Le petit Trianon et Marie-Antoinette
Le petit Trianon et Marie-Antoinette
336 pages
Couverture cartonnée
Avec une dédicace de l'auteur
Réf : 319528
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Résumé
« Vous aimez les fleurs, Madame, j'ai un bouquet à vous offrir. C'est Trianon. » C’est avec cette jolie phrase que Louis XVI offre à Marie-Antoinette ce havre de paix séduisant, loin des fastes de la cour versaillaise. Elle en fit alors un domaine dédié au luxe et aux plaisirs. Un lieu à son image où s’exprima sa vraie personnalité libérée des carcans de son rang. Les murs n’ont rien oublié... 
Pourquoi on l'a choisi
Élisabeth Reynaud nous avait ravis avec Chenonceau, le château des plaisirs, elle nous enchante avec ce Petit Trianon vivant, troublant, fourmillant d’anecdotes et de détails absolument authentiques.
Avis Top Lecteur
« Elisabeth Reynaud dresse ici un portrait précis et complet d'un édifice aujourd'hui disparu. À travers ses descriptions claires et concises, le Petit Trianon reprend vie sous nos yeux de lecteurs ébahis. Et on découvre ainsi une Marie-Antoinette plus enfantine qu'égoïste, plus altruiste que capricieuse et surtout plus passionnée qu'égocentrique. »

Marina Cano
Lu dans la presse
« Élisabeth Reynaud, avec sa folie et sa verve habituelles, nous emporte cette fois au cœur du royaume secret de Marie-Antoinette.
Le Petit Trianon et Marie-Antoinette se faufile dans les coulisses d'un monde miniature semé d'intrigues amoureuses et de délices interdits. L'intimité de la reine est ici dévoilée, mais aussi sa démesure, sa folie douce. »

Nous Deux


« Le Trianon symbolise les excès, réels ou supposés, de Marie-Antoinette. C'est par le biais de cette demeure de plaisance (...) qu'Élisabeth Reynaud a choisi d'aborder la reine. Elle en retrace avec aisance la vie quotidienne, les amis, les amours... »

Point de vue
Extrait

1
LE TRIANON DE PORCELAINE

D'abord ce fut comme un conte de fées. Cruel et merveilleux. Trianon était un petit hameau rattaché aux chasses de Louis XIV. Enclavé dans le parc royal, on trouva naturel de démolir en 1668 les chaumières et l'église. Les terres du cimetière furent transférées dans celui de Choisy. Colbert écrivit au roi qui était en Flandres, le 5 mai 1670 : « Je fus hier à Versailles. Les charpentiers ont commencé du matin les combles de Trianon. Le jardin s'avance fort. »
La maison fut construite en quelques mois. Puis Colbert mentionne : « Les jardiniers, terrassiers, charretiers et manœuvres, labourent, fument et remuent les jardins de Trianon. »
La création du nouveau petit domaine sortit de terre comme par enchantement. On en fit même un conte. Le sieur de Preschac écrivit : « La princesse Belle-Gloire se promenant sur les bords du grand canal, dit au héros, Sans-Parangon, que son père, l'empereur de Chine, préférait les maisons simples aux superbes palais. Aussitôt pour lui plaire, il frappa trois coups de sa baguette, et sortit tout à coup de terre un château de porcelaine, entouré d'un parterre de jasmin et d'une infinité de petits jets d'eau. »
Trianon devint la dernière mode. On en répandit des gravures dans la presse. Les propriétaires terriens, de tous côtés, voulurent avoir leur « Trianon ».
Le bâtiment était recouvert de faïences qui jetaient mille feux au soleil. C'étaient des carreaux de Hollande, venus pour la plupart de Delft. Mais déjà, Claude Révérend avait créé une fabrique qui les imitait, à Saint-Cloud. Les plaques de porcelaine évoquaient les récits des voyageurs rentrés de Chine. Les estampes en avaient donné le goût.
On montra fièrement le petit édifice aux ambassadeurs du roi de Siam reçus à Versailles. On avait disposé une profusion de vases, de pots, de bassins, de jardinières, en porcelaine. Le fontainier Denis fit des vers qu'on se disait devant le roi :
Considérons un peu ce château de plaisance
Voyez-vous comme il est tout couvert de faïence,
D'urnes de porcelaine et de vases divers,
Qui le font éclater aux yeux de l'univers.
On ne saurait être courtisan à moins. Les combles de porcelaine étaient ornés de plombs dorés. L'escalier allant à l'étage était chargé de petits amours armés de flèches, d'oiseaux et de fleurs sculptées. Étienne le Hongre, Temporiti et Lespagnandel, les sculpteurs, travaillaient d'arrache- pied. On créa deux fontaines avec des vases et des bassins scintillant au soleil.
Au cabinet des Estampes, le plan de ce bâtiment disparu indique un salon de vingt-deux pieds de long sur dix-neuf de large, distribuant de chaque côté deux appartements de taille égale, composés d'une chambre, un cabinet et une garde-robe. Avec une volière jouxtant le cabinet. Tout ce qui n'est pas en faïence est en stuc blanc liseré de bleu. On ne retrouva de cette maison que quelques lambris de porcelaine et quatre grands panneaux de Delft, à sujet chinois, au château de Rambouillet.
Francart, peintre des Gobelins, décora les plafonds. Les tentures, les soieries, les tapisseries de taffetas brodé rivalisaient d'or et d'argent, sur fond blanc et bleu. Dans chaque pièce les rideaux, les rubans, les dentelles, les passementeries faisaient de ce séjour une véritable bonbonnière d'assez mauvais goût. D'un côté, la chambre des Amours, et de l'autre, la chambre de Diane étaient meublées de lits sculptés, en bois doré, incrustés de miroirs de Venise dans le dossier. Le mobilier croulait sous les tentures de brocart, les rosettes de soie bleue et les tourterelles en stuc. De grands voiles de gaze brodés tombaient jusqu'au sol, abritant les ébats du souverain et de ses maîtresses.
Quatre petits pavillons entouraient le corps principal. Leur usage évoque un monde de poupée. Il y avait le « pavillon des confitures », celui des entremets, celui « pour faire le rôt », un autre pour les potages, les entrées et les hors-d'œuvre, enfin celui « pour dresser le fruit », destinés aux princes et aux seigneurs.
Tout ceci montre assez combien ce premier Trianon était dévolu aux plaisirs du souverain ayant cédé aux caprices de la belle Montespan.
Les jardins n'étaient pas en reste. Le jardinier Le Bouteux avait planté sans compter les jasmins d'Espagne et les orangers, les tulipes et les giroflées doubles. Neuf mille oignons de narcisses de Constantinople, de jacinthes et de tubéreuses. Les fleurs rares arrivaient de toutes parts. De Provence, trois mille jonquilles et treize cents jacinthes. Puis des muscats et des raisins de Corinthe.
On s'extasia devant son orangerie en pleine terre. Une immense serre dont les vitrages étaient fixés sur des châssis en charpentes amovibles. On démontait « les couverts des orangers » aux beaux jours, pour les remettre en hiver.
L'été, on se reposait sur des bancs de gazon, et, dans les grands froids, on s'ébattait au milieu des orangers, des citronniers et des grenadiers.
Et comme on faisait des vers avec tout, Denis écrit :
Et la pluie et le vent, quoique fort rigoureux,
Dans leurs rudes assauts ne peuvent rien contre eux.
Colbert supervisait tout cela de près. Les dépenses étaient lourdes, mais on célébrait partout ce jardin embaumé. Les fleurs les plus odorantes étaient rassemblées dans un « cabinet des parfums ». On respirait les lys, les jasmins et les fleurs d'oranger en toutes saisons. Le duc de Luynes note « une quantité prodigieuse de fleurs dans des pots de grès, enterrés dans les plates-bandes, afin de les changer non seulement tous les jours, mais encore deux fois le jour si on le souhaitait. On m'assura, ajoute-t-il, qu'il y eut jusqu'à un million neuf cent mille pots à la fois, soit en terre, soit en magasin. »
Le Bouteux avait réussi à changer l'ordre des saisons en l'honneur du roi. On ne pouvait faire moins pour le Roi-Soleil. Les fleurs y tressaient partout le L royal.


2
LES FEMMES DU ROI-SOLEIL

Saint-Simon nous dit : « Trianon n'était alors qu'une maison de porcelaine où aller faire des collations. » Quant à Mme de Sévigné, elle enchaîne, le 12 juin 1675 : « La reine alla hier faire collation à Trianon ; elle descendit à l'église, puis à Clagny où elle prit Mme de Montespan dans son carrosse et la mena à Trianon avec elle. »
On y soupe, on y danse, on y assiste au spectacle et au concert. Le roi prend un tel plaisir à ces réjouissances que ce premier Trianon ne lui suffit plus. Il décida qu'on détruirait la maison de porcelaine et ses quatre appendices qui ne lui semblaient pas dignes de sa grandeur et, chargea Mansart de lui bâtir à la place un véritable palais d'habitation. La raison de cette sentence brutale tient dans la disgrâce de Mme de Montespan. Le charmant objet avait été construit pour elle. C'est elle qui avait inspiré ce luxe de cocotte et ces décorations un peu ridicules.
En 1687, supplantée par Mme de Maintenon, épousée trois ans plus tôt, la reine étant morte, un nouveau règne commence. Le palais qui s'élève sera pour la nouvelle épouse. Palais qui cependant ne lui doit rien, puisqu'elle songera davantage à freiner les dépenses du roi en termes de constructions, plutôt qu'à l'y pousser.
Jules Hardouin-Mansart se met à l'œuvre avec son collaborateur Robert de Cotte. C'est ce dernier qui imagine et dessine le péristyle en marbre rose. Les sculpteurs s'attaquent à des statues, des groupes, des vasques. On pose des brûle-parfums et des cassolettes fumantes entre des gerbes de palmes et des guirlandes d'épis et de raisins. Les peintres et les sculpteurs comme Le Gros, Mazeline, Hardy, Van Clève pensent à rendre hommage au génie de Le Nôtre. Le roi visite fréquemment les travaux. Le 22 janvier 1688, il dîne pour la première fois dans ses appartements, en compagnie du dauphin, de Mme de Maintenon, de Mme de  Noailles et de quatre dames de leur suite.
« Après dînée le roi voulut voir toutes les dames travaillant à leur ouvrage et, de temps en temps, il se promenait dans sa nouvelle maison en donnant des ordres pour l'embellir », lit-on dans le Journal de Dangeau.
Louis XIV a l'œil averti. Un défaut dans une fenêtre de guingois ne lui a pas échappé. Il le fait remarquer au surintendant des Bâtiments, Louvois. Lequel refuse de voir le défaut et gronde tout haut. Le lendemain, nouvelle observation du monarque. Le Nôtre prend les mesures. Le roi a raison. Il fait de lourds reproches au surintendant, disant que « sans son opiniâtreté à lui, on aurait bâti de travers et il aurait fallu tout abattre ».
Louvois, inconsolable, finira par en mourir de dépit le 16 juillet 1691.
Le Trianon devient peu à peu une pure merveille. Saint-Simon lui-même, qui joue les grincheux contre les Bâtiments du roi, ne peut s'empêcher de louer « ce palais de marbre, de jaspe et de porphyre » et ses jardins délicieux. Mansart fait élever le « buffet d'eau » en marbre de couleur et plombs dorés. L'eau s'y déverse de vasque en vasque, couvrant d'une nappe de cristal mouvante les précieux matériaux.
Louis XIV se rend sans cesse à Trianon. Il y couche, y passe plusieurs jours de suite. Les appartements de Mme de Maintenon touchent à ceux du maître. Là, il oublie les contraintes de l'étiquette, les audiences aux ambassadeurs, le grand couvert et le petit lever. C'est sa résidence secondaire avant la lettre. Le lieu privilégié de son gynécée.