Les cicatrices du bonheur
352 pages
Couverture souple
Réf : 302929
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Résumé
La vie de Mélanie, dix-huit ans, est pleine de promesses : elle rencontre Patrice, ils sont très amoureux et bientôt parents d’une adorable petite Naomy. Mais quatre mois après l’accouchement, le destin frappe de plein fouet cette famille en prenant la vie du bébé. Jamais rassasié, celui-ci n’aura de cesse de s’acharner sur Mélanie et les siens. Pourtant, la jeune femme trouvera la force de se battre et finira par faire de la mort une amie...
Pourquoi on l'a choisi
Si la résilience portait un prénom... elle pourrait s’appeler Mélanie. Son témoignage, elle l’a écrit afin d’aider tous ceux qui, comme elle, ont subi d’insoutenables épreuves.
Moyenne des avis :Les avis des internautesNombre d'avis :11
mary33450
Le 18 juillet 2011
Renversant
Un livre rempli de courage !!! J'ai beaucoup pleuré mais Mélanie est une femme bouleversante !!!!!!!
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Quina
Le 15 juillet 2011
Bouleversant
Est-ce mon nouveau statut de Mamie ?... toujours est-il que j'ai versé des torrents de larmes en lisant ce récit. Le témoignage de Mélanie est bouleversant mais aussi très fort et plein de courage. A lire.
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driine
Le 22 juillet 2011
Ame sensible, risque de larmes
Dur livre mais très touchant surtout sachant que ce livre raconte une histoire réellement vécue par l'auteure, une très jeune femme (environ 30 ans) à qui la vie n'a pas fait de cadeaux. Personnellement, j'ai versé ma larme.
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lo34
Le 08 août 2011
Ouffff !
Des larmes pour moi aussi, on se demande comment la vie peut être si cruelle... Ecrit simplement, se lit facilement, à chaque fin de partie on a qu'une envie, lire la suivante. Une façon de relativiser sa propre vie.
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drindrine
Le 20 août 2011
Larmes assurés
Premier livre qui me fait autant pleurer, avec cette maman pleine de courage et de vie... A ne pas rater.
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emilap
Le 29 septembre 2011
Leçon de vie !!!
Super livre tout simple mais tellement prenant et bouleversant, je l'ai lu en seulement quelques heures !!! A lire très vite...
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Le 20 septembre 2011
Ca remue !
Pas mal de montées de larmes... Cette impression que parfois le "sort" semble s'acharner... et en même temps ce témoignage comme exutoire pour Melanie qui nous permet de relativiser certains aléas...
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judo13
Le 11 octobre 2011
Les cicatrices du bonheur
Un livre bouleversant et quelques larmes en plus et nous qui nous plaignions tous les jours pour ceci cela ; malgré les décès de deux de ses enfants elle nous donne une grande leçon de courage et de force ; je recommande ce livre à toutes nos lectrices ; merci à toi Mélanie.
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Remarque de virginie haller du 03/01/12
Merci pour ceux et celles qui n'ont pas lu le livre ! Comme ça on sait maintenant qu'elle perd DEUX enfants ! Quel suspense.
marianna
Le 13 octobre 2011
Magnifique
Ce livre est l'un des plus beaux et des plus bouleversant que j'ai pu lire. Dès les premières pages, on n'a envie que d'une chose, lire la suite sans pouvoir s'arrêter. Il m'a fallu seulement deux jours pour le lire. Merci à Melanie pour ce témoignage poignant sur la vie parfois bien triste.
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Nana04
Le 23 octobre 2011
Belle leçon de vie !
Mélanie nous montre à travers ce livre que malgré tout, elle a réussi à avancer et à continuer de vivre avec certes des difficultés, mais elle a continué. En somme, je trouve qu'elle a su faire preuve de courage, j'ai beaucoup pleuré et c'est la première fois pour un livre. Merci pour cette leçon de vie !!
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Le 07 janvier 2012
Quel courageux combat !
L'histoire de Mélanie est remplie de forces et de faiblesses... Personne ne voudrait être à la place de cette jeune femme, pourtant si courageuse !
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Extrait

1

Patrice


Une initiative féconde

5 août 1999
— Et si on te changeait un peu les idées ? me dit ma belle amie Janie.
J'ai le cœur brisé et elle, elle a un sixième sens. Elle sait toujours d'avance quand j'aurai besoin d'elle. Elle le sent, c'est tout, m'assure-t-elle. C'est quelqu'un de magnifique, autant à l'intérieur qu'à l'extérieur. Je l'aime beaucoup. Je me dis qu'elle doit avoir raison. Pourquoi nous apitoyer sur notre sort alors que la soirée n'attend que nous deux ! Je me suis retranchée chez moi pendant plusieurs jours et j'en ai plus qu'assez.
Nous décidons donc de sortir faire un tour. Je me prépare et me fais une beauté. Janie me regarde avec son air espiègle et ne peut s'empêcher de rigoler. Qu'est-ce qu'elle mijote encore ? Prête à tout pour me rendre mon sourire, elle a sûrement un plan derrière la tête, une stratégie à la Janie pour me consoler de mon chagrin. Le bonheur prime avant tout avec elle. Je lui demande ce qu'elle me cache. Elle me révèle son intention de me présenter quelqu'un. Elle attend ma réaction et ne peut s'empêcher de pouffer de rire.
Rien n'égale la joie si communicative de mon amie. Je ne peux m'empêcher de sourire et je lui réponds:
— Ah non ! Je sors d'une relation, et c'est pas vrai que quelqu'un d'autre va venir encore me faire de la peine ! Non, merci, madame !
Elle insiste sur le fait que c'est le garçon le plus gentil qu'elle connaisse et que je dois le rencontrer Je n'ai rien à perdre, me dit-elle. Je lui demande de qui elle parle.
— C'est mon demi-frère. S'il te plaît ! Il est vraiment gentil et je suis certaine que c'est l'homme de ta vie.
Son demi-frère ? Et quoi encore ? Comment peut- elle deviner qui sera celui qui partagera ma vie ?
Je connais Janie depuis quelques années. Dès le début de notre amitié, elle a voulu que je rencontre son frère. Et maintenant, c'est au tour du demi-frère. Qu'a-t-elle encore imaginé ? Ah ! Janie et ses complots... Je ne connais pas son fameux demi-frère. Je ne l'ai même jamais vu. Elle me dit que je devrais au moins prendre le risque. Je sais qu'elle sera prête à tout pour arriver à ses fins et qu'il ne faut pas la sous-estimer lorsqu'elle a une idée en tête. Aussi bien lâcher prise tout de suite. Et puis, pourquoi pas ? J'aï dix-sept ans seulement et je n'ai pas envie de m'isoler indéfiniment, ni de passer ma jeunesse dans la nostalgie des flirts qui ne se sont pas révélés concluants.
Je viens de terminer mes études secondaires, mais je ne suis pas pressée d'entreprendre une formation d'un autre niveau. Ce n'est pas que je sois indécise quant mon orientation. Non, c'est le domaine des arts m'attire et je suis certaine que j'en ferai le centre de mes activités professionnelles. Effectivement, des années plus tard, j'ouvrirai mon propre studio de tatouages, où je ferai montre de toute ma créativité par des dessins originaux qui seront transposés sur le corps de mes clients. Je pratiquerai également la photographie artistique. Mais pour le moment, je r'emplis des contrats ici et là dans le monde du théâtre où je réalise des toiles et des décors. Je fais aussi de la peinture en autodidacte, mais je suis assez contente de ce que je produis. Je suis une personne décidée et fonceuse.
Il n'en reste pas moins que j'appréhende cette rencontre. Je suis nerveuse et n'aime pas beaucoup cette tension, ce stress que mon amie m'impose. Finalement, je me dis : « Au diable cette rencontre ! Je m'amuserai et il me prendra comme je suis. Je n'ai pas envie de me casser la tête pour lui plaire avant même de savoir s'il m'intéresse. Je viens tout juste de sortir d'une relation. S'il n'aime pas la première impression que je produis sur lui, c'est qu'il n'est pas fait pour moi. Allons voir ce garçon qui, au dire de Janie, a un charme fou et un sourire à faire rougir n'importe quelle fille. »
La soirée va bon train et nous avons beaucoup de plaisir. Je délaisse ma peine et oublie même ce garçon mystère. Soudain, Janie s'écrie :
— Il est là ! Il est là ! Viens avec moi ! Je vais vous présenter ! Allez, bouge !
Moi qui croyais qu'elle avait oublié  ! J'avance doucement, un peu anxieuse, mais pas trop. De toute façon, je ne crois pas au coup de foudre. Je n'ai pas l'intention de tomber amoureuse de qui que ce soit. Pourquoi m'énerver ?
Je l'aperçois. Dès le premier coup d'œil, je me dis qu'il pourrait sérieusement m'intéresser. Il est vrai qu'il a un sourire plus que charmant. Je continue de m'approcher, entraînée par Janie qui me tire de plus belle par le bras. Je suis de plus en plus agitée. Je prends le temps de le regarder. Je me sens rougir, et mon cœur bat la chamade.
Lui ne me regarde pas. Il ne sait pas qui je suis ni même que sa demi-sœur tente de lui présenter quelqu'un. Debout devant lui, je tâche de maîtriser ma fébrilité et de profiter de ce moment pour l'observer sans qu'il le sache. Cela ne dure qu'un instant. Il me regarde soudain droit dans les yeux et je fonds littéralement. Il ne faut pas qu'il s'en aperçoive. J'aurais l'air de quoi ? Qu'est-ce qui m'arrive ? Il ne m'a pas encore adressé la parole et voilà que mon corps ne m'obéit plus. Ma vue se trouble. Je n'ai pourtant pas trop bu. Je dois me ressaisir et m'avancer vers lui d'un pas décidé. Je n'ai pas l'habitude d'être timide, mais il m'examine de la tête aux pieds et c'est très gênant, même si je fais semblant de rien.
Je dois lui plaire, s'il me regarde ainsi. Il faut relever le nez et y aller. Pleine d'orgueil, je fonce sur lui. Janie nous présente et nous entamons la conversation. Pleine d'audace, Janie nous organise sans tarder une soirée cinéma... le lendemain soir ! Elle a confiance, dit-elle. Je lui demande si ce n'est pas trop tôt. Elle me répond que ça ne doit pas traîner.
— Battons le fer pendant qu'il est chaud  ! Ça va marcher entre vous deux. Parole de Janie ! Rendez- vous, demain à dix-neuf heures !
Le lendemain, je me demande pourquoi j'ai accepté ce rendez-vous, j'hésite et pense à annuler 'en me disant que, s'il est intéressé, il m'attendra. Je fais confiance au destin.
Janie me demande ce que je pense de lui et je l'assure que je tiens absolument à faire le deuil du dernier épisode de ma vie. C'est trop rapide et je dois être honnête avec lui, lui dire que je ne suis pas prête à m'embarquer dans une autre relation. Ce ne serait pas très loyal de ma part de le faire marcher. En outre, ça me fait peur de m'engager aussi vite dans une nouvelle avenue, à peine sortie d'une histoire qui m'a laissé des cicatrices. Je ne voudrais pas précipiter les choses. Par contre, je sais qu'il ne m'attendra pas éternellement et je ne voudrais pas passer à côté d'une possible histoire d'amour. Je suis prête à lui consacrer un peu de temps pour le connaître davantage.
Mon amie me comprend et dit qu'elle m'aidera, qu'elle lui expliquera. Elle m'indique que Patrice se trouve dans une situation semblable à la mienne, qu'il vient lui aussi de mettre fin à une relation et qu'il admettra aisément mon point de vue. Elle m'annonce également que je plais à son demi-frère. Il lui a dit qu'il m'avait tout de suite remarquée lors de notre rencontre, la veille. Cette précision me réjouit, mais je considère que nous devons prendre notre temps, apprendre à nous connaître. Si l'amour naît entre nous, ce sera tant mieux.
Le moment qui a uni nos lèvres, deux mois plus tard, a confirmé ce que je croyais ressentir pour lui. J'ai eu l'impression de goûter mon premier vrai baiser d'amour. Il me semblait différent. Il était espéré, mais aussi inattendu qu'apprécié. Il était doux et silencieux. Je ne voulais plus ouvrir les yeux ni rien voir autour de moi. Je ne désirais que lui et ses lèvres contre les miennes. Je n'avais plus besoin d'air, puisque cet homme était maintenant ma vie. Je ne demanderais ni n'exigerais plus rien. Je serais heureuse tant qu'il serait près de moi. Jamais je n'avais ressenti un tel bien-être. Un simple baiser, et mon univers avait basculé. Je désirais maintenant cet amour plus que n'importe quoi.
Quelques semaines passent. Maintenant, nous ne sommes jamais plus d'une journée sans nous voir. J'aime la façon qu'il a de prendre soin de moi et de m'écouter. Nous formons un couple, une paire. Nous ne faisons qu'un. J'aime sa compagnie et je crois que c'est réciproque. Il me semble que je suis importante à ses yeux. Ses confidences sur ce qu'il éprouve pour moi sont éloquentes et signifiantes. Je n'ai jamais partagé autant d'émotions avec quelqu'un. Nous apprenons à découvrir l'autre, jour après jour, nuit après nuit. Je suis tout de même surprise de constater à quel point nous sommes différents.
J'apprends doucement à le connaître. Je creuse en lui et lui trouve des milliers de qualités et d'aptitudes. Il est rempli de talents. Il est intelligent, travailleur et industrieux, soucieux aussi d'acquérir son autonomie et de voler de ses propres ailes. Il poursuit présente¬ment ses études en informatique. En même temps, il travaille à temps partiel dans un commerce. Chaque été, il ne manque pas de dénicher un travail étudiant temps plein. Ces expédients lui permettent de pourvoir à ses besoins financiers.
Plus je connais cet homme, plus j'ai de l'estime pour lui. À mesure que j'explore son univers intime, j'ai l'impression que nous nous connaissons depuis des millénaires. Je le devine, et nous avons une grande facilité à communiquer ensemble. Cette sorte de complicité, cette transparence entre deux êtres, c'est également une première pour moi. Je peux lui (lire que je l'aime. Je peux le lui dire, car je le ressens. L'amour entre nous deux est palpable. L'amour est invisible, mais il se contemple et se reçoit lorsqu'il est présent entre deux êtres.
Je l'aime d'un amour simple et bon. J'aime la façon qu'il a de marcher et ses deux épaules qui dansent lorsqu'il s'avance vers moi. Il sait me faire rire et j'aime l'écouter parler et me raconter des milliers d'histoires. Ses paroles sont d'un intérêt indiscutable. Je me plais à le regarder manger, s'habiller et se brosser les dents. Les petites choses simples et quotidiennes de la vie se transforment en événements magiques lorsque nous sommes ensemble.
Avec lui, l'amour est délicieux, la passion est constante, les sentiments sont purs et exquis. L'air est beaucoup plus respirable et l'espace beaucoup moins restreint lorsque je suis en sa compagnie. Tout est plus confortable. Nous connaissons jour après jour une complicité grandissante. Les contraires s'attirent, dit-on. Nous, nous nous complétons. Chacun connaît les forces et les faiblesses de l'autre, nos qualités s'additionnent et s'harmonisent, de sorte que nous formons une équipe. Nous sommes plus forts lorsque nous sommes ensemble. Je l'aime d'un amour pur, tout simplement.



2

Naomy


Une présence aimée

Le monde s'est arrêté de tourner depuis qu'elle est dans mon ventre. Déjà, elle a une grande influence sur ma vie. Elle est arrivée du ciel, et de la sentir qui bouge en moi me guérit de toute inquiétude. Lorsque je pense à elle, j'ai une infinie confiance en la vie. Mon bébé me guidera vers les bonnes choses.
J'ai dix-huit ans. Je suis peut-être un peu jeune pour avoir un enfant, mais je m'en fiche et, une chose est certaine, je vais l'avoir, ce bébé. Rien ne m'empêchera de mener ma grossesse à terme.
C'est rassurant d'avoir Patrice près de moi et de savoir qu'il est d'accord avec ma décision. Tout se déroule à merveille.
Malgré les problèmes que cette grossesse aurait pu nous causer, tant financièrement qu'émotionnellement, nous avançons doucement, mais avec confiance, dans cette aventure que nous a réservée la vie. Nous sommes conscients de ce qui nous attend et l'avenir nous paraît magnifique.


Le prénom, un engagement

Le prénom de ma fille me vient d'une source bien spéciale, plutôt spirituelle. Croyez-moi, je ne cours pas les médiums. Non pas que je n'y croies pas, mais j'ai peur de ce qu'ils pourraient me dévoiler. Mais, que l'on y croie ou pas, le monde caché, l'au-delà intéresse tout le monde. Pour ma part, je suis très curieuse et je n'ai pas peur du surnaturel. Je crois en l'existence d'une autre vie, mais pas de façon inébranlable. Le doute est toujours prompt à surgir quand il s'agit de ces choses-là et les preuves irréfutables ne sont pas courantes. Elles sont même inexistantes.
Voici donc une anecdote qui m'est arrivée il y a quelques années.
Un homme de confiance m'a dévoilé, suite à un voyage astral qu'il avait fait, que mon ange gardien se prénommait Naomy. J'étais jeune à l'époque, et ses propos m'avaient vraiment impressionnée. Que son témoignage fût vrai ou non me laissait totale¬ment indifférente, mais j'aimais bien y croire. Il était touchant. Selon ce qu'il m'en a dit, Naomy avait été une femme forte, une battante. Elle avait enduré de grandes souffrances au terme desquelles elle était décédée. C'était une vieille âme. J'avais le privilège d'être accompagnée par cette femme, qui veillait sur moi. Elle m'avait choisie.
Bien des mois ont passé après cet événement.
Un jour bien ordinaire de janvier 2000, je suis partie faire quelques courses dans un centre commercial de Dolbeau-Mistassini, la ville où j'habite. Je me suis soudain retrouvée face à face avec une femme que je ne connaissais pas, vieille et toute petite. Une femme adorable, mais vêtue d'un drôle d'accoutrement. Je ne l'avais jamais vue auparavant et, croyez- moi, il était difficile de la manquer. Elle m'a abordée spontanément, m'a saisi le bras et m'a dit que mon enfant sera unique et que ce sera une fille. Je lui ai aussitôt répliqué que je n'étais pas enceinte, qu'elle se trompait.
Au fond, je la trouvais un peu cinglée, cette femme à qui je n'avais rien demandé et qui m'accrochait au passage pour me faire ses déclarations péremptoires. Mais je restais perplexe. Elle ne s'est pas laissé démonter par ma réaction et m'a dit que je devrais passer un test de grossesse, après quoi elle a souri et poursuivi son chemin.
Arrivée chez moi, je me suis empressée de raconter cette aventure à Patrice. Ce que je n'avais pas dit à cette femme, c'est que je pensais être enceinte. Je n'en avais parlé qu'à mon ami de cœur. Elle n'était peut-être pas aussi folle que ça, en fin de compte.
Selon mes calculs, je serais enceinte depuis cinq ou six semaines. Mon ventre est aussi plat qu'une planche à repasser. Les jours s'écoulent et je n'ai toujours pas mes règles. Je ne cesse de penser à cette femme et je me décide à suivre son conseil. Je passe un test de grossesse. Elle avait eu raison. Il y a bel et bien un bébé en moi. Plus tard, lorsque l'échographie confirmera qu'il s'agit effectivement d'une petite fille, j'en tomberai presque par terre.
Cette femme que je n'ai jamais revue par la suite, je ne sais toujours pas aujourd'hui comment elle a deviné que j'attendais un bébé. Nous avons toujours tendance à chercher des explications à tout et à supposer que ces personnes qui s'imposent comme des médiums disent n'importe quoi. Allez savoir pourquoi, au fond de moi, je l'ai crue.
Mon enfance a été heureuse, bien que j'aie connu plusieurs problèmes sur le plan physique. En fait, depuis que j'ai été hospitalisée pendant deux semaines à l'âge de cinq ans pour de l'arthrite infantile, les problèmes se sont multipliés, principalement au niveau articulaire. Les spécialistes n'arrivent pas à identifier une fois pour toutes le mal dont je souffre. Sclérose en plaques, tumeur au cerveau et dystonie musculaire sont trois des dizaines de diagnostics qui ont été posés. J'ai subi d'innombrables examens et quelques opérations qui n'ont rien réglé.
Chose certaine, ces ennuis de santé hypothèquent mon endurance et je ne puis pas toujours suivre mes amis dans leurs entreprises et aventures. Ainsi, je ne puis marcher plus de dix minutes sans avoir une intense sensation de brûlure dans les jambes. Et les coups de semonce sont impitoyables, lorsque je ne respecte pas mes limites. Ainsi, si je me surmène, je peux être quelques jours sans pouvoir marcher.
Comme aucun médicament ne me soulage vraiment, je n'ai eu d'autre ressource que de m'endurcir à la douleur, de m'adapter à mon corps de qui je dis à la blague qu'il s'agit d'un citron¹, même si extérieurement je parais en forme, en pleine possession de mes moyens.
Néanmoins, j'ai eu jusqu'à présent une vie que je considère comme tout à fait satisfaisante. Mes parents m'ont appris à ne pas m'apitoyer sur mon sort et à me servir de mes forces. Ma mère, particulièrement, me motive sans cesse à repousser mes limites et à compenser mes faiblesses par ma force de caractère. .l'ai donc acquis une solide confiance en moi et en la vie. Je connais mes qualités, mes limites et mes faiblesses. Le monde des grands n'attend que moi et je me fous de ce que les gens peuvent dire. Si avoir cet enfant signifie briser ma jeunesse, je la gâcherai avec plaisir. Mais, selon moi, c'est ma destinée. Il n'y a rien de mal à vouloir des enfants àussi tôt et je ne vais rien gâcher du tout, au contraire.
Le bébé qui grandit en moi est comme un nouveau départ, le commencement d'une nouvelle existence. Nous avons pris la décision de prénommer notre fille Naomy parce que déjà elle nous accompagne dans cette nouvelle vie. Elle nous aide à faire les bons choix.


La vie, un présent qu'on offre et qu'on reçoit

J'ai une grossesse que toutes les femmes envieraient. Pas de nausées, pas de boursouflures, et je ne prends que quelques kilos. Une grossesse merveilleuse. La date prévue de mon accouchement est le 5 octobre 2000. Ma date de naissance étant le 2 octobre, je me réjouis à l'idée que ma fille me fera peut-être une surprise le jour de mon anniversaire. Mais non, Naomy sait se faire attendre. Elle ne pointe le bout de son nez que trois jours après la date prévue, les plus longs jours de toute ma vie. Je crois bien que la belle aime se faire bercer dans le ventre de maman. Je suis impatiente de voir le petit ange qui dort en moi. Les contractions débutent le 7 octobre au soir, alors que nous sommes au restaurant avec des amis. Nous nous rendons vite à l'hôpital. Enfin, le grand jour est arrivé.
Ainsi, plusieurs mois et 10,5 kilogrammes plus tard, soit le 8 octobre 2000, je donne naissance à la plus jolie des petites filles. J'ai dix-neuf ans et des poussières. Elle n'est pas totalement sortie de mon ventre qu'elle observe déjà sa grand-maman et semble se demander pourquoi il y a tant de lumière. Elle plisse le front en regardant partout autour d'elle et ne pleure pas. Elle analyse la situation et profite de ce que la vie lui offre. Ses grands yeux sont bleus comme la mer, ou plutôt comme le ciel. Elle semble se demander où est passé son lit, dans mon ventre, si chaud et confortable. Le médecin la dépose sur moi. La peau rose comme une fleur, belle comme le jour, elle me regarde.
Il est quinze heures onze minutes. À l'extérieur, il fait très beau et le soleil darde ses rayons dans les couleurs de l'automne. Ce jour est merveilleux pour moi, il me confirme que d'avoir des enfants constituera mon accomplissement le plus satisfaisant.
Notre fille pèse 3,8 kilogrammes et mesure 47,5 centimètres précisément. Elle est parfaite. Cette merveille est le résultat de notre amour. Lorsque je vois ses yeux bleus éclatants qui me regardent, je me dis que jamais je ne pourrai me passer d'elle, que je l'aime déjà d'un amour inconditionnel. Nous avons accompli quelque chose d'immensément grand. Comment peut-on aimer aussi fort quelqu'un qu'on ne connaît pas ? Je n'ai jamais eu un tel sentiment d'attachement. Je ne vivrai plus que pour elle et Patrice. Nous sommes à présent une famille. Avoir un enfant comble notre soif d'amour. J'ai trouvé mon véritable bonheur. Cet amour, il est à moi et personne ne pourra me l'enlever. Je me sens invincible. Rien ne viendra briser notre nouveau nid familial. Si l'amour rend aveugle, le bonheur a ce même pouvoir. Par contre, j'ai toujours été anxieuse, du genre à ne rien tenir pour acquis. Vivre comme si le dernier jour de ma vie était arrivé fait déjà partie de ma façon d'être, à ce moment-là.
Je trouve que ma fille grandit trop vite et j'ai peur de tout oublier de sa petite enfance. Ses rires délicats, son odeur et la façon qu'elle a de se coller contre moi me chavirent. Je me demande comment je pourrais survivre sans sa présence et ne peux imaginer ma vie sans elle.


1. Mot dépréciatif qui, au Québec, sert à désigner un objet de piètre qualité.