Acacia, tome 1 : La guerre du Mein
Acacia, tome 1 : La guerre du Mein
David Anthony Durham
1010 pages
(série en 3 tomes)
Couverture souple. 12,4 x 20 cm
Réf : 314611
Avec ce livre, cumulez 10 Points Club
Au lieu de 21,00  (prix public)
Disponible
Résumé
Acacia. Une île qui a donné son nom à un empire prospère gouverné par un souverain absolu, Leodan Akaran. Veuf, il vit entouré de ses quatre entants à qui il cache un lourd secret : la domination d'Acacia repose sur des trafics de drogue et d'esclaves dirigés par la toute-puissante Ligue des marchands.
Tout bascule le jour où le roi est poignardé par un envoyé des Meins, un peuple de guerriers exilés dans une lointaine forteresse du Nord. Sur son lit de mort, Leodan conçoit un plan pour permettre à ses enfants de s'échapper. Dispersés aux quatre coins de l'empire, Aliver, Corinn, Mena et Dariel vont partir à la reconquête du trône, chacun façonné par un nouveau destin.
Moyenne des avis :Les avis des internautesNombre d'avis :1
Elsinka
Le 14 septembre 2011
Triste d'avoir refermé ce roman...
Je viens de finir ce roman, et je me sens toute triste. Le début fut difficile : les 200 premières pages sont les plus longues. En revanche, une fois que les enfants grandissent, ça devient vraiment passionnant. L'histoire est construite avec minutie et, surtout, les personnages sont criants de vérité. J'ai aimé la complexité qui caractérise nombre de ces personnages, tels Hanish et Corinn. Mena finit par se demander s'il n'y a pas de différence entre le bien et le mal, et je pense que ça reflète bien l'ambiguïté de ce roman... Je finirai mon propos en précisant que ce premier tome a la particularité d'entrer dans le domaine de l'heroïc fantasy, tout en abordant des thèmes aux résonances toutes contemporaines. Le racisme est un exemple parmi d'autres. J'ai beaucoup apprécié cet aspect du roman. Mais j'avouerai que l'aspect qui m'a le plus séduite reste la passion unissant Hanish et Corinn, passion qui n'est pas sans rappeler "Le Cid" de Corneille...
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Remarque de Roselyne POCA du 02/12/11
J'ai aussi beaucoup aimé ce premier tome. A quand le deuxième tome sur France Loisirs ?
David Anthony Durham est né à New York en 1969 de parents d'origine caribéenne, et a grandi dans le Maryland où il est devenu professeur d'université. Après avoir beaucoup voyagé à travers les États-Unis et l'Europe, il s'est installé en Écosse pendant plusieurs années avec sa femme et ses enfants.
Devenu célèbre pour ses romans historiques primés à de nombreuses reprises, il a reçu en 2009 le prix du meilleur auteur Fantasy John W. Capbell Award.
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Extrait

1


L'assassin se glissa entre les battants de pin massif de la porte principale et quitta la forteresse de Tahalian. Il partit au lever du soleil, sous la vêture commune à un soldat du Mein. Il était enveloppé dans une cape en peau d'élan. Elle recouvrait ses jambes et réchauffait sa robuste monture. Sur son torse était sanglé un plastron constitué de deux carapaces de fer moulées enserrant une couche de fourrure de loutre. Il prit la direction du sud, dans un paysage scintillant de gel.
Le froid de l'hiver était si mordant que pendant les premiers jours le souffle de l'homme se cristallisait au sortir de ses lèvres. La vapeur formait une protubérance étrange autour de sa bouche, comme un tunnel éphémère. Des nœuds de glace pendaient à sa barbe et se heurtaient tels des carillons de verre. Il ne croisa presque personne, même quand il traversa des villages d'habitations basses, au toit en forme de coupole. Il aperçut des traces de renards blancs et de lièvres, mais vit très peu d'animaux. Une seule fois, un lynx l'observa depuis un rocher, l'air de ne savoir s'il devait fuir ce cavalier ou lui donner la chasse. Finalement, il resta immobile, et l'homme le laissa derrière lui.
Plus tard, il accéda au sommet d'une colline et contempla un rassemblement de rennes dans la plaine en contrebas. C'était un spectacle rare. Tout d'abord, il crut se trouver en présence d'une assemblée du monde des esprits. Puis il sentit l'odeur musquée des animaux, ce qui brisa toute ambiance de mystère. Il passa au milieu d'eux et goûta un plaisir simple à les voir s'écarter devant lui, dans un grondement de sabots qui résonna jusqu'au tréfonds de sa poitrine.
Si les terres du Mein avaient appartenu à ses habitants, il aurait pu chasser ces animaux, comme ses ancêtres l'avaient fait. Mais la réalité était tout autre. La race des hommes appelés Meins, sur les hauts plateaux du même nom, avec la grande forteresse de Tahalian, cette lignée royale qui aurait dû régner sans partage sur ce territoire, tous étaient les serviteurs d'Acacia depuis maintenant cinq cents ans. Après avoir été vaincus et massacrés en grand nombre, ils avaient dû plier l'échine sous le joug de gouverneurs étrangers. On les avait écrasés sous des impôts indus, on leur avait volé leurs guerriers. Beaucoup d'entre eux servaient dans les rangs des armées acacianes, en des contrées lointaines, hors de portée de voix de leurs ancêtres. C'était du moins ainsi que le cavalier voyait les choses - une injustice qui ne pouvait durer éternellement.
À deux reprises, durant la première semaine, il quitta la route principale pour éviter des postes de contrôle de la Garde du Nord. Ses papiers étaient en règle et, selon toute probabilité, il n'aurait pas été inquiété, mais il ne faisait aucune confiance aux Acacians et il lui répugnait de feindre la soumission. Chacun de ces détours l'amenait plus près des Monts Noirs, qui s'élevaient parallèlement à la route. Leurs pics crevaient la neige tels d'énormes éclats d'obsidienne aux arêtes tranchantes comme le rasoir. Si l'on en croyait les légendes anciennes, ces sommets étaient les pointes de lances enfoncées dans la voûte du monde par une race de géants colériques dont le royaume s'étendait sous la peau de la Terre.
Après dix jours de chevauchée, il atteignit la Bordure Méthalienne, la frontière sud du Mein. Il fit halte pour contempler les terres boisées et fertiles qui s'étendaient trois mille pieds en contrebas, et prit conscience que jamais plus il ne respirerait l'air des Hautes-Terres. Il ôta la têtière de son cheval et la laissa tomber là, puis il noua les rênes d'une façon qui ne trahirait pas sa provenance. Bien qu'il fît encore froid et que le gel blanchît le paysage, il enleva sa cape et l'abandonna sur le sol. Puis il dégaina une dague, trancha la jugulaire de son casque et le lança dans un buisson. Il secoua sa chevelure brune, qui, libérée de sa prison de métal, s'épanouit jusque sur ses épaules, comme ravie de cette liberté retrouvée. Ses cheveux n'avaient pas cette couleur de paille sèche si répandue chez les Meins, ce qui avait d'ailleurs toujours été source de gêne pour lui. Mais c'est aussi ce qui l'avait décidé à assumer cette mission.
Après qu'il eut enfilé une chemise en coton pour dissimuler son plastron de cuirasse, il entama la descente vers la plaine. Le cavalier et sa monture empruntèrent un sentier en lacets d'où ils découvrirent un paysage très différent. Des bois tempérés d'arbres à feuilles caduques étaient parsemés de petits villages forestiers qui formaient la limite septentrionale des terres administrées directement depuis Alécia, le siège bureaucratique du gouvernement acacian.
Malgré la maîtrise qu'il en avait, la langue impériale lui était détestable et il parla le moins possible, seulement quand il n'avait pas le choix. Pour vendre son cheval à un marchand au sud des Bois, il grommela dans sa main. Il accepta, en échange, des pièces de monnaie locale, des vêtements qui n'attireraient pas l'attention et une paire de bottes de cuir épais, car il lui fallait marcher jusqu'à la côte. C'était de nouveau un autre homme.
Il suivit la grand-route, un sac passé en bandoulière. Son fardeau était déformé ici et là par les objets dont il aurait besoin. La nuit, il dormait recroquevillé dans des creux de terrain, près des fermes, ou dans les zones boisées. Pour les gens du coin, la contrée était pétrifiée dans les griffes de l'hiver, mais pour lui cela ressemblait plus à l'été tahalian : il faisait si doux qu'il en transpirait parfois.
Non loin du port d'Alécia, il changea encore de déguisement. Il se débarrassa de son plastron, qu'il cacha sous des pierres, dans le lit d'une rivière, et il sortit de son sac une cape qui avait été confectionnée dans les froides chambres du Mein, en espérant qu'elle passerait pour authentique. Une fois drapé de ce pan d'étoffe, il ressemblait à un Vadayen. L'ordre des Vadayens, bien qu'ancien, n'avait plus rien de la secte religieuse qu'il avait été naguère. Ses membres vouaient désormais leur vie à étudier et à préserver le savoir ancien sous la direction cérémonielle de la prêtresse de Vada. Il ne paraîtrait donc pas étrange qu'il se montre très peu loquace avec les gens qu'il croiserait.
Pour parfaire son apparence, l'homme se rasa les côtés du crâne et noua ses longs cheveux au sommet de sa tête à l'aide de fines lanières de cuir. La peau de ses tempes était pâle et rose comme celle d'un cochon. Il la frotta avec une substance utilisée pour brunir le bois. Une fois l'opération terminée, l'œil le plus exercé n'aurait pu le prendre que pour l'érudit qu'il prétendait être.
Bien qu'il endossât ces divers personnages avec aplomb, il n'était aucun d'entre eux. Il s'appelait Thasren Mein et était de noble lignée, le fils du regretté Heberen Mein. C'était le frère cadet d'Hanish, le chef de droit des tribus des Hautes-Terres du Mein, et de Maeander, chef des Punisari, la garde d'élite symbolisant la fierté des traditions martiales de leur peuple. C'était une généalogie dont il pouvait être fier, mais il avait rejeté tout cela pour devenir un assassin. Enfin, son existence faisait réellement sens pour lui. Il n'avait jamais été aussi concentré que maintenant, jamais autant en phase avec lui-même, chargé d'une mission qu'il avait juré d'accomplir. Combien de ces êtres qui arpentent la Terre savent précisément pourquoi ils respirent, combien comprennent exactement ce qu'ils doivent faire avant de passer de l'autre côté ? En vérité, grande était sa chance.
À bord du bateau, il observa l'île d'Acacia qui émergeait du vert pâle de la mer dans un chaos de rochers. À cette distance, elle paraissait très ordinaire. Son point le plus élevé était situé à l'extrémité sud. Au centre, les falaises et les collines occupées par les fermes semblaient s'affaisser quelque peu avant de se redresser en une série de plateaux que des générations de colonies avaient sculptés et transformés en un lieu approprié pour abriter le palais. Les acacias s'alignaient, aussi sombres que les Talayens du Sud à la peau mate, décorés d'un plumage en crête et tachetés ici et là de floraisons blanches. En dépit de la côte sinueuse très étendue, seule une petite partie était accessible, et les plages comme les ports étaient peu nombreux.
Quand ils passèrent devant les tours de défense du port, Thasren aperçut le drapeau de l'empire qui flottait mollement au bout de son mât, à cause du manque de brise. Il savait ce qu'il aurait vu si le vent avait soufflé : un soleil jaune dans un carré bordé de rouge, avec au centre la silhouette noire de l'arbre qui donnait son nom à l'île. Chaque enfant du Monde Connu connaissait cet emblème, aussi reculé que soit son lieu de naissance. L'assassin se maîtrisa pour ne pas se racler la gorge ni cracher en signe de mépris.
Il débarqua sur le quai principal, dans une bousculade de marchands et d'ouvriers, de femmes et d'enfants qui sautaient par-dessus l'espace d'eau claire comme le cristal entre la coque et le quai. Il y avait parmi eux quelques Vadayens, mais Thasren évita de croiser leur regard. Immobile dans le tourbillon des passagers qui commençaient à se disperser, il se rendit compte qu'il allait entrer dans la tanière de l'ennemi. Si quelqu'un découvrait son nom ou parvenait à deviner ses projets, il deviendrait la cible de toutes les dagues, épées et lances de l'île. Il attendit un peu plus longtemps qu'il ne l'avait voulu, surpris que personne ne le condamne, ne le montre du doigt ou ne s'arrête pour le dévisager de plus près.
D'un regard froid, il engloba le grand mur en pierre rosée. Au-delà, flèches, tours et dômes, bleus, rouge foncé, ou encore couleur rouille, scintillaient sous le soleil. Les constructions s'élevaient par terrasses successives, avec la raideur abrupte d'une montagne. C'était une vision magnifique, même lui le reconnaissait. Rien à voir avec les maisons basses et mornes de son pays. Tahalian était bâtie avec d'énormes poutres de sapin, sans décoration, parce que les habitations étaient plongées dans l'obscurité hivernale la majeure partie de l'année, la neige s'empilant sur toute surface plane. La différence entre ces deux mondes rendait difficile toute comparaison, aussi Thasren préféra-t-il chasser cette pensée de son esprit.
Il marcha d'un pas tranquille vers les portes de la ville basse. Cela serait sans doute un peu long, mais il se frayerait un chemin jusqu'au cœur de la cité, en recourant à tous les artifices nécessaires, et il finirait par pénétrer dans le palais. Là, il répondrait à la question que son frère lui avait posée très simplement un mois plus tôt. Si l'on souhaite tuer une bête aux bras nombreux, avait dit Maeander, pourquoi ne pas commencer par lui trancher la tête ? Ensuite, il ne reste plus qu'à s'occuper des membres et du corps, tandis que la créature titube, aveugle et désorientée. L'assassin n'avait qu'à s'approcher assez de cette tête et attendre le moment propice pour frapper. Mais il le ferait en public, afin que la nouvelle de son acte se répande comme une épidémie.