Grâce à ses talents de chanteuse, Louise est remarquée par la Reine d'Angleterre, qui lui demande de devenir sa demoiselle d'honneur. Elle quitte à regret Saint-Cyr et ses amies. Mais, très vite, elle fait des découvertes qui vont l'aider à lever le voile sur le mystère qui entoure sa naissance...
Moyenne des avis :Les avis des internautesNombre d'avis :1
Ma fille Maya de 10 ans adore cette série, et en particulier le tome 8. Ces aventures la font rêver et elle dévore chaque livre en une semaine. Je suis fière de voir ma fille lire ainsi.
Anne-Marie Desplat-Duc est née à Privas, en Ardèche et vit désormais dans la région parisienne. Le Vivarais reste cher à son cœur, elle y revient souvent avec son mari et sa fille. Après le virus de la lecture qui la frappe très jeune, celui de l'écriture la saisit à l'adolescence et elle noircit des cahiers de poésie et de nouvelles. Elle consacre désormais tout son temps à sa passion : les romans pour la jeunesse. On lui doit entre autres Le Trésor de Mazan.
Je m'appelle Louise de Maisonblanche, j'ai seize ans. Je suis pensionnaire à la Maison Royale de Saint-Louis à Saint-Cyr l, sise à une lieue de Versailles. Mme de Maintenon a fondé cette institution pour instruire deux cent cinquante jeunes filles nobles dont les parents se sont ruinés au service du Roi. Toutes les provinces de France sont représentées. Mon amie Jeanne est originaire du Périgord, Hortense de Bretagne, Isabeau vient du Languedoc et Charlotte du Vivarais. Cette dernière a été accueillie à Saint-Cyr pour lui faire oublier son ancienne religion, le calvinisme 2, et conforter sa conversion au sein de l'Église catholique. Mais Charlotte a l'âme rebelle et j'ai vite deviné que cet enfermement loin de sa famille et de son fiancé lui coûterait.
La plupart d'entre nous sommes arrivées à Saint-Cyr entre notre septième et notre douzième année.
Mon cas est un peu différent puisque j'ai fait partie de la quinzaine de fillettes que Mme de Maintenon hébergeait dans le premier établissement ouvert à Rueil en 1682. Je ne me souviens pas avoir connu la tendresse des bras d'une mère, ni l'autorité d'un père.
Je me revois en train de garder des oies et des cochons dans une campagne lointaine et pluvieuse chez un fermier qui me battait lorsqu'il revenait saoul du marché. Sa femme et ses sept enfants étaient tout aussi à plaindre que moi. Nous ne mangions pas tous les jours à notre faim et l'hiver nous avions froid. Avec Joseph, mon frère de lait, nous courions la forêt pour marauder du bois mort. À l'automne nous cueillions en cachette quelques girolles, parfois des bolets en nous cachant des gardes du seigneur du lieu. S'ils nous avaient surpris, ç'aurait été le fouet et peut-être même la prison. Mais lorsque la neige recouvrait la campagne, nous nous blottissions autour de la cheminée où se consumait trop rapidement une maigre bûche en grignotant quelques châtaignes ou en buvant une soupe d'herbes qui nous donnait l'illusion d'avoir l'estomac plein.
Je m'entendais bien avec Joseph et nous n'étions pas les derniers pour faire des bêtises, voler les pommes dans les vergers, grappiller les épis d'avoine tombés des charrues après la moisson ou nous battre à coups de boules de neige pour nous réchauffer.
Parfois je pense à lui. J'aimerais bien savoir ce qu'il est devenu. Est-il seulement encore en vie ?
Un hiver, Marguerite à peine âgée d'un an et Gus qui avait un an de moins que Joseph n'ont pas résisté au froid et à la faim et ils sont morts d'une fièvre tierce. Celle que j'appelais maman pleura et gémit trois jours durant.
Elle m'avait souvent répété qu'elle n'était point ma mère, mais comme je n'en avais pas, je pensais naïvement qu'en l'appelant ainsi, elle le deviendrait. Car même si elle ne prodiguait guère de tendresse à ses enfants, elle les aimait.
Tous les six mois environ, une belle jeune femme nous rendait visite les bras chargés de victuailles. Elle m'intimidait et me fascinait.
La nourrice me poussait dans le dos en m'ordonnant :
– Louise, va embrasser ta mère.
Je ne croyais pas que cette femme fût ma mère. Elle était trop bien habillée, coiffée et fardée, et son parfum musqué me tournait un peu la tête. Pourquoi aurais-je eu une mère si belle alors que j'étais si misérable ?
Je m'approchais, gauche et timide, les yeux écarquillés d'admiration. Elle ne m'embrassait pas, passait simplement un doigt ganté sur ma joue, mais je me souviens l'avoir entendue dire :
– Pauvre enfant, vous n'êtes pas née sous une bonne étoile... et pourtant !
J'ai longtemps imaginé qu'une méchante sorcière m'avait jeté un sort pour que je croupisse dans ce lieu infâme et que la belle dame était une sorte de fée qui, tôt ou tard, viendrait me délivrer. Dans les moments les plus durs, je me réconfortais en me disant qu'un jour cette « mauvaise étoile » deviendrait enfin une « bonne étoile » et que j'irais rejoindre ma fée.
Sans nul doute, ce rêve m'a aidée à vivre.
Après le départ de la belle jeune femme, le mari de la nourrice se moquait de moi. Il plongeait dans un simulacre de révérence, m'appelait « Princesse » et m'ordonnait d'aller curer la fosse à purin, ou d'exécuter d'autres tâches tout aussi ingrates. Il me regardait faire en se tenant les côtes de rire.
Et puis, un matin, un carrosse s'est arrêté dans la cour, faisant caqueter les poules affolées et bousculant le cochon qui se vautrait dans la boue. J'ai immédiatement pensé que ma fée venait me chercher.
Ce n'était point elle.
Un homme est descendu de la voiture, a tendu une lettre et une bourse au fermier et, en quelques minutes, j'ai quitté l'endroit où j'avais vécu sept ans. Je dis « l'endroit », parce que, encore aujourd'hui, je n'ai aucune idée du lieu où se sont déroulées les premières années de ma vie. Mon départ ne provoqua aucune émotion chez ma nourrice et son mari, quelques larmes de Fanchon et de Lisette, les plus jeunes.
Joseph me tendit la main et me dit :
– Au revoir, Louise, et que Dieu te garde. Pense à moi de temps en temps.
– Je ne t'oublierai pas, lui répondis-je.
Je ne l'ai pas oublié... je ne sais tout simplement pas où le chercher pour lui donner de mes nouvelles et avoir des siennes.
Après une journée entière de voiture où l'homme assis à côté de moi ne m'adressa pas la parole, nous arrivâmes aux premières maisons d'une ville. Je n'avais jamais quitté la masure de ma nourrice et tout ce que je voyais par la fenêtre me parut merveilleux.
Le carrosse s'arrêta enfin dans la cour d'une grande bâtisse blanche. Je fus immédiatement conduite dans un salon où, bien que nous fussions au printemps, la cheminée était allumée. Une femme richement vêtue était assise dans un fauteuil. Déçue, je constatai que ce n'était point la jeune femme qui me visitait chez ma nourrice. Celle-ci était beaucoup plus âgée, bien qu'une somptueuse robe de moire bleue au corsage orné de fines dentelles lui donnât fière allure. Lorsqu'elle me vit, elle leva les yeux au ciel et s'exclama :
– Dieu que vous êtes sale !
Je baissai la tête, honteuse de me présenter ainsi dans cette pièce où tout respirait le luxe. J'avais mille questions à poser, mais, évidemment, je me tus, d'autant que je m'exprimais fort mal en français. Je ne parlais alors que le patois.
Bientôt, une autre femme entra et s'entretint avec la première un long moment. Elle saisit mon visage entre son pouce et son index et, le tournant vers la dame assise dans le fauteuil, lui fit admirer mes yeux. Cette dernière opina du chef et ajouta :
– Oui, vous avez raison, ce sont ses yeux.
Après quoi on me conduisit dans une pièce où un baquet de bois recouvert d'un linge blanc et rempli d'eau chaude m'attendait. Une jeune fille me lava en m'apprenant sur-le-champ des mots de français
« eau », « baquet », « drap ».
Depuis, j'ai assisté à de nombreuses arrivées comme la mienne et j'ai souvent aidé nos maîtresses à laver les petites débarquées de leur province. Je le fais toujours avec plaisir, en me remémorant mon premier jour dans l'institution de Mme de Maintenon.
1. La maison d'éducation de Saint-Cyr prit le nom de Maison Royale d'éducation de Saint-Louis en l'honneur du Roi. On l'appelle donc indistinctement maison de Saint-Cyr (lieu de sa construction) ou Maison de Saint-Louis (nom véritable de l'institution).
2. On appelle aussi les pratiquants de la religion de Calvin les huguenots ou les protestants ou les adeptes de la RPR (religion prétendue réformée).