n'est nul à ce point... Les anacondas, comme chacun sait, ça vit dans la jungle, dans des fleuves comme l'Amazone, au Brésil, et non pas dans les tuyaux d'égout quadrillant le sous-sol de cette petite ville paisible d'Oslo. Un anaconda dans les égouts ? Huit mètres de muscles pour étouffer ses proies, une gueule aussi grande qu'une bouée et des dents qui ont l'air de cornets de glace - genre cône royal - retournés ? Ha, ha ! Cela n'aurait pas manqué de piquant, c'est sûr !

À présent, le soleil brille au-dessus d'une rue tranquille qui s'appelle la rue du Canon. Ses rayons se posent sur une maison rouge, où le commandant de la forteresse d'Akershus prend son petit déjeuner avec sa femme et sa fille Lise. Et, de l'autre côté de la rue, ils illuminent la maison jaune où la meilleure amie de Lise a habité.
Celle-ci vient d'emménager dans une autre ville, Sarpsborg. Depuis que la maison jaune est vide, Lise se sent encore plus esseulée qu'au moment du départ de sa meilleure amie. Car, dans la rue du Canon, elle n'a personne d'autre avec qui jouer.
Les seuls autres enfants dans le coin s'appellent Jojo et Gégé Morue. Ce sont des jumeaux. Ils habitent l'énorme villa avec trois garages, plus bas dans la rue, et ils ont deux ans de plus que Lise.
L'hiver, ils jettent sur sa petite tête blonde des boules de neige dures comme des pierres. Et, quand elle leur propose de jouer avec elle, ils la flanquent par terre pour la « baptiser dans la neige » en lui frottant le visage avec leurs moufles bien glacées et rêches, en la surnommant « Lise-la-pisse », « la-Fayotte-qui-pue » ou encore « Tante Commandante ». Tu penses sans doute que Lise devrait se plaindre auprès de leurs parents et leur dire que Jojo et Gégé sont très mal élevés. Mais c'est parce que tu ne connais pas M. Morue, le père de Jojo et Gégé. M. Morue est un homme bedonnant et grassouillet, toujours en colère, beaucoup plus bedonnant que le père de Lise et beaucoup, beaucoup plus en colère. Sans compter qu'il est au moins dix fois plus riche. Et, parce qu'il est riche comme Crésus, M. Morue s'imagine qu'il peut faire tout ce qu'il veut sans que personne ait rien à redire, et surtout pas sur sa manière d'élever ses garçons !
Si M. Morue est si riche, c'est parce qu'un jour il a volé l'invention d'un pauvre inventeur. Celui-ci avait créé un matériau top secret, à la fois surprenant et très résistant, qui a servi, entre autres, à fabriquer des portes de prison rendant toute évasion impossible. Avec l'argent que M. Morue a ainsi malhonnêtement gagné, il a fait construire son immense villa, ses trois garages et s'est acheté un Hummer. Un Hummer, c'est une énorme voiture hargneuse qui doit servir à faire la guerre et qui occupe presque toute la largeur de la chaussée quand M. Morue remonte la rue du Canon. En plus, le Hummer pollue énormément. Mais M. Morue s'en moque pas mal, car il aime les grosses cylindrées qui rugissent. Et d'ailleurs, s'il commet une imprudence et heurte une voiture, il sait que, la sienne étant la plus solide, c'est l'autre qui aura des problèmes.
Heureusement, Jojo et Gégé ne peuvent plus s'amuser à plaquer Lise dans la neige, car le soleil l'a fait fondre dans la rue du Canon depuis belle lurette. L'astre brille à présent au-dessus des jardins, tous verts et bien entretenus. Tous, sauf un. Il y en a un, tout gris et ébouriffé, envahi par les mauvaises herbes. Malgré cela, il a un aspect gai, parce qu'il abrite deux poiriers et une maisonnette toute biscornue qui, dans le passé, a sans doute été bleue. En tout cas, il manque pas mal de tuiles sur le toit. Là habite un homme que ses voisins de la rue du Canon ne voient presque jamais. Lise l'a salué quelquefois, et il lui a souri en retour. Cet homme est le portrait craché de son jardin : envahi de mauvaises herbes, gris et ébouriffé.