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Le froid modifie la trajectoire des poissons
Pierre Szalowski
240 pages
Couverture souple. 11 x 18 cm
Réf : 326359
Avec ce livre, cumulez 10 Points Club
Au lieu de 18,00  (prix public)
Disponible
Résumé
Un petit garçon de dix ans apprend que ses parents vont se séparer. Désespéré, il demande au ciel d’intervenir. Une incroyable tempête paralyse Montréal. Ce bouleversement météorologique va changer la vie de tout le voisinage pour leur plus grand bonheur ! Julie la ballerine va vivre avec Boris, deux “frères” vont aider leur voisin homophobe... Quant au petit garçon, il est heureux, son père qui voulait partir glisse, se casse les bras et réintégre le foyer.
Un premier roman, écrit par un homme qui se dit “bonheuraturge” !
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Intuitions
Dominique Dyens
Moyenne des avis :Les avis des internautesNombre d'avis :10
Lodelamuire
Le 12 juin 2011
Conte d'hiver
Il m'a fallu trois courts chapitres pour entrer dans le livre et l'histoire ; pour m'adapter aussi au style, volontairement simple et familier, et parfois insolite (le narrateur est un petit garçon québécois de 11 ans). Très vite, j'ai été happée par le charme du récit, qu'il faut résolument lire comme un conte de Noël ; le style et le genre sont bien sûr très différents, mais le charme et le thème m'ont fait penser à Rohmer et à son "Conte d'hiver". On referme ce livre conquis et heureux, le coeur à fredonner. Bref, un vrai "petit bonheur" qu'il s'agit de "ramasser" sans hésiter !
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julsa
Le 15 juillet 2011
Agréable
Un livre d'été très agréable, une histoire prenante et touchante... même si ce livre parait léger ! Un livre sympa tout en émotion. Je le conseille ! Et après, vous ne verrez plus vos voisins du même oeil !
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pommereau delphine
Le 08 septembre 2011
Du bonheur en pages
A lire ! Très bon moment !
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Zabou25
Le 24 octobre 2011
Très sympa
Un chouette livre plein de bons moments. Une histoire d'amourS et d'amitiéS.
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latotu
Le 10 décembre 2011
Une belle histoire
Les habitants d'une rue qui ne se connaissent pas, le Ciel qui s'en mêle et tout va changer... Il s'agit d'une très belle histoire, quasiment un conte de Noël car elle se déroule peu après les fêtes de fin d'années... L'écriture est fluide, le style est simple et agréable... Ne boudez pas votre plaisir, lisez ce livre !
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zazoudelest
Le 06 décembre 2011
Un pur moment de bonheur
Rafraîchissant, simple, de beaux personnages... J'ai adoré ce roman.
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Lilo
Le 08 décembre 2011
Un livre qui rend heureux
Se lit très vite ! Une histoire fraîche et agréable. On referme le livre avec le sourire.
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Malau
Le 02 avril 2012
Sympa
Lecture facile et agréable, un bon moment de lecture.
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indianbook
Le 16 décembre 2011
Sans plus
J'ai acheté ce roman grâce aux avis positifs laissés sur France Loisirs, mais malheureusement je n'ai pas accroché à ce style d'histoire. La seule chose intéressante dans ce récit, est la description des émotions et des sentiments des enfants. Sinon, je trouve l'histoire assez plate, sans trop d'intérêt. Bonne lecture à ceux qui se plairont à le lire.
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Shoo78
Le 08 mars 2012
Prenant !
Une histoire qui se laisse vraiment lire toute seule. J'ai vraiment beaucoup aimé ce bouquin ! Plusieurs histoires entremêlées, une belle histoire d'amour, et une petite leçon de morale ! Passionnant !
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Établi au Canada en 1997, Pierre Szalowski a exercé de nombreux métiers. II est aujourd'hui scénariste et auteur. Le froid modifie la trajectoire des poissons, son premier roman, est un best-seller au Québec et a déjà été traduit dans plusieurs langues.
Extrait

QUE ÇA PASSE VITE, NOËL


— Attends encore ! Ton père dort.
Neuf heures dix-neuf au cadran. Je suis allé me rasseoir sur mon lit. Cela faisait deux heures que je ne dormais plus et que j'attendais dans ma chambre. C'est une tradition familiale. Chaque année, papa ordonne que je n'apparaisse qu'après le passage du père Noël. Pourtant, j'ai onze ans et ça fait cinq ans que je n'y crois plus !
Cinq ans, c'est un secret ; pour mes parents, c'est quatre.
J'avais six ans et demi, quand Alex, mon seul ami, m'avait appris tout sourire la triste nouvelle. Je m'étais senti d'un coup basculer dans un monde où tout s'expliquait. Pour oublier ma déception, à l'école, j'avais fait la même chose qu'Alex. J'ai pris plaisir à convaincre les plus petits que le Père Noël n'était qu'une invention des parents. Chez moi, j'essayais par quelques remarques de faire comprendre à papa et maman qu'il serait temps d'arrêter de me dire que si je n'étais pas sage, le Père Noël ne m'apporterait rien. Mais quand j'ai vu le regard paniqué que ma mère a lancé à mon père, j'ai renoncé. Je ne voulais pas leur faire de peine. Des fois, il faut mentir à ses parents pour leur faire plaisir.
— Il est trop fort, ce Père Noël, parce que normalement ça ne passe pas dans une cheminée, une voiture électrique d'un mètre de long !
Au mois d'août suivant, dans notre chalet, alors que je pêchais avec mon père, j'ai longuement fixé l'eau.
— Je ne crois plus au Père Noël !
Il s'est tourné vers moi, j'ai fait pareil. Il m'a dévisagé un instant avec un petit sourire fataliste, puis il a remis un appât sur ma canne à pêche.
— C'est la vie.
Papa ne fait jamais de grandes phrases. Maman dit que c'est un homme de peu de mots. Il avait lâché ça comme s'il savait que je finirais par le découvrir, mais que ça ne devait pas venir de lui. Il n'a pas cherché à savoir qui me l'avait appris, un réflexe de policier, enfin... d'ancien policier. Il était instructeur pour les recrues de la police. Le médecin, qui en avait vu passer des courageux, lui avait diagnostiqué un léger burnout.
— Oh la la ! Je ne comprends pas ce qui te stresse à mettre des tickets aux bourgeoises de la rue Laurier ! Et puis, ne te culpabilise pas, c'est leurs maris qui paient !
Maman, elle dit que la pression, c'est intérieur. On est seul à savoir pourquoi on se la met puisqu'on se la met tout seul. Mon père avait quand même continué à me raconter le soir des histoires de gentils policiers qui arrêtaient de méchants motards. Puis un soir, il y a deux ans, il a arrêté. À la grande détresse de ma mère, chaque année, à la mi-janvier, il envoyait sa lettre pour motiver son refus de retourner patrouiller.
— Je n'ai plus le goût, pis je suis payé pareil !
Après la pêche, quand on était revenus au chalet, il avait chuchoté à l'oreille de ma mère. Elle avait juste pincé ses lèvres. À ses yeux, j'étais encore un enfant, mais juste un peu moins. Pourtant, dans sa classe de primaire, elle en avait vu des élèves passer l'étape de cette cruelle révélation.
— Pourquoi tu pleures, mon petit ?
— Mon père, il m'a crié après parce que j'ai brisé mon cadeau de Noël, et lui, il a pas fini de payer le crédit !
Mais là, devant elle, dans notre chalet, c'était son propre enfant. Quelque chose venait de se terminer pour toujours. Je suis fils unique. Plus jamais, avec mon père, elle n'a pu rejouer au Père Noël. Ça, je l'ai bien compris, Noël c'est autant le plaisir des parents que celui des enfants.

Neuf heures vingt-neuf. Hier soir, le repas a duré longtemps. On était six autour de la table, moi, mes parents et Julien, le meilleur ami de mon père. Il était accompagné d'Alexandrie et d'Alexandra, ses deux jumelles insupportables. Elles ont crié tout le temps et comme elles ont la même face, j'avais l'impression que c'était toujours la même. Ma mère, ça l'avait énervée encore plus que moi.
— Alexandrie ! Alexandra !
Puis là, elles s'étaient prises par le bras et avaient chanté en dansant.
— Les sirènes du port d'Alexandrie chantent encore la même mélodie... wow wow...
— Julien, tu n'aurais pas pu les appeler autrement les sœurs jumelles ?
— Mouais, mais il aurait fallu que je rencontre leur mère ailleurs que dans une soirée Claude François... Pis, il faut que je te dise autre chose...
Chaque année, Julien nous expliquait qu'il ne fallait pas dire « sœurs jumelles », mais « jumelles », car une jumelle est obligatoirement la sœur d'une autre sueur, c'est l'effet miroir.
— Dis ? C'est laquelle, la plus belle des deux ?
J'arrivais jamais à savoir laquelle des deux pestes me posait la question. Normal, elles sont jumelles « exactes », donc parfaitement identiques, l'une ou l'autre, c'est du pareil au même. La seule bonne nouvelle, c'est que Julien est divorcé.
— Je n'ai jamais trompé ma femme, je me suis juste trompé de femme !
Ainsi, Alexandrie et Alexandra ne chantaient la même mélodie qu'une année sur deux. Je n'ai jamais compris pourquoi ils ne s'étaient pas partagé les jumelles avec son ex-femme. Comme ils ont deux fois la même, ils auraient pu en prendre chacun une. Mais il parait que les jumeaux ne peuvent pas vivre l'un sans l'autre. C'est comme les parents, enfin les miens.
Je ne devrais pas le savoir, mais les jumelles auraient pu être mes sœurs. Julien était le fiancé de ma mère quand ils étaient tous les deux étudiants en éducation. Puis il a fait la bêtise de lui présenter mon père au sommet de sa forme, uniforme moulant les abdos, épaules plus larges que le ventre. Il venait d'entrer dans la police. Un coup de foudre, elle a dit. Papa a dit pareil. Julien, lui, il a tenté de joindre l'utile au désagréable.
— Salut Anne, salut Martin... Je ne vais pas vous déranger plus longtemps... Ne bougez pas, j'éteins la lumière !
Quand les jumelles se sont finalement effondrées sur le divan du salon, ma mère est venue m'embrasser.
— Il est l'heure de se coucher...
— Mais maman, c'est Noël...
— Plus vite tu te couches, plus vite tu auras tes cadeaux demain !
En marchant vers ma chambre, j'ai vu mon père et Julien ouvrir une autre bouteille. Ma mère n'était plus là. Ils avaient l'air sérieux puisque, lorsque je suis passé en les saluant de la main, aucun n'a souri. Ils avaient même l'air tristes en me regardant. Ils ont dû boire une autre bouteille après puisque, lorsque je me suis réveillé dans la nuit pour aller faire pipi, ils chuchotaient toujours dans le salon.
— Les femmes tombent en amour parce qu'elles te trouvent différent. Ensuite, elles font tout pour que tu deviennes pareil...

Neuf heures trente-neuf. Toc ! Toc ! Toc ! Ma mère a ouvert la porte de ma chambre. Elle a passé la tête sans sourire.
— Ton père est réveillé...
Je n'ai pas sauté du lit comme je le fais tous les matins de Noël. Dans la voix de ma mère, il y avait de la tristesse. Sur le moment, je n'ai pas remarqué qu'elle avait dit « ton père » au lieu de « papa ». C'est juste sa tristesse qui m'a frappé.
En sortant de ma chambre, j'ai vu dans la cuisine que mon père et Julien n'avaient pas bu une bouteille de plus, mais deux. Dans le salon, papa m'attendait, affalé dans son fauteuil face à la télévision qui n'était pas allumée, le grand break du matin de Noël. Il m'a difficilement souri en se frottant la tête. Je me suis demandé s'il n'y avait pas d'autres bouteilles vides cachées sur le balcon.
Noël, c'est une fois par an, mais on n'oublie jamais nos petites habitudes. Ça m'a étonné que mes parents ne soient pas ensemble. Ma mère n'était pas assise sur l'accoudoir du fauteuil réservé à mon père, mais sur le divan plus loin. Ils faisaient deux.
On a beau avoir onze ans, c'est toujours le plus gros cadeau qu'on ouvre en premier sous le sapin. J'ai tout de suite compris que c'était une idée de maman, cette boîte de chimie. Elle m'a toujours acheté des jouets éducatifs. Pour elle, un cadeau, ça doit être utile. J'ai un an d'avance à l'école puisqu'elle m'a appris à lire à l'âge de quatre ans. J'étais la vedette de la garderie. Aujourd'hui, je suis le premier de classe qui fait une tête de moins que les autres.
Il me restait à ouvrir trois cadeaux de taille presque identique. Dans ce cas-là, c'est toujours le plus lourd qu'on ouvre. Mon père m'a fixé, soudain trop complice.
— Ça, c'est la petite surprise à papa...
J'ai fait semblant de ne pas voir le regard noir que venait de lui jeter maman. J'ai déchiré le papier cadeau et mes yeux se sont grands ouverts ! J'en revenais pas. Un caméscope ! Je me suis tourné vers mon père. J'ai juste murmuré.
— Wow ! p'pa...
Il s'est calé dans son fauteuil, satisfait. Ma mère a serré ses mâchoires. Je ne pouvais pas la laisser triste.
— Merci, maman aussi ! Merci, vous deux... Merci, Père Noël !
Elle a souri, forcée. Le caméscope, ce n'était vraiment pas son idée. J'ai rapidement ouvert les deux autres cadeaux, une boîte de Lego, une autre idée de ma mère pour développer ma motricité fine. J'ai tellement été développé de ce côté-là que je suis capable de démonter une montre avec des gants de hockey.
Le dernier paquet, c'était un radio-réveil en forme de ballon de football. Ça, c'était Julien à qui j'avais dit l'année dernière que j'étais tanné des cadeaux ayant rapport au base-ball.
— Pourtant, elle te va bien cette robe de chambre des Yankees !
Je pense qu'il aurait voulu avoir un garçon. Je ne dis pas deux, mais au moins un sur les deux. Acheter des poupées Barbie, toujours en double, cela doit frustrer le meilleur des pères. Alors, c'est sur moi qu'il se défoulait.
— Un réveil, c'est déjà plus pratique qu'une robe de chambre...
— N'oublie jamais que ce n'est pas le cadeau qui compte, mais le geste...
J'ai bien vu que ma mère ne s'adressait pas vraiment à moi, mais à mon père. Je suis revenu à la boîte du caméscope. Je me suis assis par terre en leur tournant le dos. Je sentais qu'ils n'étaient pas d'accord, mais avec un si beau jouet dans les mains, cela n'était plus mon problème. J'ai sorti la notice technique. Mes parents chuchotaient. En faisant semblant de lire, j'ai tout entendu. J'ai fait exprès. Je ne savais pas que ma mère était capable de dire des gros mots.
— Ciboire ! Une caméra à mille piastres ! Tu ne vas pas commencer à jouer ce jeu-là !
— Il en veut une depuis longtemps et tu as vu le bulletin qu'il nous a ramené ?
— Il a toujours de bons bulletins !
— Ce n'est pas toi qui dis qu'il faut l'encourager ?
— Si tu lui achètes une caméra à onze ans, tu vas l'encourager comment, à seize ? Une voiture ?
Ma mère s'est levée et a quitté la pièce. De les entendre se disputer parce que mon cadeau était trop cher m'a fait regretter de ne plus croire au Père Noël. Surtout que cette année, j'avais déjà assisté à beaucoup trop de disputes. Elles débutaient presque toujours par la même phrase.
— Tu n'as pas l'impression de perdre ton temps dans la vie, à rester planté devant ta télé ?
Je me suis tourné vers mon père. Il a souri difficilement. Puis il s'est levé lentement. Non, très lentement.
— Oh ! ma tête !
Il a marché jusqu'à la salle de bains. Il a voulu ouvrir la porte. Elle était barrée. Toc ! Toc ! Toc !
— Occupé !
Mon père a mis ses mains sur ses oreilles tellement ma mère avait crié fort. Il est revenu et a glissé dans son fauteuil pour l'épouser de tout son corps. Comme un robot, il a attrapé la télécommande. Clic ! Et le bla-bla-bla a commencé à la télévision.
Au canal des nouvelles, il était neuf heures cinquante-neuf.

Que ça passe vite, Noël.