Un baiser, l'addition !
Un baiser, l'addition !
Heather et Rose MacDowell
432 pages
Couverture cartonnée
Réf : 316833
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Moyenne des avis :Les avis des internautesNombre d'avis :5
Le 12 avril 2010
Un baiser, l'addition
J'ai été déçue par ce livre, je m'attendais à mieux. L'histoire est nulle.
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Remarque de marion DELEUZE du 10/02/12
Je suis totalement d'accord avec toi, je le trouve vulgaire et sans intérêt. j'ai attendu tout le long que le l'histoire décolle mais rien ...
Le 19 mai 2010
Un baiser l'addition
Super histoire !
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limounmot
Le 06 juillet 2010
Déçue !
L'histoire est sympa mais il y a beaucoup de longueurs !
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romanceh
Le 02 août 2010
Léger
Frais, drôle, léger... Un bon moment de détente.
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LovingAmina
Le 28 mars 2012
Sympathique
Histoire agréable à lire, mais convenue : pas de grandes surprises. On devine aisément ce qui va se passer.
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Pourquoi on l'a choisi
Cœur fondant et glaçage amer ! C'est avec délice qu'on goûte au sucré des histoires amoureuses et au piquant des répliques et situations bien senties. Drôle, réaliste et savoureux ! 
Et l'amour en pourboire !
Résumé
Les grands restaurants chics de New York, Erin connaît. Sauf qu’elle a plus l’habitude d’y dîner que d’y servir. Mais à la guerre comme à la guerre ! Sans autre boulot, elle finit par accepter une place de serveuse dans l’antre d’un grand chef despotique. Mais pas facile d’assurer quand on a servi qu’un été dans un petit boui-boui de bord de plage. Petites bourdes et grosses boulettes s’enchaînent. Heureusement, parmi les clients, il y a le beau Daniel... 
Les jumelles MacDowell savent de quoi elles parlent ! Elles ont pendant longtemps servi dans les plus grands restaurants de New York, Nantucket ou encore San Francisco. Elles vivent aujourd'hui chacune sur une côte des États-Unis et écrivent ensemble en correspondant par email ou téléphone.
Extrait

1


Harold, un jour je te tuerai.
Et tant que j'y suis, peut-être que mon père y passera aussi. Car ce sont eux qui m'ont fourrée dans ce pétrin. Sans eux, je ne serais pas plantée là, entre vingt tables de restaurant huppé, à me demander si les verres à vin vont ou non se briser en mille morceaux.
— Quand on est capable de mettre des fleurs fanées sur une table, on est bon pour l'asile !
Ma nouvelle patronne, Gina, fait les cent pas en jean moulant et talons aiguilles, avec à la main une fleur blanche qui pique du nez.
— Dans combien de langues il faut que je vous le répète ? braille-t-elle avec un accent italien prononcé. Mais qu'est-ce que j'ai fait pour mériter ça ?
Pétrifiée sur place, au milieu des autres serveurs et commis, je me pose exactement la même question. C'est vrai, qu'est-ce que j'ai fait, moi, pour mériter ça ? Ah oui, j'oubliais : quatre mois après mon licenciement, je me suis laissé convaincre par Harold, copain de golf de mon père et accessoirement un des plus gros distributeurs de boissons alcoolisées de l'État, d'entrer comme serveuse à la Roulette, un restau branché de Manhattan.
— Les propriétaires font partie de ma clientèle, ma grande ; et ils sont vraiment adorables. En plus, ton père m'a dit que tu saurais pratiquement tenir un restaurant à toi toute seule.
À moi toute seule ? Mon père a-t-il vraiment cru que moi, jusque-là responsable marketing, j'étais faite pour servir à table dans un des meilleurs établissements de la ville ? A-t-il sincèrement pensé qu'un unique été passé à servir de la soupe de palourdes pendant mes études m'avait préparée à ça ?
— J'exige une réponse ! hurle Gina d'une voix suraiguë.
Je sursaute. Pourvu que quelqu'un réagisse.
— Le fleuriste se laisse aller depuis quelque temps, intervient Caton, le serveur qu'on a chargé de me former.
Il a les cheveux blonds coupés court, tout hérissés, et porte un tee-shirt clamant Reine d'un jour.
— Je m'en fiche ! C'est votre boulot de choisir la décoration des tables !
— Ça ne se reproduira pas, on vous le promet, place Ron qui, avec son visage profondément ridé et son humilité, a tout du « serveur à perpétuité ».
Gina jette la fleur sur le tapis à fleurs de lys.
— Les promesses, ça ne me suffit pas pour faire tourner une maison. Dans mon pays ça ne se passe pas comme ça. Les serveurs paieraient de leur poche plutôt que de mettre des fleurs crevées sous le nez d'un client. Il suffit que j'aie le dos tourné une minute et voilà : tout se barre en quenouille !
Je me rapproche de Caton, ce qui attire l'attention de Gina sur moi.
— Ah ! s'exclame-t-elle en se penchant pour m'examiner de plus près.
Elle est plus âgée que je ne pensais. Une bonne quarantaine, à mon avis.
— C'est vous, la nouvelle. Celle que nous a refilée Harold.
— Je m'appelle Erin Edwards, dis-je d'une voix mal assurée. Ravie de faire votre connaissance.
Elle me tend en souriant une main squelettique.
— Gina Runyan. Si j'ai bien compris, vous connaissez Harold et Brenda depuis longtemps.
— Pratiquement depuis toujours. Adolescente, je leur servais déjà de baby-sitter.
J'omets de préciser que, dans ces cas-là, le chat avait le droit de manger des chips, ou qu'en terminale j'ai donné chez eux une fête qui a duré trois jours en profitant de ce qu'ils faisaient une randonnée à vélo dans le comté de Clare.
— Les autres, on leur fait passer deux entretiens et on vérifie leurs références, mais c'est déjà Harold qui nous a apporté notre meilleur aide-cuisinier, et il dit qu'on sera tout aussi satisfaits de vous.
— Ah bon ?
Gina penche la tête ; ses longs cheveux noirs, qui lui tombent jusqu'à la taille, se déploient sur un côté.
— Vous faites du combien ?
— Euh... 36, en général.
— Plutôt 38, à mon avis. On va vous donner un joli uniforme. J'espère qu'il vous ira.
38 ?
— Bon, j'essaierai d'y rentrer.
— Je sais, c'est pas facile d'être une femme, déclare Gina avant de se retourner vers Caton. Ce tee-shirt, là... Vous avez un miroir, chez vous ? Parce que le violet ne vous va pas du tout.
— Vous avez raison, réplique-t-il avec un petit sourire moqueur. Je suis plus à mon avantage dans les tons beige-marron.
Sous nos yeux, dans un silence total, Gina passe de table en table en inspectant de près ce qu'on appelle justement les « milieux de table ». Je m'autorise enfin à respirer et prends conscience pour la première fois de mon environnement. Plafond genre cathédrale, énorme lustre multicolore, banquettes en velours rouge, murs tendus de soie striée dans les tons argentés. L'ensemble donne l'impression que trois designers aux goûts différents se sont déchaînés en dépassant très largement le budget.
— Mamma !
Au moment où Gina repose un dernier vase en cristal, un petit garçon frêle entre en courant dans la salle. Il est en uniforme scolaire bleu marine et trimballe un sac à dos surchargé.
— Nino ! lance-t-elle en ouvrant tout grand les bras. Comment ça s'est passé aujourd'hui, à la maternelle ?
Il lâche son sac et se jette contre les cuisses maigres de sa mère.
— Normal.
— C'est tout ? Tu sais, on paie très cher pour que tu puisses aller dans cette école. Alors il faut que ça te plaise. Des deux mains, elle oriente son petit visage vers moi.
— Dis bonjour à Erin. Elle commence ce soir.
— 'jour, dit-il d'une toute petite voix.
— Coucou. Ça va ?
Il me scrute d'un air soupçonneux.
— Mon papa, il dit que les garçons gagnent plus que les filles.
— Tais-toi, Nino ! aboie Gina en m'adressant un sourire contrit. Il ne sait pas ce qu'il dit. Allons, viens, Nino. Tu veux un soda et une glace ?
Elle l'entraîne par la main vers un petit salon meublé de tables en verre fumé et de fauteuils club en cuir noir.
— Eh ben et moi, alors, j'ai pas droit à une glace ? demande Derek dès qu'elle n'est plus à portée de voix.
Bâti comme un boxeur, il s'exprime d'une voix grave et pénétrante. Une jambe de son pantalon est roulée ; elle révèle sur le mollet des traces de cambouis laissées par une chaîne de vélo.
Jane, la seule autre femme de l'équipe, ramasse la fleur fanée.
— C'est ça. Bourre le gamin de sucreries, comme ça il planera trop pour se rendre compte que maman est cinglée.
— Bienvenue dans notre petite famille, Erin, conclut Caton. Allez, viens, on va te trouver un uniforme.
Il prend les devants et je suis obligée de presser le pas pour ne pas me faire distancer ; au fond de la salle s'ouvre un couloir.
— Alors, qu'est-ce que tu sais de la Roulette ? me lance- t-il par-dessus son épaule.
— Pas grand-chose, à part ce que m'en a dit Harold. Je passe sur les infos glanées sur Google la veille :
Le chef cuisinier de la Roulette est sorti major de sa promotion au Culinary Institute of America et a fait ses premières armes au Bernardin sous l'égide de feu Gilbert Le Coze. [...] Alliant à la tradition française un soupçon de modernisme et une imagination sans limites, il renouvelle la Nouvelle Cuisine américaine. [...] Sa cave recèle des trésors tels qu'un pétrus pomerol de 1971 qui a fait le tour de la terre en orbite à bord de la navette Soyouz, et...
— On se classe actuellement parmi les cinq restaurants les plus fréquentés de New York, m'informe Caton. Ce qui signifie qu'il n'y a jamais de soirs calmes ni de tables inoccupées. J'espère que tu es prête à retrousser tes manches.
Avec les factures qui s'entassent sur la table du salon ? Tu peux y compter.
— Crois-moi, je travaillerai autant qu'il faudra.
Je ferais n'importe quoi pour garder le deux-pièces à loyer contrôlé que naguère je croyais pouvoir me payer ad vitam aeternam.
— C'est bien ce que j'espérais.
Il pousse des portes battantes et on entre dans les cuisines.
— Et voici le centre de notre petit univers, m'annonce- t-il.
Je me fige sur place, momentanément stupéfiée par ces dizaines de mètres carrés d'acier et de carrelage blanc. Le tout émet une vibration pulsatile composée du choc des casseroles sur les feux, du bourdonnement des ventilateurs et des exclamations sonores poussées par les cuisiniers. Ils sont au moins douze à s'affairer devant d'énormes fourneaux fumants. Des batteries de casseroles immaculées pendent au plafond.
— Les gars, je vous présente Erin, clame Caton.
Ils me jettent un coup d'œil. Je leur adresse un petit geste de la main.
— Salut !
Caton se met à débiter un nombre impressionnant de noms et de postes, en glissant des mots genre poissonnier* ou chambre froide* comme si je parlais couramment le français. Je m'invente mentalement des expressions pour essayer de me souvenir de tout, mais j'abandonne après « Lorenzo, les sauces », et « Phil (pourvu qu'il soit célibataire) », qui se trouve être un « grillardin » aux yeux bleus et à l'épaisse chevelure noire toute hérissée. C'est bizarre, jusqu'ici je n'avais jamais trouvé sexy les vestes blanches à larges revers.
— Carl n'arrive qu'à l'heure de la réunion du personnel, à cinq heures, me dit Caton.
— Carl... le chef ?
— Le chef, le commandant de bord, le demi-dieu, comme tu voudras. Personnellement je préfère « gastro-facho », mais tu fais comme tu veux.
On monte un escalier très raide qui part du fond de la cuisine. Chaque marche est recouverte d'adhésif antidérapant et les murs tout éraflés sont pleins d'éclaboussures marron qui ressemblent à du café séché.
— Tu n'as pas encore rencontré Steve, je crois ? s'enquiert Caton.
— Non.
— Alors prépare-toi, ça ne va pas tarder.
En haut des marches, on oblique et on s'arrête devant une porte entrouverte marquée « Bureau ». Caton frappe deux coups.
— Steve ?
Un grognement étouffé nous parvient de l'intérieur. — Ouais ! Entrez !
Je découvre un dos nu plutôt gras, prolongé par un derrière ceint d'une serviette, des jambes velues et des pantoufles marron. Steve est à plat ventre sur une table de massage, le visage tourné vers le sol. Le kiné, un costaud en pantalon de survêtement et sandales de marque, n'a pas l'air content.
— Ça ne pouvait pas attendre ? Il commençait juste à se décontracter.
— Je voulais seulement lui présenter Erin.
Steve lève la tête et tourne vers moi une joue molle.
— Salut, lâche-t-il avec une cordialité forcée. J'avais oublié que vous arriviez aujourd'hui. Caton vous fait faire le tour du propriétaire ?
— Oui. C'est un magnifique restaurant que vous avez là.
— Encore heureux, avec le fric que ma femme a dépensé pour la déco.
Il se décale de quelques centimètres, puis se laisse retomber pesamment.
— Je vous verrai dans un moment. Là, j'ai besoin qu'Alex m'enlève des épaules le dîner d'hier – une table de vingt personnes.
— Pas de problème, merci.
Caton me prend par le coude et m'entraîne dans le couloir.
— Excuse-moi, j'avais oublié que c'était jour de massage.
Tout au bout, il rentre la tête dans les épaules pour franchir une porte basse.
— Nous voilà arrivés. Je me dis toujours que je devrais apporter quelques plantes vertes, histoire de mettre un peu de gaieté, mais je suis trop pris par mes cours de théâtre et tout ça.
Une rangée de placards métalliques couvre tout un mur de la pièce exiguë que son plafond mansardé semble rétrécir encore. Quelques fauteuils qui craquent à toutes les coutures entourent une vieille table basse. Un chandelier en argent cabossé maintient en position ouverte l'unique fenêtre, laquelle laisse entrer l'humidité du mois de septembre et le vacarme de la circulation montant de Madison Avenue. Ça pue la transpiration et la fumée de cigarette.
Caton sort d'un étroit casier une jupe droite noire, et un chemisier blanc orné de volants sur les côtés.
— Armani, annonce-t-il en me tendant le tout. Si tu les abîmes, t'as paumé six cents dollars.
Six cents ?
— Qu'est-ce que tu croyais, qu'on s'habillait au supermarché du coin ? Je ne travaille là que depuis un an et j'en suis déjà à ma troisième chemise.
Il cherche quelque chose à tâtons sur l'étagère supérieure puis me lance un emballage contenant un collant noir.
— Voilà pour commencer. Comme tu devras en changer très souvent, tu as intérêt à faire des stocks.
— Je n'y manquerai pas, réponds-je en prévoyant déjà de démissionner avant que ceux-ci ne filent.
Puis il prend dans un autre casier un costume gris et une cravate en soie lilas et les drape sur le dossier d'un fauteuil.
— Si tu veux, je me tourne pendant que tu te changes, dit-il en défaisant la fermeture à glissière de son jean. Sinon, vas-y. C'est comme ça qu'on fait, nous.
On se met en tenue dans un silence gêné. Aïe. Apparemment, c'est vrai, je fais bien du 38. Quand je me retourne, Caton n'est plus un acteur en puissance qui travaille pour payer ses cours mais un vrai pro impeccable qui présente super bien. Même ses cheveux très courts font chic, maintenant, et pas seulement branchés. Il pointe pour nous deux, puis contemple mes ballerines en fronçant les sourcils.
— J'espère que tu as apporté d'autres chaussures.
— Non, pourquoi ? fais-je en baissant les yeux sur mes pieds. Je suis bien censée porter des noires, non ?
— Ouais, mais tu sais comment c'est quand le service commence. Y a des trucs qui tombent partout, le sol de la cuisine devient glissant... Si on n'a pas de semelles en caoutchouc, c'est le vol plané garanti.
— Je n'ai encore jamais eu de problèmes de ce côté-là, mais... bon, d'accord. Demain j'en mettrai d'autres. OK. Rendez-vous en bas.
Je reste plantée là, en uniforme, devant le miroir taché dont le verre un peu inégal fait disparaître entièrement mon menton déjà pas très bien dessiné et écarte mes yeux noisette. Même mes cheveux ont quelque chose de changé. D'ailleurs, vu ce que je m'apprête à faire, je trouve normal de ne pas me reconnaître.
C'est peut-être mon karma qui veut ça. Au restaurant, comme cliente, je n'ai jamais été très douée pour les bonnes manières, même quand je gagnais bien ma vie et que je dînais dehors trois fois par semaine. J'avais la déplorable habitude de changer trente-six fois de table avant de trouver la bonne, de laisser quinze pour cent de la note au centime près en guise de pourboire et de réserver dans plein d'endroits à la fois pour pouvoir choisir à la dernière minute. Pour rien au monde je ne l'aurais avoué, mais je me sentais un peu au-dessus de la mêlée ; jamais il ne me serait venu à l'idée que je finirais dans leurs rangs. Je me trouvais trop intelligente pour ça, sûre qu'une autre boîte de marketing allait vite me tirer de là. Si sûre de moi que j'avais décliné trois offres d'emploi, jugeant les salaires trop bas et le poste indigne de moi. Deux mois s'étaient écoulés depuis.
Quelle andouille ! J'aurais trouvé humiliant de retourner travailler comme assistante, mais au moins j'aurais pu porter mes propres vêtements.
— Toi qui étais promise à un si bel avenir... Tu t'es vue, maintenant? fais-je tout bas.


* Les expressions en italique suivies d'un astérisque sont en fran¬çais dans le texte. (N.d.T.)