La traque d'Eichmann
La traque d'Eichmann
576 pages
Couverture cartonnée
Réf : 319550
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Au lieu de 22,00  (prix public)
La plus grande chasse à l'homme de l'Histoire
Résumé
1945. Un colonel SS disparaît... Adolph Eichmann, maître d’œuvre de l’extermination des Juifs, se réfugie en Argentine. Pendant une quinzaine d’années, il est introuvable. Mais une poignée de justiciers irréductibles n’ont qu’une idée en tête : retrouver et juger ce criminel sans pitié. 
Pourquoi on l'a choisi
Une chasse à l’homme passionnante. Tous les personnages sont réels mais semblent romanesques. Ce document qui se lit comme un polar est aussi une enquête historique incontestable, enrichie d’entretiens et de documents inédits.
Avis Top Lecteur
« Digne d’une grande adaptation cinématographique, l’ouvrage ne laisse pas indifférent. Ce document est construit comme un roman et le lecteur devient vite le témoin virtuel d’une enquête rebondissante. […] Véritable document historique et roman d’espionnage, ce livre est passionnant. Le rythme est soutenu et le suspense entier ! »

Krys Boyaval
Moyenne des avis :Les avis des internautesNombre d'avis :1
DOMDOM
Le 17 juillet 2011
Passionant
Cette histoire est passionante. Elle se lit à la fois comme un document historique et comme un véritable polar, mêlant l'espionnage à la douleur du passé. Cette traque est un autre versant de l'histoire d'après-guerre, qui ne fait pas l'objet de beaucoup de témoignages. On est tenu en haleine tout le long du livre, mais quelquefois on peut s'y perdre dans les personnages. C'est intéressant de lire comment c'est reconstruit Eichmann, avec qui, quel était son état d'esprit... Ce récit ferait l'objet d'un excellent film. C'est bien écrit, très bien documenté... j'ai adoré.
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Lu dans la presse
« Neal Bascomb est un journaliste d'investigation. Son but n'est pas de s'appesantir sur l'autorité de sa documentation, qui est solide, mais de tenir le lecteur en haleine d'un bout à l'autre de son récit. Et, de fait, on n'en lâche pas une page. De la préparation de l'enlèvement d'Eichmann sur le territoire argentin jusqu'à sa pendaison en Israël, l'auteur utilise tout l'appareil du roman d'espionnage. »

Le Bulletin des Lettres


« Ce récit oppressant et de qualité se lit comme un roman où la réalité dépasse la fiction. Bâti sur les archives maintenant accessibles, et sur des témoignages irrécusables, il se lit d'un trait avec, en outre, un sentiment d'effroi à l'égard de cet homme qui prétendait avoir simplement obéi aux ordres... »

Histoire
Extrait

1

Devant le camp de Mauthausen, près d'une carrière de granit située sur la rive septentrionale du Danube, en Haute-Autriche, le lieutenant-colonel (Obersturmbannführer) Adolf Eichmann se trouvait à la tête d'une longue colonne composée de 140 voitures et camions de commandement1. Il était midi, et ce dimanche 19 mars 1944 était le jour de ses 38 ans.
Dans son uniforme gris pâle de la Schutzstaffel (SS), il affichait l'humanité et l'humour d'un bloc de granite2. Il avait des cheveux fins d'un blond foncé, des lèvres minces, un long nez et des yeux d'un bleu tirant sur le gris. Son crâne se creusait nettement au niveau des tempes – une particularité encore accentuée par la casquette pointue qu'il avait remontée sur son front. De taille moyenne, il avait tendance à se pencher en avant dans son uniforme parfaitement ajusté, comme s'il venait de repérer une piste toute fraîche. Tandis qu'il regardait ses hommes se préparer pour l'expédition, il sentit frémir malgré lui la commissure gauche de ses lèvres, crispant brièvement son visage dans une grimace hautaine.
Le convoi comportait plus de 5 000 membres de la SS. Tout le long de la file de véhicules, les moteurs se mirent à vrombir, laissant échapper en travers de la route une épaisse fumée. Grimpant dans sa Mercedes noire, Eichmann fit un signe aux motocyclistes en tête de colonne : dans le sillage de la 1re division blindée, le convoi se mit en marche pour Budapest.
Douze heures plus tôt, onze divisions de la Wehrmacht avaient franchi en force la frontière hongroise, tandis que des parachutistes sautaient sur la capitale historique pour s'emparer des bâtiments officiels et de diverses positions stratégiques. Adolf Hitler avait ordonné l'occupation du pays afin d'empêcher ce partenaire de l'Axe de conclure un armistice avec les Alliés à l'heure où l'Armée rouge s'était mise en marche.
D'ici quelques mois, le camp de Mauthausen et ses satellites accueilleraient encore d'innombrables Juifs, que l'on forcerait à travailler dans les carrières et dans les usines environnantes spécialisées dans les munitions, l'acier et l'aéronautique. « Envoyez le Maître en personne », avait ordonné le Reichsführer-SS Heinrich Himmler : qui d'autre qu'Eichmann, en effet, pouvait ratisser la Hongrie de part en part pour en débusquer tous les Juifs3 ? Ceux qui étaient en bonne condition physique seraient envoyés dans des camps pour y subir la « destruction par le travail » ; les autres seraient exterminés sans attendre. Dans l'invasion de la Hongrie, le rôle d'Eichmann était à la fois secondaire et essentiel. Il se rengorgeait à l'idée que Himmler l'avait chargé de superviser personnellement les opérations, et se sentait prêt à tout pour mériter son nouveau surnom de « Maître ». Il avait fait venir de toute l'Europe, pour l'assister dans sa mission, ses officiers supérieurs les plus efficaces.
L'armée allemande encerclant déjà Budapest, la colonne de la SS ne rencontra guère de résistance et put traverser la Hongrie à marche forcée. Sur le trajet de 400 kilomètres qui les séparaient de la capitale, les officiers d'Eichmann étaient assez confiants dans leur succès pour faire une halte, se rassembler autour de lui et lui souhaiter son anniversaire en ouvrant une bouteille de rhum4. En dehors de cette pause, suivie de deux arrêts pour se ravitailler en carburant, Eichmann n'eut rien d'autre à faire que fumer cigarette sur cigarette et réfléchir à son plan d'action pour éliminer les 725 000 Juifs de Hongrie dans les meilleurs délais, en évitant les rebellions (comme en Pologne) et les évasions en masse (comme au Danemark)5. Fumer, réfléchir : ces deux opérations lui occupaient l'esprit tandis que l'interminable convoi poursuivait sa route dans un fracas de tonnerre.
Quand il avait dû imaginer un plan pour la Hongrie, au cours des dernières semaines, Eichmann avait pu s'inspirer de ses huit années d'expérience en qualité de responsable des affaires juives au sein de la SS. En tant que chef de la section IV B4, il avait eu pour mission de mettre en œuvre la politique d'extermination des Juifs conçue par Hitler. Eichmann dirigeait son bureau comme l'eût fait le chef de service de quelque entreprise multinationale6. Il se fixait des objectifs ambitieux ; il recrutait des subordonnés efficaces et leur déléguait le travail en fonction de leurs compétences ; il voyageait souvent pour surveiller leurs progrès ; il analysait les succès et les échecs, puis réajustait ses méthodes en conséquence ; il faisait savoir à ses supérieurs, chiffres et tableaux à l'appui, combien il était efficace. Sa fonction supposait une certaine souplesse vis-à-vis de changements fréquents de politique, une aptitude à contourner les lois, et d'incessantes luttes d'influence. Il portait l'uniforme, mais son succès dépendait moins de victoires militaires que de plans mis en œuvre, de quotas respectés, de rendement, d'instructions suivies, d'unités déplacées. Les opérations qu'il avait dirigées partout en Europe – Autriche, Allemagne, France, Italie, Pays-Bas, Belgique, Danemark, Slovaquie, Roumanie et Pologne – lui avaient appris le meilleur moyen d'aboutir. Il s'agissait maintenant d'appliquer ses méthodes à la Hongrie.
La toute première étape consistait à isoler les Juifs. Il fallait pour cela ordonner le port de l'étoile jaune, proscrire tout déplacement, défendre l'utilisation du téléphone et de la radio, expulser les Juifs de la fonction publique et de bien d'autres professions. Il avait à sa disposition une bonne centaine de mesures visant à identifier les Juifs, puis à les exclure de la société hongroise. L'étape suivante permettrait de s'approprier leurs biens et de les reverser dans les coffres du Troisième Reich. Il suffisait pour cela de geler les comptes bancaires, d'exproprier les usines et les commerces appartenant à des Juifs, de mettre la main sur les biens de chaque individu, jusqu'à la moindre carte de rationnement. Puis venait la ghettoïsation : les Juifs étaient expulsés de chez eux et parqués dans l'attente de la quatrième et dernière étape – la déportation dans les camps7. C'est alors une autre section de la SS qui les prenait en charge.
Soucieux de prévenir les évasions et les insurrections, Eichmann comptait lancer une campagne de mystification à chacune de ces quatre étapes. Il entendait rencontrer les responsables de la communauté juive, en tête à tête, afin de leur garantir que les mesures de restriction qui les frappaient étaient seulement temporaires et dictées par la loi martiale. Aussi longtemps que ces responsables, rassemblés en conseil, veilleraient à l'application desdites mesures, il n'arriverait rien de mal à leur communauté – il s'y engageait personnellement. De même, on extorquerait de l'argent aux Juifs contre la promesse d'un traitement privilégié – cela permettait de les déposséder davantage encore, mais aussi de laisser entendre qu'ils pouvaient trouver un salut individuel dans le strict respect des exigences allemandes. Eichmann estimait en outre qu'il valait mieux réserver les deux dernières étapes aux provinces les plus reculées et attendre le dernier moment pour s'occuper de Budapest, où la probabilité d'une résistance organisée était le plus élevée. Même au moment de jeter les Juifs dans les trains de la mort, il convenait de les assurer qu'on les déplaçait pour garantir leur sécurité, ou parce que l'Allemagne avait besoin de main-d'œuvre. Les Juifs ne seraient peut-être pas dupes, mais ces mensonges permettraient tout de même de gagner du temps et de n'utiliser la force qu'en dernier recours8.
Eichmann savait que son plan ne pouvait fonctionner sans l'accord des autorités hongroises, qui devraient lui fournir des hommes et une assistance matérielle. Ses propres effectifs étant limités à 150 hommes, il fallait s'assurer de la coopération des autorités dès son arrivée à Budapest, sans quoi il prendrait du retard sur son programme de transferts vers Auschwitz, Mauthausen et autres camps de la mort9.
Quand le convoi parvint à Budapest, l'armée allemande était en train de renforcer ses positions dans les rues et des escadrilles d'avions de combat, les ailes décorées d'une croix noire, rasaient les eaux du Danube10. Des agents de la Gestapo ratissaient la ville pour arrêter les notables hongrois susceptibles de résister à l'occupation. Des centaines de Juifs figuraient sur leur liste11. Eichmann établit ses quartiers à l'hôtel Majestic, luxueux établissement dressé sur une colline boisée à l'ouest de la vieille ville de Buda. L'hôtel fut entouré de postes de guet, de trois cercles de barbelés, et la zone placée sous la surveillance de patrouilles dotées de bergers allemands12.
Craignant d'être assassiné par la Résistance juive ou par un commando allié, Eichmann se montra très soucieux de sa propre sécurité. Il préférait rester à l'arrière-plan, exercer son autorité par le biais de subordonnés, et se laissait rarement photographier. Par mesure de précaution, il ne se déplaçait jamais dans sa voiture de commandement sans un arsenal de grenades et de petits fusils-mitrailleurs13.
Dans son nouveau quartier général, le Maître passa la première d'une longue série de nuits d'insomnie à assembler les divers éléments de la machine qui devait permettre, étape par étape, de déposséder et d'éliminer systématiquement tous les Juifs de Hongrie. Il voyait en eux des ennemis du Reich, qu'il fallait arracher et détruire comme un cancer.



Les notes renvoient le plus souvent à une forme raccourcie du titre original. Pour les références les plus fréquentes, on a utilisé les abréviations suivantes :

AdsD Archiv der Sozialen Demokratie der Friedrich Ebert Stiftung, Bonn
AGN Archivo General de la Nación, Buenos Aires
EA Entretien avec l'auteur BArch Bundesarchiv, Coblence
CZA Central Zionist Archives, Jérusalem
HAE The Hunt for Adolf Eichmann
HHStAW Hessisches Hauptstaatsarchiv, Wiesbaden
IMAE I Met Adolf Eichmann ISA Israel State Archives, Jérusalem
NA National Archives, Washington, DC
OHD Harman Institute of Contemporary Jewry, Oral History Division, Université hébraïque de Jérusalem
YVS Yad-Vashem, Jérusalem

1. « Eichmann Memoirs », p. 23 ; Aschenauer, p. 332-333. Pour les références complètes des ouvrages, voir la bibliographie, p. 363. 2. Boyle, p. 5 ; NA, RG 319, IRR, Adolf Eichmann, « Interrogation of Dieter Wisliceny », 2 décembre 1946.
3. The Trial of Adolf Eichmann, p. 1768 ; « Eichmann Memoirs », p. 24 ; Hausner, p. 189.
4. « Eichmann Memoirs », p. 23.
5. Cesarani, p. 162-169.
6. Ibid., p. 117-158
7. Zweig, p. 49-59.
8. Cesarani, p. 162-169 ; Braham, The Politics of Genocide, p. 434-437 ; Aschenauer, p. 336.
9. Cesarani, p. 166.
10. Braham, The Politics of Genocide, p. 386 ; Tschuy, p. 3.
11. Höttl, p. 204 ; Lozowick, p. 246.
12. Tschuy, p. 53-54.
13. Wighton, Eichmann, p. 154-155 ; NA, RG 319, IRR, Eichmann, « Interrogation of Dieter Wisliceny ».