Le pré aux corbeaux
Le pré aux corbeaux
suivi de Terre de sang et De l'autre côté de la rivière
Jacques Mazeau
902 pages
Couverture cartonnée
Réf : 319484
Avec ce livre, cumulez 10 Points Club
Au lieu de 27,00  (prix public)
Disponible
Résumé
La mort d’Alfred, vieux tyran paysan, délivre ses héritiers. Enfin sa femme, ses fils et belles-filles vont se partager les cent hectares du domaine et vivre en paix. C’est compter sans le testament, une dernière cruauté qui va mettre la famille à feu et à sang, pour longtemps.
Pourquoi on l'a choisi
Composée de trois romans, cette terrible saga bourguignonne devait vous être proposée d'un seul tenant.
Moyenne des avis :Les avis des internautesNombre d'avis :2
arlette12
Le 04 octobre 2011
Des romans un peu tristes
Je pensais qu'il s'agissait d'une saga faite de trois romans, mais il n'en est rien. Il s'agit de trois histoires totalement différentes qui se déroulent dans les années 1960, dans la campagne bourguignone. Si j'ai aimé le style de l'auteur, je trouve que la chute des histoires est triste. "Le pré aux corbeaux" démarre au décés du patriarche qui fait un bien sale coup à ses héritiers. La famille s'entre déchire et règle les comptes... Dans "Terre de sang", cela débute aussi sur le décés de l'Emile, d'une enquête sur ce présumé meurtre, et l'auteur dévoile au fil des lignes l'histoire très embrouillée de cette famille. La chute est très triste... Quant à "De l'autre coté de la rivière", si vous arrivez à suivre l'histoire, pardon les histoires traitées comme un interwiev, je vous tire mon chapeau. Bon, en résumé, je suis déçue, vous l'aurez compris, c'est dommage. Je pensais qu'il y avait un lien entre ces histoires, mais à part leur auteur et la région, c'est tout. Je pense que France Loisirs devrait rectifier son descriptif car il est erroné.
Il y a 1 commentaire associé à cet avis.
Si vous souhaitez commenter cet avis, merci de vous identifier en cliquant ici.
Remarque de isabelle pilayrou du 08/02/12
Tout a été dit,je pensais aussi qu'il y avait un lien entre ces histoires. Effectivement la dernière histoire, je ne suis pas allée jusqu'au bout, impossible de suivre !!!
titou05
Le 30 septembre 2011
Le pré aux corbeaux
Je voudrais bien acheter ce livre, mais j'hésite vu qu'il n'y a aucun commentaire. Si des personnes l'ont lu, qu'elles me disent ce qu'elles en pensent.
Il y a 2 commentaires associés à cet avis
Si vous souhaitez commenter cet avis, merci de vous identifier en cliquant ici.
Remarque de arlette12 du 04/10/11
Il ne s'agit pas d'une saga mais de trois romans qui n'ont rien à voir entre eux. Rien à voir avec les romans de M.B DUPUY. Je viens de laisser un commentaire, c'est la 1ere fois que je suis déçue par un roman édité par FL. Bien à vous, arlette12
Remarque de titou05 du 05/10/11
Je vous remercie !
Né à Paris en 1949, journaliste, ancien conseiller municipal de La Charité-sur-Loire, conseiller en communication, Jacques Mazeau est d'origine bourguignonne.
À 36 ans, il termine un roman, ébauché à l'adolescence, La ferme d'en bas, devenu un classique de la littérature populaire.
Jacques Mazeau est l'auteur de romans qui se déroulent en milieu paysan et provincial :
    La Dénonciation
    La Rumeur du soir
    De l'autre côté de la rivière
    Le Pré aux corbeaux
    La Ferme d'en bas
    La Druzina
    La Malédiction de Bellary
    L'Or des Maures
    Terre de sang
    Mensonges
    La Ferme de l'enfer
    Le Vent de la colère
    (Second volet de La Ferme de l'enfer)
Il a également écrit de nombreux documents, notamment sur le monde du cinéma et de l'audiovisuel :
    Les destins tragiques du cinéma
    Le guide pratique des radios libres
    Les acteurs contemporains français
    Les acteurs contemporains étrangers
Autres titres de Jacques Mazeau
Extrait

1


L'homme, assis à la table de la cuisine, débita une épaisse tranche de pain, coupa une rondelle de saucisson et commença à mâcher lentement, le regard dans le vide.
La pluie fouettait les vitres de la fenêtre et de la porte. De lourds nuages gris couraient dans le ciel et obscurcissaient la pièce. À croire que la nuit tombait. Le bois crépitait dans l'âtre. Le balancier du morbier, coincé entre l'armoire et la maie, égrenait les minutes.
L'homme y jeta un œil. Huit heures ! Il haussa les épaules. Il avait bien le temps ! Avec cette crasse d'automne, il n'y avait plus grand-chose à faire à la ferme. Depuis qu'il était levé il avait déjà changé la litière des vaches dans la grange attenante à la cuisine et fendu du bois pour une journée de chauffe. Pas question non plus d'aller aux champs. La terre était bien trop détrempée. Tout juste bonne à noyer le ver. Et puis, ce n'était pas vraiment le moment. Il y avait le vieux qui crevait dans le bâtiment d'en face. Cela risquait de prendre encore un peu de temps.
Il terminait son verre de vin quand sa mère entra dans la cuisine. Un petit bout de femme, l'air altier, engoncée dans une blouse grise, trop grande pour elle.
— Bonjour, mon fils !
Il l'interrogea du regard. Elle ne dit rien, défit ses bottes, chaussa ses sabots fourrés et vint s'asseoir en face de lui.
— Ça y est ! Il est passé. J'ai envoyé Justin au chef-lieu prévenir le docteur.
Il aurait parié avoir saisi une lueur de joie dans ses yeux. Il la dévisagea. Son visage, tanné, ridé, avouait son âge, un peu plus de soixante-dix ans. Mais en même temps son regard acéré, doué d'une étonnante mobilité, la rajeunissait. C'était troublant au point que l'on avait parfois l'impression de s'adresser à deux personnes différentes.
Il acquiesça d'un hochement de tête.
— Paix à son âme !
L'oraison funèbre prononcée, il lui servit un verre de vin et ils trinquèrent sans ajouter un mot. À quoi bon ? Ils savaient ce que signifiait la mort du vieux. Enfin, ils allaient vivre.
— Va donc à la ferme du Calvaire prévenir ton frère !
— Il ne pourrait pas être ici ?
Elle haussa les épaules.
— Tu le connais. Il n'a jamais pu sortir de ce trou. Depuis qu'il est môme cette maison c'est...
— Je sais ! répondit l'homme d'un ton agacé.
La femme se leva péniblement en maugréant.
— Bon Dieu ! Avec ce temps j'ai les os comme du bois mort ! Ah, je te jure ! Ce n'est pas la tête qui me joue des tours, c'est la carcasse !
Son fils plongea sa main dans la poche et en sortit son paquet de gris. Sans hâte, il se roula une cigarette puis craqua une allumette. Ses grosses mains calleuses aux ongles noirs enfouissaient la flamme. Il aspira puis recracha la fumée bruyamment. Dieu qu'il aimait ça ! Un vrai plaisir.
— Et Jeanne ? demanda-t-il.
— Elle chiale sur le lit de son père.
Il ricana. Elle serait bien la seule à le regretter.
— Ah, les femmes ! De vraies fontaines !
— Tu parles pour elle ! Moi je ne suis pas faite de ce bois-là...
Elle s'interrompit et attisa le feu en se tenant le dos.
— Ça, c'est sûr ! dit-il en se levant.
Il frotta la lame de son couteau sur son pantalon, le replia soigneusement avant de le glisser dans sa poche, puis il enfila sa veste de velours côtelé. Sur le pas de la porte, il releva son col et siffla les chiens qui se précipitèrent dans ses jambes. Trois bâtards, noirauds, rabatteurs de bétail, mais surtout très bons chasseurs. Il les caressa et se mit en marche.
Sa mère s'approcha de la fenêtre et le regarda s'éloigner sous la pluie, la tête inclinée. Il possédait la même démarche que le vieux. Lente et régulière, au rythme du temps, mais toujours assurée. Celle qui l'avait tant séduite à l'époque quand elle était tombée amoureuse du défunt. Alfred... Fred... Le grand Fred comme on l'appelait dans le pays ! Le seigneur de Beaupré ! Il fallait le voir partir le matin, dès que l'aube pointait, pour faire le tour de son domaine. D'abord immobile au milieu de la cour, il humait l'air, regardait le ciel, puis soudain il s'en allait sans qu'on sache jamais où il se rendait, ni quand il reviendrait. En fait, il avait rendez-vous avec un coin de terre. Sa terre, qu'il connaissait comme pas un ! Toujours à la respirer, la goûter, lui parler ! Capable de prévoir le temps du lendemain, rien qu'à son odeur ! Il fallait le voir aussi traverser les prés au milieu des troupeaux, reconnaître chaque vache, l'appeler par son nom, caresser ses flancs, toucher son museau. Et avec ça, solide comme un roc. Jamais malade. Dehors par tous les temps. Il ne manquait pas d'allure, le vieux ! C'est sûr ! Mais ce qu'elle ignorait le jour de leur mariage, c'est qu'elle aurait dû être cette terre pour être aimée de lui !
— Sert à rien de remuer tout ça ! marmonna-t-elle. Doit avoir suffisamment à faire à régler ses comptes avec l'Autre, là-haut !
Elle remit des bûches dans l'âtre et s'assit face au foyer sur une vieille chaise de paille, branlante, héritée de l'oncle Louis. Comme elle était la seule à savoir s'asseoir dessus sans la briser, c'était devenu sa chaise. Elle approcha ses mains sèches de la flamme, les frotta l'une contre l'autre, et poussa un soupir de satisfaction. Maintenant que le vieux était mort, il s'agissait de prévoir l'avenir. Et elle pensa au testament.

L'homme marchait sur le chemin de Ravaude, au milieu de la forêt. Les chiens allaient et venaient devant lui, la truffe au ras du sol puis, soudain, ils plongeaient dans le sous-bois, poussant des aboiements furieux. Ils tournaient en rond, la queue frétillante, essayant de s'y retrouver parmi de vieilles traces de gibier entrecroisées, avant d'abandonner et remonter sur le chemin, haletants et silencieux.
Encore deux kilomètres pour atteindre la ferme du Calvaire. L'homme s'en fichait. Il avait toujours aimé marcher sous la pluie. Surtout à l'automne ! Quand la forêt vire au roux et exhale une forte odeur de mousse et de champignons. Parfois, un craquement, un cri, une cavalcade, un bruissement d'ailes, et aussitôt il imaginait un chevreuil, un renard, un épervier... Diable, s'il avait eu le temps et son fusil, sûr qu'il aurait fait un carton. La chasse, il avait toujours aimé ça. Depuis le jour où, tout petit, il avait suivi Fred lors d'une traque de sanglier. Il se revoyait encore, caché derrière la haute stature du vieux, à regarder la bête écumante foncer sur les chiens, encorner les plus courageux jusqu'à ce que la chevrotine ait raison d'elle.
Mais ce matin il avait d'autres soucis. Nom d'un chien ! Fred avait crevé. Depuis le temps qu'il attendait ça. Une aubaine ! Enfin, il allait pouvoir en profiter à son tour de cette putain de terre ! Cette gueuse qu'il avait toujours été contraint d'aimer en seconde main, parce qu'elle donnait d'abord au vieux. Ce n'était pas rien de s'imaginer à son tour en train de la dompter, de lui faire rendre tout ce qu'elle pouvait sans qu'on vienne lui dire comment s'y prendre. Oh Dieu ! Comme ça l'excitait de prendre la relève de son père ! Il songea au testament que ce dernier avait dû laisser. Sûr qu'il avait dû lui donner les terres de la ferme aux Loups. Les meilleures ! Il les lui avait données parce qu'il les connaissait mieux que son frère Pierre. Un bon à rien. Un rêveur qui portait beau, c'était tout.
L'homme s'arrêta au débouché de la forêt. Un peu plus bas, au fond du vallon, on apercevait la ferme du Calvaire. Une imposante bâtisse, fortifiée, qu'on disait dater du Moyen Age. Pas à dire, elle était belle, entourée d'une brume de pluie. Un brin mystérieuse aussi, surtout à cause de cette unique tourelle regardant vers l'ouest qui suscitait toutes sortes de légendes. C'était là, disait-on, que le diable réglait ses comptes avec les hommes.
Les chiens se mirent à courir dans sa direction en jappant.
L'homme attendit encore un peu. Il songea à Pierre, son cadet de quatre ans. Il le haïssait ! Tout pour lui le gamin ! Beau, intelligent, toujours souriant ! Ah ! On le lui avait assez répété chaque fois qu'on les comparait. « Cesse donc de faire ta bourrique ! Regarde ton frère ! »... « Prends donc exemple sur lui ! »... Oui ! Tout pour lui, le salopiaud ! Au point d'avoir tourné la tête de Françoise, sa propre femme. Bien sûr, il ne les avait jamais surpris, mais il était certain qu'ils fricotaient ensemble. Il suffisait de saisir les regards qu'ils échangeaient. De la braise !
La colère lui fit monter le rouge aux joues. Il serra les poings au fond de ses poches. Un jour, c'était juré, il lui rendrait le chien de sa chienne ! Suffisait d'attendre le bon moment.
Il reprit sa marche à la lisière du champ qui descendait jusqu'à la ferme. La clôture commençait à s'affaisser. Un de ces quatre matins, il faudrait remplacer le fil de fer rouillé et les piquets. Il verrait ça avec Justin. Il continua. L'herbe mouillée, légèrement roussie, mouillait le bas de son pantalon. Diable, la terre regorgeait d'eau. Ça allait encore raviner ! Si ça continuait, il ne resterait plus que du chiendent.
Il pénétra bientôt dans la cour de la bâtisse. Pierre l'attendait sur le perron de l'atelier.
— Salut, Lionel ! Alors ?
— C'est fini !
Pierre appela :
— Louise !
Il n'obtint aucune réponse.
— Où est-elle encore fourrée celle-là !
Les deux frères traversèrent la cour côte à côte. Il pleuvait à nouveau à verse.
— Putain de temps ! lâcha Pierre.
— Faut pas se plaindre, répondit Lionel, ça mouille la terre pour l'été.
Ils entrèrent dans la cuisine, plongée dans une semi-obscurité. Il faisait chaud. Un feu d'enfer ronflait dans la cuisinière au point de faire rougir les plaques de chauffe. Louise, assise à la table, épluchait des pommes de terre. Elle salua Lionel sans relever la tête. Il demeura debout, appuyé contre l'évier. Il l'observa. Ce qui le frappait chez cette femme, c'était ses mains. Dieu qu'elles étaient fines, longues, propres ! Tellement inattendu quand on pensait à tout le travail qu'elles effectuaient. Mais, ma foi, elles correspondaient bien à Louise. Un mélange de force et de fragilité, de sensualité et de rudesse, sans qu'on sache jamais ce qui prendrait le dessus.
Pierre sortit deux verres, s'assit et les remplit de vin. Une piquette à vous réveiller un mort, qu'il tirait d'un bout de vigne, flanqué là-haut, sur le coteau de l'Abreuvoir.
— Il est mort ! dit-il.
— Ah ! fit Louise sans relever la tête, fallait bien que ça vienne un jour !
— Faudrait le dire aux gamins !
— Si tu les attrapes ! Ils m'ont dit qu'ils allaient à l'étang attraper des grenouilles ! De toute façon, pour ce qu'il les aimait, ça peut attendre !
Elle se leva, déplia un journal, y enveloppa les épluchures et sortit sans un mot.