L'échiquier de la reine
L'échiquier de la reine
720 pages
Couverture cartonnée
Réf : 326744
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Au lieu de 23,90  (prix public)
Résumé
À six ans, Kristina Vasa devint Christine, reine de Suède. L’un des esprits les plus brillants de son époque. À vingt-deux ans, cette jeune femme qui voulait naviguer au gré de ses envies et de ses plaisirs, se convertit au catholicisme, abdique, et part vivre à Rome, entourée de savants, d’artistes. Éprise de liberté (de prendre des amants, de les tuer s’ils sont infidèles, de dépenser sans compter), elle vivra comme bon lui semble, loin des carcans de son temps...
Pourquoi on l'a choisi
On aime cette femme de poigne ! Une “héroïne romanesque” qui n’eut de cesse de vivre sa vie comme un combat.
Avis Top Lecteur
« J’ai adoré ! N’étant d’ordinaire pas une grande adepte des romans historiques, ce livre a réussi à me convaincre que l’on peut prendre autant de plaisir qu’en lisant un autre style de roman. […] Il nous tient en haleine jusqu’à la dernière page ! »

Marine Bourrier


« Cette biographie peut plaire à tous, grâce à l’écriture fluide et intelligente de Kerlau. Il a pris le parti d’un point de vue résolument moderne pour conter la vie d’une femme d’exception, dont les excès en tous genres définirent la vie. Le destin de la reine Christine de Suède est passionnant à découvrir sous cette optique et on regrette d’arriver si vite à la fin de son histoire. »

Emilie Ora
Moyenne des avis :Les avis des internautesNombre d'avis :4
Mic
Le 18 juillet 2011
Un grand roman historique
"L'Echiquier de la Reine" est un époustouflant roman historique, où l'ensemble du récit constitue une fascinante reconstitution des cours d'Europe du XVIIème siècle, de sa religion, de son art, de sa culture, de sa politique et de son mode de vie. Yann Kerlau imagine si bien les "faux mémoires" de cette reine scandaleuse et si moderne à la fois, qu'on penserait qu'il l'a personnellement connue, tant tout y est vivant : scènes et décors nous donnent l'impression d'assister à l'action, avec un mouvement et une couleur magistralement évoqués. Intrigues politiques et amoureuses, découvrez le destin d'une héroïne indépendante et rebelle qui se bat dans un monde d'hommes, pour ses convictions et sa liberté. Toute la verve de conteur et le talent de peintre inspiré de Yann Kerlau sont dans ce formidable récit. Porté par une langue aussi intense que réaliste, on regrette déjà que l'histoire s'achève. A l'égal d'un Ken Folett... MIC.
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Bubulle
Le 28 juillet 2011
Le pouvoir ou comment les puissants ne s'intéressent jamais aux gens du peuple !
Nous suivons la princesse, puis reine de Suède, qui choisira d'abdiquer pour se convertir au catholicisme. Ce roman montre un aspect bien particulier des puissants qui nous ont gouvernés : ils ne s'intéressent qu'à leur pouvoir, impressionner les autres puissants par leurs richesses et s'engager dans des luttes intestines soit disant au nom de Dieu ! En aucun cas il n'est fait quelque chose pour gouverner le peuple, s'assurer de ce qu'il aurait besoin, ce qui va ou pas ! Et pourtant, la reine se targue de vouloir capter l'amour du peuple et d'avoir des visées humanistes !!!! Nous entrons donc dans un mode de pensée très différent de ce à quoi on pourrait s'attendre d'une reine qui s'est si grandement glorifiée d'avoir lu et écouté tant de livres et de sages, comme si la vie n'était qu'intrigues pour le pouvoir, pour la religion (qui ne semble qu'un prétexte), pour la richesse. C'est donc intéressant même si cela met en avant à quel point, nous simples citoyens, ne sommes rien.
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MAM3150
Le 07 août 2011
Une grosse erreur (page 7)
Page n° 7, une grosse erreur d'information conçernant le ''DUC Gaston d'Orléans' '(1608-1660), troisième fils d'Henri IV et de Marie de Medicis........... que je sache et confirme après avoir lu ''La reine Margot ", que Catherine de Médicis était l'épouse de Henri II. Henri IV était l'époux de la reine Margot, et gendre de la Reine Catherine de Médicis.
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Remarque de Caroline FONT du 07/09/11
Je pense qu'il n'y a pas d'erreur.... Henri IV a épousé Marguerite de Vallois, dite la reine Margot, fille de Catherine de Medicis. Puis, il a annulé son mariage et épousé en seconde noce, Marie de Medicis.
Remarque de yolande berard du 19/10/11
Il y a souvent confusion entre Catherine, épouse d'Henri II et Marie de Médicis, seconde épouse d'Henri IV.
regine
Le 30 octobre 2011
Echiquier de la reine
Trop de longueurs dans ce roman historique où l'on s'y perd un peu. Je n'ai pas pu le finir. Et pourtant je suis fan des romans historiques style Benzoni beaucoup plus divertissants même si l'auteur prend quelques libertés avec l'histoire !
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Extrait

Chapitre 1
La gourmandise du savoir


C'était un fait : j'aimais les honneurs, les noms qui fleuraient l'histoire, le tumulte des canonnades. Dans le respect que l'on me témoignait, dans la révérence qui m'était due, je vibrais de plaisir et d'orgueil. Née pour régner, je goûtais avec autant de délectation l'amour lui-même que la connaissance. On m'a dite volage, sans scrupule, hardie à l'excès, fougueuse, colérique. Rien ne semblait assez fort pour me fustiger.
Qu'imaginait-on ? Fille d'un roi, je ne pouvais moins faire que vouloir m'élever jusqu'à la gloire que mon père avait déployée sur toute l'Europe. Les Flandres, la Poméranie, l'Autriche, la Sainte Russie l'avaient craint et courtisé. Ses humeurs faisaient les guerres. Ses lassitudes engendraient la paix. Plus vaillant que les chevaliers Teutoniques, il en avait l'aura et, des plus humbles aux plus puissants, il n'était point un gentilhomme ou un manant que le nom de Gustave-Adolphe ne fît trembler.
Par le hasard de ses fantaisies sexuelles, j'étais sa fille unique. L'héritière de ses vertus et de ses combats, l'enfant chérie du « roi de neige », comme on l'appelait alors. Les villes qu'il avait asservies, les territoires conquis à l'arraché m'apprirent à connaître l'Europe. En suivant la trace de ses victoires, je mettais mes pas dans ceux de l'homme qui avait su en redessiner les frontières. À 6 ans déjà, je savais par cœur les noms des cités qu'il avait soumises à notre étendard : Stettin, Spandau, Kolberg, Francfort-sur-l'Oder, Leipzig et, enfin, cette immense plaine de Breitenfeld où mon père avait joué en un jour sa couronne et la fortune de notre lignée.
À 37 ans, l'homme qui avait parcouru l'Europe en vainqueur était devenu le plus grand capitaine de son temps. 7 septembre 1631 : date magique entre toutes, talisman de ma vie. J'aurais voulu naître là, sous les colonnes de fumée, dans la clameur furieuse des batailles. Au milieu des cris de fureur et des corps sans vie qui tombaient les uns sur les autres. La bravoure des miens, l'éclat de leur renommée semblaient avoir jeté un manteau de gloire sur l'Europe. J'étais une Vasa, la descendante de la plus illustre des dynasties du Nord. Tout au long de ma prime jeunesse, ces quatre lettres de mon nom patronymique avaient scintillé comme une immense croix qui se dressait au-devant de chacun de mes actes. Vasa venait du sanskrit et signifiait « maison ». La nôtre fut d'abord pour moi celle des contraintes. Une Vasa ne faisait pas… une Vasa ne disait pas… une Vasa n'avait ni amis ni proches… une Vasa était élevée pour commander des armées et conduire à bon port le navire de la Suède. Elle ne devait de comptes qu'à ses aïeux afin d'être toujours digne de leur renom.

Le jour où je vins au monde, le 8 décembre de l'an de grâce 1626, ma mère ne voulut point me voir : « Une fille, s'écria-t-elle, nous n'en ferons rien de bon. En plus, elle est laide et velue. Ôtez-la de ma vue. »
Descendante directe des princes électeurs de Brandebourg, ma mère portait dans ses gènes la froideur des chevaliers Teutoniques. Dès l'enfance, elle me tint éloignée de ses appartements et j'appris ainsi très tôt que l'amour filial était la chose la moins naturelle du monde. Jamais je ne fus embrassée ou prise dans des bras autres que ceux de ma nourrice. Une fois le mois, elle me faisait venir chez elle et m'examinait avec le soin hautain et méticuleux d'un propriétaire foncier relevant un livre de fermages :
« Tournez-vous, mademoiselle, et relevez donc votre gros menton. Dieu qu'elle est efflanquée et courtaude ! Et d'où donc tenez-vous ce teint olivâtre ? Ouvrez la bouche. Allez, cela suffit. Que l'on éloigne de moi cet accident de la nature ! Cette petite est affligeante et la contempler, une vraie souffrance. »
D'autres auraient sans doute pleuré. Je serrais seulement les dents afin de ne pas donner à ma génitrice le sentiment que ses critiques acerbes me perçaient le cœur. L'amour qu'elle me refusait, je choisis de le porter au roi mon père, héros de mes nuits et éternel absent de mes jours. Dans mes appartements, j'avais fait dresser sur un immense tapis les plans de ses batailles et, avec mon cousin germain, nous refaisions la guerre du haut de nos 6 ans avec des soldats de plomb.
La brusque disparition de mon père marqua pour moi la fin de l'enfance. À 6 ans, j'étais reine de Suède… enfin, presque : le travail et un Conseil de régence devinrent mon nouvel horizon. À vrai dire, j'exultais. Jamais en effet l'étude ne m'avait pesé. Bien au contraire, je me jetais à corps perdu dans tout ce que l'on me donnait. Dans le désert affectif où je grandissais, les livres furent mes compagnons de tous les instants. J'ai toujours aimé lire, en vrac, à la va-vite, n'importe quel auteur, n'importe quand, sans a priori ni ordre, piochant çà et là dès que j'ai pu acquérir un certain discernement. Sans que l'on dût m'en prier, je me nourrissais goulûment à ce vivier de l'écrit, porteur du pouvoir magique de faire tout oublier.
Des mondes se créaient, des paysages sortaient de terre, des histoires prenaient corps. J'appris ainsi l'histoire des Vikings en même temps que celle des Gaules, me passionnant autant pour les pierres runiques que pour le royaume des Goths. J'aimais la violence des siècles éteints, les peurs venues de la nuit polaire, les traces fugitives du passage des bisons sur les grottes du Grand Nord. La traque du gibier, précédant celle de l'homme, le froid, les flèches que l'on tirait à la hâte d'un carquois grossier. Un univers rude où la survie était un combat quotidien.
Plus tard, à l'âge où d'autres rêvaient de pique-nique et de colin-maillard, je dévorai Thomas More, m'amusant à le lire en anglais, puis en latin. Bien que l'éducation d'une reine fût alors relativement dense, rien ne paraissait combler mes appétits. Après les humanités grecques et latines, l'alchimie, l'algèbre, la géométrie m'entraînèrent dans leurs labyrinthes et je caracolai, radieuse, au travers de l'alphabet infini du savoir.
Sur les conseils de mon professeur d'histoire, je m'abîmai bientôt dans la lecture d'Hérodote et de Thucydide, comparant leurs mérites du haut de mes 10 ans avec le sérieux d'un professeur de notre université d'Uppsala. Au même âge, je savais déjà tout de la Confession d'Augsbourg et les disputes d'Érasme de Rotterdam et de Calvin m'étaient aussi familières que les couloirs de notre château de Visby.
Était-ce utile ? Sans doute, puisque bientôt, succédant à un père qui faisait et défaisait les lois à sa guise, il m'appartiendrait de guider mon peuple vers le destin que j'aurais choisi pour lui. On m'apprit très vite à masquer mes émotions et à proscrire ce terme de mon vocabulaire. Une future reine se devait de bannir tout ce qui, demain, pourrait l'affaiblir : l'amour, les émois, les langueurs et les doutes n'eurent ainsi pas droit de cité et je n'en découvris la complexité qu'au seuil de ma vingtième année.
Que l'on n'aille point, pour autant, m'imaginer revêche et rabougrie avant l'âge, penchée sur mes grimoires dans un cabinet obscur ! De mon père, j'avais en effet hérité le goût des galops effrénés et des plaisirs physiques. À l'aube naissante, je partais avec ma monture, avalant des kilomètres de sable et d'eau sur les plages de Gotland. Sans selle et sans escorte, je parcourais ainsi les terres, grisée du bonheur simple de la fatigue d'un corps mis à l'épreuve. Puis venaient les cours d'escrime où, trempée de sueur, je bagarrais pied à pied, enrageant de mon manque de souplesse et d'un cœur qui criait grâce après deux heures d'efforts. Dès mon plus jeune âge, j'ai aimé l'état de perpétuelle urgence que je m'imposais. Sans cesse et sans répit, il fallait que j'entreprenne, que j'échafaude, que je coure dix lièvres à la fois. Pas un jour ne passait sans nouveaux défis. Plus vite. Plus loin. Plus durement. Jamais une plainte, jamais une confidence. Nul répit ni tendresse dans cette enfance dépourvue de parents et d'amis. Une éducation d'airain qui me forgea une trempe peu commune.
Parce que j'étais encore à l'âge où l'on se cherche des modèles, je trouvai en Elizabeth d'Angleterre la grandeur et le goût du faste propres à me séduire. En mettant son pays à la proue des nations d'Occident, la fille d'Henry VIII et d'Ann Boleyn répondait en tout point à l'idéal que je m'étais forgé. Songez donc ! Un pape l'avait excommuniée, puis déposée et enfin, sans davantage de succès, avait appelé les catholiques anglais à la chasser du royaume. Les années de conflits, de guerres intestines, les tentatives de complots, rien n'y avait fait. Quarante-cinq années de règne avaient été la réponse de cette souveraine inflexible. Sans époux ni lien d'aucune sorte, elle avait su mettre à genoux l'Espagne des héritiers de Charles Quint. Son destin m'enchantait comme le faisait la ligne parfaite d'un dessin au burin d'Albrecht Dürer.
À l'instar d'Elizabeth d'Angleterre, je me sentais l'égale de l'homme, son presque jumeau. Plus j'avançais en âge et plus les hommes me plaisaient. Malgré les interdits de ma mère, j'aimais leur odeur, la promptitude de leurs choix, leurs appétits d'ogre et leurs valeurs simples. J'aurais rêvé de faire mienne la phrase de Luther : « Moi, monsieur, je mange comme un bohémien et je bois comme un Allemand. »
En tout, l'excès me gouvernait. La violence du verbe comme du geste m'enchantait. À cause des livres, je devins l'amie des interdits, celle qui ne se liait à personne mais exerçait sur les autres un réel pouvoir d'attraction. Ma mère me pensait brouillonne et emportée, acide comme les mauvais alcools. Sans doute n'étais-je que rétive et déjà cabrée contre l'autorité ? Les jeux, les niaiseries, les ragots de petites filles rougissantes n'entrèrent jamais dans mes façons. Dans les ouvrages que je dévorais, les rapports entre hommes et femmes provoquaient mes emportements. Qu'était-ce donc que ces mariages où l'on vous échangeait contre une province, un territoire ou dix livres de viande de renne ? Au lieu d'entrer dans un lit, on pénétrait dans un jeu d'alliances, d'intrigues à l'échelle d'une nation ou d'une échoppe de drapier. Fallait-il que les femmes fussent sottes pour rêver, dès leur plus jeune âge, à ces unions triviales où on les enjambait pour quelques piastres et pour l'éternité !
De surcroît, la fidélité à un seul être pour la vie entière me paraissait la chose la plus contre nature qui se pût concevoir. Comment pouvait-on à 16 ans décider de consacrer sa vie à quelqu'un, quand on ne savait pas soi-même quel serait son destin ? Jouait-on sa vie aux dés sans espoir de retour, risquant ainsi de tout perdre sans avoir rien connu d'autre ? Et puis, existait-il un homme qui pût, sa vie durant, m'intéresser et évoluer au même diapason que moi ?
J'étais différente de ces filles de Stegeborg que l'on menait à leurs époux avec leurs chèvres et leurs draps comme au temps des sacrifices païens. Qui donc, dans un monde prétendument civilisé, aurait pu ainsi avoir droit de vie et de mort sur moi sous le prétexte que je l'avais pris pour conjoint ? Non, décidément, les filles d'Ève aux émois virginaux n'étaient pas mes sœurs. Ce que je voulais par-dessus tout, c'était prendre en main ma propre destinée, la regarder comme un capitaine fixe la mer au-devant de son navire, en percevoir toute l'étendue et le sombre mystère. En un mot : comprendre l'univers et le rôle que je devais y jouer. Née dans un pays où les mers et les terres aimaient à se confondre, je ne prisais rien tant que la netteté d'opinion, la clarté et la rigueur. Avec la volonté de m'y tenir, je décidai de tracer à l'encre indélébile une ligne de démarcation entre le sexe et le cerveau. La confusion des sentiments m'indisposait comme l'aurait fait la vue d'une plaie. Gouverner ses sens de la même manière que sa raison, voilà ce vers quoi je voulais tendre. En fait, j'avais alors de l'amour une vision très cérébrale, me voulant à tout prix différente des autres et donc en totale opposition avec les jeunes filles ou les femmes de ma génération. J'avais simplement peur d'aimer et craignais que cet amour ne marquât la fin de mon libre arbitre. La tête pleine à craquer de tous les auteurs que j'avais mis un point d'honneur à découvrir, je n'y avais trouvé qu'une succession de mises en garde contre les sentiments et les troubles qu'ils engendraient. Une raison de plus pour les fuir.
On me fit très tôt la réputation de ne pas savoir écouter. La raison en était simple : je pressentais que l'on s'efforcerait toujours de me faire fléchir, comme on s'y était employé durant toute mon enfance. J'appris donc à feindre de céder et à garder par-devers moi l'arme du silence. Je le fis avec ma mère, puis avec les précepteurs chargés de mon éducation. On me crut docile quand je bouillais de rage contenue. En fait, je n'aimais guère mes proches et rien de ce qui était suédois, hormis l'histoire de mon père, ne m'intéressait vraiment. Comparée à la France ou l'Italie, la Suède n'avait alors ni peintre ni sculpteur de renom. La littérature balbutiait et la musique en était encore à la fastidieuse et répétitive polyphonie religieuse. Mes goûts, mes penchants allaient au monde latin et grec. Pour peu que je fusse d'humeur chagrine, la lecture de Pétrarque et plus tard celle de Boccace me raccommodaient avec le monde. Dans notre petite Stockholm qui ne comptait guère plus de cinq mille âmes, c'était là une bizarrerie que l'on attribuait à un goût pour l'étude que ma mère raillait à tout propos.
« Vous en ferez un bas-bleu et c'est d'une reine dont le pays a besoin. Qu'a-t-elle besoin de devenir docte ? Regardez-la, les études l'ont déjà rendue laide et cette épaule qui va de guingois, n'est-elle pas déjà un peu bossue à force de se pencher sur ses livres ? »
Tandis que mes cousins se livraient à leurs jeux d'enfants, je contemplais amoureusement mes premiers livres, caressant les dos parcheminés des in-folio, reniflant l'odeur farineuse des pages collées les unes aux autres par l'humidité. De gris et de maussade qu'il était, le temps étincelait soudain, paré de tous les talents de mes compagnons de lecture. Avec eux, la vie devenait une fête qui ouvrait à la volée les croisées des mondes endormis. Avant de régner, j'acquis ainsi la réputation flatteuse et un peu usurpée d'être la personne la plus instruite du royaume. À la vérité, je savais encore assez peu de choses mais ma boulimie de connaissance me permettait de tout emmagasiner en un joyeux pêle-mêle.