L'enfant perdu
L'enfant perdu
592 pages
Couverture souple
Réf : 314457
Avec ce livre, cumulez 10 Points Club
Au lieu de 22,00  (prix public)
Résumé
Un garçon sillonne à vélo sa bourgade de Caroline du Nord. C’est Johnny. Il cherche sa sœur jumelle Alyssa, disparue un an plus tôt. Clyde, le policier chargé de l’affaire, veille de loin sur le gamin et sa mère, en perdition. Quand une seconde adolescente manque à l’appel, Johnny et Clyde enquêtent conjointement, quitte à rencontrer le mal absolu.
Pourquoi on l'a choisi
Attention, enfants en danger ! Comme nous, vous frémirez d’effroi face à ce suspense psychologique efficace sur le thème du secret et des familles brisées.
Avis Top Lecteur
« Tous les ingrédients pour nous cuisiner un best-seller : une pointe de romantisme, une intrigue policière solide et sordide comme base du plat, des épices corsées à propos de l'enfance sacrifiée, des personnages flambés à l'alcool (certains y mettent même une pincée de coke). [...] Percutant ! À lire d'une traite ! »

Monique Le Moign
Moyenne des avis :Les avis des internautesNombre d'avis :6
julsa
Le 21 juin 2011
Prenant
Un livre prenant par l'histoire, par la sensibilité des personnages. Une histoire qui commence fort, qui finit fort mais qui traîne un peu en longueur... Un livre que j'ai eu quand même plaisir à lire... Je le conseille !
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sandra6215
Le 11 août 2011
Captivant !
J'ai lu ce livre en 4 jours, beaucoup de suspense, d'émotions différentes. Facile à lire et très difficile à fermer quand on se met à le lire.
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VAVA7171
Le 12 août 2011
Magnifique
A lire absolument. L'histoire de ce petit garcon qui va tout faire pour retrouver sa soeur jumelle envers et contre tous. Livre émouvant avec une fin surprenante.
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Mariestel
Le 06 septembre 2011
Génial !
J'ai eu un peu de mal à me mettre dedans, mais ensuite, je ne pouvais plus le lâcher ! Beaucoup de rebondissements, beaucoup de suspense, très bien écrit... Je le recommande !
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sikozu
Le 12 septembre 2011
Passionnant
Une histoire passionnante avec des personnages captivants. Beaucoup de suspense tout au long du livre, qui ne permet pas de poser le livre avant de l'avoir fini.
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Casix
Le 24 décembre 2011
Histoire captivante !
En lisant les premières pages, l'histoire nous met directement au parfum (une sœur disparaît, le père parti, une mère mélancolique et le frère mène l'enquête) un mélodrame s'annonce. J'avoue qu'au début j'ai eu du mal à me laisser transporter par l'histoire. Puis très vite ça devient captivant, l'action ne ralentit pas et le suspense reste présent jusqu'à la fin. Une fin très bien orchestré d'ailleurs. C'est un récit très centré sur les personnages, très recherché, du suspense avec une cohérence générale assurée.
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Extrait

Prologue


L'asphalte barrait le paysage telle une longue balafre noire, taillée au rasoir. La chaleur n'avait pas encore commencé à tordre l'air, mais le chauffeur savait que ça n'allait pas tarder. Cette clarté aveuglante, le chatoiement au loin, sous un ciel d'un bleu métallique. Il ajusta ses lunettes de soleil avant de jeter un coup d'œil au grand rétroviseur au-dessus du pare-brise. L'intérieur du bus s'y reflétait sur toute sa longueur de même que l'ensemble des passagers. En trente ans, il avait observé toutes sortes de gens : des jolies filles, des hommes brisés, des ivrognes, des fous, des femmes aux seins lourds avec leurs bébés rouges et ridés. Il était capable de flairer les ennuis à des kilomètres ; il savait qui allait bien et qui fuyait.
Il regarda le gosse, qui avait tout du fuyard.
Son nez pelait, mais sous le hâle, il avait ce teint cireux dû au manque de sommeil, à la malnutrition, ou aux deux. Ses pommettes saillaient sous sa peau tendue. Il était jeune, une dizaine d'années, chétif, des cheveux noirs, hirsutes. Une entaille en dents de scie, comme s'il se l'était faite lui-même. Du tissu effiloché pendait du col de sa chemise et des genoux de son jean. Ses souliers usés étaient presque percés. Il serrait contre lui un sac à dos bleu ; quoi qu'il contînt, ça ne pouvait pas être grand-chose.
Il était mignon, mais le plus frappant chez lui, c'étaient ses yeux. Grands, sombres, ils bougeaient constamment comme s'il avait une conscience aiguë des gens autour de lui, de cet étau d'humanité propre à un bus déglingué parcourant au petit matin les collines de sable de Caroline du Nord sous un soleil de plomb : une demi-douzaine d'ouvriers itinérants, une poignée de bagarreurs en rupture de ban qui faisaient l'effet d'anciens soldats, une ou deux familles, quelques vieux, et deux punks tatoués, affalés au fond.
Le gosse se tournait souvent vers l'homme assis de l'autre côté de l'allée centrale, une sorte de représentant de commerce aux cheveux plaqués, portant un costume chiffonné et des mocassins éculés. Le Noir qui tenait une bible froissée, une bouteille de soda calée entre les cuisses, attirait aussi son attention. Une vieille dame en robe parcheminée occupait le siège derrière l'enfant. Quand elle se pencha vers lui pour lui demander quelque chose, il secoua légèrement la tête et répondit poliment.
Non, m'dame.
Ses mots s'élevèrent comme un filet de fumée. La dame se radossa en tenant la chaîne de ses lunettes entre ses doigts veinés de bleu. Elle se tourna vers la fenêtre et ses verres s'embrasèrent pour s'obscurcir aussitôt que la route s'enfonça dans un bosquet de pins dont les ombres formaient des mares vertes sous les branches. La clarté envahit de nouveau le bus, et le conducteur en profita pour observer le passager au costume défraîchi. Pâle, il transpirait profusément, à croire qu'il avait la gueule de bois ; il avait de tout petits yeux et manifestait une nervosité qui agaçait le chauffeur. Toutes les deux ou trois minutes, il s'agitait sur son siège, croisait et décroisait les jambes, se penchant tour à tour en avant, en arrière. Il pianotait sur le genou de son pantalon mal coupé et avalait constamment sa salive tandis que son regard glissait vers l'enfant, s'en détournait à la hâte avant de se poser à nouveau sur lui longuement.
Le chauffeur en avait vu d'autres, mais il s'ingéniait à faire régner l'ordre dans son bus. Il ne tolérait ni ivrognerie, ni débauche, ni éclats de voix. Sa mère l'avait élevé ainsi quelque cinquante ans plus tôt ; il n'avait pas jugé bon de changer. Aussi avait-il l'œil sur le petit et sur l'homme en sueur aux traits tirés, au regard avide. Il le vit reluquer l'enfant et se plaquer contre le siège crasseux quand le couteau apparut.
Le gosse l'avait sorti de sa poche avec désinvolture, avait déplié la lame d'une chiquenaude. Il le garda un moment à la main, en pleine vue, avant de sortir une pomme de son sac et de la découper avec des gestes précis. L'odeur du fruit monta au-dessus des sièges tachés et du sol poussiéreux. Le chauffeur en huma la senteur forte et suave malgré la puanteur du diesel. Le garçon jeta un coup d'œil à la mine ahurie de l'homme au visage blême et luisant puis il replia la lame et remit le couteau dans sa poche.
Le chauffeur se détendit et fixa son attention sur la route quelques longues minutes, sans interruption. Le gosse lui disait quelque chose, mais l'impression fut passagère. Trente ans. Il enfonça sa lourde carcasse plus profondément dans son siège.
Il avait vu tellement de petits garçons.
Tant de fuyards.

Chaque fois que le conducteur posait son regard sur lui, le gosse le sentait. Il avait ce don, ce talent. Malgré les lunettes noires et la courbure du rétroviseur, il le savait. C'était le troisième trajet qu'il faisait dans ce bus en autant de semaines. Il changeait de place, s'habillait différemment, mais il se doutait que tôt ou tard quelqu'un allait lui demander ce qu'il faisait dans un autocar inter-États à sept heures du matin un jour d'école. La question viendrait sûrement du chauffeur.
Mais ça ne s'était pas encore produit.
Il se tourna vers la fenêtre en orientant ses épaules de manière à ce que personne d'autre ne tente d'engager la conversation avec lui. Il observa les reflets dans la vitre, les mouvements, les visages. Il pensait à des arbres géants, à des plumes brunes frangées de neige.
Le couteau formait une bosse dans sa poche.
Quarante minutes plus tard, le car s'arrêta brutalement à une petite station d'essence perdue au milieu de la grande bande de terre sablonneuse et brûlante, peuplée de pins et de broussailles. Le garçon remonta l'allée étroite et sauta de la dernière marche avant que le chauffeur n'ait le temps de lui signaler qu'il n'y avait rien dans le parking à part la dépanneuse, qu'aucune grande personne n'était là pour l'accueillir, un gosse de treize ans qui avait l'air d'en avoir dix. Il garda la tête tournée, de sorte que le soleil lui brûlait la nuque. Il jeta son sac sur le dos, un nuage de diesel s'éleva et le bus s'ébranla pour s'élancer vers le sud.
Dans la station d'essence, il y avait deux pompes, un long banc, ainsi qu'un vieil homme décharné, en bleu de travail taché de graisse. Il esquissa un signe de tête de derrière la vitre crasseuse sans sortir dans la chaleur. Le distributeur de boissons à l'ombre de l'unique bâtiment était si vieux qu'une pièce de cinquante cents suffisait. L'enfant plongea la main dans sa poche, en extirpa du bout des doigts cinq dimes tout minces et s'offrit un soda au raisin qui surgit de la glissière dans une bouteille en verre fraîche. Après en avoir fait sauter la capsule, il s'orienta dans la direction d'où le bus était venu et se mit en route le long du serpent noir et poussiéreux de la chaussée.
Cinq kilomètres et deux virages plus loin, la route rétrécissait et le bitume cédait la place à du gravier, un gravier de plus en plus épars. La pancarte n'avait pas changé depuis sa dernière visite ; elle était vieille, malmenée, la peinture écaillée laissant apparaître le bois en dessous : RÉSERVE DE RAPACES DU FLEUVE ALLIGATOR. Au-dessus des lettres, un aigle prenait son envol ; des plumes se dressaient sur ses ailes.
L'enfant cracha son chewing-gum dans sa main et le colla sur l'écriteau en passant.

Il lui fallut deux heures pour repérer un nid, deux heures de transpiration, de ronces, de moustiques si bien que sa peau vira au rouge vif. L'énorme enchevêtrement de brindilles se cachait parmi les hautes branches d'un pin d'Elliott qui montait tout droit du sol humide en bordure de la rivière. Le gosse en fit deux fois le tour sans trouver de plumes par terre. Des rais de soleil s'insinuaient dans la frondaison, et le ciel était d'un bleu si intense que ça faisait mal aux yeux. Le nid n'était qu'une petite masse noire.
L'enfant se débarrassa de son sac à dos et se mit à grimper, l'écorce rugueuse raclant sa peau brûlée. Sur ses gardes, il cherchait l'aigle du regard tout en menant à bien son ascension. Il en avait vu un empaillé au musée de Raleigh ; sa férocité l'avait marqué. Il avait des yeux de verre, des ailes d'un mètre cinquante d'envergure et des serres aussi longues que son index ; son bec à lui seul aurait pu arracher les oreilles d'un adulte.
L'enfant voulait juste une plume. Il adorerait en avoir une blanche, propre, de la queue, ou une rémige brune provenant d'une aile, mais il se contenterait de la plus petite plumute de la partie la plus tendre, ou d'un échantillon du duvet tout doux sous le creux de l'aile.
Ça n'avait pas d'importance.
La magie était la magie.
Plus il s'élevait, plus les branches ployaient sous lui. Le vent agitait l'arbre, et l'enfant avec lui. À chaque bourrasque, le cœur battant, les jointures blanchies, il plaquait son visage contre l'écorce. Le pin était le roi des arbres, si haut que même la rivière paraissait diminuée.
Il approchait du sommet. De près, le nid était aussi vaste qu'une table de salle à manger ; il devait peser dans les cent kilos. Vieux de plusieurs dizaines d'années d'existence, il empestait la pourriture, les vestiges de lapin, la merde. L'enfant s'ouvrit à l'odeur, à sa puissance. Il bougea une main, ancra un pied sur une branche grise érodée par le temps, dépouillée de son écorce. Sous lui, la pinède se déployait en rangs serrés jusqu'aux collines lointaines. La rivière se tordait, noire, étincelante comme du charbon. En se hissant au-dessus du nid, il aperçut les oisillons, au nombre de deux, marbrés, blottis dans le creux. Ils entrouvrirent leurs becs, mendiant de la nourriture, et l'enfant perçut un son semblable au claquement de draps sur la corde à linge quand le vent se lève. Il risqua un coup d'œil au moment où l'aigle s'abattait d'un ciel parfait. L'espace d'un instant, l'enfant ne vit que des plumes, puis les ailes s'abaissèrent tandis que les serres se dressaient.
L'oiseau poussa un cri.
L'enfant leva les bras alors que les serres s'enfonçaient en lui. Et puis il tomba, et l'oiseau – aux yeux jaune vif, ses griffes plantées dans sa peau et sa chemise –, l'oiseau tomba avec lui.

À 3 h 47, un autocar s'engagea dans le parking de la même station-service, en direction du nord cette fois-ci. Un autre bus, un autre chauffeur. La porte s'ouvrit avec fracas et une poignée d'individus rhumatisants en émergèrent en traînant les pieds. Le conducteur était un Hispanique mince, dans les vingt-cinq ans, l'air fatigué. Il jeta à peine un coup d'œil au gamin efflanqué qui se leva du banc et s'approcha de la porte en boitant. Il ne remarqua ni ses vêtements déchirés ni son air désespéré. Et si c'était bien du sang sur la main qui tendait le billet, il estima que ce n'était pas à lui de faire de commentaires à ce sujet.
Le gosse laissa tomber son billet. Il se hissa en haut des marches en s'efforçant de resserrer autour de lui les pans de sa chemise en lambeaux. Le sac qu'il portait était lourd, plein à craquer, et quelque chose de rouge tachait les coutures au fond. L'enfant dégageait une odeur de boue, de rivière, quelque chose de brut. Mais ça non plus ce n'était pas l'affaire du chauffeur. L'enfant s'enfonça dans les ténèbres du bus. Il se cogna contre le dossier d'un siège avant de poursuivre jusqu'au fond où il s'assit seul dans un coin. Il cala ses pieds sous lui en serrant son sac contre sa poitrine. Des entailles profondes entamaient ses chairs, il avait une plaie au cou, mais personne n'osait le regarder. Il étreignit son sac encore plus fort, sentant la chaleur qui persistait, le corps brisé tel un sac de brindilles. Il imagina les oisillons couverts de duvet, seuls dans le nid. Seuls et affamés.
L'enfant se balança dans la pénombre.
Il se balança dans la pénombre et versa des larmes chaudes, amères.